L’acharnement russe devant une ville qui ne tombe pas
Quarante-deux assauts en 24 heures sur la seule direction de Pokrovsk. Les défenseurs les ont tous repoussés. Le bulletin le dit avec la sécheresse d’une fiche comptable : assauts repoussés dans les zones de Shakhove, Novopidhorodne, Bilytske, Rodynske, Myrnohrad, Hryshyne, Kotlyne, Udachne, Pokrovsk, Molodetske, vers Hannivka, Novyi Donbas, Kucheriv Yar, Svitle.
Quatorze localités attaquées. En une journée. Sur un seul secteur. Chaque localité est un combat distinct — avec ses propres positions, ses propres défenseurs, ses propres morts. Les forces russes ne frappent pas un point. Elles frappent partout. Elles cherchent la fissure. Le point faible. L’endroit où un sergent est trop fatigué, où un poste d’observation a été détruit, où les munitions manquent.
Et pourtant, le front tient. Pokrovsk ne tombe pas. Myrnohrad ne tombe pas. Rodynske ne tombe pas. 42 assauts. Zéro percée. La résistance est invisible parce qu’elle est quotidienne. Parce qu’elle n’a pas de moment spectaculaire. Juste des hommes qui tiennent, jour après jour, assaut après assaut.
42 assauts repoussés. En une seule journée. Par des hommes qui n’ont pas dormi une nuit complète depuis des semaines. Par des brigades dont les effectifs sont en dessous de leur capacité nominale. Par des soldats qui comptent leurs obus parce que les livraisons occidentales n’arrivent pas assez vite. 42 fois, ils ont dit non. Et demain, ils diront non encore. Et personne ne leur décernera de médaille télévisée.
Les 9 190 drones kamikazes : le ciel qui ne dort jamais
Le 26 mars, les forces russes déploient 9 190 drones kamikazes sur l’ensemble du front. Neuf mille cent quatre-vingt-dix. En une journée. Chaque drone est un projectile guidé — petit, bon marché, létal. Ils volent bas, cherchent les positions ukrainiennes, et plongent sur leurs cibles : un véhicule, une tranchée, un homme.
Le chiffre est stupéfiant. 9 190 drones en 24 heures, c’est 383 drones par heure. 6 par minute. Un drone kamikaze toutes les 10 secondes quelque part sur le front ukrainien. Le ciel au-dessus des tranchées n’est pas un ciel. C’est un espace aérien habité par des machines qui cherchent à tuer.
Yevhen entend le bourdonnement en permanence. Il ne lève plus la tête. Il a appris à distinguer par le son : le FPV ennemi a un registre plus aigu que le sien. Le drone de reconnaissance fait un murmure constant. Le Lancet ne fait presque pas de bruit — c’est le plus dangereux. Quand il est silencieux, c’est qu’il a trouvé sa cible.
Kostiantynivka : 23 attaques et la montée d'une nouvelle obsession
L’axe qui change la guerre dans le Donbass
Le secteur de Kostiantynivka enregistre 23 attaques le 26 mars. C’était 35 le lendemain, le 27 mars. La tendance est à la hausse. Kostiantynivka devient le deuxième axe le plus actif du front, dépassant régulièrement Lyman et talonnant Pokrovsk.
Les attaques ciblent Kostiantynivka elle-même, mais aussi Ivanopillia, Illinivka, Stepanivka, Novopavlivka, Pleshchiivka, Rusyn Yar, Yablunivka, Sofiivka. Neuf localités. Un arc offensif qui tente d’encercler les positions ukrainiennes dans le secteur par le nord et le sud simultanément.
Kostiantynivka est une ville de 70 000 habitants avant la guerre. Aujourd’hui, il en reste peut-être 15 000. Des irréductibles. Des personnes âgées qui refusent de partir. Des travailleurs qui maintiennent les services essentiels. Liuba, 68 ans, ancienne comptable, fait la queue chaque matin devant le point de distribution d’aide humanitaire. Elle porte un sac en plastique avec le logo d’un supermarché qui n’existe plus — détruit par un missile en septembre 2024.
Liuba fait la queue avec un sac d’un supermarché qui n’existe plus. C’est l’image la plus précise de Kostiantynivka en mars 2026. Une ville où les gens portent les vestiges de ce qui a été détruit. Où la mémoire de la vie normale se conserve dans un logo en plastique froissé. Où 23 assauts en une journée sont le bruit de fond de la file d’attente pour le pain.
La bataille de Pleshchiivka : un village dont le monde ne sait rien
Pleshchiivka apparaît dans les bulletins presque chaque jour. Un village. Quelques maisons. Une route. Une position que les forces russes attaquent avec une obstination que les analystes qualifient de pathologique. Les assauts sont repoussés. Les forces russes reviennent. Repoussés encore. Reviennent encore.
Le village est détruit. Il ne reste que des murs noircis, des toits effondrés, des arbres amputés par les éclats d’obus. Les soldats se battent pour des ruines. Pour le point que Pleshchiivka représente sur la carte. Pour le mètre de terrain qui, cumulé avec d’autres mètres, permettrait peut-être de dire que l’offensive « progresse ».
Il n’y a pas de civils à Pleshchiivka. Il n’y a plus rien à Pleshchiivka. Sauf des hommes armés des deux côtés qui se tirent dessus dans ce qui reste d’un village dont le nom ne signifie rien pour personne — sauf pour ceux qui y meurent.
Huliaipole : 22 assauts sur la steppe où l'Ukraine avait avancé
La contre-offensive russe dans le secteur de Zaporizhzhia
Le secteur de Huliaipole enregistre 22 attaques russes le 26 mars. Ce chiffre a une signification particulière : c’est ici, en Zaporizhzhia, que l’Ukraine avait repris environ 260 kilomètres carrés de territoire en janvier-février 2026. La Russie tente de reprendre ce qu’elle a perdu.
Les assauts visent Varvarivka, Staroukrainka, Olenokostiantynivka, Zelene, Zaliznychne. Des villages de la steppe, en terrain plat, sans couvert, où chaque mouvement est visible à des kilomètres. Les colonnes russes approchent sur un terrain où il n’y a aucun endroit pour se cacher. Les drones ukrainiens les voient venir. L’artillerie les attend.
Et pourtant, les assauts continuent. Vingt-deux en une journée. Sur un terrain ouvert. Contre des défenses qui voient tout. La logique échappe à toute rationalité militaire. Sauf une : la logique de l’attrition. User l’Ukraine. Consumer ses munitions. Fatiguer ses hommes. Même si le prix est monstrueux.
22 assauts sur terrain plat. En steppe ouverte. Où les drones voient chaque mouvement. C’est l’équivalent militaire de marcher les yeux ouverts dans un champ de mines en espérant que les mines sont fatiguées. Sauf que les mines ne se fatiguent jamais. Et les soldats qui marchent, eux, meurent.
Zaporizhzhia ville : vivante sous les drones FPV
La ville de Zaporizhzhia, à quelques dizaines de kilomètres du front de Huliaipole, continue de fonctionner. Les tramways roulent. Les magasins ouvrent. Les enfants vont à l’école — dans des bâtiments équipés d’abris. Mais les drones FPV russes arrivent désormais jusque dans la ville. Pas les gros drones. Les petits. Ceux qui passent sous les radars. Ceux qui explosent dans les rues.
Vivre à Zaporizhzhia en mars 2026, c’est vivre dans une ville où un drone peut exploser dans votre rue à n’importe quel moment. Pas un missile — un missile, on l’entend venir, on a une seconde pour se jeter au sol. Un FPV, on ne l’entend pas. Il arrive à hauteur de fenêtre. Il tourne au coin d’un immeuble. Et il frappe.
Les habitants ont développé des réflexes que personne ne devrait avoir à développer. Marcher près des murs. Éviter les espaces ouverts. Ne pas stationner trop longtemps au même endroit. Regarder le ciel — non pas pour admirer les nuages, mais pour repérer le point noir qui pourrait être leur mort.
Les 68 frappes aériennes et les 227 bombes planantes : le pilonnage invisible
Les bombes que personne ne filme
Le 26 mars, les forces russes conduisent 68 frappes aériennes et larguent 227 bombes aériennes guidées. Deux cent vingt-sept. En une journée. Chaque bombe planante pèse entre 250 et 1 500 kilogrammes. Larguée depuis un avion qui reste en espace aérien russe, elle plane sur des dizaines de kilomètres avant de frapper avec une précision de quelques mètres.
Les bombes planantes détruisent ce que les drones et l’artillerie ne peuvent pas détruire : les fortifications en béton, les bunkers, les bâtiments où les défenseurs s’abritent. Elles transforment des immeubles de cinq étages en gravats. Elles creusent des cratères de 15 mètres de diamètre. Et elles arrivent sans avertissement — parce que l’avion qui les largue est hors de portée des systèmes de défense.
Les localités touchées le 26 mars : Korenok dans l’oblast de Soumy, Pysantsi, Vasylivka dans l’oblast de Dnipropetrovsk, et plusieurs positions dans la région de Zaporizhzhia — Verkhnya Tersa, Dolynka, Liubytske, Novosoloshyne, Huliaipilske, Zaliznychne. Des noms. Des endroits. Des maisons où il reste peut-être des murs debout.
227 bombes planantes en un jour. L’Ukraine n’a aucun moyen de les abattre. Les F-16 pourraient cibler les avions qui les larguent — s’il y avait assez de F-16. Les systèmes Patriot pourraient abattre les bombes en vol — s’il y avait assez de missiles Patriot. L’Ukraine fait face à 227 bombes quotidiennes avec des moyens conçus pour en arrêter une dizaine. L’équation ne tient que par le sacrifice des hommes qui restent sous les bombes.
3 906 attaques de pilonnage : le martèlement de chaque heure
3 906 attaques de pilonnage sur les zones peuplées et les positions ukrainiennes. Dont 98 à partir de lance-roquettes multiples. Trois mille neuf cent six. En 24 heures. C’est 163 tirs par heure. Près de 3 par minute. Le front ne connaît pas le silence. Il ne connaît que des degrés de bruit.
Les lance-roquettes multiples — les Grad, les Uragan, les Smerch — couvrent des surfaces entières. Ils ne visent pas une position. Ils saturer un carré de terrain. Des dizaines de roquettes tombent simultanément, transformant un périmètre de plusieurs hectares en zone de mort. Les soldats qui se trouvent dans le carré n’ont aucun endroit où courir. Le pilonnage est partout en même temps.
Yevhen se souvient du son. Le Grad a un sifflement multiple — comme un orgue qui jouerait une note unique sur quarante tuyaux simultanés. Quand il l’entend, il a six secondes. Six secondes pour se jeter dans le trou le plus proche. Après, c’est le bruit. Puis le silence. Puis les cris.
Les secteurs secondaires : Lyman, Sloviansk, Kupiansk — le calme qui ne trompe personne
8 attaques à Lyman : l’accalmie avant la tempête verte
Le secteur de Lyman n’enregistre que 8 attaques le 26 mars. Huit. Pour un axe qui a vu 500 soldats russes lancés simultanément le 19 mars. L’accalmie n’est pas une bonne nouvelle. C’est le regroupement — celui annoncé par Trehubov. Les forces russes reconstituent leurs unités. Remplacent les morts. Acheminent des munitions. Préparent la prochaine vague.
Le « couvert vert » arrive. Les arbres bourgeonnent dans les forêts au nord de Lyman. Dans quelques semaines, les groupes d’infiltration pourront se déplacer sous les feuilles. Le chiffre de 8 attaques montera. La question n’est pas si — c’est quand.
À Sloviansk, 4 tentatives. À Kupiansk, 1 seule attaque. Ces chiffres ne décrivent pas la paix. Ils décrivent la recharge. Le silence d’un canon qu’on recharge est le bruit le plus inquiétant d’un champ de bataille.
Et pourtant, ces chiffres bas ne veulent pas dire que le calme règne.
8 attaques à Lyman. 4 à Sloviansk. 1 à Kupiansk. Les chiffres sont bas. Ils devraient terrifier. Parce que ces mêmes axes ont vu des assauts de 500 hommes il y a une semaine. Le silence n’est pas la fin de la violence. C’est sa respiration entre deux frappes. L’inspiration avant l’expiration. Et l’expiration qui vient sera plus violente que la précédente.
Oleksandrivka et Orikhiv : les fronts oubliés
Le secteur d’Oleksandrivka enregistre 10 attaques. Celui d’Orikhiv, 3. Des chiffres qui ne font pas les titres. Des fronts que les médias ne couvrent pas. Des soldats qui se battent dans un anonymat total.
À Oleksandrivka, les défenseurs repoussent 10 assauts sans que personne n’en parle. Pas de caméra. Pas de correspondant. Pas de reportage. Juste des hommes dans des tranchées qui font leur travail — tenir la ligne — pendant que le monde regarde Pokrovsk.
C’est l’injustice invisible de cette guerre. Tous les secteurs sont importants. Tous les soldats risquent leur vie. Mais certains combats ont un nom et d’autres n’en ont pas. Pokrovsk existe dans la conscience mondiale. Oleksandrivka, non. Et les 10 assauts repoussés à Oleksandrivka ne valent pas moins que les 42 de Pokrovsk.
Les défenseurs : ce que les bulletins ne disent jamais
La fatigue qui n’a pas de chiffre
Les bulletins quotidiens donnent des chiffres. 150 affrontements. 42 assauts. 9 190 drones. Ils ne donnent pas la fatigue. Pas le manque de sommeil. Pas le tremblement des mains après des heures de combat. Pas la surdité temporaire après une explosion trop proche. Pas le regard fixe d’un soldat qui a vu mourir son camarade il y a une heure et qui doit continuer à combattre.
Yevhen n’a pas dormi plus de trois heures consécutives depuis neuf jours. Son drone FPV est son arme. Ses yeux fatigués scrutent un écran de contrôle de 7 pouces. Chaque ombre sur l’écran pourrait être un groupe d’assaut. Chaque mouvement pourrait être le prochain assaut. La concentration requise est absolue. Et elle dure 24 heures sur 24, jour après jour, sans relève suffisante.
L’Ukraine manque d’hommes. C’est le secret de polichinelle de cette guerre. Les brigades sont sous-effectif. Les rotations sont trop espacées. Des soldats restent en première ligne pendant des semaines, parfois des mois, sans relève. Et chaque jour, ils repoussent 42 assauts. 23 attaques. 22 offensives. Avec des corps qui demandent grâce.
Neuf jours sans dormir plus de trois heures. Neuf jours. Et le dixième jour, 42 nouveaux assauts. C’est ça, défendre Pokrovsk. C’est ça, être le mur entre la Russie et le reste de l’Ukraine. Un mur fait d’hommes épuisés qui tiennent parce qu’il n’y a personne derrière eux pour les remplacer.
Les blessés qu’on ne compte pas dans les « 150 affrontements »
Le bulletin dit 150 affrontements. Il ne dit pas combien de soldats ukrainiens ont été blessés. L’État-major ne publie pas ses pertes — pour des raisons de sécurité opérationnelle. Le monde voit les pertes russes. Il ne voit pas les pertes ukrainiennes. Et cette invisibilité crée une illusion : l’illusion que défendre est gratuit.
Les hôpitaux militaires de Dnipro, de Zaporizhzhia, de Pokrovsk reçoivent les blessés chaque jour. Des amputations. Des brûlures. Des traumatismes crâniens. Des éclats d’obus dans le ventre, dans le thorax, dans les yeux. Chaque affrontement repoussé a un coût — en sang ukrainien. Un coût que les bulletins ne chiffrent pas.
Oksana, 34 ans, chirurgienne de guerre dans un hôpital de campagne près de Pokrovsk, opère 12 à 15 blessés par jour. Ses mains ne tremblent pas — elle a appris à contrôler le tremblement. Mais le soir, quand elle enlève ses gants chirurgicaux, ses doigts se crispent dans un spasme involontaire. Le corps se souvient de ce que l’esprit refuse de compter.
Les drones FPV : la guerre à 500 dollars contre des chars à 3 millions
L’arme qui a changé les règles du combat terrestre
Les 9 190 drones kamikazes du 26 mars ne sont pas un chiffre abstrait. Chaque drone est piloté par un opérateur — un homme ou une femme assis dans un abri, les yeux rivés sur un écran, les doigts sur une radiocommande. L’image est granuleuse. Le drone vibre dans le vent. La cible — un véhicule blindé, une position fortifiée, un groupe de soldats — grossit sur l’écran. Les dernières secondes sont les plus longues. Puis l’écran devient noir.
Yevhen pilote des drones FPV depuis quatorze mois. Ses statistiques : 187 missions, 94 impacts confirmés. Parmi ces 94, des véhicules blindés, des positions d’artillerie, des dépôts de munitions. Et des hommes. Yevhen ne dit pas combien d’hommes. Son visage se ferme quand on pose la question. Il regarde ses mains — les mêmes mains qui codaient des sites web il y a trois ans. Les mêmes mains qui tuent maintenant à distance, à travers un écran de sept pouces.
Le drone FPV coûte entre 400 et 700 dollars. Un char T-72 russe coûte environ 3 millions de dollars. Le rapport est de 1 à 6 000. C’est l’asymétrie qui permet à l’Ukraine de tenir : détruire de l’équipement qui vaut des milliers de fois le prix du projectile. Mais l’asymétrie a une contrepartie — les opérateurs de drones sont devenus les cibles prioritaires de l’armée russe. Les systèmes de guerre électronique cherchent le signal de la radiocommande. Quand ils le trouvent, l’artillerie frappe la position de l’opérateur en moins de trois minutes.
Yevhen avait 26 ans quand la guerre a commencé. Il développait des applications mobiles. Maintenant, il pilote des drones qui tuent des hommes. Et chaque soir, quand il pose la radiocommande, il sait que parmi les 9 190 drones lancés ce jour-là, certains ont frappé des soldats russes qui avaient son âge, son visage, ses mains. La guerre transforme les développeurs en tueurs et appelle ça de la nécessité.
La guerre électronique : le duel invisible au-dessus du champ de bataille
Pour chaque drone qui frappe, trois ou quatre sont abattus par la guerre électronique. Les brouilleurs russes — de plus en plus sophistiqués — coupent le signal entre l’opérateur et le drone. Le drone perd le contrôle. Tombe. Ou s’écrase sur une position amie. Les Ukrainiens adaptent. Changent les fréquences. Modifient les logiciels. Ajoutent des systèmes de navigation autonome pour les dernières secondes du vol.
C’est une course technologique qui se déroule en temps réel, au rythme de semaines — pas de mois. Un brouilleur efficace lundi est contourné jeudi. Une fréquence qui fonctionne le matin est bloquée l’après-midi. Les ingénieurs des deux camps travaillent en permanence pour prendre l’avantage de quelques jours. Et ces quelques jours se comptent en véhicules détruits, en positions prises, en hommes sauvés ou perdus.
Les 227 bombes planantes : l'arme sans réponse
Les FAB-500 et FAB-1500 : la physique de la destruction
Les bombes planantes russes sont des munitions soviétiques — des FAB-250, FAB-500, FAB-1500 — équipées de kits de guidage qui les transforment en armes de précision. La FAB-500 pèse 500 kilogrammes — dont 200 kg d’explosif. La FAB-1500 pèse 1 500 kilogrammes. Son cratère fait 15 mètres de diamètre et 6 mètres de profondeur. L’onde de choc est létale dans un rayon de 200 mètres.
227 bombes de ce type en 24 heures. L’Ukraine n’a actuellement aucun moyen fiable de les abattre en vol. Les systèmes Patriot peuvent théoriquement intercepter certains modèles, mais les missiles Patriot coûtent 4 millions de dollars chacun — et l’Ukraine n’en a pas assez pour 227 bombes quotidiennes. Les F-16 pourraient cibler les avions porteurs avant le largage — mais les F-16 sont trop peu nombreux.
Le résultat est une asymétrie mortelle. La Russie possède des stocks soviétiques de dizaines de milliers de bombes. L’ajout d’un kit de guidage coûte quelques milliers de dollars. Le rapport coût-efficacité est en faveur de la Russie. Et les défenseurs ukrainiens, dans leurs positions, n’ont d’autre choix que de creuser plus profond et d’espérer que la bombe ne tombera pas exactement sur eux.
227 bombes. Aucun moyen de les arrêter. C’est la phrase que les alliés de l’Ukraine devraient lire chaque matin avant de parler de « soutien indéfectible ». Le soutien indéfectible qui n’inclut pas assez de Patriot pour arrêter 227 bombes par jour n’est pas indéfectible. C’est un mot. Et les mots n’arrêtent pas les FAB-1500.
Les avions fantômes : frapper depuis l’espace aérien russe
Les Su-34 et Su-35 russes qui larguent les bombes planantes ne pénètrent jamais dans l’espace aérien ukrainien. Ils décollent. Montent en altitude. Larguent. Font demi-tour. Tout se passe en territoire russe. Les bombes font le reste — elles planent sur 40 à 70 kilomètres jusqu’à leur cible.
L’Ukraine ne peut pas abattre ces avions avec ses systèmes sol-air actuels — ils sont hors de portée. Elle ne peut pas les intercepter avec des chasseurs — elle n’en a pas assez, et les risques sont immenses. Chaque jour, les pilotes russes larguent leurs bombes en toute impunité. Chaque jour, 227 bombes tombent sur des positions et des villages sans que rien ne puisse les arrêter.
C’est l’avantage le plus dévastateur de la Russie dans cette guerre. Pas ses chars — l’Ukraine les détruit. Pas son infanterie — l’Ukraine la repousse. Ses bombes planantes. L’arme contre laquelle il n’existe pas encore de réponse adéquate. Et 227 fois par jour, cette absence de réponse se traduit en destruction.
Les hôpitaux de campagne : les mains qui recousent entre deux salves
Oksana et les douze heures qui ne finissent jamais
Oksana, 34 ans, ne compte plus les opérations. Elle compte les garots. Quand les garots manquent, les hommes se vident. L’hôpital de campagne où elle opère — un sous-sol renforcé à dix-huit kilomètres de Pokrovsk — reçoit les blessés de toute la ligne de front. Les ambulances blindées arrivent avec un délai moyen de quarante minutes. En quarante minutes, un homme peut mourir trois fois. Ceux qui arrivent vivants ont déjà survécu à un miracle — le camarade qui a posé le garot dans les premières secondes.
L’odeur de l’hôpital de campagne est un mélange que personne n’oublie : antiseptique, sang frais, diesel du générateur, et cette note métallique que dégagent les éclats d’obus retirés des chairs. Les chirurgiens travaillent sous des lampes LED alimentées par des batteries — parce que le réseau électrique a été détruit. Les murs tremblent à chaque impact proche. Les instruments glissent sur les plateaux. Et les mains continuent.
Les blessures de cette guerre sont spécifiques. Les éclats de drone FPV — petits, nombreux, disséminés — créent des lésions multiples sur tout le corps. Les mines antipersonnel arrachent les jambes. Les ondes de choc des bombes planantes provoquent des traumatismes crâniens sans blessure visible. Les médecins doivent traiter des blessures que les manuels de médecine militaire n’avaient pas anticipées.
Oksana n’a pas dormi plus de quatre heures d’affilée depuis onze mois. Elle opère des hommes qui ont l’âge de ses frères. Elle recoud des corps que les bombes défont. Et elle le fait dans un sous-sol qui tremble, sous des lampes qui clignotent, avec des réserves de sang qui diminuent. Les 150 affrontements du 26 mars produisent des blessés. Oksana les reçoit. Le monde ne sait pas qu’elle existe.
L’évacuation sous le feu : les quarante minutes les plus longues
Entre le point d’impact et l’hôpital, il y a une route que les drones russes surveillent. Les véhicules d’évacuation roulent vite, phares éteints, sur des chemins de terre que les chauffeurs connaissent par mémoire musculaire. Le GPS est coupé — il émet un signal. Les phares sont éteints — ils attirent les drones. Les blessés, à l’arrière, sentent chaque trou, chaque virage, chaque freinage dans leurs plaies ouvertes.
Les médics de combat — les premiers répondants sur le front — portent un sac de 12 kilogrammes sur le dos. Dedans : garots, bandages compressifs, morphine, dispositifs de décompression thoracique. Ils rampent jusqu’au blessé sous les tirs. Stabilisent. Appellent l’évacuation. Attendent. Et pendant qu’ils attendent, ils deviennent eux-mêmes des cibles.
Le front invisible : les civils sous les 3 906 pilonnages
Les villages bombardés que personne ne visite
Les 3 906 attaques de pilonnage ne frappent pas seulement les positions militaires. Le bulletin le précise : « sur les zones peuplées et les positions des forces de défense ». Les zones peuplées. Des villages. Des villes. Des endroits où des gens vivent — ou essaient de vivre.
Les correspondants de guerre couvrent Kharkiv, Odessa, Kyiv. Personne ne couvre Verkhnya Tersa. Personne ne couvre Dolynka. Personne ne couvre Novosoloshyne. Ces villages de la région de Zaporizhzhia sont bombardés quotidiennement et personne n’en parle. Les habitants qui restent — souvent des personnes âgées, trop fragiles pour partir, trop attachées à leur terre pour fuir — vivent sous les bombes dans un silence médiatique absolu.
Petro, 76 ans, ancien mécanicien agricole, vit seul dans sa maison de Huliaipilske. Sa femme est partie chez leur fille à Zaporizhzhia. Lui refuse de bouger. Il dit : « C’est ma maison. Mon jardin. Mon puits. Si je pars, qui arrosera mes tomates ? » Il arrose ses tomates — celles qu’il a plantées malgré les bombardements — pendant que les obus tombent à 300 mètres.
Petro arrose ses tomates pendant que les obus tombent à 300 mètres. Ce n’est pas du courage. C’est de l’entêtement vital. Le refus de laisser la guerre effacer ce qui fait que la vie est la vie. Un jardin. De l’eau. Des tomates. Si Petro arrête d’arroser, la guerre a gagné quelque chose de plus qu’un village. Elle a gagné la capitulation d’un homme de 76 ans devant l’absurdité.
Korenok, Soumy : quand les bombes frappent le nord aussi
Le bulletin du 26 mars mentionne des frappes aériennes sur Korenok, dans l’oblast de Soumy. Soumy n’est pas dans le Donbass. Soumy est dans le nord de l’Ukraine, à la frontière avec la Russie. Les bombes y tombent aussi. Les drones y volent aussi. La guerre n’a pas de frontières géographiques à l’intérieur de l’Ukraine.
Les habitants de Soumy vivent la même réalité que ceux de Zaporizhzhia ou de Kharkiv : les sirènes, les abris, les nuits interrompues, les frappes qui arrivent sans prévenir. La différence, c’est que personne n’en parle. Soumy n’est pas un front. Soumy est un arrière qui ne l’est plus.
Les 150 affrontements du 26 mars ne comptent pas les frappes sur Soumy. Ils ne comptent que les combats sur la ligne de front. Le pilonnage de l’arrière — les bombes sur les villes, les drones sur les infrastructures, les missiles sur les habitations — est un chiffre séparé. Un chiffre que personne ne totalise avec les 150.
Les volontaires et l'arrière-front : le pays derrière chaque tranchée
Les filets de camouflage et les tournevis : le front de l’intérieur
À Dnipro, dans un sous-sol d’ancien restaurant, quatorze femmes tressent des filets de camouflage depuis 7 heures du matin. Leurs doigts sont teints de vert et de brun. Le rythme est régulier — un filet toutes les deux heures. Chaque filet couvre une position. Chaque position couverte est un soldat que le drone russe ne repère pas. Ces femmes ne portent pas d’uniforme. Elles ne figurent dans aucun bulletin. Mais sans elles, le front se déshabille.
Les réseaux de volontaires ukrainiens forment un système nerveux parallèle à l’armée. Des mécaniciens civils réparent les véhicules blindés. Des informaticiens programment les logiciels de navigation des drones FPV. Des médecins de ville partent en rotation dans les hôpitaux de campagne. Des fermiers prêtent leurs tracteurs pour creuser des tranchées. L’Ukraine ne fait pas que résister avec son armée. Elle résiste avec sa société.
Iryna, 51 ans, professeure de mathématiques à Poltava, passe ses week-ends à assembler des drones FPV dans un atelier communautaire. Elle soude les connexions. Vérifie les circuits. Teste les moteurs. Chaque drone coûte environ 500 dollars. Chaque drone peut détruire un char de 3 millions de dollars. Iryna ne voit pas les chars qu’elle détruit. Elle voit les soldats qu’elle ramène vivants.
L’Ukraine ne tient pas grâce à ses généraux. Elle tient grâce à ses professeurs de maths qui soudent des drones, à ses retraitées qui tressent des filets, à ses développeurs qui codent des systèmes de ciblage dans des appartements de Kyiv. Le jour où cette société civile cessera de se battre, le front tombera — pas parce que l’armée aura perdu, mais parce que le pays derrière elle aura cessé de la porter.
L’économie de guerre : un pays entier reconverti
L’économie ukrainienne s’est restructurée autour de la guerre. La production de drones a été multipliée par cinquante depuis 2022. Les usines qui fabriquaient des pièces automobiles produisent des composants pour véhicules blindés. Les ateliers textiles cousent des uniformes et des sacs de sable. Chaque secteur de l’économie contribue à l’effort.
Le coût est immense. L’inflation dévore les salaires. Les coupures de courant — conséquence des frappes russes sur les infrastructures énergétiques — ralentissent la production. Les travailleurs qualifiés sont au front ou à l’étranger. L’Ukraine tient, mais elle tient avec des os qui craquent. Et le bruit de ces os ne parvient pas jusqu’aux salles de conférence de Bruxelles.
L'arithmétique de la terreur : que disent vraiment les chiffres du 26 mars
Le total quotidien de violence : un calcul que personne ne fait
150 affrontements. 68 frappes aériennes. 227 bombes planantes. 9 190 drones kamikazes. 3 906 pilonnages. 98 salves de roquettes. Additionnez. En une seule journée, l’Ukraine subit plus de 13 000 actes de violence militaire russe. Treize mille. Par jour.
Rapporté à la population de l’Ukraine — 37 millions d’habitants — cela fait un acte de violence pour 2 800 personnes. Chaque jour. Statistiquement, chaque Ukrainien est touché par un acte de guerre dans son voisinage toutes les quelques semaines. L’ensemble de la société vit sous un bombardement permanent.
Et ce 26 mars n’est pas un pic. C’est un jour normal. Les jours de pic — le 19 mars avec 235 affrontements — sont pires. Mais même les jours « calmes », à 130 affrontements, le volume total de violence dépasse ce que la plupart des pays ont jamais subi.
13 000 actes de violence militaire en 24 heures. Ce chiffre n’existe nulle part dans les médias. Personne ne l’additionne. Personne ne le montre dans un graphique. Personne ne le compare à quoi que ce soit. Parce que si on le comparait — à quoi, d’ailleurs ? — il serait si monstrueux que le monde devrait admettre qu’il laisse un pays de 37 millions de personnes se faire pilonner 13 000 fois par jour sans intervenir suffisamment.
La normalisation de l’horreur : quand 150 ne choque plus
En février 2022, le premier bombardement de Kyiv a choqué le monde. Les images de civils dans le métro ont fait le tour des réseaux sociaux. Les dirigeants occidentaux ont parlé de « moment historique ». Les drapeaux ukrainiens ont fleuri sur les profils en ligne.
Quatre ans plus tard, 150 affrontements en une journée ne génèrent pas un seul trending topic. Les 227 bombes planantes ne font pas les titres. Les 9 190 drones kamikazes sont un détail technique dans un bulletin que personne ne lit. La normalisation est complète. L’horreur est devenue un flux de données.
C’est la victoire la plus insidieuse de la Russie. Non pas sur le terrain — elle ne gagne pas sur le terrain. Mais dans l’attention du monde. Elle a réussi à transformer une guerre d’agression en bruit de fond. Et le bruit de fond, par définition, personne ne l’écoute.
La mobilisation russe : le réservoir humain qui ne tarit pas
Les contrats et les prisons : comment Moscou remplace ses morts
1 300 pertes par jour. 9 000 par semaine. 39 000 par mois. Comment la Russie continue-t-elle de lancer des assauts ? Par le recrutement massif. Les contrats militaires offrent des primes de signature qui dépassent le salaire annuel moyen dans les régions pauvres. À Touva, à Bouriatie, au Daghestan, le contrat représente trois ans de revenus en une prime. Les hommes signent. Beaucoup ne reviennent pas.
Les prisonniers constituent une autre source. Le programme lancé par Wagner puis repris par le ministère de la Défense offre la liberté contre six mois au front. Les taux de survie ne sont pas publiés. Les témoignages de prisonniers capturés par l’Ukraine parlent de groupes d’assaut envoyés sans formation, sans blindés, parfois sans cartes. De la chair envoyée vers les positions ukrainiennes pour absorber les munitions de l’ennemi avant que les unités régulières n’attaquent.
Dmitri, 42 ans, ancien détenu de Saratov, capturé près de Pokrovsk en février 2026, racontait aux interrogateurs ukrainiens : « On nous a donné un fusil, une direction, et dit d’avancer. Il n’y avait pas de plan. Il n’y avait pas d’objectif. Il y avait juste avancer. » Ce témoignage, publié par le service de renseignement militaire ukrainien, illustre la logique derrière les 42 assauts sur Pokrovsk : la masse, pas la tactique.
La Russie ne manque pas de soldats. Elle manque de soldats formés, équipés, commandés. Mais elle n’en a pas besoin. Sa stratégie ne repose pas sur la qualité — elle repose sur le nombre. Envoyer assez d’hommes pour que certains passent. Accepter les pertes comme un coût opérationnel. Compter sur le fait que les réserves de population russe — 144 millions d’habitants — dureront plus longtemps que la patience occidentale.
Les familles silencieuses : le deuil interdit
À Makhatchkala, au Daghestan, les femmes ont manifesté en 2024 contre la mobilisation. Les manifestations ont été dispersées. Les organisatrices arrêtées. Depuis, le silence. Les cercueils arrivent en camions réfrigérés — quand ils arrivent. Beaucoup de familles n’ont reçu aucune notification. Leurs fils, leurs maris sont simplement « sans nouvelles ».
Le projet Mediazona documente ce que le Kremlin cache. 6 948 officiers morts, identifiés nommément. Si les officiers meurent à ce rythme, les soldats ordinaires — ceux dont personne ne note le nom — meurent bien davantage. Et leurs familles apprennent la nouvelle non pas par un télégramme officiel, mais par l’absence de réponse au téléphone. Par le virement de solde qui cesse d’arriver. Par le silence qui dure trop longtemps.
Les ripostes ukrainiennes : 5 concentrations frappées, 1 cible stratégique
Les frappes de précision qui inversent le rapport de force local
Le bulletin mentionne, en une ligne, que les forces ukrainiennes ont frappé 5 zones de concentration de personnel et d’équipements ennemis, ainsi qu’une cible stratégique supplémentaire. Une ligne. Pour des frappes qui ont probablement détruit des dépôts de munitions, des postes de commandement, des rassemblements de troupes.
L’Ukraine ne communique pas sur le détail de ses frappes offensives. La discrétion est tactique. Mais les chiffres de pertes russes — 1 300 personnels éliminés le même jour — sont en partie le résultat de ces frappes. Les concentrations de troupes frappées ne se regroupent pas. Elles ne se reconstituent pas. Elles cessent d’exister.
C’est la dissymétrie qui sauve l’Ukraine. La Russie attaque avec la masse. L’Ukraine défend avec la précision. Un drone qui détruit un dépôt de munitions empêche des centaines d’obus d’être tirés. Une frappe sur un poste de commandement désorganise un bataillon entier. La précision compense la masse. Pas complètement. Pas indéfiniment. Mais assez pour tenir.
5 concentrations frappées. 1 cible stratégique. Deux lignes dans un bulletin de centaines de mots. Mais ces deux lignes valent peut-être plus que les 150 affrontements. Parce que chaque concentration frappée est une offensive russe qui n’aura pas lieu. Un assaut qui n’arrivera jamais. Des soldats russes qui ne viendront pas mourir devant Pokrovsk. La défense sauve des vies ukrainiennes. L’attaque de précision en sauve aussi — des deux côtés.
Le renseignement qui fait la différence : satellites, HUMINT, signaux
Pour frapper 5 concentrations de troupes, il faut d’abord les trouver. L’Ukraine dispose d’un réseau de renseignement qui combine imagerie satellite fournie par ses alliés, renseignement humain issu des territoires occupés, et interception de signaux grâce à des capacités électroniques de plus en plus sophistiquées.
La coupure des terminaux Starlink contrebandés a dégradé les communications russes. Les forces russes utilisent davantage les radios non chiffrées. Les téléphones portables personnels des soldats émettent des signaux que les systèmes ukrainiens captent et géolocalisent. Chaque signal capté est une cible potentielle. Et chaque cible frappée est un assaut de moins sur le bulletin du lendemain.
Le 26 mars, les 150 affrontements auraient pu être 160, 170, 180 — si les frappes préventives ukrainiennes n’avaient pas neutralisé certaines unités avant qu’elles n’attaquent. Le chiffre qu’on lit — 150 — est déjà le résultat d’une défense active. Le chiffre réel de ce que la Russie voulait lancer est probablement plus élevé.
Le coût humain russe : 1 300 soldats le même jour
Les chiffres qui parlent quand Moscou se tait
Le 28 mars 2026, l’État-major ukrainien publie les pertes russes des dernières 24 heures : 1 300 personnels éliminés. Mille trois cents. En un jour. Le cumul depuis le 24 février 2022 atteint environ 1 294 470. Un million deux cent quatre-vingt-quatorze mille quatre cent soixante-dix soldats russes tués ou blessés.
Le projet Mediazona — en partenariat avec le service russe de la BBC — a confirmé par des sources ouvertes la mort de plus de 200 000 soldats russes identifiés nommément. Deux cent mille noms. 187 000 avec une date de décès connue. 6 948 officiers. 12 généraux. Des chiffres vérifiés un par un — à travers des avis de décès, des posts de familles, des photos de cimetières.
Et ces 200 000 ne sont que les morts confirmés. Mediazona le dit explicitement : le décompte est incomplet. « Chaque décès n’est pas signalé publiquement. » Le chiffre réel est plus élevé. Combien plus ? Personne ne le sait exactement. Mais l’estimation basée sur la surmortalité masculine dans les registres d’état civil russes suggère un ordre de grandeur bien supérieur.
200 000 morts confirmés par nom. Par Mediazona. Par la BBC. Pas par l’Ukraine. Pas par la propagande. Par des journalistes russes indépendants qui vérifient chaque nom, chaque photo, chaque tombe. 200 000. Et le ministère de la Défense russe dit toujours 5 937. Le mensonge a un chiffre. La vérité en a 200 000.
Les 1 300 du 28 mars : des visages derrière le chiffre quotidien
1 300 soldats en une journée. Chaque matin, le chiffre tombe. 970 un jour. 1 100 un autre. 1 300 le 28 mars. La moyenne dépasse les 1 000 depuis des semaines. Un bataillon par jour. Une brigade par semaine. Une division par mois. À ce rythme, la Russie perd l’équivalent d’une armée entière tous les trois mois.
Derrière les 1 300, il y a des familles. À Krasnodar, à Tchéliabinsk, à Irkoutsk, à Makhatchkala. Des mères qui appellent des numéros qui ne répondent pas. Des épouses qui regardent la porte en espérant qu’elle ne s’ouvre pas sur un officier en uniforme. Des enfants qui posent des questions auxquelles personne ne peut répondre.
La Russie produit 1 300 tragédies familiales par jour. Et elle appelle ça un « regroupement ». Un « effort de défense ». Une « opération militaire spéciale ». Les mots n’ont plus de sens quand ils servent à cacher 1 300 morts quotidiens.
L'Occident calcule : les livraisons qui décident de tout
Les promesses et les délais : le calendrier qui tue
Le 26 mars 2026, pendant que 150 affrontements se déroulent sur le front, un avion cargo C-17 décolle de Ramstein avec un lot de munitions d’artillerie destinées à l’Ukraine. Le chargement couvre deux jours de consommation. Deux jours. Pour une guerre qui dure depuis 1 490. Les livraisons occidentales arrivent — mais elles arrivent au rythme des processus budgétaires, pas au rythme de la guerre.
Les obus de 155 mm — la munition dont l’Ukraine a le plus besoin — sont produits à environ 1,2 million par an par l’ensemble des pays de l’OTAN. La Russie en consomme l’équivalent en cinq mois. L’Ukraine tire entre 4 000 et 7 000 obus par jour. La Russie en tire 10 000 à 20 000. L’écart se mesure en vies. Chaque obus manquant est un soldat qui doit tenir une position sans couverture de feu.
Les systèmes Patriot promis ? Deux batteries livrées sur sept promises. Les F-16 ? Moins de vingt opérationnels sur le territoire. Les chars Leopard 2 ? Ceux qui restent sont en maintenance dans des ateliers en Pologne. Le décalage entre les conférences de presse et le champ de bataille est un gouffre — et dans ce gouffre, des hommes tombent.
Les alliés de l’Ukraine tiennent des réunions. Signent des communiqués. Annoncent des paquets d’aide. Et pendant ce temps, 227 bombes tombent chaque jour sans qu’aucun système puisse les arrêter. La solidarité occidentale est réelle. Mais la solidarité mesurée en conférences de presse ne stoppe pas les FAB-1500. Celle mesurée en batteries Patriot, oui. Et il n’y en a pas assez.
Le calcul de Moscou : épuiser les stocks et la patience
Le Kremlin ne cherche pas à vaincre l’Ukraine sur le champ de bataille. Il cherche à épuiser ses alliés. Chaque jour de guerre coûte de l’argent, des munitions, de l’attention politique. La Russie parie que les démocraties occidentales se lasseront avant elle. Que les élections changeront les priorités. Que les budgets seront réalloués. Que l’Ukraine deviendra un sujet parmi d’autres.
Le 26 mars 2026, ce pari n’est pas encore gagné. Mais il n’est pas perdu non plus. Et les 150 affrontements de ce jour-là sont le terrain où ce pari se joue — en vraies vies, en vraies bombes, en vraies tranchées.
Ce que le 26 mars dit de la guerre en mars 2026
Une guerre d’attrition qui use les deux camps
Le 26 mars 2026 n’est pas un tournant. Il n’est pas une bataille décisive. Il n’est pas un moment que les historiens retiendront. Il est un jour parmi 1 490. Un jour où 150 affrontements se sont produits, où 9 190 drones ont volé, où 227 bombes sont tombées, où 1 300 soldats russes ont été éliminés, et où un nombre inconnu de soldats ukrainiens sont tombés aussi.
C’est un jour de guerre d’attrition. La Russie use l’Ukraine en hommes, en munitions, en fatigue. L’Ukraine use la Russie en pertes, en équipements, en moral. Les deux camps souffrent. Les deux camps tiennent. Et la question qui hante chaque état-major est : qui craquera en premier ?
La réponse dépend de variables que le champ de bataille ne contrôle pas. Les livraisons occidentales. La mobilisation ukrainienne. L’économie russe. L’attention de Washington. Le prix du pétrole. La fatigue des sociétés. Le 26 mars ne répond pas à ces questions. Il les pose — avec 150 affrontements comme ponctuation.
Qui craquera en premier ? C’est la question. Pas « qui gagnera ». Qui craquera. Parce que cette guerre ne se gagnera pas par une percée spectaculaire. Elle se gagnera — ou se perdra — par l’épuisement. Et l’épuisement se mesure en jours comme le 26 mars. En 150 affrontements. En 1 300 morts. En 227 bombes. Jour après jour. Sans fin visible.
Le printemps qui ne change rien — sauf la couleur de la mort
Le printemps 2026 arrive sur le front. La boue sèche. Les routes redeviennent praticables. Les arbres verdissent. Le paysage change. La guerre, non. Les 150 affrontements du 26 mars seront 160 en avril. 180 en mai. Quand le « couvert vert » sera complet, les chiffres monteront. Les infiltrations augmenteront. Et les bulletins quotidiens continueront de tomber — toujours avec les mêmes noms de secteurs, les mêmes listes de villages, les mêmes chiffres que personne ne lit.
Yevhen, 29 ans, opérateur de drone, ancien développeur web, regarde les bourgeons sur les arbres devant sa position. Il ne voit pas le printemps. Il voit du couvert pour l’ennemi. Les feuilles qui cachent les drones. Les branches qui bloquent le signal. Il sait que quand les arbres seront verts, son travail sera plus difficile. Et les assauts plus nombreux.
Le printemps change la couleur du paysage. Il ne change pas la couleur de la guerre. Celle-là reste la même — le gris de la fumée, le noir de la terre retournée, le rouge qu’on ne voit pas sur les photos satellites mais qui est là, dans chaque tranchée, sous chaque pansement, dans chaque sac mortuaire.
Conclusion : le bulletin de demain sera le même
La répétition comme arme de guerre
Le 27 mars, le bulletin dira 181 affrontements. Le 28 mars, un autre chiffre. Et le 29. Et le 30. Et chaque jour d’avril. Et chaque jour de mai. La répétition est l’arme la plus efficace de cette guerre — non pas sur le champ de bataille, mais sur l’attention du monde. Quand un chiffre se répète assez longtemps, il cesse d’être un chiffre. Il devient du bruit. Et le bruit, on l’ignore.
150 affrontements. 9 190 drones. 227 bombes. 3 906 pilonnages. Ces chiffres sont le pouls d’un pays qui saigne. Chaque jour. Depuis 1 490 jours. Et le monde a trouvé le bouton silencieux.
Yevhen ne ferme pas l’onglet. Oksana ne hausse pas les épaules. Petro n’arrête pas d’arroser. Liuba fait la queue demain matin. Et quelque part entre Pokrovsk et Kostiantynivka, dans un champ que personne ne peut nommer, un soldat vérifie son arme et attend le prochain assaut.
Demain, le bulletin dira un chiffre. 140. 160. 180. Ça n’a pas d’importance. Ce qui a de l’importance, c’est que derrière ce chiffre, des hommes mourront. Des deux côtés. Et le monde lira le chiffre — ou ne le lira pas — et passera au paragraphe suivant. Exactement comme vous venez de le faire avec celui-ci.
La question qui reste quand on ferme le bulletin
Le bulletin est lu. Le chiffre est noté. L’onglet est fermé. Et la question reste : combien de 150 encore ? Combien de jours à 42 assauts sur Pokrovsk ? Combien de 23 attaques sur Kostiantynivka ? Combien de nuits où 9 190 drones volent au-dessus de tranchées habitées par des hommes qui ne dorment plus ?
Personne ne connaît la réponse. Personne ne peut promettre que ça s’arrêtera. Le Kremlin planifie jusqu’en 2027. L’Ukraine se bat jour après jour. Et le monde fait ce que le monde fait quand il est fatigué : il regarde ailleurs.
Mais les 150 affrontements du 26 mars 2026 ont eu lieu. Ils ont eu lieu pendant que vous lisiez autre chose. Pendant que vous dormiez. Pendant que vous viviez. Et demain, ils auront lieu encore — avec un chiffre différent, les mêmes noms de villages, et les mêmes hommes qui tiennent la ligne que le monde a cessé de regarder.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
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Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
Ukrainska Pravda — Russian losses over past day: 1,300 soldiers killed and wounded (28 mars 2026)
Mediazona — Russian Military Casualties Count, updated March 27, 2026
Minfin Index — Casualties of Russia in Ukraine: official data (mis à jour quotidiennement)
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