Cinq villages, un seul objectif
Le secteur de Kostiantynivka a encaissé douze attaques en une seule journée. Les forces russes ont frappé près de Pleshchiïvka, Stepanivka, Ivanopillia, Sofiïvka et la ville elle-même. Douze fois, des groupes d’assaut ont quitté leurs positions. Douze fois, les défenseurs ukrainiens ont tenu. Le sol entre ces villages sent la poudre et la terre retournée depuis des mois — cette odeur lourde, métallique, que les soldats décrivent comme celle d’un garage en feu après la pluie.
Kostiantynivka comptait 67 000 habitants avant la guerre. Ceux qui restent vivent dans des sous-sols. Les murs des immeubles portent les impacts comme des cicatrices de variole. Les fenêtres n’existent plus — elles ont été remplacées par du contreplaqué et du plastique agricole, celui qu’on utilise pour les serres.
Douze assauts sur un secteur en un jour, et personne à Bruxelles n’a interrompu son déjeuner. La distance géographique est devenue une distance morale. Nous ne sommes pas loin — nous avons choisi de l’être.
Ce que douze signifie en corps
Douze assauts, cela signifie douze vagues d’infanterie. Chaque vague transporte entre cinq et trente hommes, selon les rapports de terrain compilés par l’Institut pour l’étude de la guerre. Les pertes russes dans ce type d’opérations frontales oscillent entre 30 et 70 pour cent par vague, selon les analystes de l’ISW. Faites le calcul. À la fin de la journée, le champ devant les positions ukrainiennes contient des corps que personne ne viendra chercher avant la nuit. Parfois pas avant des semaines.
Un soldat ukrainien de la 93e brigade, dans le secteur voisin, décrivait en mars 2026 à un média local ce moment précis : « Ils arrivent en ligne droite. On les voit sur les drones. On sait qu’ils vont mourir. Et ils le savent aussi. » La phrase contient toute la guerre.
Pokrovsk : la ville qu'on refuse de perdre
Douze tentatives de percée, une ville debout
Le secteur de Pokrovsk a reçu douze assauts également — un miroir exact de Kostiantynivka. Les forces russes ont tenté de repousser les troupes ukrainiennes près de Bilytske, Rodynske, Myrnohrad, Novooleksandrivka, Udachne, Hryshyne, Filiia et Novoserhiïvka. Huit localités visées simultanément. Un affrontement restait en cours à 16 heures.
Pokrovsk est un nœud logistique. Qui tient Pokrovsk contrôle l’approvisionnement de tout le front sud du Donbass. Les Russes le savent. Les Ukrainiens le savent. Et depuis l’automne 2024, cette ville subit la pression constante d’une armée qui accepte de perdre dix hommes pour gagner cent mètres de route défoncée.
Pokrovsk est la ville dont vous n’avez jamais entendu parler et dont le sort décide si l’Ukraine tient ou cède. C’est le problème de cette guerre — les batailles décisives se jouent dans des lieux dont personne ne connaît le nom.
Myrnohrad, la ville au nom de paix
Myrnohrad signifie littéralement « ville de la paix » en ukrainien. Les assauts russes y frappent les positions défensives à intervalles réguliers, comme un métronome de destruction. Avant la guerre, c’était une ville minière de 50 000 âmes, avec ses terrils gris et ses rues rectilignes typiques de l’urbanisme soviétique. Les terrils servent désormais de points d’observation. Les rues rectilignes sont des couloirs de tir.
Et pourtant, des civils vivent encore à Myrnohrad. Des femmes âgées qui refusent de partir parce que le chat ne supporterait pas le voyage. Des hommes qui gardent leur potager parce que les légumes pousseront au printemps, même sous les bombes. Le printemps ne demande pas la permission à la guerre.
Huliaipole : onze attaques sur la terre de Makhno
Une ville historique sous le pilonnage
Huliaipole — onze assauts en un jour. Les forces ukrainiennes ont repoussé les offensives russes près de Dobropillia, Varvarivka, Staroukraïnka, Charivne et Zaliznytchne. L’aviation russe a frappé à proximité de Vozdvyzhivka, Verkhni Tersa, Charivne et Rizdvianka. Des bombes guidées — ces FAB de 250 à 500 kilos larguées par des Su-34 — qui transforment en cratère ce qui était une maison trente secondes plus tôt.
Huliaipole est la ville natale de Nestor Makhno, l’anarchiste ukrainien qui combattait déjà l’armée impériale russe en 1919. Un siècle plus tard, la terre n’a pas changé de combat. Les blés sont les mêmes. Les envahisseurs aussi. Seules les armes ont évolué — et avec elles, la capacité de détruire à distance ce que personne ne viendra reconstruire avant des décennies.
Onze assauts repoussés à Huliaipole, et le mot « repoussé » cache tout ce que nous refusons de voir : les bras qui tremblent après le tir, le silence entre deux rafales, la peur qui ne part jamais complètement — même quand l’ennemi recule.
Le sud, front oublié
Le secteur de Huliaipole fait partie du front sud, celui dont on parle moins que le Donbass. Les médias occidentaux concentrent leur attention sur Pokrovsk et Bakhmout — des noms déjà entrés dans le vocabulaire. Huliaipole, Orikhiv, le secteur du Prydniprovské restent dans l’angle mort. Les trois tentatives russes vers le pont Antonivskyi, mentionnées dans le rapport du 10 avril, n’ont fait aucun titre en Europe.
Le front sud est long de plusieurs centaines de kilomètres. Il est tenu par des brigades étirées, fatiguées, qui demandent des rotations. Les rotations dépendent des réserves. Les réserves dépendent de la mobilisation. La mobilisation dépend de décisions que des hommes en costume prennent dans des bureaux climatisés à Kyiv. La chaîne est longue. Le soldat dans sa tranchée, lui, n’a pas le luxe d’attendre.
84 bombardements et six bombes guidées : le nord sous le feu
Slobojantchyna Nord et Koursk, dix affrontements
Le secteur Slobojantchyna Nord–Koursk a enregistré dix affrontements, dont quatre étaient toujours en cours à 16 heures. Mais le chiffre le plus violent du rapport se trouve dans les bombardements : 84 tirs sur les colonies et les positions ukrainiennes, dont 32 au lance-roquettes multiples. Six bombes aériennes guidées. Chacune de ces bombes pèse entre 250 et 1 500 kilos. Chacune laisse un cratère dans lequel on pourrait garer une voiture.
Les villages pilonnés portent des noms que seuls leurs habitants connaissaient : Korenok, Batchivsk, Sukhodil, Atynske, Ryjivka. Ce sont des villages de la région de Soumy, frappés par l’artillerie russe depuis le territoire frontalier. Les habitants qui restent dorment dans des caves. Ceux qui sont partis ne reviendront pas tant que les obus tomberont. Les obus ne cesseront pas.
Trente-deux tirs de lance-roquettes multiples sur un secteur en une journée. On appelle ça un « rapport opérationnel ». On devrait appeler ça un crime quotidien dont personne ne sera jamais jugé.
Vovtchansk, le verrou qui tient
Dans le secteur Slobojantchyna Sud, les Russes ont lancé huit assauts près de Vovtchansk, Kolodiazne, Starytsia et Prylipka. Vovtchansk est un nom qui revient dans les rapports depuis mai 2024, quand la Russie a lancé son offensive surprise dans la région de Kharkiv. Depuis, la ville est un champ de ruines habité par des fantômes en treillis.
Les soldats ukrainiens à Vovtchansk combattent depuis des bâtiments éventrés. Ils dorment dans des caves dont le plafond vibre à chaque impact. Un officier de la brigade Khartia décrivait en février 2026 le bruit quotidien comme « un orage qui ne s’arrête jamais, sauf que l’orage sent le soufre ». Huit assauts en un jour. Tous repoussés. Le mot « repoussé » pèse plus lourd que n’importe quel communiqué diplomatique.
Le drone, arme qui change la donne
L’avantage technologique ukrainien documenté par l’ISW
L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) note dans son analyse du 10 avril 2026 que les forces ukrainiennes ont acquis un avantage sur les forces russes dans l’utilisation des drones sur le champ de bataille. Cet avantage contribue, selon l’institut, à stopper les avancées russes et à soutenir les contre-attaques récentes des forces armées ukrainiennes.
Le drone, c’est l’arme qui a transformé cette guerre en un conflit que les manuels militaires n’avaient pas prévu. Un drone de première personne coûte entre 300 et 500 dollars. Il peut détruire un char à 3 millions de dollars. L’asymétrie n’est pas seulement militaire — elle est existentielle. L’Ukraine a compris avant tout le monde que l’innovation compte plus que la masse. La Russie envoie des hommes. L’Ukraine envoie des machines.
Trois pays supplémentaires veulent apprendre la défense anti-drone à l’ukrainienne, annonçait Zelensky le même jour. L’Ukraine est en train de devenir le professeur de l’Occident sur un sujet que l’Occident a ignoré pendant vingt ans. L’ironie serait drôle si elle ne coûtait pas de sang.
La leçon que personne ne veut entendre
Le rapport du 10 avril montre une guerre dans laquelle la Russie augmente la fréquence de ses assauts sans augmenter leur efficacité. Soixante et un affrontements. Zéro percée majeure. C’est la définition militaire de l’attrition — user l’adversaire en acceptant de s’user soi-même. La différence, c’est que la Russie possède 144 millions d’habitants et que l’Ukraine en compte moins de 37 millions. L’attrition favorise toujours le plus grand — sauf si le plus petit a de meilleures armes, un meilleur moral et des alliés qui livrent à temps.
Et pourtant, les livraisons occidentales restent contraintes. Le prochain sommet Ramstein est prévu le 15 avril 2026. Cinq jours après ce rapport. Cinq jours pendant lesquels les 61 affrontements quotidiens continueront, comme un bruit de fond que les ministres de la défense entendent sans écouter.
Soumy sous les drones : l'arrière-front qui n'existe plus
Un immeuble frappé le soir même
Le même 10 avril, un drone russe a frappé un immeuble résidentiel à Soumy. Des blessés ont été signalés. Plus tard dans la soirée, un deuxième drone a touché un autre immeuble de grande hauteur dans la même ville, causant des victimes supplémentaires. Soumy n’est pas sur la ligne de front. Soumy est une ville de l’arrière, une ville universitaire, une ville où les gens essaient encore de vivre normalement entre les alertes aériennes.
La femme blessée dans la première frappe — son nom n’a pas été publié, son âge non plus — était chez elle. Dans son appartement. Un vendredi soir. Le drone n’a pas fait la différence entre un objectif militaire et une cuisine où quelqu’un préparait le repas du soir. Les drones ne font jamais cette différence. C’est le principe.
On parle de « frappes sur des immeubles résidentiels » comme on parle de la pluie. Il pleut à Soumy. Il pleut des drones. La normalisation de l’horreur est la première victoire de Poutine — et nous la lui offrons chaque jour en tournant la page.
La région de Dnipropetrovsk : cinquante frappes en un jour
Le même jour, les forces russes ont lancé près de 50 attaques sur la région de Dnipropetrovsk, causant des dégâts matériels. Cinquante frappes. Sur une région. En un jour. Le chiffre est noyé dans le flux d’informations, coincé entre un article sur les coupures d’électricité et un autre sur le transfert de terres confisquées à des propriétaires russes et biélorusses.
Les coupures d’électricité, justement : elles seront en vigueur le samedi matin dans toutes les régions du pays. L’infrastructure énergétique ukrainienne, pilonnée systématiquement depuis l’automne 2022, fonctionne en mode dégradé permanent. Les Ukrainiens vivent avec des horaires de courant comme on vit avec des horaires de bus — sauf que quand le courant ne vient pas, c’est le frigo qui s’arrête, le respirateur à l’hôpital qui bascule sur batterie, le chauffage qui coupe.
Un million de vies : le chiffre que Zelensky a posé sur la table
Le prix du Donbass selon le président ukrainien
Volodymyr Zelensky a déclaré le 10 avril 2026 que pour une occupation complète du Donbass, Poutine devrait sacrifier jusqu’à un million de vies. Le chiffre n’est pas rhétorique. Il est calculé à partir du rythme des pertes russes, estimées par les services de renseignement occidentaux à plus de 1 500 victimes par jour — tués et blessés confondus — dans les phases les plus intenses des combats.
Un million de vies pour une bande de terre déjà dévastée. Un million de familles russes qui recevront un cercueil en zinc ou un silence administratif. Un million de mères qui chercheront des réponses dans un pays où poser des questions est un crime. Le calcul de Poutine repose sur un pari : que la société russe acceptera ce prix sans broncher. Jusqu’ici, le pari tient.
Un million. Prononcez-le à voix haute. Un million de corps. Un million de places vides à des tables de cuisine à Saratov, Omsk, Krasnoïarsk. Poutine ne paiera pas ce prix. Il le fera payer à des gens qui n’ont jamais voté pour cette guerre — parce qu’on ne vote pas en Russie. On obéit ou on disparaît.
L’attrition comme doctrine, la chair comme munition
La doctrine militaire russe, héritée de l’ère soviétique et renforcée par l’expérience de la Seconde Guerre mondiale, repose sur un principe simple : la profondeur stratégique compense la médiocrité tactique. Quand les généraux russes perdent un bataillon, ils en envoient un autre. Quand ils perdent une compagnie, ils recrutent dans les prisons, dans les minorités ethniques de Sibérie, dans les villages du Daghestan où un salaire militaire de 200 000 roubles par mois représente une fortune.
Les 61 affrontements du 10 avril sont l’expression quotidienne de cette doctrine. Pas une stratégie de conquête — une stratégie d’usure. Broyer le défenseur en broyant ses propres hommes. La victoire n’est pas territoriale. Elle est chronologique : tenir plus longtemps que l’adversaire. Plus longtemps que ses alliés. Plus longtemps que l’attention du monde.
Les secteurs silencieux : Sloviansk et Kramatorsk respirent
L’absence d’assaut comme information
Le rapport de l’état-major note que dans les secteurs de Sloviansk et Kramatorsk, l’ennemi n’a pas conduit d’opérations actives. Ce silence est une information. Il signifie que les Russes concentrent leurs forces ailleurs — un redéploiement qui confirme la pression maximale sur les axes Pokrovsk-Kostiantynivka et le front sud.
Kramatorsk, ville de 150 000 habitants avant la guerre, reste la capitale administrative du Donbass contrôlé par l’Ukraine. Des restaurants y sont ouverts. Des enfants y vont à l’école. Des gens y font la queue au supermarché à 300 mètres d’un abri anti-aérien. La normalité et la terreur coexistent dans la même rue, séparées par le temps qu’il faut à un missile pour parcourir la distance entre son lanceur et sa cible.
L’absence d’attaque à Kramatorsk ne signifie pas la paix. Elle signifie que les Russes ont choisi de tuer ailleurs aujourd’hui. Le calme à Kramatorsk est un sursis — pas un répit.
Lyman et Koupiansk : la pression constante
Dans le secteur de Lyman, quatre assauts russes ont été enregistrés près de Nadiia, Zaritchne et Olhivka, dont un toujours en cours à 16 heures. Dans le secteur de Koupiansk, deux tentatives près de Novoplatonivka. Ces chiffres sont plus bas que ceux de Kostiantynivka ou Pokrovsk, mais ils racontent la même chose : une pression continue, distribuée sur plus de 1 000 kilomètres de front, destinée à empêcher l’Ukraine de concentrer ses réserves.
C’est la stratégie du python. Serrer partout. Pas assez fort pour briser, mais assez pour empêcher de respirer. Les brigades ukrainiennes ne peuvent pas se reposer parce qu’il n’y a pas de secteur où rien ne se passe. Chaque silence est temporaire. Chaque accalmie cache une préparation.
Le pont Antonivskyi : trois assauts vers nulle part
Un objectif symbolique, une réalité tactique
Dans le secteur du Prydniprovské, les forces russes ont lancé trois offensives en direction du pont Antonivskyi. Elles ont échoué. Le pont Antonivskyi, détruit lors de la libération de Kherson en novembre 2022, reste un symbole — celui de la défaite russe sur la rive droite du Dniepr. Les Russes tentent régulièrement de reprendre pied sur les positions ukrainiennes de la rive gauche, dans des opérations amphibies que les analystes militaires qualifient de suicidaires.
Les soldats ukrainiens qui tiennent ces positions vivent dans des tranchées inondées une partie de l’année. Le Dniepr déborde. La boue monte jusqu’aux genoux. Les drones russes survolent la zone en permanence. Tenir là-bas, c’est accepter de vivre comme un rat pendant des semaines, dans un trou qui sent la vase et le gasoil, avec pour seule compagnie le bourdonnement des drones et le sifflement des obus.
Trois assauts vers un pont détruit. Il y a quelque chose de démentiel dans cette obstination russe à reconquérir des ruines. Mais la démence a une logique : montrer au monde que Moscou ne recule jamais — même quand reculer serait la seule chose raisonnable à faire.
La rive gauche, oubliée du récit
Le front du Prydniprovské est le plus oublié de tous. Après l’échec de la contre-offensive ukrainienne de l’été 2023, les positions sur la rive gauche se sont figées. Les combats y sont quotidiens mais microscopiques — des escarmouches pour 50 mètres de berge, des échanges de drones au-dessus de roseaux où des hommes se terrent. Personne n’en parle. Personne ne couvre cette zone. Les correspondants préfèrent Pokrovsk, où l’histoire est plus lisible.
Et pourtant, les hommes qui tiennent la rive gauche du Dniepr méritent qu’on connaisse leur existence. Ils se battent dans l’eau. Ils se battent dans la boue. Ils se battent dans l’oubli. Et ils tiennent.
Ramstein dans cinq jours : le temps que l'Occident ne mesure pas
Le 15 avril, les ministres parleront
Le prochain sommet Ramstein — cette réunion des pays fournisseurs d’armes à l’Ukraine — se tiendra le 15 avril 2026. Cinq jours après les 61 affrontements du 10 avril. Entre ces deux dates, au rythme actuel, les forces russes auront lancé environ 300 assauts supplémentaires. Les forces ukrainiennes auront repoussé la plupart. Certains soldats seront morts. D’autres auront été blessés. Les survivants retourneront en ligne parce qu’il n’y a personne pour les remplacer.
Les ministres de la défense arriveront à Ramstein en voiture officielle. Ils poseront pour la photo. Ils prononceront des mots comme « soutien indéfectible » et « aussi longtemps qu’il le faudra ». Puis ils repartiront. Entre la photo et le départ, combien d’obus seront tombés sur Soumy ? Combien de drones auront frappé des immeubles où des femmes préparaient le dîner ?
Le décalage entre le temps de la guerre et le temps de la diplomatie est le vrai scandale de ce conflit. La guerre compte en minutes. La diplomatie compte en trimestres. Et chaque trimestre perdu est une ville de plus rayée de la carte.
L’ambassadeur ukrainien croit encore aux États-Unis
Le 10 avril 2026, l’ambassadeur ukrainien auprès de l’Union européenne a déclaré croire que les États-Unis restent un allié de l’Ukraine. La phrase a la saveur amère d’un espoir qui s’accroche. Dans un contexte où l’aide américaine est suspendue aux humeurs du Congrès et aux calculs électoraux de la Maison-Blanche, « croire » est le verbe des gens qui n’ont plus que ça.
L’Ukraine ne demande pas la charité. Elle demande des armes pour repousser les 61 assauts quotidiens. Elle demande des systèmes de défense aérienne pour que les drones ne frappent plus les immeubles de Soumy. Elle demande que les mots prononcés à Ramstein se transforment en acier livré sur le champ de bataille. La différence entre une promesse et une livraison, c’est le nombre de morts entre les deux.
61 — le chiffre qui devrait nous empêcher de dormir
Pas un pic, une norme
61 affrontements en une journée n’est pas un record. C’est une moyenne. Certains jours, le chiffre dépasse 100. D’autres, il descend à 40. Mais il ne descend jamais à zéro. Jamais. Depuis le 24 février 2022 — soit 1 141 jours au 10 avril 2026 — pas un seul jour sans combat. Pas un seul matin où un soldat ukrainien s’est réveillé en sachant qu’il ne risquait pas de mourir avant le soir.
Mille cent quarante et un jours. Le chiffre est si grand qu’il perd son sens. Alors ramenons-le à l’humain. Andreï, 34 ans, sapeur dans le Donbass, dont le nom apparaissait dans un reportage de Suspilne en mars 2026, a passé 14 mois en ligne sans rotation. Quatorze mois. Il a raconté qu’il ne reconnaissait plus sa voix quand il appelait sa fille au téléphone. « Papa parle comme un étranger », lui a-t-elle dit. Il a raccroché. Il est retourné dans la tranchée.
Papa parle comme un étranger. Cette phrase contient plus de vérité sur cette guerre que tous les communiqués de l’OTAN réunis. La guerre ne détruit pas que les villes. Elle détruit les voix. Elle détruit la familiarité. Elle transforme les pères en fantômes que leurs enfants ne reconnaissent plus — et c’est une blessure que personne ne sait recoudre.
Le mur, le téléphone, le silence
Vous avez lu ces chiffres. Soixante et un. Douze. Onze. Quatre-vingt-quatre. Un million. Vous les avez lus comme on lit une addition sur un ticket de caisse — les yeux glissent, le pouce continue de scroller. Le rapport de l’état-major ukrainien du 10 avril 2026 sera remplacé demain par celui du 11 avril. Les chiffres changeront. La substance restera la même : des hommes russes envoyés mourir contre des hommes ukrainiens qui refusent de reculer, sur une terre que personne à Paris, Berlin ou Washington ne pourrait situer sur une carte sans Google.
Un drone frappe un immeuble à Soumy. Une femme est blessée dans sa cuisine. Demain, un autre drone frappera un autre immeuble. Après-demain, un autre. Le rapport de 16 heures continuera d’aligner des chiffres que personne ne lit. Et quelque part entre Kostiantynivka et Pokrovsk, un soldat dont nous ne connaîtrons jamais le prénom regardera le ciel d’avril en se demandant si le prochain drone est pour lui.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Ukrinform — Russia stepping up assaults across frontline, 61 combat clashes reported, 10 avril 2026
État-major général des forces armées ukrainiennes — Rapport opérationnel du 10 avril 2026, Facebook
Sources contextuelles
Ukrinform — For full occupation of Donbas, Putin needs to sacrifice up to 1 million lives – Zelensky
Ukrinform — Three more countries interested in Ukraine’s drone defense experience – Zelensky
Ukrinform — Next Ramstein meeting to take place on April 15
Ukrinform — Invaders strike high-rise in Sumy with drone, casualties reported
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