Vitalii Chekan refuse le mot « contre-offensive » : les Russes ne reculent pas, ils résistent
Vitalii Chekan, commandant des Griffons Scythes, choisit ses mots comme on déminerait un champ : avec une précision qui sauve des vies. Quand Kyiv évoque une contre-offensive sur le front sud, il corrige sans hausser la voix : ce n’est pas une contre-offensive, parce que les Russes ne reculent pas. Ils absorbent. Ils s’infiltrent. Ils cherchent les zones sans défense ukrainienne, puis ils s’y coulent — « comme de l’eau », dit Oleksandr « Catcher ». Le front en oblast de Zaporizhzhia n’est plus une ligne. C’est une zone grise, large, profonde, infestée de drones des deux côtés, et dans laquelle se noient des hommes que les bulletins officiels transforment en flèches sur une carte.
Et pourtant, depuis février 2026, les unités d’assaut ukrainiennes contre-attaquent dans l’est des oblasts de Zaporizhzhia et de Dnipropetrovsk — là précisément où les Russes avaient progressé le plus vite fin 2025.
Février 2026, premier mois depuis 2023 où l’Ukraine regagne plus qu’elle ne perd — chiffre réel, sentiment faux
Kyiv a annoncé 480 kilomètres carrés libérés depuis le début de la contre-attaque. Février 2026 est officiellement le premier mois depuis 2023 où l’Ukraine a repris plus de territoire qu’elle n’en a perdu. Le chiffre est réel. La victoire, elle, résiste à se laisser nommer — comme un mot qu’on aurait oublié dans une autre langue.
480 kilomètres carrés. Sur une carte, ça ressemble à une percée. Dans la boue de la steppe, ça ressemble à des hommes qui progressent sous les drones, bâtiment par bâtiment, cave par cave, sans jamais voir la ligne reculer vraiment. Le chiffre et la réalité ne se regardent pas dans les yeux. L’un d’eux ment — et vous savez lequel.
La ligne de front qui n'existe plus vraiment
La zone grise s’élargit : ni front net, ni territoire stable, ni victoire lisible pour personne
Ce que Francis Farrell documente pour le Kyiv Independent sur le terrain, c’est une dissolution. La ligne de front traditionnelle fond dans ce que les soldats appellent la « zone grise » — un espace ni russe ni ukrainien, ni stable ni contestable, qui s’élargit et s’approfondit chaque semaine comme une plaie qu’on ne peut pas suturer. Oleksandr « Catcher », pilote de drone, résume l’asymétrie avec une précision glaciale : les Russes cherchent les points faibles comme de l’eau qui cherche une fissure. Là où la défense ukrainienne se relâche une heure, ils s’infiltrent. Pas de percée spectaculaire — une érosion silencieuse, patiente, presque organique dans son horreur.
Des drones des deux camps saturent un espace que ni carte ni boussole ne peut plus nommer
L’équipage sort du bunker uniquement quand une fenêtre sûre s’ouvre dans le flux ininterrompu de drones russes au-dessus de leurs têtes. Un détecteur analogique. Des informations de reconnaissance radio arrivant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Ce n’est pas une guerre de positions — c’est une guerre d’intervalles, mesurée en secondes entre deux détections, en battements de cœur entre deux passages de métal. Le ciel de l’oblast de Zaporizhzhia est devenu un espace contesté aussi dense que le sol en dessous.
Et pourtant, dans ce chaos saturé, les équipes ukrainiennes près de la ligne de contact continuent d’opérer. La munition Spear — châssis d’acier noir, pointes de fer, charge explosive de dix kilogrammes — a été conçue dans l’atelier du bataillon précisément pour ce type d’environnement : traverser une couverture solide, puis détonner. Ni les cartes d’état-major ni les bulletins officiels ne rendent compte de cela. Ce dont rend compte la zone grise, c’est l’ingéniosité de ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’inventer leurs propres armes dans leurs propres tombes provisoires.
La « zone grise » n’est pas un euphémisme militaire. C’est le nom que les soldats donnent à l’endroit où les règles de la guerre cessent de s’appliquer — et où leur vie dépend d’un détecteur analogique et d’une fenêtre de trente secondes dans un ciel plein de métal. Trente secondes. C’est le prix d’une vie ici.
Le Bradley dans les arbres, vestige d'une guerre révolue
Livré pour la contre-offensive de 2023, le Bradley du 225e Régiment d’assaut revient dans le sud — cabossé, actif
Deux blindés Bradley attendent dans un rideau d’arbres, loin des lignes, immobiles comme des bêtes épuisées entre deux charges. Le 225e Régiment d’assaut — l’une des plus grandes unités des forces d’assaut créées par le commandant en chef Oleksandr Syrskyi — les a reçus avant la contre-offensive de l’été 2023 dans ces mêmes terres du sud. Ils ont traversé la percée dans l’oblast de Koursk en 2024, le raid en oblast de Belgorod, et maintenant les voilà à nouveau dans l’oblast de Zaporizhzhia, secteur de Huliaïpole. Cabossés. Actifs. Portant leurs cicatrices comme des médailles que personne n’a eu le temps de décerner.
L’un de ces deux Bradley a survécu aux deux campagnes. Il n’est pas intact — mais il tient. Huliaïpole, ville tombée aux mains russes en janvier 2026, représente un point faible critique sur le flanc gauche de tout le front sud. Le Bradley ne peut plus opérer comme en 2023, à découvert, en formation. Mais il reste irremplaçable pour une mission que les drones ne peuvent pas remplir : transporter des soldats dans la zone de contact, puis les ramener vivants.
Vitalii « Tokha » conduit son blindé dans la zone de contact : la menace des drones FPV n’a pas changé sa mission
Vitalii « Tokha », commandant du Bradley, a une manière de parler de la menace qui ne laisse aucune place au vertige. Les drones FPV volaient déjà avant. Mentalement, dit-il, ça ne change rien. L’essentiel : arriver, exécuter la mission, revenir. Trois verbes. Zéro ornement. C’est la grammaire de ceux qui ont compris que penser trop longtemps à la mort, c’est déjà lui ouvrir la porte.
Et pourtant, la réalité de la zone de contact a changé la nature même de ce blindé. Il ne mène plus d’assauts frontaux — il livre et évacue de l’infanterie sous le regard permanent des drones ennemis. La protection supplémentaire du Bradley justifie encore sa présence, mais dans un registre radicalement différent de celui pour lequel il fut conçu. Le Kyiv Independent, sous la plume de Francis Farrell, documente une machine de guerre américaine reconvertie en bouclier humain sur les steppes venteuses de l’oblast de Zaporizhzhia.
Un Bradley livré en 2023 pour une contre-offensive qui devait tout changer, toujours debout en 2026 dans les arbres d’un secteur que personne n’avait prévu de défendre aussi longtemps. Ce n’est pas de la résilience — c’est de l’obstination à survivre quand tous les plans ont été dévorés par la guerre. Et quelque part, quelqu’un l’a vendu comme une victoire.
Les Russes avancent comme l'eau cherche une fissure
« Catcher » décrit la tactique russe : repérer un vide dans la défense ukrainienne et s’y engouffrer immédiatement
Oleksandr « Catcher », pilote de drone du 423e Bataillon de systèmes sans pilote, n’utilise pas le mot « stratégie » pour décrire ce que font les Russes. Il dit : « comme de l’eau. » Si un secteur du front n’est pas tenu, ils s’y infiltrent, gagnent de la profondeur, et la fissure devient une brèche avant que Kyiv réagisse. Ce n’est pas du génie militaire — c’est de la pression constante, méthodique, appliquée là où ça cède, avec la patience froide de quelque chose qui n’a pas besoin de se presser.
Et pourtant, cette simplicité terrifiante est ce qui rend la défense si épuisante. Les soldats ukrainiens ne combattent pas une offensive massive et identifiable — ils colmatent des fuites invisibles, une zone grise à la fois, dans un oblast où chaque village perdu devient un point d’appui pour l’infiltration suivante. Le drone FPV surveille. Mais il ne peut pas être partout. Et c’est dans cet « ailleurs » que les Russes vivent.
Huliaïpole, tombée aux mains russes en janvier 2026, illustre ce que coûte une fissure dans un flanc négligé
Huliaïpole a tenu longtemps. Puis elle n’a plus tenu. En janvier 2026, les forces russes ont pris pied dans le secteur ouest de la ville — autrefois symbole de la résistance anarchiste ukrainienne, terre du légendaire Nestor Makhno, homme qui croyait que nulle autorité ne méritait la soumission des vivants. Ce n’est pas un chiffre abstrait : c’est un flanc entier qui s’est ouvert sur le front sud de l’oblast de Zaporizhzhia, exposant la ligne de défense latérale de toute la région.
Le métal froid des blindés ukrainiens sent maintenant la cordite et l’huile brûlée dans ce secteur. Francis Farrell, correspondant du Kyiv Independent, a documenté sur place ce que les communiqués officiels lissent jusqu’à l’abstraction : une ligne de contact où l’initiative change de main selon les heures, pas les semaines.
Une ville tombe. Le monde note. Puis oublie. Mais le flanc, lui, reste ouvert — béant, silencieux, attendant que quelqu’un trouve les hommes pour le refermer.
Zaporizhzhia : le flanc qui pourrait tout faire basculer
Le secteur ouest de Huliaïpole protège l’ensemble du flanc gauche du front sud — une ligne tenue par peu
La géographie de l’oblast de Zaporizhzhia n’est pas abstraite : le secteur ouest de Huliaïpole est le verrou du flanc gauche du front sud tout entier. Si ce verrou cède, la pression se redistribue sur des unités déjà étirées jusqu’à la rupture, sur des positions déjà fragiles comme du verre soufflé trop fin. Les soldats ukrainiens qui tiennent ce point ne défendent pas un village — ils défendent la cohérence d’un dispositif militaire entier. Un dispositif dont personne n’ose dire tout haut combien il est proche de l’os.
Ce que personne ne dit franchement, c’est que cette ligne est tenue avec peu. Peu d’hommes, peu de blindés, beaucoup de drones et une fatigue accumulée depuis des mois d’assauts russes répétés. La zone de mort est réelle : sortir du couvert, c’est s’exposer à des FPV qui patrouillent en continu, sans relâche, sans fatigue — parce que les machines, elles, ne s’épuisent pas.
Le 225e Régiment d’assaut tient ce point névralgique avec deux Bradley et une pression russe constante
Deux Bradley. C’est ce que le 225e Régiment d’assaut positionne dans ce secteur névralgique — deux machines marquées par les campagnes de Koursk et de Belgorod, toujours debout, toujours opérationnelles. Vitalii « Tokha », commandant de l’un de ces véhicules, décrit chaque sortie comme un calcul froid : arriver, exécuter la mission, revenir. Les drones FPV ont rendu l’acier vulnérable, mais la protection supplémentaire du Bradley reste la différence entre évacuer des blessés et les abandonner à la terre.
Deux machines usées. Un flanc entier à tenir. Ce n’est pas de l’héroïsme — c’est de l’arithmétique brutale. Et dans cette arithmétique, chaque homme compte double parce qu’il n’y en a pas assez.
Frapper sans relâche pour que l'ennemi ne dorme jamais
Le bataillon des Griffons Scythes cible Danylivka depuis plus d’un mois
Dans un abri exigu à moins de huit kilomètres des forces russes en oblast de Zaporizhzhia, les soldats du 423e Bataillon de systèmes sans pilote — les Griffons Scythes — préparent les bombes Spear avec des mains qui ne tremblent plus. Pas parce que la peur est partie. Parce qu’il n’y a plus assez d’énergie pour trembler. Dix kilogrammes d’explosifs par tube, des pointes de fer forgées pour percer le béton avant de détonner : chaque nuit depuis plus d’un mois, ces engins fondent sur le village de Danylivka, où des soldats russes se terrent dans des caves. Le drone Vampire décolle seulement quand un détecteur analogique confirme que le ciel est libre — parce que ce ciel n’appartient désormais à personne, et à tout le monde en même temps.
Francis Farrell, correspondant du Kyiv Independent, a documenté ces préparatifs le 12 mars 2026, dans ce même abri où une erreur de manipulation signifierait la fin du groupe entier. La ligne de front ici n’est pas un trait sur une carte — c’est une pression constante, sourde, qui s’infiltre dans chaque geste, dans chaque respiration retenue. Le bataillon opère en soutien des unités d’assaut au sol, frappant sans interruption pour maintenir une usure qui n’a pas de nom dans les manuels militaires.
« Notre tâche principale : qu’ils ne se sentent jamais en sécurité dans aucun abri », dit Catcher
Oleksandr « Catcher », pilote de drone du 423e Bataillon, a résumé la doctrine de sa section en une phrase qui tient lieu de règlement intérieur — et qui devrait donner honte à quiconque croit que cette guerre se gagne depuis un bureau à Bruxelles. Pas d’avancée spectaculaire à revendiquer, pas de village libéré à annoncer en fanfare : juste l’effacement méthodique de tout sentiment de sécurité dans la zone ennemie. C’est une guerre d’épuisement nerveux, menée depuis des abris où l’odeur de métal froid et de colle brûlée imprègne chaque surface, chaque poumon.
Et pourtant, cette logique implacable repose sur des épaules humaines qui, elles, ne récupèrent jamais vraiment. Vitalii Chekan, commandant des Griffons Scythes, a confié au Kyiv Independent que ses unités travaillent en soutien continu — reconnaissance, frappe, accompagnement aérien — avant même que les équipes d’assaut au sol ne bougent d’un mètre.
Aucun manuel de guerre n’enseigne ce que c’est que de fabriquer une bombe dans un trou, à huit kilomètres de l’ennemi, en sachant que le ciel au-dessus de toi appartient à une tempête de drones que tu ne contrôles pas. Catcher sourit quand on lui pose la question. Ce sourire-là, vous ne l’oublierez pas. C’est ça, la guerre en 2026.
Le cinquième printemps de guerre, sans illusions
En 2026, le sol durci et le retour du feuillage signalent la saison des offensives — la cinquième depuis l’invasion totale
Chaque printemps ukrainien depuis 2022 a sa propre couleur de sang. En 2026, c’est le cinquième — et les conditions tactiques se répètent avec une régularité qui donne le vertige comme une spirale qu’on ne peut plus quitter : le sol gelé se durcit, les arbres reprennent leur feuillage le long des lignes de front, et les conditions pour monter des opérations d’assaut s’améliorent mécaniquement. Depuis février, Kyiv revendique la reprise de plus de 480 kilomètres carrés dans les oblasts de Zaporizhzhia et de Dnipropetrovsk — les premières reconquêtes nettes depuis 2023. Mais sur le terrain, la ligne de contact s’est dissoute en une zone grise de plus en plus large, saturée de drones des deux bords, où la notion même de front stabilisé n’a plus de sens physique.
Le 225e Régiment d’assaut — l’une des plus grandes unités des forces d’assaut créées par le commandant en chef Oleksandr Syrskyi — est déployé près de Huliaïpole, secteur tombé aux mains russes en janvier 2026. Un Bradley éprouvé par les campagnes de Koursk et de Belgorod tient cette zone de flanc gauche du front sud. Le métal porte les cicatrices de deux campagnes. Il n’est pas brisé. Il n’est pas intact non plus.
Ni Kyiv ni la communauté internationale ne croit encore aux négociations de paix américaines comme issue réelle
Le rapport de Francis Farrell pour le Kyiv Independent, publié le 7 avril 2026, l’écrit sans détour : dans cette cinquième campagne de printemps, il n’existe plus aucune illusion — ni à Kyiv, ni sur la scène internationale — que les négociations américaines avec Moscou déboucheront sur une sortie réelle du conflit. Les soldats du 423e Bataillon ne planifient pas en fonction d’un cessez-le-feu. Ils planifient la prochaine nuit. Catcher le dit autrement : les Russes sondent les failles comme de l’eau qui cherche une fissure — et si la défense ukrainienne faiblit quelque part, ils s’y engouffrent sans hésiter une seconde.
Et pourtant, Kyiv tient cette posture fragile d’une initiative reconquise, sans pouvoir garantir qu’elle durera le temps que le feuillage retombe. La saison des offensives n’a pas de date de fin inscrite dans un traité. Elle n’a jamais eu.
Cinq printemps. Cinq fois ce même silence qui précède le mouvement des blindés dans la steppe. Cinq fois la même question que personne ne pose à voix haute : est-ce que cette fois, quelque chose finira vraiment ? La réponse, en 2026, ressemble au sol du Donbass — dure, froide, et sans fond visible.
Quand un drone remplace un bataillon entier
Le 423e Bataillon conduit reconnaissance, frappes et escorte aérienne avant chaque assaut terrestre du printemps 2026
Dans les abris de l’oblast de Zaporizhzhia, la séquence est désormais gravée dans la chair de chaque mission : reconnaissance aérienne, frappes de neutralisation, escorte de l’assaut au sol — dans cet ordre, sans exception, sans négociation. Le 423e Bataillon séparé de systèmes sans pilote, les Griffons Scythes, a transformé cette séquence en doctrine vivante. Vitalii Chekan, commandant de l’unité, l’a formulé sans ambiguïté : ses équipes frappent, frappent encore, et seulement alors les équipes d’assaut poussent en avant. Pas avant. Jamais avant.
Cette mécanique n’est pas une amélioration tactique — c’est une mutation de la guerre elle-même, aussi profonde et irréversible que l’apparition de la poudre à canon. Le drone Vampire survole Danylivka pendant que les soldats russes se terrent dans leurs caves depuis plus d’un mois. La munition Spear perce d’abord la couverture solide, puis déclenche sa charge de dix kilogrammes. Aucun fantassin ukrainien ne traverse la zone de mort avant que le ciel ait parlé.
La composante sans pilote est désormais la colonne vertébrale de chaque attaque — ce que la guerre de 2023 ne permettait pas encore
En 2023, lors de la contre-offensive d’été, les Bradley avançaient sous couverture d’artillerie classique, dans un monde où le FPV n’était encore qu’une menace émergente. Trois ans ont suffi pour que ce paradigme s’effondre entièrement, laissant derrière lui des manuels militaires devenus aussi utiles qu’une carte de la lune. Francis Farrell, correspondant du Kyiv Independent, rapporte depuis le front de Zaporizhzhia que l’assaut de 2026 est conduit par des équipes sans pilote qui ont remplacé des fonctions autrefois dévolues à des centaines d’hommes.
Et pourtant, cette puissance froide a un coût invisible : chaque pilote de drone comme Oleksandr « Catcher » vit dans un abri de fortune, à moins de huit kilomètres des lignes russes, guettant les fenêtres sûres entre deux passages de drones ennemis. La guerre industrielle a englouti le courage individuel dans une logique de flux, de détection, d’algorithme. Le combattant survit. La machine décide. Et quelque part dans cet abri qui sent la colle et le métal froid, un homme attend que la machine lui dise qu’il peut enfin respirer.
Ce que l’Histoire retiendra de 2026, c’est peut-être cela : la bravoure ne se mesure plus en mètres gagnés sous les balles, mais en secondes de ciel libre arrachées à une tempête de fer invisible. La chair a cédé la place au calcul. Mais c’est toujours la chair qui paie.
Ce que Kyiv appelle succès, le terrain appelle survie
Les gains officiels de 480 kilomètres carrés coexistent avec une réalité de terrain floue, contestée, changeante à chaque heure
Kyiv a revendiqué 480 kilomètres carrés libérés depuis février 2026 — et février a été déclaré premier mois depuis 2023 où l’Ukraine a repris plus de territoire qu’elle n’en a perdu. Ces chiffres existent. Ils sont réels. Mais Vitalii Chekan, commandant des Griffons Scythes, refuse le mot « contre-offensive » : les Russes ne reculent pas, ils s’infiltrent, comme de l’eau cherchant la fissure avec une patience que les chiffres officiels sont incapables de mesurer. La ligne de front n’est plus une ligne — c’est une zone grise, large et profonde, saturée de drones des deux bords, changeante d’une heure à l’autre, traîtresse comme un sol qu’on croit solide et qui cède sous le pied.
Sur le terrain près de Huliaïpole, le secteur ouest de la ville est tombé aux mains russes en janvier 2026. Ce flanc gauche de tout le front sud est désormais un point de faiblesse structurel que le 225e Régiment tente de colmater avec ce qu’il a. Les soldats ukrainiens sortent, exécutent la mission, reviennent. Pas de victoire. Pas de répit. Juste la répétition mécanique de la survie — et la volonté de ne pas être celui qui laisse la fissure s’élargir.
Le 225e Régiment, forgé lors du raid sur Koursk en 2024, incarne cet écart entre récit institutionnel et vécu du combattant
En 2024, quand le 225e Régiment a franchi la frontière russe vers Koursk, le choc stratégique avait fait trembler Moscou. L’unité a récidivé avec un raid plus modeste sur Belgorod. Ces deux opérations ont forgé une réputation de fer — le genre de réputation qu’on grave dans les discours officiels et qui pèse comme une dette sur les épaules de ceux qui la portent. Aujourd’hui, cette même unité est déployée dans les steppes venteuses de l’oblast de Zaporizhzhia, retenant des forces russes autour de Huliaïpole. L’écart entre la légende et la mission quotidienne est une plaie que les communiqués officiels ne cicatrisent pas.
Vitalii « Tokha », commandant de Bradley, résume l’état d’esprit sans ornement : arriver, accomplir, revenir. Les drones FPV volaient avant, ils volent encore. Le mental tient non par aveuglement, mais par une discipline froide qui ressemble à ce que les hommes appellent courage quand ils n’ont pas d’autre mot. Ce que Kyiv nomme succès, ces hommes l’appellent autrement — une semaine de plus sans effondrement de la ligne.
480 kilomètres carrés sur une carte. Et sur le terrain, un Bradley éraflé qui a traversé Koursk, Belgorod, et maintenant Zaporizhzhia — toujours debout, jamais intact. La différence entre ces deux images, c’est toute la distance entre ceux qui racontent la guerre et ceux qui la vivent.
Ils tiennent encore — et c'est peut-être tout ce qui reste
Dans la steppe froide de Zaporizhzhia, « tenir » n’est pas un repli rhétorique — c’est la définition opérationnelle de la victoire
Le vent de la steppe de l’oblast de Zaporizhzhia ne se négocie pas. Il coupe, il pénètre, il rappelle que la boue dans laquelle s’enfonce chaque semelle pèse le même poids que la défaite — et qu’entre les deux, il n’y a parfois qu’un homme debout qui refuse de plier. Depuis février 2026, les soldats ukrainiens ont repris l’initiative sur ce front, contestant chaque mètre d’une zone grise infestée de drones, là où la ligne de front cesse d’être une ligne pour devenir une plaie ouverte dans le sol de la steppe.
Tenir ici, c’est refuser que le vide se creuse. Vitalii Chekan, commandant des Griffons Scythes du 423e Bataillon de systèmes sans pilote, l’a formulé sans ornement : les Russes sondent en permanence les failles, comme de l’eau cherchant une fissure. Là où la défense ukrainienne relâche sa pression, l’ennemi s’engouffre. Et pourtant, depuis des mois, le front dans l’oblast de Zaporizhzhia n’a pas cédé. Pas encore.
Edvard « Timon », Maksym « Staryi », Vitalii « Tokha » : des noms de code pour des hommes qui portent un front que le monde regarde de moins en moins
Francis Farrell, chroniqueur de terrain au Kyiv Independent, les a rencontrés dans un abri étroit à moins de huit kilomètres des forces russes. Edvard « Timon », Maksym « Staryi », Vitalii « Tokha » — trois noms de code pour trois existences que le protocole de sécurité militaire ukrainien efface du registre civil. Ils assemblent des munitions artisanales dans un réduit qui sent le métal et la colle, scrutent des détecteurs analogiques avec des yeux qui ont appris à ne plus ciller, attendent une fenêtre dans le couloir incessant de drones russes avant d’oser sortir dans un ciel qui n’appartient à personne.
Le monde compte les kilomètres libérés — 480 depuis février, chiffre que Kyiv revendique. Mais personne ne compte le poids de chaque nuit passée dans cet abri, le souffle retenu au son de chaque drone ennemi qui passe au-dessus. Personne ne compte les secondes. Edvard, Maksym, Vitalii : ils n’ont pas de visage public. Ils ont un front à tenir. Et pendant que la fatigue médiatique s’installe ailleurs, que les rédactions cherchent d’autres conflits et d’autres cartes, eux restent dans la boue de Zaporizhzhia, dans un abri qui sent la colle brûlée et le métal froid, à huit kilomètres d’un ennemi qui avance comme l’eau cherche une fissure. C’est peut-être la seule vérité de cette guerre que personne ne peut réfuter — et que tout le monde préfère oublier.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Counterattacking through the kill zone, Ukrainian troops brace for new Russian offensives
Russia-Ukraine War – The Ukrainian counterattack | Britannica
Urban Warfare Project Case Study #12 : Battle of Kyiv – Modern War Institute
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