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RÉCIT : La nuit où cinq drones ont frappé le coeur de l’aviation russe à Oulianovsk
Crédit: Adobe Stock

Un titan industriel hérité de l’Union soviétique

Pour mesurer la portée de cette attaque, il faut d’abord comprendre ce qu’est Aviastar-SP. Cette usine aéronautique n’est pas un simple hangar de montage. C’est l’un des plus grands complexes de production aéronautique au monde, un héritage direct de la puissance industrielle soviétique, un monstre de béton et d’acier qui s’étend sur des centaines d’hectares aux abords d’Oulianovsk. Fondée à l’époque où l’URSS rivalisait avec les États-Unis dans la course aux cieux, l’usine a été conçue pour produire en série les avions de transport stratégique les plus imposants jamais construits. C’est ici qu’ont été assemblés les An-124 Ruslan, ces géants capables de transporter des chars de combat dans leurs ventres béants. C’est ici que la Russie moderne continue de fabriquer les Il-76MD-90A, colonne vertébrale de son aviation de transport militaire.

L’Il-76MD-90A est bien plus qu’un avion. C’est le cheval de trait de l’armée de l’air russe. Sans lui, pas de projection de forces. Pas de livraisons massives de matériel sur les théâtres d’opérations lointains. Pas de parachutages de troupes. Pas de ravitaillement aérien via sa variante Il-78M-90A, le tanker volant qui permet aux bombardiers stratégiques russes de frapper loin, très loin de leurs bases. Chaque Il-76 qui sort des chaînes d’Aviastar représente des mois de travail, des millions de dollars, et une capacité militaire irremplaçable à court terme. Et c’est précisément cette capacité que les drones ukrainiens sont venus menacer.


On parle souvent de la guerre en termes de lignes de front, de tranchées, de villages pris et repris. Mais la vraie guerre, celle qui décide de tout, se joue dans les usines. Frapper une chaîne de production, c’est frapper le futur militaire d’un pays. Les Ukrainiens l’ont compris avant tout le monde.

L’entretien des géants : les An-124 Ruslan

Aviastar ne se contente pas de fabriquer des avions neufs. L’usine est également le seul centre de maintenance majeur pour les An-124 Ruslan, ces mastodontes aériens dont la Russie possède encore une flotte réduite mais stratégiquement vitale. L’An-124 est le deuxième plus gros avion-cargo au monde, derrière le défunt An-225 Mriya — celui-là même que les forces russes ont détruit à Hostomel lors des premiers jours de l’invasion de l’Ukraine, dans un acte de vandalisme militaire qui a horrifié les passionnés d’aviation du monde entier. Sans Aviastar, les Ruslan restants ne peuvent pas voler. Sans maintenance, ces géants deviennent des carcasses immobiles. Frapper Aviastar, c’est donc frapper deux fois : la production du présent et la survie du passé.

La Russie le sait. En 2024, l’usine avait organisé des exercices de défense civile simulant précisément un scénario d’attaque par drones. Ce détail, révélé après l’attaque du 16 mars, en dit long. Le commandement militaire russe anticipait cette menace. Il s’y préparait. Les systèmes de défense antiaérienne avaient été renforcés. Les protocoles d’évacuation avaient été répétés. Et malgré tout cela, les drones sont passés. Malgré les radars, malgré les batteries de missiles sol-air, malgré les brouilleurs électroniques, cinq engins ont franchi 800 kilomètres de territoire russe pour venir frapper le joyau de l’industrie aéronautique du pays.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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