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TÉMOIGNAGE : Ils labourent sous les bombes, et personne ne regarde leurs mains
Crédit: Adobe Stock

Quand chaque litre de carburant vaut une décision de vie ou de mort

Je vais vous raconter ce que personne ne raconte dans les rapports ministériels. Le prix du diesel. Pour une exploitation de mille hectares, à raison de soixante-dix litres par hectare, la hausse du carburant représente 1,4 million de hryvnias supplémentaires. Un million quatre cent mille. Pour du gasoil. Juste pour pouvoir mettre un tracteur dans un champ. Avant même de parler de semences, d’engrais, de produits phytosanitaires, de main-d’œuvre. Avant même de parler de ce qu’on va récolter, si on récolte. Quand j’étais jeune, mon père me disait que le fermier ukrainien était le plus riche et le plus pauvre des hommes. Riche parce qu’il possède la meilleure terre du monde. Pauvre parce que tout le monde veut la lui prendre. Il avait raison. La Russie veut notre terre. Les marchés mondiaux veulent notre blé. Et nous, on est coincés entre les deux, avec un tracteur qui tousse et un compte en banque qui saigne.

Le coût total de la campagne de semis 2026 pourrait atteindre 700 milliards de hryvnias. C’est quinze pour cent de plus que l’an dernier. Quinze pour cent. Pas parce que l’inflation mondiale fait son œuvre tranquille. Pas parce que les cours des matières premières fluctuent selon les caprices des traders de Chicago. Non. Parce qu’il y a une guerre. Parce que le nitrate d’ammonium ne peut plus entrer stablement par la mer, classé explosif. Parce que les permis d’importation de certaines fournitures bloquées ne sont toujours pas délivrés, malgré les appels répétés au ministère de l’Économie. Parce que l’escalade au Moyen-Orient fait flamber les prix du gaz, et que le gaz, c’est la matière première des engrais azotés. Tout est connecté. Tout est un piège.


Il y a quelque chose d’obscène dans cette équation. D’un côté, des hommes et des femmes qui se battent pour planter des graines dans une terre bombardée. De l’autre, des marchés financiers qui spéculent sur le prix du blé ukrainien depuis des tours climatisées à New York. La guerre enrichit ceux qui ne la vivent pas. Et elle ruine ceux qui la portent sur leur dos, un sillon à la fois.

Les petites et moyennes exploitations en première ligne de la faillite

Ce sont les petites et moyennes entreprises agricoles qui sont les plus touchées. Les grands holdings agraires ont des réserves, des lignes de crédit, des contrats d’exportation en devises fortes. Mais le fermier de cinq cents hectares, celui qui emploie trois gars du village et qui vend son tournesol au collecteur local, celui-là est au bord du gouffre. Il ne peut pas constituer de stocks de carburant à l’avance, les risques sécuritaires l’en empêchent. Il ne peut pas négocier des prix de gros sur les engrais. Il ne peut pas non plus laisser sa terre en jachère, parce que la jachère, dans la tête d’un fermier ukrainien, c’est une capitulation. Et pourtant, combien sont ceux qui y pensent, en secret, la nuit, quand les drones russes passent au-dessus de leurs hangars et que le prix du superphosphate atteint des sommets qu’ils n’ont jamais vus ?

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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