Une guerre qui rappelle une autre
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes aériennes surprises contre de multiples sites à travers l’Iran. Près de 900 frappes en 12 heures. Les cibles : les missiles iraniens, les défenses antiaériennes, les infrastructures militaires, le leadership politique. Le Guide suprême Ali Khamenei a été tué dans les premières heures. Le chef d’état-major Abdolrahim Mousavi et l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad ont également péri. En une nuit, la structure de commandement iranienne a été décapitée. Puis le lendemain, le surlendemain, et les jours suivants, la réalité a repris ses droits. L’Iran n’a pas capitulé. L’Iran a riposté.
Au 5 mars 2026, selon l’agence Fars News, l’Iran avait tiré plus de 500 missiles balistiques et navals et près de 2 000 drones depuis le début des hostilités. Quarante pour cent de ces tirs visaient Israël. Soixante pour cent ciblaient les installations américaines dans la région. Au 16 mars, le ministère iranien de la Santé rapportait au moins 1 444 morts et 18 551 blessés du côté iranien. En Israël, au moins 15 personnes avaient été tuées et plus de 3 369 blessées par les frappes iraniennes de représailles. La guerre éclair promise par certains stratèges s’est transformée, dix-sept jours après les premières bombes, en un conflit régional dont personne ne voit la fin.
Je regarde ces chiffres et je pense à tous ceux qui, à Washington comme à Tel-Aviv, ont cru que décapiter un régime suffisait à soumettre un peuple. L’histoire ne leur a donc rien appris. L’Irak ne leur a rien appris. L’Afghanistan ne leur a rien appris. Et maintenant, l’Iran ne leur apprend toujours rien.
Le schéma qui se répète
Le parallèle avec la Russie en Ukraine est saisissant. Dans les deux cas, une puissance militaire supérieure lance une offensive éclair avec la certitude de vaincre rapidement. Dans les deux cas, la résistance dépasse toutes les prévisions. Dans les deux cas, l’opération chirurgicale se transforme en guerre d’usure et les victimes civiles s’accumulent. La différence : la Russie a eu quatre ans pour comprendre cette leçon. Les États-Unis et Israël n’en sont qu’au dix-septième jour.
L'ambassadeur Kelin et l'aveu involontaire
Les mots qui trahissent
Ce n’est pas seulement Lavrov qui a pris la parole. L’ambassadeur de Russie au Royaume-Uni, Andrey Kelin, a déclaré à CNBC que l’intervention américaine en Iran est une « mésaventure » dont les objectifs et la stratégie de sortie restent flous. Il a ajouté que la Russie éprouve « beaucoup de sympathie » envers Téhéran et que la meilleure issue serait que cette guerre « ne fasse que montrer à quel point elle est insensée ». Des mots lourds de sens. Des mots qui, dans un autre contexte — celui de l’Ukraine — pourraient s’appliquer mot pour mot à l’opération spéciale lancée par Moscou en février 2022.
Et pourtant, Kelin n’a pas semblé saisir l’ironie de sa propre déclaration. Une mésaventure sans stratégie de sortie — n’est-ce pas exactement la définition de la guerre russe en Ukraine ? Une intervention censée durer quelques jours, devenue un bourbier de quatre ans, avec des pertes humaines colossales des deux côtés et aucune fin en vue ? Quand Kelin parle d’absence de stratégie de sortie pour les Américains en Iran, il dresse involontairement le portrait-robot de la politique russe en Ukraine.
Il y a des moments où la diplomatie produit des chefs-d’oeuvre d’ironie involontaire. Celui-ci en est un. Et je ne peux m’empêcher de penser que quelque part à Kyiv, quelqu’un a lu ces déclarations et a souri — d’un sourire amer, certes, mais un sourire tout de même.
La sympathie à géométrie variable
Vladimir Poutine a envoyé un message à Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême iranien, lui offrant son « soutien indéfectible » et affirmant que la Russie « a été et restera le partenaire fiable de la République islamique ». Ces mots sont calibrés. Ils servent un double objectif : solidifier l’alliance Moscou-Téhéran face à l’Occident, et se positionner en défenseur des nations agressées par les États-Unis. La Russie, agresseur en Ukraine, se transforme en protecteur de l’Iran. L’inversion des rôles est complète. Le prédateur se déguise en berger.
La mémoire du monde contre la propagande du Kremlin
Simonyan et la prophétie avortée
Revenons un instant à Margarita Simonyan. Le 11 avril 2021, sur le plateau de l’émission « Sunday Night with Vladimir Solovyev » diffusée sur Rossiya-1, la directrice de RT a affirmé avec une assurance absolue : dans une guerre chaude, nous battrons l’Ukraine en deux jours. Cette phrase est devenue l’emblème de l’arrogance russe. Le symbole d’un régime tellement enfermé dans sa propre propagande qu’il a fini par y croire. Simonyan n’était pas seule dans cette illusion. Toute la machine médiatique russe, tout l’appareil militaire, tout le cercle rapproché de Poutine partageait cette conviction. L’Ukraine allait tomber comme un fruit mûr.
Nous sommes en mars 2026. L’Ukraine tient toujours. Les forces armées ukrainiennes résistent depuis quatre ans. Le conflit a fait des centaines de milliers de victimes des deux côtés. L’économie russe subit le poids des sanctions occidentales. Et Peskov admet que les objectifs n’ont pas été « pleinement atteints ». Le mot « pleinement » est un euphémisme de taille. Car en réalité, aucun des objectifs majeurs de l’invasion initiale n’a été atteint. Kyiv n’est pas tombée. Le gouvernement Zelensky n’a pas été renversé. L’Ukraine n’a pas été « dénazifiée », pour reprendre le terme grotesque utilisé par le Kremlin.
Deux jours, disaient-ils. Deux jours. On en est à plus de mille quatre cents. Et chacun de ces jours est une gifle au visage de ceux qui prétendaient savoir comment se terminerait cette guerre. Chacun de ces jours est une leçon d’humilité que la Russie refuse d’apprendre.
La projection comme stratégie de survie narrative
Ce que fait Lavrov quand il pointe les erreurs américaines en Iran porte un nom en psychologie : la projection. Transférer sur autrui ses propres failles, ses propres échecs, ses propres erreurs de jugement. La Russie ne peut pas admettre publiquement que son invasion de l’Ukraine était une erreur de calcul catastrophique. Alors elle identifie la même erreur chez les autres et la dénonce bruyamment. La stratégie est limpide : si tout le monde commet des erreurs de calcul, alors personne n’est vraiment coupable. Le Kremlin noie son propre échec dans l’universalisation du fiasco.
Le prix de l'arrogance militaire
Des cadavres des deux côtés de l’équation
Que ce soit en Ukraine ou en Iran, l’arrogance militaire produit les mêmes résultats : des morts. Des civils qui n’ont rien demandé. Des soldats envoyés au front sur la base de calculs erronés. Des villes bombardées. Des infrastructures détruites. Des vies brisées. Le 13 mars 2026, l’armée israélienne estimait que entre 3 000 et 4 000 soldats et commandants iraniens avaient été tués depuis le début de l’offensive. Le lendemain, l’Organisation Hengaw pour les droits humains portait ce chiffre à plus de 4 400 membres des forces militaires iraniennes. Et il y a les civils — comme les 170 personnes tuées quand un missile a frappé une école de filles adjacente à une base navale à Minab.
Et pourtant, à Moscou, on commente avec la distance polie d’un observateur désintéressé. Comme si Marioupol n’avait pas existé. Comme si Boutcha n’avait pas existé. Comme si les frappes russes n’avaient pas visé hôpitaux, écoles et centrales électriques en Ukraine. La Russie verse des larmes de crocodile sur les victimes iraniennes tout en continuant de produire des victimes ukrainiennes chaque jour.
À chaque fois qu’un dirigeant russe exprime sa « sympathie » pour un peuple bombardé, je pense aux enfants de Kramatorsk. Aux familles de Kherson sous les obus. À ceux de Kharkiv qui dorment dans les métros. La sympathie russe est un concept élastique — elle s’étend partout sauf là où la Russie elle-même est l’agresseur.
L’équation impossible de la crédibilité
Comment un pays qui a lancé la plus grande guerre terrestre en Europe depuis 1945 peut-il se poser en arbitre moral des conflits internationaux ? Comment Lavrov peut-il dénoncer une agression militaire tout en servant un régime qui en mène une depuis quatre ans ? La réponse est simple : il ne le peut pas. Pas auprès de ceux qui ont de la mémoire. Pas auprès de ceux qui refusent l’amnésie programmée. Mais la Russie ne s’adresse pas à ces gens-là. Elle s’adresse au Sud global, aux pays qui gardent une méfiance historique envers l’Occident, aux nations qui voient dans l’intervention en Iran une nouvelle preuve de l’impérialisme américain. Et dans ce contexte précis, le message de Moscou trouve un écho.
Le détroit d'Ormuz et la carte pétrolière
Quand la géopolitique croise l’économie
La guerre en Iran n’est pas qu’un conflit militaire. C’est une bombe économique. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, est devenu une zone de combat. Au 11 mars, trois navires cargo avaient été touchés au large des côtes iraniennes, dont un dans le détroit lui-même. Trump a exhorté le monde à maintenir le détroit ouvert. L’Allemagne a exprimé son scepticisme quant à une mission navale. Et la Russie observe, calcule, et se prépare à tirer profit du chaos pétrolier. Car chaque baril qui ne passe plus par Ormuz fait monter les prix. Et chaque hausse des prix du pétrole est une bouffée d’oxygène pour l’économie russe asphyxiée par les sanctions.
C’est ici que le cynisme russe atteint son apogée. Moscou dénonce la guerre en Iran tout en en tirant un bénéfice économique direct. L’instabilité au Moyen-Orient fait grimper les cours du brut. Les exportations russes de pétrole et de gaz deviennent plus précieuses. Le Kyiv Independent a d’ailleurs rapporté que la guerre Israël-Iran pourrait fournir le coup de pouce économique dont la Russie a besoin pour continuer son combat contre l’Ukraine. La condamnation morale de Lavrov n’est pas un acte de conscience. C’est un investissement stratégique.
Suivez l’argent. Toujours. Quand Moscou verse des larmes pour l’Iran, regardez le cours du baril. Quand Lavrov parle de « miscalculation », écoutez le bruit des caisses enregistreuses du Kremlin. La géopolitique est un théâtre. Le pétrole est le vrai script.
L’Europe prise en étau
L’Union européenne, de son côté, a averti qu’un retour à l’énergie russe serait une « erreur stratégique ». Mais Moscou sent le sang. Les prix de l’énergie qui montent, les approvisionnements qui se compliquent, les économies européennes qui souffrent — tout cela joue en faveur du Kremlin. La guerre en Iran est, pour la Russie, à la fois un repoussoir rhétorique et une opportunité économique. Et Lavrov joue les deux tableaux avec la virtuosité d’un homme qui a passé sa vie à mentir avec élégance.
La Russie fournisseur d'armes de l'Iran
Les drones Shahed et le double jeu
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré que la Russie fournissait des drones Shahed à l’Iran pour frapper les forces américaines et israéliennes. L’information, rapportée par Euronews, ajoute une couche supplémentaire à l’hypocrisie russe. D’un côté, Lavrov se pose en médiateur potentiel, annonçant la disponibilité de Moscou pour aider à résoudre la crise. De l’autre, la Russie arme activement l’Iran contre les États-Unis et Israël. La main gauche offre la paix pendant que la main droite charge les drones.
Quand l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, a soulevé la question, la Russie a assuré ne pas avoir partagé de renseignements avec l’Iran. Un démenti que personne n’a pris au sérieux. Les drones Shahed, technologie iranienne utilisée massivement par la Russie en Ukraine, repartent vers Téhéran dans un circuit fermé de destruction mutuelle. Le serpent se mord la queue.
Un médiateur qui fournit des armes à l’une des parties. Un arbitre qui marque des buts. C’est ainsi que fonctionne la diplomatie russe en 2026 — un oxymore permanent, une contradiction vivante, un affront quotidien à l’intelligence de ceux qui observent.
L’alliance des parias
La Russie et la Chine ont conjointement élevé la voix contre les frappes américano-israéliennes. Moscou et Pékin construisent un front anti-occidental, utilisant chaque conflit comme preuve de l’impérialisme américain. Le Kremlin ne cherche pas à résoudre la crise iranienne. Il cherche à l’instrumentaliser.
Le jour où la Russie ne s'est pas montrée pour l'Iran
Les promesses et la réalité
Mais il y a un autre aspect de cette histoire que Lavrov préfère ne pas mentionner. Le Kyiv Independent a publié un article au titre révélateur : « Le jour où la Russie ne s’est pas montrée pour l’Iran ». Car malgré les déclarations de soutien indéfectible, malgré les messages à Mojtaba Khamenei, malgré la rhétorique anti-américaine, la Russie n’a pas bougé militairement pour défendre son allié iranien. Pas d’intervention directe. Pas de soutien aérien. Pas de déploiement de troupes. Les mots étaient forts. Les actes, absents.
La raison est simple : la Russie n’en a pas les moyens. Ses forces armées sont mobilisées en Ukraine. Ses ressources militaires sont tendues à l’extrême. L’erreur de calcul initiale en Ukraine — celle dont Lavrov refuse de parler — a englouti la capacité de la Russie à projeter sa puissance ailleurs dans le monde. Le pays qui se voulait superpuissance militaire est devenu un géant enlisé, incapable d’honorer ses alliances autrement que par des communiqués de presse et des livraisons de drones. L’ironie est complète : c’est précisément l’erreur de calcul russe en Ukraine qui empêche la Russie de jouer un rôle significatif dans la crise iranienne.
Quand vos propres erreurs de calcul vous empêchent de soutenir votre allié, et que vous passez votre temps à critiquer les erreurs de calcul des autres — il y a un mot pour ça. Ce mot, c’est la faillite. Pas seulement militaire. Morale.
Le partenaire fiable qui ne peut rien garantir
Poutine a promis à l’Iran d’être un « partenaire fiable ». Mais que vaut la fiabilité d’un pays qui ne peut même pas atteindre ses propres objectifs militaires après quatre ans de guerre ? Que vaut la parole d’un président dont les généraux lui ont promis Kyiv en deux jours et qui, mille quatre cents jours plus tard, se bat encore pour quelques kilomètres dans le Donbass ? La Russie est un partenaire fiable de la même manière qu’un homme couvert de dettes est un garant fiable pour un prêt immobilier.
L'Ukraine observe et apprend
Zelensky et le calcul diplomatique
Pendant que Lavrov donne des leçons et que Poutine envoie des messages de soutien à Téhéran, l’Ukraine observe. Et calcule. Le président Zelensky a soutenu l’intervention américano-israélienne en Iran, espérant en tirer un avantage diplomatique auprès de Trump. La stratégie est claire : se montrer un allié fidèle des États-Unis dans leur conflit avec l’Iran pour obtenir davantage de soutien militaire et politique dans son propre combat contre la Russie. L’Ukraine joue aux échecs pendant que la Russie joue au poker — et les deux parties savent que la guerre en Iran redistribue les cartes.
Et pourtant, le risque est réel pour Kyiv. Si la guerre en Iran s’enlise, les ressources américaines pourraient se détourner de l’Ukraine. Munitions, systèmes de défense, aide financière — tout pourrait être redirigé vers le Moyen-Orient. Et c’est peut-être la véritable raison pour laquelle Moscou dénonce la guerre en Iran avec tant de véhémence : non par solidarité avec Téhéran, mais parce que ce conflit a le potentiel d’affaiblir le soutien occidental à l’Ukraine.
La géopolitique est un jeu de dominos. Chaque pièce qui tombe en entraîne une autre. Et dans ce jeu, l’Ukraine est le domino que personne ne doit laisser tomber — même quand le Moyen-Orient brûle.
Le piège de la division de l’attention
Le monde n’a pas la capacité de gérer deux guerres majeures simultanément. Les ressources sont finies. L’attention politique est finie. Et la Russie compte là-dessus. Chaque missile tiré sur Téhéran est un missile qui aurait pu être livré à Kyiv. Lavrov ne dénonce pas la guerre en Iran par conviction morale. Il la dénonce parce qu’elle sert les intérêts stratégiques russes en Ukraine.
Les négociations de paix en suspens
L’impact sur le front ukrainien
Le Kyiv Post a publié une analyse éclairante sur l’impact de la guerre américano-israélo-iranienne sur les négociations de paix russo-ukrainiennes. La conclusion est sans appel : le conflit en Iran complique considérablement toute tentative de résolution du conflit en Ukraine. L’attention de Washington est divisée. Les priorités diplomatiques se redistribuent. Et la Russie, paradoxalement, obtient ce qu’elle cherche depuis longtemps : un monde trop distrait pour maintenir la pression sur Moscou.
Et pourtant, la Russie elle-même n’est pas épargnée par les conséquences de cette situation. Si la guerre en Iran se prolonge, les risques pour Moscou augmentent aussi. Iran International a rapporté que si la Russie tire des bénéfices à court terme du conflit iranien, un enlisement prolongé pourrait lui nuire. La hausse des prix du pétrole a une limite au-delà de laquelle elle provoque une récession mondiale — et la Russie, malgré son isolement partiel, n’est pas imperméable aux chocs économiques globaux. Le Kremlin joue avec le feu. Littéralement.
Il y a un vieux proverbe russe qui dit : celui qui creuse une fosse pour autrui y tombe lui-même. Moscou ferait bien de s’en souvenir. Car les dividendes de la guerre des autres sont aussi volatils que les cours du pétrole — et personne ne contrôle le marché.
Le cessez-le-feu que personne ne veut
Le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré que Téhéran ne cherche pas un cessez-le-feu, mais que la guerre doit néanmoins prendre fin. Ali Larijani a ajouté que le conflit ne s’arrêtera pas avant que les ennemis de l’Iran ne regrettent leur « grave erreur de calcul ». Encore ce mot. Erreur de calcul. Répété par Téhéran. Répété par Moscou. Martelé comme un mantra. Sauf que pour la Russie, ce mot est un boomerang — il revient toujours, inévitablement, frapper celui qui l’a lancé.
Le nucléaire, victime collatérale
Le régime de non-prolifération en lambeaux
Lavrov a averti que les frappes récentes avaient gravement endommagé l’autorité du régime de non-prolifération nucléaire. Sur ce point, il n’a pas tort. Juste avant les frappes du 28 février, le ministre des Affaires étrangères d’Oman, Badr Al-Busaidi, avait annoncé une « percée » : l’Iran avait accepté de ne jamais constituer de stocks d’uranium enrichi et de se soumettre à une vérification complète de l’AIEA. Les pourparlers devaient reprendre le 2 mars. Ils n’ont jamais eu lieu. Les bombes ont parlé avant la diplomatie.
Quel État acceptera encore de négocier son programme nucléaire si la diplomatie peut être anéantie par des frappes aériennes du jour au lendemain ? Lavrov exploite cette réalité à des fins de propagande. Mais la réalité reste vraie, indépendamment de celui qui la prononce. Et c’est ce qu’il y a de plus dangereux : même un menteur peut dire la vérité quand elle sert ses intérêts.
Quand la diplomatie meurt sous les bombes, c’est toute l’architecture de la paix mondiale qui tremble. Et quand c’est un agresseur qui le fait remarquer, personne ne sait plus à qui faire confiance. C’est exactement là où nous en sommes — dans un monde où les menteurs disent parfois la vérité, et où la vérité ne sert plus personne.
Le précédent qui hante
Ce n’est pas la première fois qu’un accord diplomatique est dynamité par une action militaire. La Libye de Kadhafi avait renoncé à son programme nucléaire en 2003 — le régime a été renversé en 2011. La Corée du Nord observe et renforce son arsenal. Chaque accord violé est un argument pour ceux qui préfèrent la bombe à la négociation. La Russie, puissance nucléaire, a tout intérêt à ce que le régime de non-prolifération s’effrite.
Quatre ans d'erreurs russes que Lavrov veut faire oublier
Le catalogue des fiascos
Dressons la liste, puisque Lavrov l’a oubliée. Février 2022 : opération spéciale lancée, Ukraine censée tomber en jours. Mars 2022 : échec devant Kyiv, repli. Avril 2022 : les massacres de Boutcha révélés. Septembre 2022 : contre-offensive ukrainienne dans la région de Kharkiv. Novembre 2022 : retrait de Kherson. Puis un front figé, des avancées minuscules, une guerre d’attrition qui saigne les deux pays.
Et Lavrov, le 16 mars 2026, ose parler d’erreur de calcul. Il ose. Car c’est l’homme qui a répété pendant des mois que la Russie ne préparait aucune invasion, que les troupes massées aux frontières n’étaient que des exercices. Cet homme-là donne des leçons de lucidité stratégique. Le théâtre de l’absurde n’a jamais eu meilleur acteur.
Je ne demande pas à Lavrov d’être honnête — ce serait lui demander l’impossible. Je demande simplement au monde de ne pas être dupe. De se souvenir. De comparer les paroles et les actes. De mesurer l’abîme entre ce que la Russie dit et ce que la Russie fait. Cet abîme a un nom : il s’appelle l’Ukraine.
La réécriture de l’histoire en temps réel
CNN a rapporté en février 2026 que la Russie paie encore le prix d’une erreur de calcul fatale. Newsweek a documenté comment la télévision d’État russe nie désormais avoir cru que Kyiv tomberait en trois jours — malgré les enregistrements, les citations, les preuves. Du négationnisme en temps réel. Et pendant que la Russie réécrit son passé, elle commente le présent des autres avec l’assurance de l’innocent.
Le monde regarde, et le monde se souvient
La mémoire comme arme de résistance
Face à cette offensive rhétorique, la meilleure arme reste la mémoire. Se souvenir que Simonyan a dit « deux jours ». Que Peskov a admis l’échec. Que Lavrov a menti sur l’invasion avant qu’elle ne commence. Que la Russie a utilisé les mêmes drones Shahed qu’elle fournit à l’Iran pour bombarder les villes ukrainiennes. La mémoire est la seule chose que la propagande ne peut pas bombarder.
Et pourtant, dénoncer l’hypocrisie russe ne signifie pas approuver l’intervention en Iran. Les deux choses peuvent être vraies simultanément : la Russie est hypocrite, et la guerre en Iran pose de sérieuses questions sur le droit international, la proportionnalité des frappes et l’avenir de la non-prolifération. Refuser le manichéisme est un acte d’intelligence. Le monde n’est pas divisé entre bons et méchants — il est peuplé d’acteurs qui poursuivent leurs intérêts en se drapant dans la morale.
Je refuse de choisir entre l’hypocrisie russe et l’interventionnisme américain. Je refuse ce faux dilemme. Mon rôle de chroniqueur est de pointer les contradictions de tous les camps — sans exception, sans complaisance, sans calcul. La vérité n’a pas de camp. Elle n’a que des faits.
L’échiquier mondial en recomposition
Deux guerres majeures simultanées — en Ukraine et en Iran — ont achevé de fragmenter l’ordre international. La Russie utilise la guerre en Iran pour détourner l’attention. Les États-Unis tentent de gérer deux fronts. L’Europe hésite entre ses principes et ses intérêts énergétiques. Et les peuples — iranien, ukrainien — paient le prix de ces calculs géopolitiques.
Le vertige de l'absurde
Une diplomatie sans crédibilité
Lavrov a annoncé que Moscou était prêt à servir de médiateur dans la crise iranienne. Un pays en guerre depuis quatre ans, accusé de crimes de guerre par la Cour pénale internationale, sous sanctions de la moitié de la planète, qui propose de servir de médiateur. C’est comme demander à un incendiaire de diriger le service des pompiers — pendant qu’il tient encore la torche dans la main.
La Russie n’a jamais laissé la logique entraver sa diplomatie. Depuis 2022, Moscou prétend négocier la paix en Ukraine tout en bombardant des civils. Depuis 2026, elle prétend vouloir la paix en Iran tout en fournissant des drones à Téhéran. Le seul critère de la politique étrangère russe, c’est l’opportunisme.
Si la diplomatie internationale était un tribunal, Lavrov serait l’accusé qui donne des conseils au juge. Et le plus effrayant, c’est que certains l’écoutent. Certains hochent la tête. Certains prennent des notes. L’absurde, quand il est répété assez souvent, finit par ressembler à la normalité.
Le monde qui vient
Ce que révèle cette séquence — Lavrov qui moralise, Poutine qui soutient l’Iran, les drones Shahed qui circulent entre Moscou et Téhéran — c’est un monde où les règles n’existent plus que pour ceux qui n’ont pas les moyens de les briser. Un monde où les erreurs de calcul se mesurent en cadavres. Un monde où un ministre peut accuser les autres de ses propres péchés sans rencontrer qu’un haussement d’épaules.
Conclusion : L'erreur de calcul que personne ne veut admettre
Le miroir brisé de la géopolitique
Lavrov a raison sur un point — un seul. Les erreurs de calcul sont mortelles. Elles tuent à Téhéran comme elles tuent à Kharkiv. Elles détruisent des vies à Minab comme elles en ont détruit à Boutcha. Elles fracturent des nations et empoisonnent des générations. Mais l’erreur de calcul la plus dévastatrice de toutes, celle que Lavrov ne nommera jamais, c’est celle qui a convaincu le Kremlin, en février 2022, que l’Ukraine n’existait pas vraiment en tant que nation. Que les Ukrainiens ne se battraient pas. Que le monde ne réagirait pas. Cette erreur de calcul originelle a engendré toutes les autres.
Et maintenant, le même régime qui a englouti des centaines de milliers de vies dans son erreur, qui a ramené la guerre en Europe — ce régime pointe du doigt les États-Unis et Israël et dit : vous vous êtes trompés. L’arrogance est vertigineuse. Le cynisme, abyssal. Et entre les bombes sur l’Iran et les bombes sur l’Ukraine, des êtres humains meurent pendant que des diplomates se donnent des leçons.
La question qui reste
La vraie question n’est pas de savoir qui a raison entre Moscou et Washington. La vraie question est simple : combien d’erreurs de calcul le monde peut-il encore absorber avant de se briser ? Combien de « deux jours » qui deviennent quatre ans, combien de « quelques heures » qui deviennent des mois, avant que l’humanité n’apprenne ? La réponse, je le crains, est que nous ne l’apprendrons pas. Car ceux qui décident des guerres ne sont jamais ceux qui les subissent.
Je termine ces lignes avec une certitude amère : Lavrov parlera encore demain. Il critiquera encore. Il pointera encore les erreurs des autres. Et pendant ce temps, en Ukraine comme en Iran, des gens mourront de ces erreurs de calcul que personne — personne — ne veut admettre comme siennes. L’histoire jugera. Mais les morts, eux, n’auront pas le luxe de lire le verdict.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
Four years on, Russia is still paying for a fatal miscalculation in Ukraine — CNN — 21 février 2026
Russia gains from Iran war but risks more if it drags on — Iran International — 12 mars 2026
The day Russia didn’t show up for Iran — Kyiv Independent — mars 2026
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