Le module MC5, cœur névralgique du système
Au centre de l’architecture du Michelangelo Dome se trouve le module MC5, un terminal de commandement, contrôle, communication, informatique, cyber et renseignement de nouvelle génération. Ce n’est pas un simple poste de commandement amélioré. Le MC5 est conçu pour s’interfacer avec l’ensemble des sous-systèmes tactiques de commandement et contrôle (C2) existants, tout en restant compatible avec les protocoles OTAN en vigueur. Sa mission : orchestrer en temps réel la totalité des capteurs et effecteurs disponibles, qu’ils soient terrestres, navals, aériens ou spatiaux.
Le MC5 incarne cette transition fondamentale que les stratèges appellent le passage de la « kill chain » à la « kill web » — un basculement dont les implications dépassent largement le vocabulaire militaire pour toucher à la philosophie même de la guerre moderne.
De la chaîne de destruction au réseau de destruction
La doctrine traditionnelle de la défense aérienne repose sur un schéma linéaire : un capteur détecte, un tireur engage. C’est la fameuse « kill chain », la chaîne de destruction. Le Michelangelo Dome propose un changement de paradigme radical. Grâce au MC5, le système passe à une logique de « kill web », un réseau de destruction où chaque capteur peut activer le meilleur tireur disponible, indépendamment de sa localisation ou de sa branche d’armée. Un radar terrestre détecte un drone ? Le système peut décider en millisecondes que le meilleur intercepteur n’est pas la batterie au sol la plus proche, mais un navire positionné à quarante kilomètres de là, ou un chasseur en patrouille à haute altitude.
Le MC5 analyse en continu les plans d’engagement de chaque plateforme impliquée, calcule la solution optimale globale et distribue les ordres à l’ensemble du dispositif. Leonardo affirme que ce module traite des centaines de téraoctets par seconde, en fusionnant les données provenant des radars, des satellites, des capteurs infrarouges et de dizaines d’autres sources. Derrière cette puissance de calcul, plus de 2 000 ingénieurs et 200 développeurs spécialisés en intelligence artificielle travaillent dans les laboratoires de Leonardo, appuyés par le supercalculateur Da Vinci, dont la puissance de traitement doit doubler dans les prochains mois.
Un arsenal de capteurs qui couvre du sol à l'orbite
Les radars terrestres : la première ligne de détection
Le Michelangelo Dome s’appuie sur une gamme impressionnante de radars terrestres. Le radar bi-bande AESA en bande X et bande C (DBR) constitue l’un des piliers de la détection à moyenne portée. Le Kronos Grand Mobile High Power (KGMHP), un radar multifonction AESA intégré à la plateforme SAMP/T NG, assure la couverture des menaces aériennes conventionnelles et des missiles de croisière. Mais c’est le nouveau radar terrestre en bande L (GBR) qui repousse les limites du possible : sa portée de détection dépasse les 2 000 kilomètres, ce qui lui permet de repérer des menaces balistiques et hypersoniques bien avant qu’elles n’atteignent leur cible. Ce radar devrait être opérationnel d’ici 2029.
Deux mille kilomètres de portée radar. À cette distance, on détecte un missile balistique tiré depuis Moscou avant même qu’il n’ait franchi la frontière ukrainienne. Le temps redevient un allié.
Le Kronos Ground Shield et la surveillance longue portée
Le Kronos Ground Shield, système de radar de surveillance à longue portée (MLRR), complète le dispositif en assurant une veille permanente sur de vastes zones. Ce maillage radar crée une bulle de détection à plusieurs couches, où chaque fréquence apporte une information complémentaire. La bande X excelle dans la discrimination de cibles à courte et moyenne portée. La bande C offre un bon compromis entre portée et résolution. La bande L perce les conditions météorologiques dégradées et détecte les cibles à très longue distance. Cette complémentarité spectrale rend le système particulièrement résilient face aux techniques de brouillage et de guerre électronique adverses.
La composante navale n’est pas en reste. Le système de défense aérienne SAAM ESD de MBDA, avec sa famille de missiles Aster, est prévu pour l’intégration au sein du dôme. Un nouveau radar en bande S, développé spécifiquement pour les destroyers de défense aérienne de la Marine italienne, viendra compléter la couverture maritime. Le Michelangelo Dome ne protège pas seulement un territoire. Il protège un espace opérationnel complet, de la surface des océans jusqu’aux orbites basses.
L'œil depuis l'espace : la constellation Guardian
Vingt satellites pour voir la totalité du globe
L’une des composantes les plus ambitieuses du Michelangelo Dome est la constellation Guardian, un réseau d’environ vingt satellites de nouvelle génération conçus pour intégrer des capacités de supercalcul et de communication avancée directement en orbite. Les neuf premiers satellites ont été confiés à Thales Alenia Space : six sont équipés de charges utiles SAR (radar à synthèse d’ouverture), deux embarquent des instruments optiques à très haute résolution, et un assure les communications.
La guerre du futur ne se gagnera pas seulement dans la boue des tranchées ou dans le fracas des batteries antiaériennes. Elle se gagnera aussi — et peut-être surtout — à cinq cents kilomètres d’altitude, là où les satellites transforment l’invisible en cible.
Un calendrier de déploiement spatial serré
Le PDG de Leonardo a annoncé que les premiers lancements de la constellation Guardian débuteraient à la fin 2027 et au début 2028. Le second plan orbital, prévu pour la fin 2028 et devant être achevé en 2029, complétera la couverture mondiale avec neuf à douze satellites supplémentaires, permettant d’atteindre la capacité opérationnelle totale (FOC). Cette constellation ne se contente pas d’observer. Elle est conçue comme une infrastructure spatiale numérique complète, capable de maîtriser l’intégralité de la chaîne de données : de l’acquisition par les capteurs radar et optiques au traitement en orbite, jusqu’à la distribution finale aux utilisateurs.
En parallèle, Leonardo s’appuie déjà sur des actifs spatiaux existants : le satellite optique OPSAT 3000, la constellation Cosmo SkyMed de seconde génération en bande X SAR, et le satellite optique à très haute résolution SSO3-VVHR en orbite héliosynchrone. Le ministère italien de la Défense dispose également d’une constellation ISR combinant capteurs infrarouges et radar. La constellation EO de Leonardo, avec sa capacité d’interlink entre capteurs optiques et radar placés en orbites comprises entre 450 et 550 kilomètres, ainsi que les satellites ISR/tracking en orbites de 550 à 1 200 kilomètres et la constellation de communications par satellite à haut débit entre 1 200 et 2 000 kilomètres, forment un ensemble cohérent et redondant.
Pourquoi l'Ukraine ? Le laboratoire ultime de la guerre moderne
Un théâtre d’opérations sans équivalent
Le choix de l’Ukraine comme premier terrain d’essai n’a rien d’un coup marketing. Depuis le 24 février 2022, le ciel ukrainien est devenu le laboratoire le plus intense au monde en matière de défense aérienne. Missiles balistiques Iskander, missiles de croisière Kalibr, missiles hypersoniques Kinjal, drones kamikazes Shahed d’origine iranienne, bombes planantes — la gamme des menaces que les forces ukrainiennes doivent neutraliser chaque jour est d’une diversité sans précédent dans l’histoire militaire moderne. Aucun champ de tir artificiel ne peut reproduire cette réalité. En choisissant l’Ukraine, Leonardo s’assure que son système sera testé dans les conditions les plus exigeantes possibles.
On ne teste pas un parapluie dans un simulateur de pluie. On le teste sous l’orage. L’Ukraine est cet orage permanent qui ne laisse aucune marge d’erreur à la technologie.
Un écosystème de défense aérienne déjà riche mais fragmenté
L’Ukraine opère aujourd’hui un patchwork impressionnant de systèmes de défense aérienne occidentaux et soviétiques. Les batteries Patriot américaines assurent la défense contre les menaces balistiques les plus redoutables. Le système franco-italien SAMP/T complète ce dispositif haute altitude. Les NASAMS norvégiennes, avec leurs missiles AIM-120 AMRAAM à guidage radar actif, couvrent la couche moyenne. Les IRIS-T SLM allemandes — l’Ukraine en a commandé dix-huit unités supplémentaires en 2026 — offrent une couverture à 360 degrés et peuvent engager plusieurs cibles simultanément. Les systèmes HAWK, Crotale et plusieurs systèmes hérités de l’ère soviétique complètent le maillage.
Le problème majeur reste l’interopérabilité. Chaque système possède ses propres protocoles de communication, ses propres formats de données, ses propres chaînes de commandement. Faire dialoguer un Patriot américain avec un Buk soviétique modernisé relève de l’exploit technique quotidien. C’est précisément là que le Michelangelo Dome pourrait apporter une valeur ajoutée considérable. Le module MC5, avec son architecture ouverte et sa compatibilité avec les standards OTAN, est conçu pour fédérer des systèmes disparates au sein d’un réseau cohérent.
Ce que Leonardo ne dit pas : les composants testés en Ukraine
Le mystère des premières briques
Leonardo a décliné toute demande de précision sur les composants spécifiques qui seront testés en Ukraine avant la fin 2026. Roberto Cingolani s’est contenté d’indiquer que le premier composant est « en cours de construction ». Plusieurs analystes estiment que les essais ukrainiens porteront prioritairement sur les capacités anti-drones du système, les tests contre les missiles balistiques étant réservés aux phases de qualification OTAN prévues pour 2027.
Le silence de Leonardo sur la nature exacte des composants testés en dit long sur la sensibilité de l’opération. Dans le monde de la défense, ce qu’on ne dit pas pèse souvent plus lourd que ce qu’on annonce.
L’hypothèse anti-drone : la menace la plus immédiate
Cette hypothèse est cohérente avec la réalité du terrain. Les drones constituent aujourd’hui la menace la plus fréquente et la plus difficile à contrer pour les forces ukrainiennes. La Russie lance régulièrement des salves de plusieurs dizaines, voire centaines de drones en une seule nuit. Le Michelangelo Dome prétend pouvoir gérer des attaques saturantes, y compris les essaims massifs de drones. Tester cette capacité en Ukraine permettrait à Leonardo de valider ses algorithmes d’intelligence artificielle dans un environnement où le volume de menaces est réel, constant et imprévisible.
Le système est conçu pour supporter les défenses dans une « zone morte » de 10 à 15 kilomètres sous attaque de drones et d’autres systèmes d’armes. Cette notion de zone morte est cruciale. Il s’agit de l’espace où les systèmes conventionnels de défense aérienne à moyenne et longue portée deviennent moins efficaces, précisément la zone où les drones low-cost font le plus de dégâts. Combler cette lacune est l’une des priorités absolues de toutes les armées confrontées à la menace asymétrique des drones.
Leonardo, le colosse italien de la défense en pleine ascension
Des chiffres qui donnent le vertige
Leonardo n’est pas un nouveau venu dans le paysage de la défense mondiale. L’entreprise italienne, anciennement connue sous le nom de Finmeccanica, est l’un des dix plus grands groupes de défense de la planète. Sous la direction de Roberto Cingolani, physicien de formation et ancien ministre du gouvernement italien, nommé PDG en mai 2023, l’entreprise connaît une trajectoire de croissance spectaculaire. Les revenus 2025 ont atteint 19,5 milliards d’euros, en hausse de 9,8 % par rapport à 2024. Les commandes ont grimpé à 23,8 milliards d’euros, soit une progression de 13,5 %.
Quand un physicien dirige un empire de la défense, il ne pense pas en termes de produits mais en termes de systèmes. C’est exactement ce que traduit le Michelangelo Dome : une vision systémique de la protection.
Des prévisions qui reflètent l’état du monde
Pour 2026, Leonardo prévoit des commandes de 25 milliards d’euros et des revenus de 21 milliards. À l’horizon 2030, les estimations de croissance tablent sur 32 milliards d’euros de commandes, soit un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 6,1 %. Entre 2022 et 2025, les commandes sont passées de 17,3 à 23,8 milliards (+38 %), les revenus de 14,7 à 19,5 milliards (+33 %), et l’EBITA de 1,2 à 1,8 milliard (+44 %). Ces chiffres reflètent une réalité géopolitique brutale : le monde réarme, et l’Europe en particulier rattrape à marche forcée des décennies de sous-investissement dans sa défense.
Le Michelangelo Dome est au cœur de cette dynamique. Leonardo estime que le projet devrait générer 21 milliards d’euros de nouvelles opportunités commerciales d’ici 2035, répartis entre 6 milliards sur la période 2026-2030 et 15 milliards entre 2031 et 2035. Plus de vingt pays ont déjà exprimé leur intérêt pour le système. La division spatiale de Leonardo affiche quant à elle un TCAC supérieur à 20 % jusqu’en 2030, portée par la constellation Guardian et les projets de cloud spatial pour la défense.
Le calendrier OTAN : de l'Ukraine au bouclier continental
2027 : les tests antimissiles balistiques
Si les essais ukrainiens de fin 2026 se concentreront probablement sur les capacités anti-drones et la connectivité multi-domaines, la phase suivante prévue pour 2027 franchira un cap décisif. Les essais au sein d’un État membre de l’OTAN incluront des tests contre des missiles balistiques, ainsi qu’un exercice de commandement et contrôle intégré (C2) de défense aérienne et antimissile. C’est lors de cette phase que le Michelangelo Dome devra démontrer sa capacité à gérer simultanément des menaces de natures radicalement différentes — du drone à quelques centaines d’euros au missile hypersonique volant à Mach 10.
Le vrai test du Michelangelo Dome ne sera pas de prouver qu’il peut abattre un missile. Ce sera de prouver qu’il peut, dans le même souffle, traquer un essaim de drones, guider un intercepteur vers un Kinjal et coordonner une batterie navale — sans qu’aucun humain n’ait le temps de cligner des yeux.
2028-2030 : la montée en puissance jusqu’à l’intégration complète
Le plan de Leonardo prévoit une première itération du système de « zone morte » prête pour le ministère italien de la Défense d’ici la fin 2027, après intégration avec l’architecture IAMD existante et les capteurs spatiaux. Les deux années suivantes verront le déploiement de capacités supplémentaires. Dans un délai de quatre ans, des solutions fédérées avec les nations alliées devront être opérationnelles. L’objectif final : une intégration complète dans les réseaux de défense aérienne et antimissile de l’OTAN et de l’Union européenne d’ici la fin 2030.
Ce calendrier est ambitieux mais crédible. La constellation Guardian commencera ses lancements à la fin 2027 et au début 2028, fournissant progressivement la couche de surveillance spatiale indispensable au système. Le radar GBR en bande L à 2 000 kilomètres de portée devrait atteindre sa maturité opérationnelle en 2029. Chaque étape ajoute une brique supplémentaire à l’édifice, dans une logique incrémentale qui permet d’absorber les inévitables retards techniques et ajustements budgétaires.
La cybersécurité : le bouclier invisible du bouclier
Un système conçu pour être inviolable
Dans un monde où les cyberattaques constituent une arme stratégique à part entière, le Michelangelo Dome a été conçu avec la cybersécurité comme principe fondateur, et non comme une couche ajoutée après coup. L’architecture est qualifiée de « cyber-résiliente et sécurisée par conception » (cyber resilient and secure by design), protégeant les volumes massifs de données circulant entre les capteurs, le MC5 et les effecteurs à travers des liaisons chiffrées et des protocoles défensifs avancés.
À quoi sert un dôme antimissile si un pirate informatique peut en prendre le contrôle depuis un sous-sol de Saint-Pétersbourg ? La cybersécurité n’est pas un accessoire du Michelangelo Dome. Elle en est la fondation.
Un investissement cyber massif
Leonardo a considérablement renforcé ses opérations cyber ces dernières années, faisant passer son chiffre d’affaires dans ce domaine de 400 millions d’euros à plus d’un milliard d’euros par an. Cette montée en puissance reflète une prise de conscience : dans un conflit moderne, l’intégrité des données et la résilience des communications sont aussi vitales que la qualité des intercepteurs. Un système de défense aérienne qui peut être leurré, brouillé ou piraté n’est plus un système de défense. C’est une cible.
La guerre en Ukraine a amplement démontré l’importance de cette dimension. Les forces russes déploient massivement des moyens de guerre électronique pour perturber les communications et le guidage GPS des systèmes adverses. Le Michelangelo Dome, en s’appuyant sur des liaisons à latence réduite et des protocoles de communication redondants, entend résister à ces tentatives de perturbation. La complémentarité spectrale de ses radars — bande X, bande C, bande L, bande S — offre également une résilience naturelle face au brouillage, car il est extrêmement difficile de perturber simultanément plusieurs fréquences sur un large spectre.
Le duel européen des dômes : Michelangelo contre SkyDefender
Thales entre dans l’arène
Le Michelangelo Dome n’évolue pas dans un vide concurrentiel. Le 11 mars 2026, la veille de l’annonce de Cingolani, le groupe français Thales a officiellement lancé son propre concept de dôme de défense aérienne : le SkyDefender. Le timing n’est pas une coïncidence. L’Europe assiste à une course entre ses deux principaux champions de la défense aérienne pour définir l’architecture qui protégera le continent dans les décennies à venir.
Deux géants européens de la défense qui lancent leur dôme protecteur à vingt-quatre heures d’intervalle. Ce n’est pas de la concurrence. C’est un signal d’alarme continental.
Deux philosophies, un même objectif
Le SkyDefender de Thales repose sur des systèmes déjà développés et éprouvés au combat. Sa couche supérieure combine un réseau de détection longue portée relié à des satellites géostationnaires pour la surveillance infrarouge. La couche moyenne utilise le système SAMP/T NG et le radar Ground Fire avec des missiles Aster 30 B1 NT pour l’interception à environ 150 kilomètres. La couche courte portée s’appuie sur le ForceShield pour contrer les menaces à basse altitude, notamment les drones.
La différence fondamentale réside dans le niveau de maturité. Le SkyDefender s’appuie sur des briques technologiques existantes, intégrées dans un système de commandement fédérateur. Le Michelangelo Dome est plus ambitieux dans sa vision — son architecture ouverte, sa dimension spatiale avec la constellation Guardian, sa capacité à intégrer des systèmes non-occidentaux — mais il part de plus loin en termes de validation opérationnelle. Les deux systèmes partagent une architecture ouverte et modulaire, compatible avec les systèmes de défense aérienne existants. Et fait notable, Leonardo s’est dit ouvert à une coopération avec Thales sur les modèles de dômes complémentaires.
L'interopérabilité comme argument de vente suprême
Intégrer même les systèmes soviétiques
L’un des arguments les plus percutants du Michelangelo Dome est sa promesse d’interopérabilité universelle. Roberto Cingolani l’a exprimé sans détour : « Si un pays d’Europe de l’Est n’a pas les moyens de s’acheter le F-35 ou le Patriot, mais possède un système de missiles antiaériens, nous pouvons l’intégrer dans le Michelangelo Dome, en ajoutant la capacité de communiquer selon les protocoles et doctrines OTAN. » Cette déclaration vise directement les pays des Balkans, du Caucase et d’Europe centrale qui opèrent encore des systèmes de défense aérienne hérités de l’ère soviétique.
La vraie révolution du Michelangelo Dome n’est peut-être pas technologique. C’est cette idée folle mais pragmatique que même un vieux système soviétique, connecté au bon réseau, peut devenir un maillon utile d’un bouclier continental.
Des modèles de vente flexibles
Pour maximiser l’adoption, Leonardo propose des modèles de vente flexibles. Un pays peut acheter uniquement le logiciel MC5, la couche de commandement et contrôle qui s’interface avec ses systèmes existants, sans avoir besoin d’acquérir de nouveaux effecteurs. Alternativement, il peut opter pour le package complet, incluant les systèmes d’armes MBDA intégrés. Leonardo détient 25 % de MBDA, aux côtés d’Airbus et de BAE Systems, ce qui facilite l’intégration des intercepteurs Aster, des missiles CAMM et CAMM-ER — ces derniers offrant des portées de plus de 25 et 45 kilomètres respectivement — au sein de l’architecture du dôme.
Cette flexibilité commerciale est un atout stratégique majeur. Elle permet à Leonardo de pénétrer des marchés qui seraient inaccessibles avec une offre monolithique et coûteuse. Un pays comme la Bulgarie, la Roumanie ou la Serbie peut moderniser sa posture de défense aérienne en connectant ses systèmes existants au réseau MC5, pour une fraction du coût d’un remplacement complet. L’intégration progressive remplace l’acquisition massive. Le logiciel remplace le matériel. C’est un changement de paradigme commercial autant que militaire.
Les menaces hypersoniques : le défi existentiel qui a accéléré le projet
Quelques minutes pour réagir
Leonardo a été explicite sur la menace qui justifie l’existence même du Michelangelo Dome : « Une menace balistique ou hypersonique venant de Russie peut atteindre les capitales européennes en seulement quelques minutes. » Cette phrase résume à elle seule l’urgence du projet. Les missiles hypersoniques comme le Kinjal ou le Zircon russes, volant à des vitesses supérieures à Mach 5, réduisent les temps de réaction à un point où la prise de décision humaine devient presque impossible. Seule une intelligence artificielle capable de traiter des centaines de téraoctets par seconde et de coordonner instantanément des dizaines de plateformes d’interception peut espérer contrer ces menaces.
Quand un missile met trois minutes pour atteindre sa cible, il ne reste plus de temps pour les réunions d’état-major, les chaînes de commandement traditionnelles ou les autorisations hiérarchiques. Il ne reste que l’algorithme.
Le facteur temps comme moteur de l’innovation
C’est cette compression du temps qui explique l’architecture du MC5. Le passage de la « kill chain » à la « kill web » n’est pas un luxe doctrinal. C’est une nécessité physique. Face à un missile hypersonique, le système ne peut pas se permettre d’attendre qu’un capteur spécifique transmette l’information à un tireur spécifique via une chaîne de commandement séquentielle. Il doit évaluer, décider et engager en parallèle, en mobilisant instantanément le meilleur intercepteur disponible dans l’ensemble du réseau. Le MC5 réévalue en permanence les plans d’engagement de chaque plateforme, recalcule la solution optimale globale et redistribue les ordres. Ce cycle de décision-action tourne en boucle continue, sans interruption, à une vitesse que l’esprit humain ne peut pas suivre.
Le radar GBR en bande L, avec sa portée de 2 000 kilomètres, joue un rôle crucial dans cette course contre la montre. En détectant les menaces balistiques et hypersoniques à une distance considérable, il offre les précieuses secondes supplémentaires nécessaires au MC5 pour calculer la trajectoire, identifier la menace, sélectionner l’intercepteur optimal et lancer l’engagement. Chaque seconde gagnée en amont de la chaîne de détection est une seconde de plus pour la chaîne d’interception. Dans le monde de la défense antimissile hypersonique, ces secondes valent des milliards.
Les partenariats stratégiques : Leonardo ne joue pas seul
MBDA, le bras armé du dôme
MBDA, dont Leonardo détient un quart du capital aux côtés d’Airbus et de BAE Systems, constitue le bras armé naturel du Michelangelo Dome. Le missilier européen a connu une année record en 2024, augmentant sa production de 33 % pour répondre à la demande croissante des gouvernements européens en matière de défense aérienne et de munitions de champ de bataille. Les intercepteurs Aster — pilier de la défense aérienne française, italienne et britannique — sont au cœur de l’offre du Michelangelo Dome. Le système EMADS (Enhanced Modular Air Defence Solutions), développé conjointement par MBDA et Leonardo, repose sur les familles de missiles CAMM et CAMM-ER avec guidage radar actif, lancement vertical souple et contrôle par poussée vectorielle.
Leonardo conçoit le cerveau. MBDA fabrique les poings. Et vingt pays font la queue pour signer. L’industrie européenne de la défense n’a jamais été aussi alignée — ni aussi pressée.
Rheinmetall, Baykar et la dimension terrestre
Leonardo a également noué des partenariats stratégiques au-delà du périmètre strictement aérien. La joint-venture LRMV avec Rheinmetall porte sur les véhicules blindés chenillés, tandis que la JV LBA Systems avec le turc Baykar — le fabricant des célèbres drones Bayraktar TB2 — ouvre des perspectives dans le domaine des systèmes autonomes. Ces partenariats illustrent la vision multi-domaines de Leonardo : le Michelangelo Dome n’est pas un système isolé. Il s’inscrit dans un écosystème industriel qui couvre l’ensemble du spectre de la défense moderne, du char de combat au satellite d’observation.
Le financement du développement s’appuie en partie sur les investissements existants de Leonardo dans ses programmes en cours, complétés par des ressources supplémentaires soutenues par les outils d’investissement de la Commission européenne dans le domaine de la défense. Cette dimension européenne du financement est essentielle. Elle transforme le Michelangelo Dome d’un projet industriel italien en un programme de souveraineté technologique européenne, soutenu par les institutions communautaires.
Signé Maxime Marquette
Sources
La transparence des sources n’est pas une formalité. C’est le socle sur lequel repose la crédibilité de chaque affirmation contenue dans ce reportage.
Références principales
Source principale : Defense Express — Ukraine to Test Leonardo’s New Michelangelo Dome Air Defense Before NATO Trials
Références complémentaires
Breaking Defense — Leonardo to launch Michelangelo air defense dome test in Ukraine
EDR Magazine — Leonardo unveils Michelangelo Dome: the new multi-domain integrated defence system
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.