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REPORTAGE : A Kharkiv, 20 000 enfants descendent sous terre pour continuer d’apprendre et de vivre
Crédit: Adobe Stock

Géographie d’une cible permanente

Kharkiv n’est pas une ville comme les autres. Deuxième métropole d’Ukraine, première capitale de la République socialiste soviétique d’Ukraine de 1919 à 1934, berceau historique du nationalisme ukrainien et paradoxe vivant d’une cité qui a basculé presque entièrement vers la langue russe dans les années 1970, Kharkiv est tout à la fois la fierté et la douleur de l’Ukraine contemporaine. Quarante kilomètres. C’est la distance qui sépare les premiers immeubles de la banlieue nord de la frontière russe. Quarante kilomètres, c’est moins que la portée d’un lance-roquettes multiple BM-21 Grad, moins que le temps de vol d’un missile Iskander, moins que la distance qu’un enfant ukrainien parcourt mentalement chaque nuit entre son lit et l’abri anti-aérien le plus proche.

Depuis février 2022, la ville a perdu plus de trois mille civils adultes et plus de cent enfants. Les chiffres sont secs, cliniques, insupportables. Cent enfants. Cent fois un prénom, un cartable, un doudou oublié sur un lit qui n’existe plus. Cent fois une mère qui hurle dans une rue couverte de gravats. Cent fois un père qui creuse à mains nues dans les décombres d’un immeuble résidentiel en espérant que le silence qui lui répond n’est pas celui qu’il redoute. Et pourtant, Kharkiv tient. La ville plie, absorbe, encaisse, mais refuse de rompre. Elle a appris à respirer sous l’eau, à vivre sous terre, à transformer ses trente stations de métro en autant de sanctuaires souterrains où la vie continue malgré tout.


Quarante kilometres. C’est la distance entre une salle de classe et un lance-roquettes. Entre un tableau noir et un missile Iskander. Entre l’enfance et la mort. Quarante kilometres : la mesure exacte de l’indecence de cette guerre.

Le réseau souterrain comme colonne vertébrale éducative

Huit écoles souterraines fonctionnent actuellement dans le réseau de métro de Kharkiv, auxquelles s’ajoutent dix établissements installés dans des sous-sols et des bunkers à travers la région. Dix-huit lieux d’enseignement enterrés, dix-huit actes de résistance quotidienne contre une machine de guerre qui a détruit ou endommagé cent trente-quatre des cent quatre-vingt-quatre écoles de la ville. Plus des deux tiers du parc scolaire de Kharkiv n’existe plus en tant que lieu d’apprentissage fonctionnel. Certaines ne sont plus que des squelettes de béton éventrés, des murs sans toit, des classes sans plancher. Olha Demenko, la plus haute responsable de l’éducation à Kharkiv, a déclaré en janvier 2026 avec un pragmatisme douloureux : « Certaines devront être reconstruites à partir de zéro. »

À l’échelle nationale, le bilan est encore plus vertigineux. Plus de quatre mille écoles, jardins d’enfants et universités ont été endommagés ou détruits à travers l’Ukraine depuis le début de l’invasion à grande échelle. Quatre mille lieux où des enfants apprenaient à devenir des adultes, quatre mille bâtiments qui portaient en eux la promesse d’un avenir, transformés en tas de gravats par des frappes qui ne distinguent pas une salle de classe d’un dépôt de munitions. Parce qu’il faut le dire clairement : ces frappes ne sont pas des dommages collatéraux. Détruire une école, c’est détruire l’avenir d’un pays. Et quand on détruit systématiquement quatre mille écoles, on ne fait pas la guerre à une armée. On fait la guerre à une civilisation.

Sources

Source principale

Al Jazeera — In Ukraine’s Kharkiv, 20,000 children go underground to study, Mansur Mirovalev, 16 mars 2026.

Sources complémentaires

Les données sur les destructions d’infrastructures éducatives en Ukraine sont corroborées par les rapports du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et du Cluster Éducation de l’UNICEF. L’épisode de Yahidne est documenté par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et de multiples enquêtes journalistiques internationales. Les éléments historiques sur Kharkiv proviennent d’encyclopédies et de travaux universitaires vérifiés.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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