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CHRONIQUE : Iran, Trump et le cessez-le-feu de 45 jours — la diplomatie comme anesthésie
Crédit: Adobe Stock

Ormuz et l’uranium : les deux cartes maîtresses

L’Iran joue deux cartes dans cette négociation, et il les joue avec une clarté qui mérite d’être reconnue même par ceux qui n’ont aucune sympathie pour le régime des mollahs. Première carte : le détroit d’Ormuz. Un passage maritime de 33 kilomètres de large par lequel transitent environ 20% des exportations mondiales de pétrole brut et 18% du gaz naturel liquéfié mondial. Fermer Ormuz — même partiellement, même temporairement — c’est une arme économique de destruction massive contre les économies mondiales et particulièrement contre les monarchies du Golfe qui ne peuvent pas se passer de cette route pour vendre leur pétrole.

Deuxième carte : l’uranium hautement enrichi. L’Iran a enrichi de l’uranium à des niveaux proches de 60% — loin du seuil des 3,67% autorisé par le JCPOA de 2015, mais en dessous des 90% nécessaires pour une arme. Ce n’est un secret pour personne que la distance technique entre ces deux niveaux est désormais très faible. Renoncer à cet uranium — soit en le transférant hors du pays, soit en le diluant — c’est renoncer à la seule chose qui donne à Téhéran une puissance de négociation réelle face à une superpuissance qui le surclasse militairement sur presque tous les tableaux.

Les médiateurs le reconnaissent eux-mêmes dans leurs échanges rapportés par Axios : rouvrir pleinement Ormuz et régler la question de l’uranium ne peut être que le résultat d’un accord final, pas d’une trêve de 45 jours. L’Iran ne vendra pas ses deux seules cartes maîtresses pour un cessez-le-feu temporaire qui ne lui garantit rien sur le long terme. Ce serait stratégiquement suicidaire. Et quelle que soit l’opinion qu’on peut avoir du régime iranien, ses dirigeants ne sont pas suicidaires.

Pourquoi l’Iran a dit non — et continue de dire non

L’Iran a rejeté plusieurs propositions antérieures de cessez-le-feu à court terme. Araghchi a déclaré à Al Jazeera que Téhéran ne cherchait pas un cessez-le-feu mais une fin de guerre — nuance fondamentale que l’Occident préfère ne pas entendre parce qu’elle complique considérablement la négociation. Un cessez-le-feu, ça se négocie en semaines. Une fin de guerre, ça se négocie en mois, voire en années, et ça exige des concessions que ni Trump ni ses alliés régionaux ne sont prêts à faire dans le contexte politique actuel.

Trump a affirmé sur Truth Social qu’Araghchi lui avait demandé un cessez-le-feu. L’Iran l’a démenti formellement, qualifiant cette déclaration de « fausse et sans fondement ». Ce désaccord public sur les faits de base de la négociation n’est pas un détail de communication. C’est le signe que les deux parties n’ont même pas établi un récit commun minimal des échanges qui ont eu lieu — condition nécessaire à tout progrès diplomatique réel.

Et pourtant, les SMS continuent. Les médiateurs font la navette. Personne ne veut officiellement être celui qui a fait tomber la dernière chance de paix. Alors on continue de négocier sans vraiment négocier, d’annoncer des progrès sans en faire, et de repousser les échéances en espérant que la situation se dénoue d’elle-même. Elle ne le fait jamais. Pas dans cette région. Pas avec ces acteurs.

Et pourtant, les médiateurs font la navette. Et pourtant, les SMS s’échangent. Et pourtant, personne ne veut être celui qui a dit non en dernier. La guerre continue. La diplomatie aussi. Les deux semblent parfaitement capables de coexister indéfiniment.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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