Mehdi Ahmadzadeh Razavi et Arezou Soltani
Mehdi Ahmadzadeh Razavi, 48 ans. Arezou Soltani, 45 ans. Deux noms iraniens. Deux suspects désormais inculpés. Deux personnes que Masjoody avait identifiées par leur nom, leur lien présumé avec le pouvoir iranien, et leur intention de se procurer une substance pour l’éliminer. Pas dans une conversation privée. Sous serment. Devant la justice canadienne.
Le lundi 16 mars, l’agence La Presse canadienne a révélé l’existence de cette déclaration assermentée du 12 novembre 2025. La coïncidence est vertigineuse — et le mot coïncidence est probablement le mauvais mot. L’homme qui a pointé du doigt ses futurs meurtriers présumés a été retrouvé mort exactement là où sa peur le menait.
Une comparution d’une froideur chirurgicale
Le même lundi, les deux suspects ont comparu devant le tribunal provincial de Colombie-Britannique. Inculpés trois jours plus tôt. L’audience a duré quelques minutes. Ils ont confirmé leur identité. Rien d’autre. Pas de plaidoyer. Pas de déclaration. Juste deux noms prononcés à voix haute dans une salle d’audience canadienne, les mêmes noms que Masjoody avait écrits quatre mois plus tôt dans un cri d’alarme que personne n’a entendu — ou que personne n’a voulu entendre.
Prochaine comparution : le 25 mars.
Ce que la police dit — et surtout ce qu'elle ne dit pas
Le vocabulaire calibré de la sergente Fong
La sergente Freda Fong, de l’équipe intégrée d’enquête sur les homicides de la Gendarmerie royale du Canada, a choisi ses mots avec la précision d’un chirurgien qui opère devant des caméras. « La victime et les deux accusés se connaissaient. » Vrai. « Il s’agit d’un incident ciblé. » Vrai. « Le mobile fait toujours l’objet d’une enquête. » Et c’est là que le langage policier devient un art de l’esquive.
Un homme accuse deux personnes d’être liées au régime iranien. Ces mêmes personnes sont inculpées de son meurtre. Et le mobile fait toujours l’objet d’une enquête. La phrase est techniquement correcte. Elle est aussi moralement insuffisante. Quand la victime a elle-même rédigé le scénario de sa propre mort, dire que le mobile reste flou revient à fermer les yeux devant un incendie en notant que la température est en cours de vérification.
Des « différends » — le mot le plus faible du dictionnaire
La sergente Fong a ajouté que la victime avait des différends avec les deux inculpés. Différends. Le mot qu’on utilise pour un désaccord entre voisins sur la hauteur d’une haie. Le mot qu’on emploie quand deux collègues ne s’entendent pas sur un projet. Pas le mot qu’on devrait utiliser quand un homme affirme sous serment que deux individus liés à un régime autoritaire cherchent à l’empoisonner.
Et pourtant, c’est ce mot qui a été choisi. Différends. Comme si nommer la réalité était plus dangereux que la réalité elle-même.
Le bras long de Téhéran n'est pas une métaphore
Une cartographie mondiale de la terreur extraterritoriale
Ce que le Canada découvre avec le meurtre de Massoud Masjoody, d’autres pays l’ont appris avant lui. L’Iran n’a jamais caché — ou plutôt, n’a jamais réussi à cacher — sa politique d’élimination des dissidents à l’étranger. Les services de renseignement occidentaux documentent depuis des décennies des opérations iraniennes sur sol européen, américain, et désormais canadien.
En 1992, des opposants kurdes iraniens sont abattus au restaurant Mykonos à Berlin. En 2018, les services français déjouent un attentat contre un rassemblement de l’opposition iranienne à Villepinte, en banlieue parisienne. La même année, un diplomate iranien en poste à Vienne est arrêté pour avoir commandité l’opération. En 2023, un complot iranien visant un dissident sur le sol américain est déjoué par le FBI.
Le Canada, angle mort de la sécurité des dissidents
Le Canada abrite une diaspora iranienne parmi les plus importantes au monde. Des centaines de milliers de personnes qui ont fui le régime, construit des vies nouvelles, élevé des enfants dans la liberté qu’ils n’avaient pas. Parmi eux, des voix critiques. Des militants. Des intellectuels. Des professeurs de mathématiques qui enseignent le jour et dénoncent l’oppression le soir.
Ces voix sont ciblées. Pas métaphoriquement. Physiquement. Et la question que pose la mort de Masjoody n’est pas de savoir si le régime iranien mène des opérations extraterritoriales — la réponse est documentée, archivée, prouvée. La question est de savoir pourquoi un homme qui avait formellement alerté les autorités est quand même mort.
La déclaration sous serment — anatomie d'un cri ignoré
Ce que contient le document du 12 novembre 2025
Une déclaration sous serment n’est pas un post sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas une intuition paranoïaque griffonnée sur un bout de papier. C’est un document juridique, signé devant un officier assermenté, dont le contenu engage la responsabilité pénale de son auteur en cas de fausse déclaration. Massoud Masjoody savait exactement ce qu’il faisait en signant ce document.
Il y affirmait avoir été averti que Razavi et Soltani cherchaient à se procurer une substance pour le tuer. Il y établissait un lien entre les deux individus et le pouvoir iranien. Il y décrivait une menace concrète, imminente, spécifique. Tout ce que les protocoles de protection exigent pour déclencher une intervention.
Le gouffre entre alerter et être protégé
Et pourtant. Entre le 12 novembre 2025 et le 2 février 2026 — date à laquelle l’enquête sur sa disparition a été ouverte — il ne s’est apparemment rien passé de suffisant pour empêcher sa mort. Le corps n’a été retrouvé que le 6 mars, à Mission, dans la vallée du Fraser. Un mois après l’ouverture de l’enquête sur sa disparition.
La question qui brûle n’est pas compliquée. Elle tient en neuf mots : qu’a-t-on fait entre le 12 novembre et le 2 février ? Qui a lu cette déclaration ? Qui l’a classée ? Qui a décidé que ce n’était pas assez urgent ? Qui a dormi tranquille pendant que Massoud Masjoody comptait ses derniers jours ?
Le meurtre au premier degré — ce que ça signifie juridiquement
Pas un accident, pas un crime passionnel
Au Canada, le meurtre au premier degré est la qualification la plus grave du Code criminel. Elle suppose la préméditation. Elle suppose la planification. Elle suppose que l’acte n’est pas un geste impulsif mais le résultat d’une décision froide, calculée, exécutée méthodiquement. La peine minimale est l’emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.
Quand la Couronne choisit cette qualification, elle affirme quelque chose de précis : ces deux personnes ont planifié la mort de Massoud Masjoody. Elles ont réfléchi. Elles ont préparé. Elles ont agi. Ce n’est pas un différend qui a dégénéré. C’est une exécution.
La question du commanditaire
Et c’est ici que l’affaire dépasse le cadre d’un dossier criminel ordinaire. Si Razavi et Soltani sont les exécutants, qui est le commanditaire ? La déclaration sous serment de Masjoody pointait vers Téhéran. L’enquête de la GRC n’a pas encore confirmé — ni infirmé — ce lien. Mais la question plane au-dessus du tribunal de Colombie-Britannique comme un nuage qu’aucun vent ne dissipe.
Un meurtre commandité par un État étranger sur sol canadien n’est pas un crime ordinaire. C’est un acte de guerre silencieuse. C’est une violation de souveraineté qui exige une réponse qui dépasse largement le cadre d’un procès pénal.
Le précédent Nijjar — la mémoire courte d'Ottawa
Juin 2023, Surrey, Colombie-Britannique
Hardeep Singh Nijjar, leader séparatiste sikh, est abattu devant un temple en juin 2023 à Surrey. Quelques mois plus tard, le premier ministre Justin Trudeau accuse publiquement l’Inde d’être impliquée dans l’assassinat. Crise diplomatique majeure. Expulsions de diplomates. Enquête fédérale. Le monde entier découvre que le Canada est un terrain de chasse pour les services de renseignement étrangers.
Trois ans plus tard, un autre homme est tué en Colombie-Britannique. Un autre dissident. Un autre assassinat ciblé. Un autre État étranger potentiellement impliqué. La seule différence : cette fois, la victime avait prévenu.
Un pattern qui devrait terrifier Ottawa
Deux assassinats ciblés de dissidents étrangers sur sol canadien en moins de trois ans. Deux États autoritaires potentiellement impliqués — l’Inde et l’Iran. Deux provinces, mais la même Colombie-Britannique. Le Canada n’est plus un havre de paix pour les dissidents du monde. Le Canada est devenu un terrain d’opérations pour les régimes qui considèrent que leurs frontières n’arrêtent pas leur droit de tuer.
Et pourtant, entre l’affaire Nijjar et l’affaire Masjoody, aucune réforme structurelle visible de la protection des dissidents sur sol canadien. Aucun programme spécifique. Aucune cellule dédiée. Comme si la leçon de 2023 avait été une parenthèse diplomatique plutôt qu’un signal d’alarme existentiel.
La diaspora iranienne entre la peur et la colère
Vivre libre mais jamais en sécurité
Il y a environ 400 000 Canadiens d’origine iranienne. Beaucoup ont quitté l’Iran après la révolution de 1979. D’autres après les répressions de 2009, de 2019, de 2022. Ils ont choisi le Canada pour sa promesse : ici, vous pouvez parler. Ici, vous pouvez critiquer. Ici, personne ne viendra vous chercher.
La mort de Masjoody fracture cette promesse. Chaque militant iranien au Canada se pose aujourd’hui la même question silencieuse, celle qu’on ne formule jamais à voix haute mais qui empêche de dormir : suis-je le prochain ? Mon nom est-il sur une liste ? Ma déclaration sous serment sera-t-elle, elle aussi, classée dans un tiroir jusqu’à ce qu’il soit trop tard ?
Le silence comme survie
Et c’est précisément l’objectif de la terreur extraterritoriale. Pas seulement tuer un homme. Faire taire tous les autres. Chaque assassinat de dissident envoie un message à des milliers d’autres : votre passeport canadien ne vous protège pas. Votre déclaration sous serment ne vous protège pas. Votre université ne vous protège pas. Rien ne vous protège.
Ce calcul fonctionne. Depuis la mort de Masjoody, des organisations de la diaspora iranienne rapportent une baisse de participation aux manifestations, une réticence accrue à s’exprimer publiquement, un repli vers l’anonymat. L’assassin n’a pas seulement tué un homme. Il a tué un peu de la liberté d’expression de toute une communauté.
La substance — le détail qui glace
Empoisonner plutôt que tirer
Dans sa déclaration sous serment, Masjoody ne parlait pas d’une arme à feu. Il parlait d’une substance. Le mot est vague par nécessité juridique — l’enquête est en cours. Mais il évoque un mode opératoire que les services iraniens connaissent bien. Le poison est l’arme des États qui veulent tuer sans laisser de traces visibles. L’arme de ceux qui veulent que la mort ressemble à un accident ou à une maladie soudaine.
Les services de renseignement russes ont utilisé du Novitchok contre Sergueï Skripal à Salisbury. Du polonium contre Alexandre Litvinenko à Londres. Les services nord-coréens ont utilisé du VX contre Kim Jong-nam à Kuala Lumpur. Le poison est la signature des régimes qui considèrent l’assassinat comme un instrument de politique étrangère.
La question médico-légale
Le corps de Masjoody a été retrouvé le 6 mars. L’enquête sur sa disparition avait été ouverte le 2 février. Un mois d’intervalle. Les résultats de l’autopsie et des analyses toxicologiques n’ont pas été rendus publics. La cause exacte de la mort reste officiellement indéterminée dans les communications publiques de la GRC.
Mais le fait que les procureurs aient choisi la qualification de meurtre au premier degré — et non de mort suspecte ou d’homicide involontaire — suggère que les preuves médico-légales sont suffisamment solides pour établir non seulement la cause criminelle du décès, mais aussi sa préméditation. Quelqu’un a planifié cette mort. Quelqu’un a fourni les moyens. Quelqu’un a exécuté.
Simon Fraser University — quand le campus devient un sanctuaire percé
Un professeur qui enseignait la logique dans un monde illogique
La Simon Fraser University, perchée sur la montagne Burnaby avec vue sur Vancouver, est l’une des universités les plus respectées de l’Ouest canadien. C’est là que Masjoody enseignait les mathématiques. C’est là qu’il était un professeur parmi d’autres, un homme avec un bureau, des étudiants, des copies à corriger. Un homme normal, si l’on oublie qu’il vivait avec une cible dans le dos.
Les universités canadiennes accueillent des milliers d’intellectuels en exil. Des professeurs qui ont fui des régimes autoritaires, qui ont choisi l’enseignement comme forme de résistance silencieuse. Ils transmettent le savoir au lieu de brandir des armes. Ils forment des esprits critiques dans des pays où la critique est un droit. Ils croient — parce qu’on leur a dit de croire — que le Canada les protège.
Le devoir de protection que personne ne revendique
Qui est responsable de la sécurité d’un professeur menacé par un État étranger ? L’université ? La police municipale ? La GRC ? Le Service canadien du renseignement de sécurité ? Le ministère des Affaires étrangères ? Quand tout le monde est responsable, personne n’est responsable. Et quand personne n’est responsable, un homme meurt.
La SFU n’a publié qu’une déclaration minimale. La GRC enquête. Le gouvernement fédéral n’a pas commenté le lien iranien potentiel. Et dans ce silence institutionnel, une vérité simple se dessine : le Canada n’a pas de mécanisme fonctionnel pour protéger les dissidents étrangers menacés par leur État d’origine.
Le silence d'Ottawa — entre prudence diplomatique et lâcheté structurelle
Quand nommer le problème est le problème
Après l’affaire Nijjar, Ottawa avait été contraint de nommer l’Inde. La preuve était accablante. La pression des médias, insoutenable. Le premier ministre avait parlé devant la Chambre des communes. Mais cette fois, le silence est assourdissant.
Aucun ministre n’a commenté la dimension iranienne potentielle de l’affaire Masjoody. Aucun député n’a posé de question en chambre. Aucune déclaration officielle n’a mentionné les opérations extraterritoriales iraniennes. Comme si nommer le problème risquait de le rendre réel, et qu’en ne le nommant pas, on pouvait faire semblant qu’il n’existe pas.
Le calcul diplomatique derrière le silence
Le Canada entretient des relations compliquées avec l’Iran depuis la fermeture de son ambassade à Téhéran en 2012. Les canaux diplomatiques sont limités. Les leviers de pression, quasi inexistants. Accuser publiquement l’Iran d’un assassinat sur sol canadien, c’est ouvrir un front diplomatique sans avoir les moyens de le tenir.
Et pourtant. La souveraineté d’un pays ne se négocie pas en fonction de la commodité diplomatique. Un citoyen ou résident canadien assassiné sur sol canadien par des agents présumés d’un État étranger — c’est une ligne rouge qui ne devrait admettre aucun calcul. Aucune nuance. Aucune prudence.
Ce que le monde devrait voir — et ce qu'il refuse de regarder
L’internationalisation de la répression comme norme
L’affaire Masjoody n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une tendance mondiale documentée par Freedom House sous le nom de transnational repression — la répression transnationale. Selon leur rapport de 2024, au moins 44 gouvernements dans le monde mènent des opérations de surveillance, d’intimidation ou d’élimination de dissidents à l’étranger.
La Chine opère des postes de police non officiels au Canada et en Europe. La Russie empoisonne des traîtres présumés à Londres. L’Arabie saoudite fait découper un chroniqueur du Washington Post dans son consulat à Istanbul. L’Iran poursuit ses opposants jusqu’en Colombie-Britannique. Le monde est devenu un espace où aucune frontière ne protège plus celui qui ose dire non.
La fiction de l’asile comme protection
Le droit d’asile repose sur un postulat fondamental : le pays d’accueil protège. Quand ce postulat s’effondre — quand un réfugié politique peut être assassiné dans son pays d’adoption par les agents de son pays d’origine — c’est tout l’édifice du droit international humanitaire qui vacille.
Masjoody n’a pas simplement perdu la vie. Il a perdu la promesse qui l’avait amené au Canada. Et avec lui, des milliers de dissidents iraniens, chinois, russes, saoudiens, perdent un peu de cette confiance fragile qui les maintenait debout.
Mission, Colombie-Britannique — géographie d'une mort annoncée
Soixante-dix kilomètres d’invisibilité
Mission est une petite ville de 40 000 habitants dans la vallée du Fraser, à une heure de route de Vancouver. Un endroit calme, rural, bordé par le fleuve. Le genre d’endroit où l’on disparaît facilement — dans les deux sens du terme. Où l’on vient recommencer une vie. Ou la terminer.
C’est là que le corps de Masjoody a été retrouvé le 6 mars. Un mois après l’ouverture de l’enquête sur sa disparition. Un mois pendant lequel un ancien professeur de mathématiques gisait quelque part entre Vancouver et le silence, pendant que le monde continuait de tourner sans remarquer son absence.
La temporalité qui accuse
Disparition signalée. Enquête ouverte le 2 février. Corps retrouvé le 6 mars. Inculpations le 13 mars. Première comparution le 16 mars. Révélation de la déclaration sous serment le même jour. Chaque date est un aveu. Un mois pour retrouver un corps à soixante-dix kilomètres de la troisième ville du Canada. Onze jours entre la découverte du corps et les inculpations.
La GRC a fait son travail — après. La question n’est pas l’efficacité de l’enquête post-mortem. La question est l’absence de prévention pré-mortem. La question est ce trou béant entre le 12 novembre 2025 et le jour où Massoud Masjoody a cessé de respirer.
Et si le système avait fonctionné
Le scénario alternatif qui hante
Imaginons un instant. Le 12 novembre 2025, Massoud Masjoody dépose sa déclaration sous serment. Un fonctionnaire la lit. La transmet au SCRS. Le Service canadien du renseignement de sécurité ouvre un dossier. Évalue la menace. Contacte la GRC. Un protocole de protection est activé. Les deux suspects sont placés sous surveillance. Masjoody reçoit un numéro d’urgence, un agent de liaison, peut-être une relocalisation temporaire.
Dans ce scénario, Masjoody est vivant aujourd’hui. Il corrige des copies. Il enseigne les probabilités. Il appelle sa famille. Il respire.
La différence entre un système qui existe et un système qui fonctionne
Le Canada a des institutions. Une police fédérale. Un service de renseignement. Des procédures. Des formulaires. Des déclarations sous serment. Tout l’appareillage d’un État de droit qui se respecte. Mais un appareil qui ne réagit pas quand on tire le signal d’alarme n’est pas un appareil — c’est un décor.
Et pourtant, il serait trop facile de blâmer un fonctionnaire particulier, un bureau particulier, une faille particulière. Le problème est systémique. Le Canada n’a pas de doctrine cohérente de protection des dissidents étrangers menacés par des États. Il gère au cas par cas. Il réagit après. Il déplore. Il inculpe. Mais il ne prévient pas.
La prochaine victime est déjà menacée
Un appel qui n’est pas rhétorique
Quelque part au Canada, en ce moment même, un dissident iranien reçoit un message menaçant. Un activiste ouïghour est photographié à son insu. Un opposant russe remarque une voiture garée trop longtemps devant chez lui. Un chroniqueur saoudien hésite avant de publier son prochain article.
Ces personnes existent. Elles sont réelles. Elles ont des noms, des familles, des vies qu’elles ont reconstruites brique par brique dans un pays qui leur avait promis la sécurité. Et elles regardent l’affaire Masjoody avec un mélange de terreur et de familiarité qui devrait empêcher de dormir tous les élus de la Chambre des communes.
Ce que le Canada doit faire — maintenant
Pas demain. Pas après le procès. Pas après les prochaines élections. Maintenant. Un registre fédéral des menaces extraterritoriales contre des résidents canadiens. Un protocole automatique de protection quand une déclaration sous serment identifie une menace d’État étranger. Un financement dédié pour la surveillance des réseaux d’agents étrangers. Une doctrine publique qui affirme, sans ambiguïté, que tuer un résident canadien sur sol canadien constitue un acte de guerre qui sera traité comme tel.
Massoud Masjoody a fait sa part. Il a alerté. Il a nommé. Il a signé. Le système lui devait une réponse. Le système lui doit désormais une réforme.
Un homme qui méritait mieux que neuf mots dans un communiqué
Le paradoxe final du mathématicien
Massoud Masjoody enseignait les mathématiques. La discipline de la certitude. La science qui transforme le doute en preuve. Toute sa vie professionnelle, il a montré à ses étudiants que chaque problème a une solution, que chaque équation peut être résolue, que la rigueur finit toujours par l’emporter sur le chaos.
Il est mort en découvrant que cette promesse ne s’applique pas au monde réel. Que l’on peut avoir toutes les preuves, déposer tous les documents, nommer tous les noms — et mourir quand même. Parce que le système censé protéger n’est pas un théorème. C’est une construction humaine, faillible, lente, parfois indifférente.
Ce qui reste quand le corps disparaît
Il reste une déclaration sous serment datée du 12 novembre 2025. Il reste deux noms qu’un homme a eu le courage d’écrire en sachant ce que ça lui coûterait. Il reste la preuve que Massoud Masjoody n’était pas naïf, n’était pas imprudent, n’était pas silencieux. Il était tout ce qu’un système démocratique demande à ses citoyens d’être : vigilant, courageux et confiant dans les institutions.
Les institutions lui ont manqué. Et maintenant, dans une salle d’audience de Colombie-Britannique, deux suspects confirment leur identité d’une voix neutre, et un juge fixe une date. Le 25 mars. Comme si la justice avait tout le temps du monde. Comme si Massoud Masjoody en avait eu, lui aussi.
Signé Jacques PJ Provost
Encadré de transparence
Méthodologie et positionnement
Cet article est une chronique d’analyse et d’opinion, fondée sur des faits vérifiés publiés par des sources journalistiques reconnues. Il ne constitue pas un reportage d’investigation original. L’auteur est un chroniqueur indépendant spécialisé en géopolitique et en affaires internationales.
Ce que cet article est — et ce qu’il n’est pas
Cette chronique interprète et contextualise des faits publiquement disponibles. Elle n’a pas accès aux pièces de l’enquête, aux résultats d’autopsie, ni aux communications internes de la GRC ou du SCRS. Les liens entre les suspects et le régime iranien sont allégués par la victime dans une déclaration sous serment et n’ont pas été confirmés par les autorités canadiennes à la date de publication.
Avertissement
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et sécuritaires contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le récit plus large de la répression transnationale. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs étatiques.
Toute évolution ultérieure de la situation — notamment les résultats de l’enquête de la GRC et les procédures judiciaires — pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
La Presse canadienne — Révélation de la déclaration sous serment de Massoud Masjoody — 16 mars 2026
Sources secondaires
Freedom House — Transnational Repression Report — 2024
BBC News — Canada accuses India of involvement in Sikh leader’s killing — 2023
Reuters — Iran’s extraterritorial operations targeting dissidents — 2024
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