La connectivité à un pour cent
Le 28 février 2026, le gouvernement iranien a coupé internet. Pas ralenti. Pas filtré. Coupé. La connectivité est tombée à environ un pour cent de son niveau d’avant-guerre, selon NetBlocks, l’organisation de surveillance d’internet. Un pour cent. Ce chiffre signifie que pour quatre-vingt-dix millions d’Iraniens, le monde extérieur a cessé d’exister sur un écran. Plus de nouvelles indépendantes. Plus de messages aux proches à l’étranger. Plus de vidéos montrant ce que les bombes font aux immeubles, aux hôpitaux, aux rues.
C’est la plus longue coupure nationale d’internet au monde depuis le Printemps arabe. La seule qui la dépasse en durée est celle imposée par Mouammar Kadhafi en Libye en 2011 — six mois de silence numérique pendant que son régime écrasait la dissidence. L’Iran a déjà dépassé la durée de ses propres coupures précédentes : celles de 2019, de 2022, de janvier 2026 pendant les manifestations anti-régime, et celle de la guerre avec Israël en juin 2025. Chaque crise produit un silence plus long que la précédente.
Un pays entier plongé dans le noir numérique pendant plus de quarante jours, et le sujet occupe à peine une colonne dans nos fils d’actualité. Nous avons normalisé l’idée que quatre-vingt-dix millions de personnes puissent être débranchées du monde comme on éteint une lampe.
Le système à deux vitesses
Tout le monde n’est pas dans le noir. Sous un système d’accès à plusieurs niveaux, de nombreux employés gouvernementaux ont été « inscrits sur liste blanche » — white-listed — et conservent un accès complet à internet mondial pendant les guerres et les périodes de troubles. Les médias d’État diffusent et publient sur les réseaux sociaux malgré le blocage. Le régime iranien utilise ces plateformes comme principal outil de communication pendant la guerre — les mêmes plateformes qu’il interdit à sa population d’utiliser.
Les initiés du régime et les responsables d’État disposent de cartes SIM blanches spéciales qui continuent de fonctionner quand internet est coupé. L’État peut aussi désactiver sélectivement ces cartes SIM — ce qu’il fait de plus en plus pendant le conflit actuel. Le message est limpide : l’information est un privilège réservé à ceux qui servent le pouvoir. Les autres méritent le silence. La coupure d’internet n’est pas un effet secondaire de la guerre. C’est une arme de guerre dirigée contre la population iranienne par son propre gouvernement.
Comment un satellite américain est devenu le dernier espoir d'un peuple sous les bombes
Le chemin d’une antenne, du carton au toit
Les terminaux Starlink arrivent en Iran par les mêmes routes que la contrebande classique. Achetés dans des pays où le service est licencié, ils sont ensuite transportés à travers les frontières — probablement via la Turquie, l’Irak, le Pakistan, l’Afghanistan. Une fois en Iran, le mode « itinérance » — roaming — permet de les utiliser dans un pays où SpaceX ne possède aucune licence. Le kit comprend un routeur Wi-Fi et une antenne plate rectangulaire qui s’installe en quelques minutes.
Beaucoup d’utilisateurs iraniens partagent leurs identifiants avec leurs voisins et amis, transformant chaque terminal en point d’accès communautaire. Un seul rectangle blanc sur un seul toit peut reconnecter un immeuble entier. Ahmad Ahmadian, dont l’organisation Holistic Resilience a aidé des Iraniens à accéder au service, estime que les cinquante mille terminaux en circulation desservent un nombre bien supérieur de personnes. Chaque antenne est un acte collectif. Chaque mot de passe partagé est un pacte de confiance dans un pays où la confiance peut coûter la liberté.
Il y a une ironie vertigineuse dans le fait que le service de satellites d’Elon Musk — un homme dont les positions politiques divisent le monde occidental — soit devenu la bouée de sauvetage informationnelle d’un peuple écrasé par un régime autoritaire. La technologie ne demande pas à qui elle appartient. Elle demande seulement si le ciel est dégagé.
Le prix du signal
Un terminal Starlink coûte plusieurs milliers de dollars sur le marché noir iranien. Pour un pays où le salaire mensuel moyen tourne autour de quatre cents dollars — et où l’économie s’effondre sous les sanctions et les bombes —, c’est un objet de luxe absurde. Et pourtant, cinquante mille familles, cinquante mille groupes, cinquante mille collectifs ont trouvé l’argent. Ont pris le risque. Ont posé l’antenne. Le prix n’est pas seulement financier — il est existentiel. Chaque dollar investi dans un terminal Starlink est un dollar qu’une famille iranienne ne dépensera pas en nourriture, en médicaments, en chauffage. Le choix entre manger et savoir ce qui se passe dehors ne devrait exister dans aucun pays du monde.
Et pourtant. Des Iraniens franchissent illégalement la frontière pour envoyer des photos et des vidéos au monde extérieur, selon Farzaneh Badiei de Digital Medusa, une organisation qui milite pour un internet ouvert. Quand Starlink est trop cher. Quand les drones survolent les toits. Quand le brouillage électronique fonctionne. Des êtres humains traversent des frontières à pied pour qu’une image arrive sur votre écran.
L'architecture du silence
Comment un État efface un pays d’internet en trente secondes
L’industrie des télécommunications iranienne est presque entièrement détenue par l’État. Voix, données, fibre optique, antennes cellulaires — tout passe par des infrastructures que le gouvernement contrôle directement. Le trafic internet est canalisé par un système central géré par la Telecommunication Infrastructure Company, entreprise d’État. Retirer les adresses IP iraniennes du web mondial est, techniquement, une opération simple. Un ordre. Un bouton. Le silence.
Le gouvernement a développé un internet domestique parallèle — le Réseau national d’information — qui maintient les opérations étatiques et les services essentiels comme la banque en ligne pendant les coupures. Les Iraniens peuvent toujours accéder à certains services internes. Mais le mur entre l’Iran et le reste du monde est total. La plupart des centres de données ont été fermés, selon Ahmad Ahmadian. Certains ont subi des dommages liés à la guerre. Un seul centre de données reste opérationnel, réservé à l’usage de l’État.
Le régime iranien n’a pas besoin de censurer internet. Il peut faire mieux : le supprimer. Et quand un État possède l’infrastructure physique de la communication, la liberté d’expression n’est pas un droit — c’est une tolérance révocable à tout moment.
Le précédent libyen — et ce qu’il annonce
La Libye de Kadhafi a tenu six mois sans internet en 2011. Le régime a fini par tomber — pas grâce au rétablissement d’internet, mais malgré son absence. Les images de la révolution sont sorties par d’autres moyens : téléphones satellites, cassettes vidéo passées de main en main, témoignages oraux transmis aux frontières. Le silence n’a pas empêché l’information de circuler. Il l’a ralentie, déformée, retardée — mais pas arrêtée.
L’Iran de 2026 est différent de la Libye de 2011 sur un point crucial : Starlink n’existait pas en 2011. La constellation de satellites en orbite basse a changé l’équation fondamentale du contrôle de l’information. Un État peut couper les câbles sous-marins, fermer les centres de données, brouiller les fréquences terrestres. Il ne peut pas éteindre six mille satellites qui ne lui appartiennent pas. Pour la première fois dans l’histoire des régimes autoritaires, le ciel est un territoire que le tyran ne contrôle pas.
Les alternatives au silence — et leur prix
La radio à ondes courtes, le passeur de frontière
En dehors de Starlink, les options sont rares et anciennes. La radio à ondes courtes — une technologie centenaire qui diffuse sur des hautes fréquences sur de longues distances — reste un canal fonctionnel. Elle ne permet pas d’envoyer des images ou des vidéos, mais elle permet de recevoir des informations de l’extérieur. En 2026, des millions d’Iraniens dépendent d’une technologie inventée dans les années 1920 pour savoir si leur pays est encore bombardé.
Les Iraniens vivant dans les zones frontalières tentent de se connecter aux antennes cellulaires des pays voisins — Turquie, Irak, Pakistan. Le signal est faible, intermittent, capricieux. Il dépend de la topographie, de la météo, de la distance. Et certains, quand tout le reste échoue, franchissent la frontière à pied. Ils portent des téléphones chargés de photos et de vidéos. Ils cherchent un signal. Ils envoient. Ils reviennent — quand ils peuvent revenir.
Un homme traverse une montagne avec un téléphone dans la poche pour envoyer une photo de ce que les bombes ont fait à son quartier. Ce n’est pas un scénario d’un autre siècle. C’est avril 2026. Et personne ne connaît son prénom.
Le corps qui remplace le câble
Quand l’infrastructure numérique disparaît, le corps humain redevient le moyen de transmission. Les pieds qui marchent vers la frontière. Les mains qui passent un téléphone. La voix qui raconte à un correspondant étranger ce qui se passe derrière le mur de silence. L’Iran de 2026 reproduit un schéma aussi vieux que la tyrannie elle-même : le pouvoir coupe les fils, et les gens deviennent les fils.
Farzaneh Badiei, de Digital Medusa, documente ces parcours. Chaque photo qui sort d’Iran a un trajet physique. Elle a été prise par quelqu’un qui risquait sa liberté, stockée sur un appareil qui pouvait être confisqué, transportée par quelqu’un qui pouvait être arrêté, envoyée depuis un endroit où le signal existait encore. Quand vous voyez une image de destruction en Iran sur votre écran, vous regardez le résultat d’une chaîne humaine dont chaque maillon a mis sa vie en jeu. Et vous scrollez.
Le cessez-le-feu ne rallume pas la lumière
Les États-Unis et l’Iran ont signé — internet reste éteint
Un cessez-le-feu a été conclu entre les États-Unis et l’Iran. Les bombes se sont tues. Mais les serveurs sont restés muets. Un porte-parole du gouvernement iranien a déclaré que l’internet resterait dans cet état « dans les conditions de temps de guerre ». La formulation est chirurgicale : tant que le régime définit la situation comme « guerre », le silence numérique continue. Et c’est le régime qui définit la situation.
Et pourtant. La coupure d’internet n’a jamais été uniquement liée à la guerre. L’Iran a coupé internet en novembre 2019 pendant les manifestations contre la hausse du prix de l’essence — plus de mille cinq cents personnes ont été tuées pendant cette coupure, selon des organisations de défense des droits humains. L’Iran a coupé internet en septembre 2022 après la mort de Mahsa Amini. L’Iran a coupé internet en janvier 2026 pendant les manifestations anti-régime. La guerre est le prétexte. Le contrôle est le motif.
Un cessez-le-feu qui ne rétablit pas internet n’est pas un cessez-le-feu. C’est un changement de méthode. Les bombes s’arrêtent. Le silence continue. Et le silence tue autrement — il tue l’information, la mémoire, la preuve, le témoignage.
Ce que le silence cache
Sans internet, il n’y a pas de documentation. Pas de vidéos de frappes sur des zones civiles. Pas de photos de bâtiments effondrés. Pas de témoignages en temps réel. Pas de décompte indépendant des victimes. Le silence numérique n’est pas un effet secondaire de la répression — c’est sa condition de possibilité. Ce qui se passe dans un pays sans internet n’existe pas pour le reste du monde. Pas parce que ça n’arrive pas. Parce que personne ne peut le montrer.
Les médias d’État iraniens, eux, continuent de publier. Ils ont accès aux réseaux sociaux. Ils diffusent leur version des événements. Le monopole de l’information n’a jamais été aussi total et aussi visible en même temps. D’un côté, un régime qui parle au monde. De l’autre, quatre-vingt-dix millions de personnes qui ne peuvent pas répondre. La symétrie est si parfaite qu’elle ressemble à un plan.
Elon Musk, le toit iranien et la question que personne ne pose
Le paradoxe Musk
Elon Musk n’a pas conçu Starlink pour libérer les Iraniens. Il l’a conçu pour connecter les zones rurales mal desservies et financer ses ambitions martiennes. Mais la technologie ne respecte pas les intentions de son créateur. Les satellites en orbite basse ne vérifient pas la nationalité de l’utilisateur. Ils ne demandent pas si le gouvernement local approuve. Ils reçoivent un signal depuis une antenne rectangulaire, et ils répondent. Point.
Musk est un allié du président Donald Trump, dont l’administration a lancé les frappes contre l’Iran. Musk dirige DOGE, le département de l’efficacité gouvernementale américain. Musk est simultanément l’architecte de l’infrastructure qui permet aux Iraniens de contourner la censure de leur gouvernement et un proche du pouvoir qui bombarde leur pays. La géopolitique de 2026 ne se lit plus en lignes droites. Elle se lit en nœuds.
L’homme le plus controversé de la planète a construit, sans le vouloir, le dernier pont entre quatre-vingt-dix millions de personnes et le reste de l’humanité. L’histoire se fiche de la cohérence. Elle prend ce qui fonctionne.
SpaceX peut-il couper l’Iran ?
Le mode itinérance de Starlink fonctionne en Iran sans licence de SpaceX. Cela signifie que SpaceX n’a pas officiellement autorisé le service dans le pays — mais ne l’a pas non plus empêché. L’entreprise pourrait techniquement bloquer les signaux provenant du territoire iranien. Elle ne l’a pas fait. Ce silence opérationnel est une décision. Une décision qui pourrait changer à tout moment — sous pression du gouvernement américain, sous sanctions, sous menace juridique.
Les cinquante mille terminaux iraniens dépendent d’une tolérance tacite qui n’a aucune garantie contractuelle, légale ou politique. Si demain SpaceX décide de bloquer l’Iran — ou si le gouvernement américain l’y oblige dans le cadre de nouvelles sanctions —, cinquante mille antennes deviennent cinquante mille rectangles de plastique inutiles sur cinquante mille toits. Le dernier lien se coupe. Et l’homme qui est monté sur son toit à trois heures du matin aura risqué sa vie pour un objet qui ne capte plus rien.
Ce que nous ne voyons pas
Les images qui n’arrivent pas
Pour chaque photo qui sort d’Iran, combien restent prisonnières d’un téléphone éteint ? Pour chaque témoignage transmis par Starlink, combien sont murmurés dans des pièces sans signal, à des murs qui n’enregistrent rien ? Les cinquante mille terminaux Starlink couvrent une fraction de la population iranienne. Le reste — la vaste majorité — vit dans un silence que nous ne pouvons pas mesurer parce que nous ne pouvons pas l’entendre.
NetBlocks mesure la connectivité à un pour cent. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent du trafic internet iranien a disparu. Ce chiffre est abstrait. Donnons-lui un visage : à Ispahan, une femme de trente-quatre ans — dont nous ne connaîtrons pas le nom parce qu’elle n’a pas de terminal Starlink — ne sait pas si sa sœur à Chiraz est vivante. Elle ne peut pas appeler. Elle ne peut pas envoyer de message. Elle ne peut pas chercher sur internet si les frappes ont touché le quartier de sa sœur. Elle attend. Dans le silence. Depuis quarante et un jours.
Le plus grand crime de la coupure d’internet n’est pas l’information qui ne sort pas. C’est la souffrance qui ne se partage pas. Quand vous ne pouvez même pas dire à quelqu’un que vous avez peur, la peur devient un mur.
La mémoire en danger
Sans documentation en temps réel, il n’y a pas de mémoire fiable. Ce qui n’est pas filmé, photographié, horodaté au moment où ça se passe devient contestable dès que le silence se lève. Les régimes le savent. Le gouvernement iranien ne coupe pas seulement l’accès au présent — il coupe l’accès au futur de la mémoire. Quand internet reviendra — si internet revient —, il sera trop tard pour documenter ce qui s’est passé avec la précision que la justice exige.
Les enquêteurs des Nations Unies, les organisations de droits humains, les procureurs de la Cour pénale internationale — tous dépendent de preuves numériques horodatées, géolocalisées, vérifiables. Quarante et un jours de silence, c’est quarante et un jours de preuves qui n’existeront jamais. La coupure d’internet est un effacement préventif de la mémoire collective. Et quand le monde demandera des comptes, le régime iranien pourra dire : montrez-nous les preuves. Le silence aura fait son travail.
Le rectangle blanc sur le toit — et ce qu'il dit de nous
Nous avons tous scrollé
Vous lisez cet article grâce à un internet que personne ne vous a coupé. Vous n’avez pas eu besoin de monter sur un toit. Vous n’avez pas risqué vingt-cinq ans de prison. Vous n’avez pas traversé une frontière à pied avec un téléphone dans la poche. Vous avez ouvert un navigateur, cliqué sur un lien, et l’information est apparue. Cette facilité est un privilège si ordinaire qu’il a cessé d’en être un.
Et pourtant. À six mille kilomètres de votre écran, un homme démonte son antenne Starlink avant l’aube parce qu’un drone survole son quartier. Il la cache. Il attend. Il la remontera la nuit suivante, si les Gardiens de la Révolution ne reviennent pas. Il fera tout ça pour envoyer un message, une photo, une preuve que son monde existe encore. Nous avons tous un accès illimité à l’information sur ce qui se passe en Iran. Et nous ne faisons rien de cet accès que les Iraniens meurent pour obtenir.
Le plus grand luxe de notre époque n’est pas l’information. C’est le droit de l’ignorer. Les Iraniens n’ont ni l’un ni l’autre.
Le prix que nous ne payons pas
Le régime iranien a compris une chose que les démocraties n’ont pas encore admise : le contrôle de l’information est plus efficace que le contrôle du territoire. Vous pouvez perdre une guerre et garder le pouvoir — à condition que personne ne puisse le raconter. La leçon que l’Iran enseigne au monde en avril 2026 est simple, brutale et transférable : tout État qui possède son infrastructure de télécommunications possède le droit de faire taire son peuple. Et rien dans l’architecture actuelle d’internet ne l’en empêche.
Starlink est une exception technologique, pas une solution systémique. Il fonctionne parce que SpaceX le tolère, parce que les satellites sont hors de portée, parce que le mode itinérance n’a pas été désactivé. Retirez un seul de ces facteurs et le toit redevient un toit. L’antenne redevient du plastique. Et le silence redevient total.
Le ciel que le tyran ne contrôle pas — pour combien de temps
Les six mille satellites et la question du temps
La constellation Starlink compte plus de six mille satellites en orbite basse. Aucun gouvernement ne peut les atteindre physiquement. Aucun brouilleur terrestre ne peut les éteindre tous. Aucune loi nationale ne peut leur ordonner de cesser d’émettre. Pour la première fois dans l’histoire des communications humaines, un réseau existe au-dessus des frontières, au-dessus des lois, au-dessus des régimes.
Mais cette autonomie a une date de péremption. La Chine développe son propre réseau de satellites en orbite basse. La Russie explore des technologies de brouillage spatial. L’Iran investit dans la guerre électronique. Le ciel qui échappe aujourd’hui aux tyrans ne leur échappera pas éternellement. La fenêtre pendant laquelle Starlink peut servir de pont vers la liberté est ouverte. Rien ne garantit qu’elle le restera.
Nous vivons un moment fragile où la géographie du pouvoir a basculé vers le haut — vers l’orbite, vers le ciel que les dictateurs ne possèdent pas encore. Ce moment ne durera pas. Et quand il sera passé, nous nous demanderons pourquoi nous n’en avons pas fait davantage.
Ce que le rectangle blanc raconte
Un terminal Starlink sur un toit iranien est le résumé le plus concis de notre époque. Il contient la guerre, la résistance, la technologie, l’absurdité, le courage, le commerce, la géopolitique et la fragilité humaine — tout cela dans un rectangle de plastique blanc qui pèse moins de cinq kilos. Il raconte qu’un peuple sous les bombes et sous le silence a trouvé une fissure dans le mur. Il raconte que cette fissure dépend d’un milliardaire américain, de six mille satellites, et de la décision d’un homme de monter sur un toit à trois heures du matin.
L’homme redescend avant l’aube. Il cache l’antenne. Il vérifie que les messages sont partis. Il regarde le ciel une dernière fois — pas pour chercher les étoiles, mais pour chercher les drones. Demain, il remontera. Ou il ne remontera pas. Et quelque part sur un toit de Téhéran, un rectangle blanc attend le prochain signal — celui d’un satellite qui ne sait pas qu’il est devenu le dernier lien entre un peuple et le monde.
Le toit, l'antenne, et le silence qui n'en finit pas
La dernière image
Quarante et un jours. Quatre-vingt-dix millions de personnes. Un pour cent de connectivité. Cinquante mille antennes clandestines. Des dizaines d’arrestations. Des drones qui survolent des toits. Des gens qui traversent des frontières à pied avec des téléphones dans les poches. Et un porte-parole du gouvernement iranien qui dit que ça continuera.
Quelque part en Iran, en ce moment, un téléphone s’allume sous un signal Starlink. Un message s’envoie. Une photo part. Un lien se rétablit — fragile, temporaire, illégal, vital. Sur le toit, le rectangle blanc capte le ciel. En dessous, une famille regarde un écran comme on regarde une fenêtre dans une prison.
Le rectangle blanc est toujours sur le toit. Le drone est peut-être en route. Et le dernier lien entre un peuple et le monde tient dans un signal que personne n’a garanti, que personne n’a promis, et que personne ne protège.
Cinq kilos de plastique, et tout ce qui reste
En Iran, un rectangle de plastique blanc sur un toit est devenu le dernier lien avec le monde. Il ne pèse rien. Il coûte tout. Et chaque nuit, quelqu’un risque sa vie pour le brancher.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
The Straits Times — How Starlink is helping Iranians evade wartime internet blackout
The Straits Times — Iran internet blackout is longest nationwide shutdown on record
The Straits Times — Iran and Israel’s open warfare after decades of shadow war
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