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OPINION : Le détroit d’Ormuz, ce goulet où l’Occident a choisi de s’étrangler lui-même
Crédit: Adobe Stock

Les chiffres qui brûlent

Vingt pour cent du pétrole mondial. On lance le chiffre comme une abstraction. Alors incarnons-le. C’est environ vingt et un millions de barils par jour. C’est ce qui fait tourner les usines japonaises, chauffer les foyers sud-coréens, rouler les camions européens. Quand ce flux s’arrête, c’est un chauffeur routier à Varsovie qui regarde le prix du diesel monter. C’est un boulanger à Lyon dont le coût de la farine explose parce que un tiers du commerce mondial d’engrais transite par ce même détroit. C’est une mère de famille à Lisbonne qui choisit entre le chauffage et les courses.

Le Qatar a vu ses installations gazières attaquées par des drones iraniens le 2 mars. QatarEnergy a annoncé l’arrêt total de la production. L’Europe, qui avait commencé l’année avec des stocks de gaz à 46 milliards de mètres cubes — contre 60 en 2025 et 77 en 2024 — s’est retrouvée face à un scénario que ses analystes qualifiaient d’improbable six mois plus tôt. Oxford Economics a modélisé un scénario à 140 dollars le baril pendant deux mois : la zone euro, le Royaume-Uni et le Japon basculent en récession.


On l’a vu tellement souvent qu’on a arrêté de le voir. Les experts qui agitent le spectre d’Ormuz. Les rapports qui modélisent la catastrophe. Tout ça existait avant le 28 février. Et pourtant. Personne n’a bougé. Personne n’a constitué de réserves stratégiques supplémentaires. L’anesthésie morale ne concerne pas que les guerres lointaines. Elle concerne aussi notre propre vulnérabilité énergétique. On savait. On avait arrêté de le voir.

La dépendance comme choix politique

La vulnérabilité européenne n’est pas un accident. C’est le résultat de trente ans de non-décisions. Chaque pipeline non construit, chaque terminal GNL retardé, chaque programme nucléaire abandonné a ajouté un fil à la toile de dépendance énergétique dans laquelle l’Europe s’est emprisonnée. On a fermé des centrales nucléaires en Allemagne. On a signé des contrats gaziers accessibles uniquement via des goulets d’étranglement géopolitiques. Et aujourd’hui, quand le goulet se ferme, on découvre — avec une surprise qui frise l’indécence — qu’on n’a pas de plan B.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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