Trois piliers en ruines
Pour comprendre où en est Israël aujourd’hui, il faut revenir au 7 octobre 2023. Ce jour-là, les trois piliers de la doctrine de sécurité israélienne se sont effondrés simultanément. Ha’Aretz les décrit avec une précision chirurgicale, sous la plume d’Anshel Pfeffer : la dissuasion — censée décourager toute attaque. La détection avancée — censée identifier les menaces avant qu’elles ne se matérialisent. Et l’engagement militaire décisif — censé garantir une victoire rapide en territoire adverse. Le Hamas a percé les trois en quelques heures. La dissuasion n’a pas dissuadé. La détection n’a pas détecté. Et l’engagement décisif n’est jamais venu à temps.
Ce triple échec a créé un vide existentiel dans la psyché israélienne que Nétanyahou a immédiatement rempli avec une promesse : plus jamais. Plus jamais de surprise. Plus jamais de vulnérabilité. Plus jamais de menace non traitée. Et la seule façon de tenir cette promesse, dans la logique de Nétanyahou, c’est de frapper. Partout. Tout le temps. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à frapper. Gaza d’abord. Le Hezbollah ensuite. L’Iran maintenant. Une escalade méthodique qui transforme chaque opération militaire en prélude à la suivante.
Le 7 Octobre a brisé quelque chose dans l’âme d’Israël. Quelque chose qui ne se répare pas avec des bombes. La confiance en sa propre invincibilité. Et quand un pays perd cette confiance, il a deux options : se reconstruire patiemment, ou se battre frénétiquement pour prouver qu’il est encore debout. Israël a choisi la deuxième option.
De la réponse à l’obsession
Ce qui devait être une riposte au Hamas est devenu une campagne régionale. Ce qui devait être une opération limitée à Gaza est devenu une guerre contre le Hezbollah au Liban. Ce qui devait être une neutralisation de la menace immédiate est devenu une offensive contre les installations nucléaires iraniennes. À chaque étape, Nétanyahou a élargi le cercle. À chaque étape, il a convaincu suffisamment de monde que l’étape suivante était indispensable. Et à chaque étape, la question que personne n’ose poser est devenue plus urgente : où est la ligne d’arrivée ?
Et pourtant, la logique militaire de Nétanyahou n’est pas entièrement dénuée de fondement. L’Iran finançait le Hamas. L’Iran armait le Hezbollah. L’Iran développait un programme nucléaire qui menaçait l’existence même d’Israël. Frapper à la source, remonter la chaîne de commandement jusqu’à Téhéran — c’est une stratégie cohérente. Sur le papier. Mais dans la réalité des guerres, la cohérence stratégique se fracasse contre l’imprévisibilité du terrain. Contre la résistance des peuples. Contre l’usure des armées. Contre le temps qui passe et qui transforme les libérateurs en occupants.
La guerre en Iran : le pari le plus risqué de Nétanyahou
Une coentreprise avec Trump — mais à quel prix
Anshel Pfeffer ne mâche pas ses mots dans Ha’Aretz : « Cette guerre contre l’Iran est la guerre de Donald Trump et de Benyamin Nétanyahou. C’est une coentreprise. » Une coentreprise. Le mot est choisi. Il implique un partenariat, un partage des risques, un calcul de bénéfices. Trump fournit la puissance de feu — les B-2, les missiles de croisière, la marine américaine. Nétanyahou fournit la cible, le renseignement, et la justification politique. Les deux hommes ont besoin l’un de l’autre. Trump a besoin d’une victoire rapide avant les élections de mi-mandat. Nétanyahou a besoin d’une menace existentielle pour justifier sa survie politique.
Mais les coentreprises ont un problème : quand l’un des partenaires décide de se retirer, l’autre se retrouve seul avec les dettes. Et Trump vient d’annoncer que les troupes américaines pourraient quitter l’Iran dans « deux ou trois semaines ». Que se passe-t-il alors ? Israël reste-t-il seul face aux conséquences d’une guerre qu’il a co-déclenchée ? Face à la riposte iranienne qui continue ? Face aux milices pro-iraniennes qui n’ont pas été détruites ? Face au Hezbollah qui se reconstitue dans le sud du Liban ?
Nétanyahou a toujours été un joueur. Un joueur brillant, capable de retourner n’importe quelle situation à son avantage. Mais cette fois, les enjeux dépassent sa capacité de manœuvre. On ne joue pas avec la survie d’une nation comme on joue aux échecs politiques. Les pièces, sur ce plateau, sont des êtres humains.
Les leçons de Suez et du Liban que Nétanyahou refuse d’entendre
Ha’Aretz rappelle deux précédents historiques que le premier ministre israélien ferait bien de méditer. 1956 : la crise de Suez. Israël, allié à la France et au Royaume-Uni, envahit l’Égypte. Victoire militaire rapide. Puis les États-Unis et l’URSS forcent un retrait humiliant. La leçon : gagner une guerre ne sert à rien si vos alliés vous abandonnent. 1982 : l’invasion du Liban. Israël entre au Liban pour écraser l’OLP. Opération prévue pour quelques semaines. L’armée israélienne restera dix-huit ans. Dix-huit ans d’occupation, de guérilla, de pertes humaines, de traumatisme national.
Nétanyahou connaît ces précédents. Il les connaît mieux que quiconque. Et pourtant, il reproduit exactement les mêmes erreurs. Entrer dans une guerre avec un objectif maximaliste — « changer la carte du Moyen-Orient » — sans stratégie de sortie claire. Sans plan pour l’après. Sans réponse à la question fondamentale : que fait-on quand les bombes s’arrêtent ? L’histoire ne se répète pas, dit-on. Elle bégaie. Et le bégaiement, cette fois, pourrait coûter à Israël des décennies de conséquences.
Le chef d'état-major tire la sonnette d'alarme — dix fois
Eyal Zamir et le cri que le gouvernement ne veut pas entendre
Le 26 mars 2026, lors d’une réunion du cabinet de sécurité israélien, le chef d’état-major Eyal Zamir a prononcé une phrase qui résonne comme un coup de tonnerre : « Je tire dix fois la sonnette d’alarme. » Dix fois. Pas une. Pas deux. Dix. Le chef de l’armée israélienne — l’institution la plus respectée du pays — dit publiquement que la situation est intenable. Que l’armée est étirée sur trop de fronts. Que les ressources humaines sont insuffisantes. Que le rythme des opérations ne peut pas être maintenu indéfiniment.
Ce n’est pas un dissident. Ce n’est pas un opposant politique. C’est le commandant en chef de Tsahal. L’homme qui dirige les opérations à Gaza, au Liban et en Iran. Et cet homme dit, devant le cabinet de guerre, que son armée craque. Que peut-on ajouter ? Quand le général responsable de mener la guerre dit que la guerre est insoutenable, qui reste-t-il pour la défendre ?
Dix fois la sonnette d’alarme. Et le gouvernement continue de foncer. Il y a un mot pour ça. Ce n’est pas du courage. Ce n’est pas de la détermination. C’est de l’aveuglement. Et l’aveuglement, en temps de guerre, se paie en vies humaines.
La question ultraorthodoxe : le tabou militaire qui explose
L’alarme de Zamir relance un débat que la société israélienne repousse depuis des décennies : la conscription des juifs ultraorthodoxes. Des centaines de milliers de jeunes hommes exemptés du service militaire tandis que le reste de la nation se bat. Tandis que les réservistes enchaînent les déploiements — à Gaza, au Liban, maintenant en soutien aux opérations contre l’Iran. Tandis que des familles voient leurs enfants partir pour la troisième, la quatrième, la cinquième fois en deux ans.
Le projet de loi est sur la table. Mais Nétanyahou dépend politiquement des partis ultraorthodoxes pour sa coalition. Les enrôler, c’est perdre sa majorité parlementaire. Ne pas les enrôler, c’est condamner l’armée à l’épuisement. Et pourtant, le dilemme est clair : un pays en guerre permanente ne peut pas se permettre d’exempter une partie de sa population du combat. La politique a ses calculs. La guerre a ses réalités. Et ces réalités, tôt ou tard, finissent par s’imposer.
Le Liban : le troisième front qui dévore tout
Une occupation qui ne dit pas son nom
Pendant que les regards sont braqués sur l’Iran, Israël est toujours au Liban. Profondément. Durablement. Une source de sécurité citée par le Yediot Aharonot l’admet sans détour : la présence des forces israéliennes « en profondeur sur le territoire libanais durera au moins quelques mois, voire des années ». Des années. Le mot est lâché. Encore une fois, Israël entre au Liban pour une opération courte et se retrouve piégé dans une occupation longue.
Le Hezbollah n’a pas été détruit. Décapité, oui. Affaibli, certainement. Mais pas détruit. Et le Hezbollah a une capacité de régénération que peu d’organisations au monde possèdent. Des réseaux souterrains. Un soutien populaire dans le sud du Liban. Des caches d’armes disséminées dans des centaines de villages. Et une mémoire institutionnelle forgée par des décennies de résistance à l’occupation israélienne. Tsahal connaît ce terrain. Tsahal y a déjà perdu. Et Tsahal y est de nouveau.
Le Liban est le cimetière des certitudes militaires israéliennes. En 1982, l’armée devait rester quelques semaines. Elle est restée dix-huit ans. En 2006, l’opération devait neutraliser le Hezbollah. Le Hezbollah est ressorti plus fort. En 2026, on nous promet que cette fois, c’est différent. Ce n’est jamais différent.
Une armée étirée jusqu’au point de rupture
Trois fronts simultanés. Gaza, où les opérations continuent malgré la destruction quasi totale de l’enclave. Le Liban sud, où le Hezbollah résiste avec une férocité que personne n’avait anticipée. Et le théâtre iranien, où Tsahal fournit renseignement et soutien aux frappes américano-israéliennes. L’armée israélienne est l’une des plus sophistiquées du monde. Ses pilotes, ses commandos, ses systèmes de renseignement sont d’une qualité exceptionnelle. Mais la qualité ne remplace pas la quantité quand vous combattez sur trois fronts.
Les réservistes sont épuisés. Les familles sont brisées. L’économie souffre — chaque réserviste mobilisé est un travailleur retiré du marché, un entrepreneur qui ferme boutique, un père ou une mère absent de la maison. Et pourtant, la mobilisation continue. Les ordres de rappel tombent. Les uniformes sont enfilés une fois de plus. Israël ne se bat plus avec une armée. Israël se bat avec une nation entière. Et une nation entière, aussi résiliente soit-elle, finit par s’épuiser.
Nétanyahou ne sera jamais Churchill
Le verdict cinglant de la presse israélienne
Avi Issacharoff, dans le Yediot Aharonot, pose les mots que beaucoup pensent tout bas : « Nétanyahou, malgré ses folles ambitions, ne sera jamais Winston Churchill. » La comparaison est cruelle et elle est précise. Churchill a mené la Grande-Bretagne à travers la Seconde Guerre mondiale en disant la vérité à son peuple. « Du sang, de la sueur et des larmes. » Nétanyahou, lui, promet la victoire totale sans jamais évoquer le prix. Promet le changement de la carte du Moyen-Orient sans jamais dire combien de soldats ne rentreront pas chez eux.
Et pourtant, Nétanyahou possède quelque chose que Churchill n’avait pas : un instinct de survie politique sans égal dans l’histoire démocratique moderne. Mis en examen pour corruption. Contesté par des centaines de milliers de manifestants avant le 7 Octobre. Considéré comme politiquement mort à plusieurs reprises. Et toujours là. Toujours au pouvoir. Toujours capable de transformer chaque crise en opportunité de rester. Issacharoff le dit sans ambages : Nétanyahou s’est entouré d’une « ceinture de corruption sans foi ni loi dont le seul but est sa propre survie politique ».
Il y a une différence fondamentale entre un leader de guerre et un politicien en guerre. Le leader de guerre sert son pays. Le politicien en guerre se sert de la guerre. Et Nétanyahou, quoi qu’en disent ses partisans, appartient à la seconde catégorie.
La survie politique comme moteur de la guerre
C’est le cœur du problème. La question que les Israéliens commencent à se poser ouvertement, dans leurs journaux, dans leurs manifestations, dans leurs conversations : cette guerre sert-elle Israël, ou sert-elle Nétanyahou ? Les deux ne sont pas la même chose. Israël avait besoin de répondre au 7 Octobre. Israël avait besoin de neutraliser la menace du Hamas. Israël avait peut-être même besoin de frapper le Hezbollah pour rétablir la dissuasion. Mais Israël avait-il besoin de se lancer dans une guerre régionale contre l’Iran — sans plan de sortie, sans consensus national, sans garantie américaine à long terme ?
Le fait que des élections soient prévues cette année en Israël n’est pas un détail. C’est le contexte. Nétanyahou sait que s’il arrête la guerre, il perd le récit qui le maintient au pouvoir. Le récit du leader fort. Du protecteur d’Israël. Du visionnaire qui change la carte du Moyen-Orient. Arrêter la guerre, c’est revenir aux procès pour corruption. Aux manifestations. Aux questions sur le 7 Octobre — sur ce qui s’est passé et sur qui en porte la responsabilité. La guerre est le bouclier de Nétanyahou. Et tant que le bouclier tient, il continuera de se battre.
Le quotidien des Israéliens : vivre dans une boucle de guerre
L’épuisement d’une nation qui ne dort plus
Gershom Gorenberg vit à Jérusalem. Il raconte ce que les cartes militaires et les communiqués de presse ne montrent pas : le quotidien. Les sirènes qui réveillent les enfants à trois heures du matin. Les courses vers les abris. Le bip du téléphone qui annonce un nouveau tir de missile. L’angoisse permanente des parents dont les enfants sont au front. « L’épuisement, l’adrénaline, l’inquiétude pour ses enfants » — trois mots qui résument la vie de millions d’Israéliens depuis deux ans et demi.
On parle beaucoup de résilience israélienne. Et cette résilience est réelle. Ce peuple a survécu à des guerres, des attentats, des menaces existentielles depuis sa fondation. Mais la résilience a une limite. Le corps humain a une limite. L’esprit a une limite. Et deux ans et demi de guerre continue, sans pause, sans horizon, sans promesse crédible de fin — cela dépasse ce que même la société la plus résiliente peut endurer. Les fissures commencent à apparaître.
On parle de guerre permanente comme d’un concept géopolitique. Mais la guerre permanente, c’est aussi une mère qui n’a pas dormi une nuit complète depuis octobre 2023. C’est un enfant qui confond le bruit du tonnerre avec celui d’un missile. C’est une nation qui a oublié ce que signifie la normalité.
L’économie qui saigne à blanc
Les chiffres sont brutaux. La mobilisation des réservistes retire des centaines de milliers de travailleurs de l’économie. Le tourisme s’est effondré. Les investissements étrangers ont ralenti. Le shekel est sous pression. Les entreprises du nord d’Israël, près de la frontière libanaise, sont fermées ou fonctionnent au ralenti depuis des mois. Celles du sud, près de Gaza, n’existent plus pour certaines. L’économie israélienne — l’une des plus dynamiques du monde avant le 7 Octobre, la « Start-Up Nation » — est désormais une économie de guerre.
Et la guerre coûte cher. Très cher. Des milliards de dollars en armement, en opérations, en reconstruction, en aide aux déplacés internes. Des milliards que l’État emprunte, que le contribuable paiera pendant des années, que les générations futures hériteront comme une dette de guerre colossale. Nétanyahou promet la sécurité par la force. Mais la force a un prix. Et ce prix, Israël commence à le payer dans sa chair économique autant que dans sa chair humaine.
La « pax israeliana » : hégémonie ou illusion
Le rêve de domination régionale
Ce que Nétanyahou poursuit — consciemment ou non — c’est une « pax israeliana ». Un Moyen-Orient où Israël serait la puissance hégémonique incontestable. Où le Hamas serait anéanti. Où le Hezbollah serait neutralisé. Où l’Iran serait incapable de projeter sa puissance. Où les accords d’Abraham s’étendraient à l’Arabie saoudite. Où personne, nulle part dans la région, n’oserait défier l’État hébreu. C’est un rêve séduisant. Sur le papier, il est même logique. Mais les rêves hégémoniques ont une caractéristique commune : ils finissent toujours mal.
L’histoire est pleine de puissances qui ont tenté d’imposer leur paix par la force dans des régions hostiles. Rome l’a fait. L’Empire ottoman l’a fait. Les Britanniques l’ont fait. Les Américains l’ont tenté en Irak. Chaque fois, la même leçon : on peut conquérir un territoire, mais on ne peut pas conquérir un peuple. On peut détruire une armée, mais on ne peut pas détruire une idée. Et l’idée de résistance à la domination israélienne — qu’on l’approuve ou qu’on la condamne — est enracinée trop profondément pour être éradiquée par des bombardements.
Je soutiens le droit d’Israël à se défendre. Sans ambiguïté. Sans réserve. Mais se défendre et conquérir sont deux choses différentes. Et la ligne qui sépare les deux s’estompe un peu plus chaque jour dans la stratégie de Nétanyahou.
Ce que le Moyen-Orient retient
Les peuples de la région regardent. Ils voient Gaza en ruines. Ils voient le sud du Liban occupé. Ils voient l’Iran bombardé. Et ce qu’ils retiennent, ce n’est pas la puissance d’Israël. C’est la souffrance des civils. Les images. Les vidéos. Les chiffres. Chaque bombe qui tombe sur Téhéran ou Beyrouth crée dix recrues pour la prochaine génération de combattants. Chaque immeuble détruit à Gaza devient un monument de propagande pour le prochain Hamas. La force crée l’ordre à court terme. Elle crée la rage à long terme.
Et pourtant, que faire ? Laisser l’Iran développer l’arme nucléaire ? Laisser le Hezbollah bombarder le nord d’Israël ? Laisser le Hamas se reconstituer ? Les alternatives à la stratégie de Nétanyahou ne sont pas évidentes. Le monde réclame la paix mais ne propose aucun mécanisme crédible pour la garantir. Les Nations Unies sont paralysées. L’Europe est absente. Israël fait la guerre parce que personne ne lui offre la paix. C’est la tragédie. Elle n’a pas de méchant unique. Elle n’a que des acteurs piégés dans une logique qui les dépasse.
Trump : l'allié qui peut tout changer — ou tout abandonner
Le partenaire le plus imprévisible de l’histoire d’Israël
Donald Trump est le meilleur ami qu’Israël ait jamais eu à la Maison-Blanche. Reconnaissance de Jérusalem comme capitale. Accords d’Abraham. Retrait de l’accord nucléaire iranien. Frappes massives sur l’Iran. Soutien inconditionnel au droit d’Israël à se défendre. Sur le papier, la relation est idyllique. Mais Trump est aussi l’homme qui vient de menacer de quitter l’OTAN. L’homme qui annonce le retrait d’Iran dans « deux ou trois semaines ». L’homme qui change d’avis en un tweet. L’homme qui mesure les alliances en termes de retour sur investissement.
Et pourtant, Nétanyahou a lié son destin à celui de Trump. Totalement. Irréversiblement. Si Trump reste engagé, Israël peut maintenir sa stratégie régionale. Si Trump se désintéresse — comme il l’a fait en Syrie pendant son premier mandat — Israël se retrouve seul face aux conséquences d’une guerre qu’il ne peut pas mener seul. La dépendance envers un allié imprévisible est la plus dangereuse des dépendances.
Nétanyahou a parié toute sa stratégie sur un homme qui pourrait changer d’avis demain matin. C’est l’équivalent géopolitique de construire sa maison sur une faille sismique en espérant que le tremblement de terre n’arrivera jamais.
Quand l’Amérique rentrera chez elle
Trump a été clair : les troupes américaines quitteront l’Iran. La question n’est pas si, mais quand. Et quand elles partiront, Israël devra gérer seul les conséquences. Un Iran humilié mais pas soumis. Un Hezbollah blessé mais pas mort. Des milices pro-iraniennes disséminées en Irak, en Syrie, au Yémen. Un Moyen-Orient plus instable qu’il ne l’a jamais été. Et une armée israélienne épuisée par deux ans et demi de guerre continue.
C’est le scénario que le chef d’état-major Zamir essaie de faire comprendre au gouvernement. C’est le scénario que Ha’Aretz et le Yediot Aharonot décrivent avec une lucidité douloureuse. L’Amérique va partir. Elle part toujours. D’Afghanistan. D’Irak. De Syrie. L’Amérique entre en guerre avec fracas et en sort avec un tweet. Et ceux qui restent sur place — les Afghans, les Irakiens, les Kurdes — gèrent les décombres. Israël sera-t-il le prochain sur la liste ?
Conclusion : Un pays prisonnier de sa propre force
La guerre comme piège existentiel
Israël est le pays le plus puissant du Moyen-Orient. C’est un fait. Sa technologie militaire, ses services de renseignement, sa capacité nucléaire, son alliance avec les États-Unis — tout cela fait d’Israël une superpuissance régionale incontestée. Et pourtant, cette puissance est devenue un piège. Parce que la puissance crée la tentation de l’utiliser. Et l’utilisation crée la nécessité de l’utiliser encore. Et encore. Et encore. Jusqu’à l’épuisement.
Ha’Aretz pose la question la plus importante : « Les succès militaires ne se mesurent qu’à la fin et non au premier jour d’une guerre. » Le premier jour, tout est victoire. Les installations nucléaires iraniennes détruites. Les chefs du Hezbollah éliminés. Les tunnels de Gaza pulvérisés. Mais la fin — la vraie fin — c’est ce qui reste quand les bombes se taisent. C’est le Moyen-Orient que les enfants israéliens hériteront. C’est la carte que Nétanyahou prétend redessiner. Et cette carte, pour l’instant, ne montre qu’une chose : un pays entouré de ruines, de rancœur et de promesses de vengeance.
Deux ans et demi de guerre. Des élections qui approchent. Un chef d’état-major qui sonne l’alarme dix fois. Un allié américain qui menace de quitter l’OTAN. Un Liban occupé pour des années. Un Iran humilié mais vivant. Et au milieu de tout ça, neuf millions d’Israéliens qui veulent simplement vivre. Dormir sans sirènes. Envoyer leurs enfants à l’école sans vérifier leur téléphone toutes les cinq minutes. Rêver d’un avenir qui ne se mesure pas en opérations militaires. Mais cet avenir, tant que la boucle tourne, n’existe pas.
La guerre permanente n’est pas une stratégie. C’est un aveu d’échec. L’aveu qu’on n’a trouvé aucun autre moyen de survivre que de combattre sans fin. Et Israël mérite mieux que ça. Son peuple mérite mieux que ça. Ses enfants méritent mieux que ça.
Signé Maxime Marquette
Courrier international titre « La guerre permanente ». Trois mots sans point d’interrogation. Et c’est peut-être le plus effrayant : que la question ne se pose même plus.
Sources
À la une du magazine : Israël, la guerre permanente — Courrier international, 1er avril 2026
IDF Chief Zamir warns cabinet: ‘I’m pulling the alarm ten times’ — The Jerusalem Post, 26 mars 2026
Trump to address nation on Iran war Wednesday night — CNBC, 31 mars 2026
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