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OPINION : 152 affrontements en un jour — et l’Occident regarde ailleurs
Crédit: Adobe Stock

Le seuil de l’indifférence

Il existe un mécanisme psychologique documenté par les chercheurs en sciences cognitives : la fatigue compassionnelle. L’exposition répétée à la souffrance d’autrui produit non pas une empathie croissante, mais une désensibilisation progressive. Le cerveau se protège. Il classe l’information dans la catégorie « déjà vu ». Il passe au sujet suivant. C’est un réflexe de survie individuel. Mais quand ce réflexe devient collectif — quand des sociétés entières cessent de réagir à 152 affrontements quotidiens — il cesse d’être un mécanisme de protection pour devenir une forme de complicité passive.

On l’a vu tellement souvent qu’on a arrêté de le voir. Les bulletins quotidiens de l’état-major ukrainien sont devenus du bruit de fond. Comme la météo. On les survole. On note vaguement que les chiffres sont « toujours élevés ». On passe à autre chose. À quel moment 152 affrontements en un jour sont devenus insuffisants pour mériter notre attention ? La question n’est pas rhétorique. Elle pointe vers quelque chose de profondément dysfonctionnel dans notre rapport collectif à cette guerre. La routine de l’atrocité est elle-même devenue une atrocité.


Je m’inclus dans ce constat. Je ne suis pas au-dessus de cette anesthésie. Il y a des jours où j’ai lu « 167 affrontements » sans que mon rythme cardiaque change d’un battement. C’est exactement ça, le problème. Non pas que nous soyons de mauvaises personnes. Mais que l’habitude est la pire des complicités — elle ne choisit rien, elle accepte tout. Et accepter 152 affrontements comme une information de routine, c’est déjà avoir perdu quelque chose d’essentiel.

Ce que Moscou a gagné sans combattre

La Russie n’a pas eu besoin de gagner sur le terrain pour remporter cette bataille-là. L’anesthésie morale occidentale est une victoire stratégique qui ne figure dans aucun communiqué militaire, mais qui pèse plus lourd que n’importe quelle conquête territoriale. Quand un conflit cesse de choquer, il cesse de mobiliser. Quand il cesse de mobiliser, les budgets d’aide deviennent des lignes budgétaires négociables. Quand les budgets deviennent négociables, les livraisons d’armes ralentissent. Quand les livraisons ralentissent, les hommes sur le terrain meurent davantage. La chaîne causale est implacable. Et elle commence ici, dans notre indifférence.

Poutine n’a jamais eu besoin de conquérir Paris ou Berlin. Il lui suffisait de nous lasser. De rendre la guerre assez longue, assez répétitive, assez monotone pour que nos sociétés passent à autre chose. Et nous sommes en train de lui donner exactement ce qu’il voulait. Pas par malveillance. Par saturation. Ce qui, dans les résultats, revient strictement au même.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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