Des importations chinoises coupées de moitié en quelques mois
Les chiffres sont vertigineux. Au mois de juin 2025, les importations américaines en provenance de Chine avaient chuté à des niveaux que les États-Unis n’avaient plus connus depuis la crise financière de 2009. En termes relatifs, ces importations représentaient environ la moitié de ce qu’elles étaient un an auparavant. Un effondrement brutal, direct, mesurable.
La part de marché de la Chine dans les importations américaines totales raconte à elle seule toute l’histoire. Avant la première guerre commerciale de Trump en 2018, la Chine représentait 22 % des importations américaines de biens. À la fin de 2025, cette part était tombée à 9 % — soit une chute de 4 points de pourcentage sur la seule année 2025. En sept ans de guerre tarifaire, la décennie de la domination commerciale chinoise sur le marché américain a été balayée.
Un découplage réel, mais incomplet
Il serait faux de dire que ce découplage n’est qu’une illusion statistique. Il est réel. Les flux physiques de marchandises chinoises vers les États-Unis ont effectivement diminué. Les usines chinoises ont perdu des commandes. Les exportations chinoises vers les États-Unis ont chuté de 27 % en septembre 2025. Sur ce point précis, Trump peut revendiquer un résultat tangible : il a réussi à éloigner la Chine du marché américain comme aucun de ses prédécesseurs ne l’avait fait.
Mais voilà où commence la partie inconfortable. Parce que séparer deux économies aussi profondément imbriquées que celles des États-Unis et de la Chine ne se fait jamais proprement. Il y a toujours du sang sur les mains — et souvent, c’est le mauvais camp qui saigne.
Deuxième leçon : les chaînes d'approvisionnement se sont déplacées, pas réindustrialisées
Le grand pivot vers l’Asie du Sud-Est et le Mexique
Face aux tarifs de 145 %, les entreprises américaines n’ont pas rapatrié leur production aux États-Unis. Elles ont fait quelque chose de bien plus rationnel et bien plus prévisible : elles ont changé d’adresse de livraison. Le Vietnam, Taiwan, le Mexique et l’Inde sont devenus les grands bénéficiaires de cette réorganisation forcée des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les données sont précises. Depuis 2017, la part de la Chine dans les importations américaines a reculé de plus de 12 points de pourcentage. Ce recul s’est redistribué principalement vers : Taiwan (+ 4,1 points), Vietnam (+ 3,7 points), et Mexique (+ 2,3 points). Ce ne sont pas des emplois américains qui ont récupéré ces parts de marché. Ce sont des usines asiatiques et mexicaines qui ont adapté leurs lignes de production pour assembler ce que la Chine ne peut plus livrer directement à Walmart.
La transshipment : la fraude légale à grande échelle
Pire encore : une partie significative de ce qui transite par le Vietnam ou le Mexique reste, dans les faits, d’origine chinoise. Le phénomène de transshipment — utiliser un pays tiers comme intermédiaire pour contourner les tarifs — a explosé en 2025. Les usines chinoises expédient des composants semi-finis vers ces hubs régionaux, où un minimum de transformation locale suffit à changer l’étiquette d’origine.
L’effet net pour le consommateur américain est cinglant : il paie plus cher pour accéder aux mêmes produits chinois, simplement emballés dans un détour géographique supplémentaire. L’intermédiaire prend sa marge, l’usine chinoise conserve sa clientèle, et le consommateur américain absorbe l’addition. C’est la réalité économique que les graphiques du PIIE révèlent avec une clarté impitoyable.
Et pourtant, l’administration Trump a continué à présenter ces tarifs comme une victoire. Comme si changer le nom du pays d’origine sur la boîte suffisait à constituer une renaissance industrielle américaine.
Troisième leçon : le déficit commercial a empiré, pas amélioré
Un record historique qui contredit toute la rhétorique
C’est ici que le bât blesse le plus cruellement. L’objectif déclaré numéro un de la guerre commerciale de Trump était de réduire le déficit commercial américain. Or les chiffres du Bureau of Economic Analysis sont sans appel : le déficit commercial américain en biens a atteint un record historique de 1 230 milliards de dollars en 2025. Non seulement il ne s’est pas réduit — il a explosé.
Les importations américaines totales ont crû de 4,6 %, soit 149 milliards de dollars supplémentaires. Le déficit avec la Chine a effectivement baissé, mais il a été plus que compensé par l’explosion des déficits avec l’Inde, la Malaisie, le Mexique, Taiwan et le Vietnam — les mêmes pays vers lesquels les chaînes d’approvisionnement se sont déplacées. Le tuyau a changé de direction. L’eau continue de couler dans le même sens.
La promesse de réindustrialisation : un chantier qui n’a pas commencé
Sur le front de l’emploi manufacturier, le tableau est encore plus accablant. Depuis l’annonce des tarifs de la « Liberation Day » en avril 2025, les États-Unis ont perdu 89 000 emplois manufacturiers. C’est l’équivalent de la fermeture de plus de 2 800 usines de taille moyenne à travers le pays. La construction d’usines — l’indicateur le plus tangible d’une réindustrialisation réelle — a reculé de 14 % entre décembre 2024 et décembre 2025, effaçant une grande partie des gains liés aux lois CHIPS et IRA.
Voilà ce que signifie vraiment « America First » en termes d’emplois industriels : moins 89 000 postes, moins 2 800 usines, moins 14 % d’investissement manufacturier. Les chiffres ne mentent pas. Les discours, parfois.
Quatrième leçon : les importations totales ont continué de croître
L’économie américaine n’a pas ralenti ses achats
Voici le paradoxe qui illustre toute la complexité de cette guerre commerciale : malgré des tarifs historiquement élevés sur des dizaines de partenaires commerciaux, les importations américaines totales ont crû de 4 % en termes réels en 2025 par rapport à 2024. Ce chiffre est supérieur au taux de croissance tendanciel établi avant même la première guerre commerciale de juillet 2018.
Comment expliquer ce paradoxe ? Premièrement, la demande intérieure américaine reste forte — les consommateurs ont continué d’acheter, même à des prix plus élevés. Deuxièmement, les entreprises ont constitué des stocks préventifs massifs en anticipation de nouvelles hausses tarifaires. Troisièmement, et c’est peut-être le facteur le plus structurant, un secteur particulier a connu une explosion de la demande qui a tout écrasé sur son passage.
La demande incompressible d’une économie tournée vers le futur
Les tarifs douaniers ne changent pas la nature des besoins fondamentaux d’une économie. Une entreprise américaine qui doit s’approvisionner en composants électroniques pour maintenir sa chaîne de production n’a pas le luxe d’attendre que des usines américaines soient construites — construire une usine de semi-conducteurs prend entre 5 et 10 ans. Dans l’intervalle, elle paie le tarif, répercute la hausse sur ses clients, et continue d’importer. C’est la réalité structurelle que les tarifs ne peuvent pas court-circuiter.
Et pourtant, l’administration a présenté chaque hausse tarifaire comme une victoire. Comme si taxer plus fort un bien dont on a absolument besoin suffisait à faire disparaître ce besoin. L’économie réelle ne fonctionne pas ainsi.
Cinquième leçon : l'IA a créé une anomalie commerciale sans précédent
Le boom des centres de données a réécrit les règles
C’est la révélation la plus spectaculaire — et la moins discutée — du rapport PIIE. En 2025, les États-Unis ont connu une explosion sans précédent des importations liées à l’intelligence artificielle : serveurs, processeurs graphiques, équipements de centres de données, puces spécialisées. Ces produits ne sont pas soumis aux mêmes logiques que les biens de consommation courants. La demande est inélastique aux prix parce qu’elle est tirée par une course technologique où le retard se mesure en parts de marché perdues pour une décennie.
L’ampleur du phénomène est proprement stupéfiante. Selon les estimations citées par le PIIE, la hausse annuelle des importations de produits liés à l’IA en 2025 s’est élevée à 177 milliards de dollars. Pour mettre ce chiffre en perspective : la hausse totale des importations américaines de tous les biens en provenance de tous les pays en 2025 s’est élevée à 144 milliards de dollars. Autrement dit, l’IA à elle seule a généré plus d’importations supplémentaires que la croissance totale du commerce américain.
Taiwan au centre de tout
Le principal bénéficiaire de ce boom ? Taiwan. L’île-forteresse de la production de semi-conducteurs avancés, dirigée par TSMC, s’est retrouvée à alimenter à elle seule plus de la moitié de la croissance totale des importations américaines en 2025. L’augmentation estimée des importations de produits IA depuis Taiwan a dépassé 50 % de la hausse totale des importations américaines tous pays confondus.
C’est vertigineux. La guerre commerciale de Trump contre la Chine a coïncidé avec un boom de l’IA qui a rendu les États-Unis encore plus dépendants de Taiwan — au beau milieu d’une région où les tensions géopolitiques entre Pékin et Taipei n’ont jamais été aussi palpables. L’ironie de l’histoire est cruelle.
Ce que ces cinq leçons disent de la stratégie américaine
Une politique qui a réussi ce qu’elle voulait, raté ce qu’elle promettait
Il faut être juste avec les données. La guerre commerciale de Trump a réussi une chose que ses partisans peuvent légitimement revendiquer : elle a accéléré la réduction de la dépendance américaine envers les produits chinois. De 22 % à 9 % des importations totales en sept ans, c’est une transformation structurelle réelle. Les entreprises chinoises ont perdu l’accès facile au marché américain. Pékin a dû recalibrer toute sa stratégie d’exportation.
Mais la politique a raté spectaculairement ses trois autres objectifs déclarés : réduire le déficit commercial (record historique atteint), ramener l’emploi manufacturier (89 000 emplois perdus), et réduire les prix pour les consommateurs américains (hausse moyenne de 1 500 dollars par ménage en 2026). Ce n’est pas une interprétation politique — c’est ce que les données disent.
La Chine a trouvé la sortie de secours
Pendant ce temps, la Chine a fait ce que les économies résilientes font toujours : elle a trouvé d’autres clients. Malgré la chute de ses exportations vers les États-Unis, les exportations chinoises totales ont bondi de 8,3 % sur l’année — leur meilleure performance annuelle. L’Europe, l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et l’Amérique latine ont absorbé une part croissante de la production chinoise. La Banque mondiale prévoit une croissance de 4,8 % pour la Chine en 2025, contre 1,4 % pour les États-Unis.
Trump avait parié que la Chine ferait face à « des difficultés considérables » sans les consommateurs américains. Pékin a simplement regardé ailleurs. Et « ailleurs » représente 7,5 milliards de personnes qui ont soif de produits bon marché.
Le coût réel pour les Américains ordinaires
Une taxe déguisée en patriotisme
Les tarifs douaniers ne sont pas payés par les pays étrangers. Ce point mérite d’être martelé parce qu’il est systématiquement obscurci dans le débat public américain. Les tarifs sont payés par les entreprises américaines qui importent — et répercutés sur les consommateurs américains. C’est une vérité comptable, pas un argument idéologique.
Selon les estimations du Peterson Institute et de la Tax Foundation, les tarifs Trump de 2025-2026 constituent la plus grande augmentation d’impôts en proportion du PIB depuis 1993. En termes concrets, cela représente une hausse d’impôt moyenne de 1 500 dollars par ménage américain en 2026. Ce sont les familles de la classe moyenne et ouvrière — précisément celles que Trump prétend défendre — qui absorbent la plus grande part de ce fardeau, car elles consacrent une part plus importante de leur revenu aux biens de consommation importés.
Les PDG qui sonnaient l’alarme et les rayons qui se vidaient
Ce n’est pas une fiction d’économistes en chambre. Les PDG des grandes chaînes de distribution américaines ont alerté Trump dès le printemps 2025 : les hausses de prix seraient visibles dans les rayons d’ici mai, les ruptures de stock inévitables sur certaines catégories. Ces avertissements ont été ignorés ou balayés comme du défaitisme. La réalité les a rattrapés.
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette séquence : les chefs d’entreprise qui gèrent des chaînes d’approvisionnement mondiales au quotidien hurlaient que ça allait mal finir. On leur a répondu avec des tweets. Et puis les rayons se sont vidés.
La Cour suprême dit stop — mais les dégâts sont faits
Un verdict constitutionnel qui remet tout en question
En février 2026, la Cour suprême des États-Unis a rendu un arrêt majeur : elle a jugé inconstitutionnels une grande partie des tarifs imposés par Trump en 2025 sous l’autorité de l’IEEPA. Le gouvernement américain avait collecté 166 milliards de dollars auprès de plus de 330 000 entreprises en vertu de ces tarifs désormais invalidés. Les douanes américaines travaillent maintenant à mettre en place un système de remboursements.
C’est un tournant historique. Pour la première fois depuis des décennies, le pouvoir judiciaire a imposé une limite constitutionnelle à l’usage présidentiel des pouvoirs d’urgence économique. Trump a été contraint de recalibrer l’ensemble de sa stratégie commerciale. Mais les dommages économiques — emplois perdus, chaînes d’approvisionnement disloquées, prix en hausse, partenariats commerciaux fragilisés — ne se remboursent pas aussi facilement que les tarifs.
L’irréversibilité du découplage partiel
Même si les tarifs sont remboursés, les décisions d’investissement prises par les entreprises en 2025 ne s’annulent pas par décret. Une usine construite au Vietnam ne disparaît pas. Une chaîne logistique réorientée vers le Mexique ne reprend pas sa configuration initiale du jour au lendemain. Le monde commercial post-2025 sera structurellement différent de ce qu’il était avant — pas nécessairement meilleur ou pire, mais différent. Et les États-Unis devront naviguer dans cette nouvelle géographie commerciale avec les conséquences de choix faits dans la précipitation.
Et pourtant, personne dans l’administration ne semble avoir anticipé qu’une Cour suprême pourrait un jour lire la Constitution. Gouverner par l’urgence permanente a ses limites — la loi fondamentale en est une.
Ce que l'histoire retiendra de 2025
L’année où l’Amérique a choisi la douleur à court terme sans gain à long terme
L’histoire économique retiendra 2025 comme l’année où les États-Unis ont mené la plus grande expérience tarifaire depuis la loi Smoot-Hawley de 1930. Et comme en 1930, les résultats ont largement démenti les promesses. Le déficit commercial n’a pas reculé. L’emploi industriel a chuté. Les prix à la consommation ont augmenté. Et les principaux bénéficiaires ont été les pays tiers qui ont su se positionner comme alternatives à la Chine.
Ce qui distingue 2025 de 1930, c’est l’ampleur de l’intégration économique mondiale. En 1930, l’économie américaine était beaucoup moins dépendante des importations. En 2025, les États-Unis sont la première économie de consommation mondiale, structurellement dépendante de chaînes d’approvisionnement globales que quarante ans de mondialisation ont rendues quasi-irremplaçables à court terme. Vouloir les défaire en un an avec des tarifs, c’est comme vouloir inverser le cours d’un fleuve avec un seau.
Le modèle chinois, lui, n’a pas craqué
L’autre leçon de 2025, c’est la résilience du modèle chinois face à la pression américaine. Pékin n’a pas plié. Il a rétorqué avec des tarifs de 125 % sur les produits américains, coupant effectivement l’accès de nombreux exportateurs américains au marché chinois. Les exportations américaines vers la Chine, déjà pénalisées par les guerres commerciales successives depuis 2017, auraient été 60 % plus élevées en 2025 en l’absence de ces conflits tarifaires. C’est un demi-trillion de dollars de commerce perdu — des agriculteurs américains du Midwest aux fabricants de Boeing.
La Chine n’a pas eu besoin de gagner. Il lui suffisait de ne pas perdre. Et en 2025, elle n’a pas perdu. Pendant que ses exportations vers les États-Unis s’effondraient, ses exportations vers le reste du monde atteignaient des sommets historiques. C’est une leçon de géopolitique économique que Washington aurait intérêt à méditer.
Les vraies questions que ces cinq leçons posent
Peut-on vraiment découpler deux économies aussi imbriquées ?
La question fondamentale que soulève le bilan 2025 est celle de la faisabilité du découplage complet entre les économies américaine et chinoise. Ce que les données montrent, c’est qu’un découplage partiel est possible — et que Trump l’a en partie réalisé. La part de la Chine est passée de 22 % à 9 % des importations américaines. C’est réel.
Mais un découplage total ? Les données de 2025 suggèrent que c’est une illusion dangereuse. Les produits chinois ne disparaissent pas du marché américain — ils y arrivent via des intermédiaires plus coûteux. Les chaînes d’approvisionnement ne se reconstruisent pas en un an. Et dans le secteur qui façonnera l’économie du XXIe siècle — l’intelligence artificielle — les États-Unis restent structurellement dépendants de Taiwan, une île que la Chine considère comme partie intégrante de son territoire.
Qui paie vraiment la facture de la guerre commerciale ?
La réponse est claire : les ménages américains. Les 1 500 dollars de hausse fiscale moyenne en 2026, les prix plus élevés dans les rayons, les 89 000 emplois industriels perdus — c’est la base électorale même de Trump qui absorbe le choc. L’ironie est douloureuse. Une politique présentée comme la défense des travailleurs américains contre la concurrence déloyale étrangère s’est traduite, dans les faits, par une augmentation des impôts sur la consommation populaire et une destruction nette d’emplois industriels.
Et pourtant, les sondages en 2025 montraient encore un soutien significatif aux tarifs dans la base républicaine. La distance entre la réalité économique vécue et la narrative politique construite peut tenir des années avant de s’effondrer. La question est : à quel prix ?
L'IA comme facteur déstabilisateur de toute la logique tarifaire
Une révolution technologique qui échappe à la logique des tarifs
Le cinquième enseignement du PIIE mérite qu’on s’y attarde spécifiquement : le boom de l’IA a créé une demande incompressible d’importations que les tarifs ne peuvent pas compenser. Les entreprises américaines investissent des centaines de milliards de dollars dans des centres de données. Ces centres nécessitent des puces fabriquées essentiellement par TSMC à Taiwan et Samsung en Corée du Sud. Il n’existe pas de capacité de substitution américaine à court ou moyen terme.
La Fed a publié en février 2026 une note économique détaillant l’impact global du boom des infrastructures IA sur le commerce : 177 milliards de dollars d’importations supplémentaires en 2025, soit plus que la croissance totale des importations américaines. Autrement dit, si l’on retire le facteur IA, les importations américaines auraient en réalité décliné en 2025 — ce qui aurait pu être présenté comme un succès de la politique tarifaire. C’est le facteur IA qui a tout masqué.
Les semi-conducteurs : le talon d’Achille de la souveraineté américaine
L’administration Trump a tenté de naviguer cette contradiction avec des contorsions politiques notables. En janvier 2025, Biden avait imposé une règle de diffusion de l’IA limitant les exportations de puces avancées. Trump l’a abrogée en mai 2025 — puis a négocié un accord en août 2025 permettant à Nvidia et AMD de vendre des puces avancées à la Chine, en échange de 15 % des revenus reversés au gouvernement américain. Le pragmatisme économique a finalement prévalu sur la rhétorique du découplage technologique.
C’est là une contradiction fondamentale que l’administration n’a jamais voulu regarder en face : on ne peut pas simultanément vouloir dominer l’IA mondiale et refuser de vendre des puces IA à la Chine, l’un des plus grands marchés d’IA au monde. L’économie force les compromis que la politique refuse.
Ce que Washington devrait retenir pour la suite
Les tarifs comme levier tactique, pas comme stratégie structurelle
La leçon que les données 2025 devraient imposer à tout décideur sérieux est celle-ci : les tarifs sont un outil tactique légitime dans la boîte à outils commerciale. Ils peuvent forcer une négociation, protéger une industrie émergente stratégique, répondre à une pratique commerciale déloyale documentée. Mais ils ne peuvent pas, seuls, reconstruire une base industrielle démantelée sur quarante ans. Ce travail requiert des investissements massifs dans la formation, les infrastructures, la recherche, l’éducation — et une vision à vingt ans, pas à un cycle électoral.
Les cinq leçons du PIIE ne disent pas que s’attaquer à la Chine était une erreur. Elles disent que la méthode choisie — les tarifs massifs et unilatéraux comme instrument principal — a produit des effets réels mais a raté ses objectifs principaux, tout en imposant des coûts disproportionnés aux Américains ordinaires. C’est une distinction cruciale que le débat politique américain a du mal à faire.
La géopolitique ne se gagne pas avec des douanes
Enfin, il y a une dimension géostratégique que les chiffres commerciaux seuls ne peuvent pas saisir, mais qui transparaît en filigrane dans tout le bilan 2025. La compétition américano-chinoise est réelle, profonde, et se jouera sur des décennies. Mais elle ne se gagnera pas avec des droits de douane à 145 %. Elle se gagnera — ou se perdra — sur le terrain de la supériorité technologique, de la cohésion des alliances, de la capacité d’innovation, et de la qualité de vie que chaque système peut offrir à sa population.
La Chine a perdu des parts de marché aux États-Unis en 2025. Elle a gagné des parts de marché dans le reste du monde. Les États-Unis ont taxé leurs propres consommateurs à hauteur de 166 milliards de dollars. Quelqu’un a-t-il gagné ? La question reste ouverte.
Un bilan qui appelle à la lucidité, pas à la capitulation
Reconnaître l’échec n’est pas abandonner la compétition
Critiquer les tarifs Trump de 2025 ne signifie pas qu’il faut abandonner toute politique commerciale offensive envers la Chine. Ce serait une conclusion aussi erronée que l’excès inverse. La Chine pratique effectivement des subventions massives, une politique de dumping structurelle dans de nombreux secteurs, et des transferts forcés de technologie. Ces problèmes sont réels et nécessitent des réponses réelles.
Mais une réponse réelle, c’est une réponse qui fonctionne. Qui réduit effectivement le déficit, crée effectivement des emplois, renforce effectivement la capacité industrielle américaine. Les données 2025 montrent que la stratégie mise en œuvre n’a pas atteint ces résultats. Persévérer dans la même voie en espérant des résultats différents relève soit de l’aveuglement idéologique, soit d’un cynisme politique qui mise sur l’ignorance des électeurs.
L’inévitable recalibration
L’arrêt de la Cour suprême de février 2026 a forcé ce recalibrage que l’évidence économique n’avait pas réussi à imposer. C’est maintenant l’occasion — si l’administration veut la saisir — de construire une politique commerciale qui allie la fermeté sur les pratiques déloyales à l’intelligence sur les instruments employés. Des tarifs ciblés sur les secteurs stratégiques. Des investissements massifs dans les capacités industrielles nationales. Une coordination avec les alliés plutôt qu’une guerre tarifaire simultanée sur tous les fronts. Et une honnêteté avec les citoyens américains sur le temps que prend une réindustrialisation réelle.
Et pourtant, à l’heure où ces lignes sont écrites, les signaux ne pointent pas vers cette lucidité. La politique américaine reste captive de cycles courts et de narratives simplificatrices. Les cinq leçons du PIIE sont là, disponibles, documentées, rigoureuses. La question est de savoir si quelqu’un à Washington prendra la peine de les lire.
Conclusion : quand les données défient les slogans
Le tribunal des faits a rendu son verdict
Les cinq leçons que les chiffres des importations américaines de 2025 nous enseignent sont simples dans leur formulation, mais dévastatrices dans leurs implications. La Chine a subi un choc commercial réel — mais elle a survécu et prospéré ailleurs. Les chaînes d’approvisionnement se sont déplacées — sans revenir aux États-Unis. Le déficit commercial a atteint un record historique. Les importations totales ont continué de croître. Et l’IA a créé une demande d’importations que rien ne peut compenser à court terme.
C’est le tribunal des faits. Il ne prend pas parti. Il ne milite pas. Il enregistre ce qui s’est passé avec la précision froide des flux douaniers, des données d’emploi, et des chiffres de déficit. Et ce qu’il enregistre en 2025, c’est l’histoire d’une politique qui a coûté cher aux Américains ordinaires, enrichi les intermédiaires asiatiques et mexicains, et laissé la Chine debout, adaptée, et en croissance à 4,8 %.
La vraie question pour 2026 et au-delà
La vraie question n’est pas de savoir si Trump avait raison de cibler la Chine. La compétition américano-chinoise est réelle et justifie une réponse politique sérieuse. La vraie question est de savoir si les instruments choisis étaient à la hauteur de l’enjeu. Les cinq leçons du PIIE répondent avec une clarté que le bruit politique ne devrait pas nous empêcher d’entendre : non. Les instruments n’étaient pas à la hauteur. Et l’Amérique en paie le prix — en dollars, en emplois, et en crédibilité commerciale internationale.
C’est ça, le vrai bilan de 2025. Ni une victoire, ni une défaite totale — une occasion manquée de construire quelque chose de durable.
Les guerres commerciales ne se gagnent pas avec des coups d’éclat et des tweets. Elles se gagnent avec de la patience, de la stratégie, et une vision à long terme que la politique du spectacle rend presque impossible. Les données de 2025 le disent clairement. Reste à savoir qui les écoutera.
Analyse rédigée par la rédaction, à partir des données publiées par le Peterson Institute for International Economics, la Tax Foundation, le Bureau of Economic Analysis, et les données de la Réserve fédérale américaine. 24 mars 2026.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Sources principales :
1. Peterson Institute for International Economics — The Trump-China trade wars: Five takeaways from US imports in 2025 — https://www.piie.com/blogs/realtime-economics/2026/trump-china-trade-wars-five-takeaways-us-imports-2025
2. Foreign Policy — It’s Official: Trump’s Tariffs Have Failed (19 mars 2026) — https://foreignpolicy.com/2026/03/19/trump-tariffs-trade-failure-deficit-reindustrialization-china-economy-costs/
3. Tax Foundation — Tariff Tracker: 2026 Trump Tariffs and Trade War by the Numbers — https://taxfoundation.org/research/all/federal/trump-tariffs-trade-war/
4. U.S. Bureau of Economic Analysis — U.S. International Trade in Goods and Services, December and Annual 2025 — https://www.bea.gov/news/2026/us-international-trade-goods-and-services-december-and-annual-2025
5. Federal Reserve — The Global Trade Effects of the AI Infrastructure Boom (13 février 2026) — https://www.federalreserve.gov/econres/notes/feds-notes/the-global-trade-effects-of-the-ai-infrastructure-boom-20260213.html
Sources secondaires
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