L’envoyé russe à Washington et l’horloge des sanctions
La réponse ne se trouve pas à Moscou. Elle se trouve à Washington, où l’envoyé russe est arrivé quelques heures avant l’expiration d’une dérogation américaine de 30 jours sur les sanctions pétrolières. Le cessez-le-feu n’est pas un geste humanitaire. C’est une carte de visite diplomatique, déposée sur la table de négociation au moment exact où les États-Unis doivent décider s’ils prolongent ou non un sursis qui permet à la Russie de continuer à vendre son pétrole.
Le calendrier est chirurgical. Vladimir Poutine ne propose pas la paix — il achète du temps. Chaque jour de dérogation supplémentaire représente des centaines de millions de dollars de revenus pétroliers qui financent directement les obus tombant sur Pokrovsk, Chasiv Yar, Kostiantynivka. L’annonce du cessez-le-feu crée une fenêtre d’ambiguïté : comment refuser de prolonger la dérogation quand « la Russie fait un geste » ?
On appelle ça de la diplomatie. Moi j’appelle ça du blanchiment de guerre par le vocabulaire. Vous prenez un mot propre — cessez-le-feu — vous le collez sur une opération de relations publiques, et soudain le sang a l’air moins rouge.
Le piège sémantique du « unilatéral »
Le mot « unilatéral » est la clé de l’arnaque. Quand l’Ukraine proposait un cessez-le-feu bilatéral — vérifié, encadré, réciproque — la Russie a dit non. Maintenant, Moscou propose un cessez-le-feu unilatéral, c’est-à-dire sans mécanisme de vérification, sans engagement contraignant, sans conséquence en cas de violation. C’est l’équivalent diplomatique d’une promesse faite les doigts croisés dans le dos. Quand vous avez 2 000 violations sur le casier, le mot « unilatéral » ne signifie pas « généreux ». Il signifie « incontrôlable ».
Et c’est précisément le but. Un cessez-le-feu unilatéral ne peut pas être violé puisqu’il n’engage formellement personne. Si un obus tombe sur un immeuble à Kherson dimanche matin, Moscou dira que c’était un tir défensif, une erreur technique, une provocation ukrainienne. Les 2 000 violations de 2025 n’ont entraîné aucune conséquence. Pas une sanction supplémentaire. Pas un communiqué de condamnation du Conseil de sécurité. Rien.
Zelenskyy et la vérité géographique que personne ne veut entendre
Donbas n’est pas un symbole — c’est un verrou
Volodymyr Zelenskyy a posé le problème avec une clarté que la plupart des commentateurs occidentaux refusent d’affronter : retirer les forces ukrainiennes du Donbas, c’est ouvrir une route directe et sans obstacle vers Kharkiv et Dnipro. Pas une route métaphorique. Une route physique, avec des kilomètres de terrain plat, sans fortifications naturelles, sans défenses urbaines. La géographie ne négocie pas. Elle ne fait pas de compromis. Elle est là, implacable, et elle dit que le Donbas est la serrure de toute l’Ukraine orientale.
Les fortifications de remplacement prendraient jusqu’à 18 mois à construire. Dix-huit mois pendant lesquels les chars russes n’auraient devant eux que de la terre meuble et des villages ouverts. Kharkiv — 1,3 million d’habitants avant la guerre — se retrouverait à portée de progression terrestre. Dnipro — nœud logistique vital, pont sur le fleuve, artère de ravitaillement — deviendrait vulnérable. Abandonner le Donbas, ce n’est pas céder un territoire. C’est désarmer une muraille.
Ceux qui parlent de « concessions territoriales réalistes » depuis leurs bureaux de Washington ou de Bruxelles devraient être obligés de pointer sur une carte ce qui se trouve derrière les positions qu’ils veulent abandonner. Ils verraient des villes. Des gens. Des millions de vies accrochées à un verrou qu’ils proposent d’ouvrir pour avoir la paix au dîner.
Le terrain urbain comme dernière armure
Chasiv Yar, Pokrovsk, Toretsk — ces noms que l’Occident ne sait pas prononcer sont des forteresses. Chaque immeuble est un point de résistance. Chaque cave, un poste de tir. Chaque rue, un piège pour les blindés. L’armée ukrainienne utilise le béton soviétique comme bouclier parce qu’elle n’a pas assez de blindés occidentaux pour se battre en terrain ouvert. Retirer les troupes de ces villes, c’est leur demander de se battre nus dans un champ.
Serhii, 28 ans, sapeur du 93e brigade, a passé onze mois à piéger les sous-sols de Chasiv Yar. Il connaît chaque fissure dans le béton, chaque angle mort, chaque passage entre les immeubles. Tout ce travail — chaque câble posé, chaque mur percé, chaque position de tir calibrée au centimètre — disparaîtrait en un ordre de retrait. Et pourtant, dans les cercles diplomatiques, on parle d’échanges territoriaux comme on parle d’immobilier.
Les frappes caspiennes : mille kilomètres de message
Deux plateformes pétrolières, un signal stratégique
Pendant que Moscou parlait de cessez-le-feu, l’Ukraine frappait deux plateformes pétrolières russes en mer Caspienne, à près de 1 000 kilomètres de la ligne de front. Mille kilomètres. La distance entre Paris et Berlin, entre Londres et Édimbourg aller-retour. Ce n’est plus de la défense. Ce n’est plus de la résistance. C’est de la projection de force stratégique par un pays que l’on présente encore comme une victime impuissante attendant des armes occidentales.
Les plateformes caspiennes sont loin de tout ce que l’opinion publique associe à la guerre en Ukraine. Pas de tranchées, pas de drones Shahed, pas de villes en ruines. Du métal, du pétrole, de l’eau noire. Et un message limpide : la Russie peut frapper n’importe où en Ukraine, mais l’Ukraine peut désormais atteindre le cœur économique russe. Le pétrole n’est plus un sanctuaire.
Quand un pays en guerre depuis 1 507 jours trouve le moyen de frapper à mille kilomètres derrière les lignes ennemies, ce n’est pas un acte de désespoir. C’est un acte de souveraineté si éclatant qu’il devrait faire réfléchir tous ceux qui doutent encore de la capacité ukrainienne à survivre.
Le pétrole comme nerf et comme cible
La plateforme de chargement pétrolier de Novorossiysk, sur la mer Noire, a repris ses opérations malgré la campagne de drones ukrainiens. Mais chaque reprise est plus fragile, plus coûteuse, plus surveillée. L’Ukraine ne peut pas détruire l’infrastructure pétrolière russe — elle est trop vaste, trop dispersée. Mais elle peut l’empoisonner d’incertitude. Chaque tanker qui quitte Novorossiysk le fait en sachant qu’un drone peut surgir. Chaque assureur calcule une prime de risque. Chaque acheteur hésite une seconde de plus.
Et cette seconde d’hésitation, multipliée par des milliers de transactions, coûte à la machine de guerre russe exactement ce que les sanctions devaient lui coûter mais n’ont jamais réussi à lui coûter complètement. L’Ukraine fait avec des drones ce que les bureaucraties occidentales n’ont pas réussi à faire avec des réglementations.
La Hongrie, le traître nommé
Szijjártó, Lavrov et les documents européens
Péter Szijjártó, ministre hongrois des Affaires étrangères, a transmis à Sergueï Lavrov des informations confidentielles échangées lors de sommets européens à huis clos. Des enregistrements le prouvent. Il a proposé d’envoyer des documents de l’UE via l’ambassade hongroise à Moscou. Il a coordonné l’obstruction des sanctions avec le Kremlin. La France a utilisé le mot « traître ». Ce mot est exact.
Il ne s’agit pas d’un désaccord diplomatique. Il ne s’agit pas d’une « vision différente de la politique européenne ». Szijjártó a agi comme un agent de renseignement russe opérant depuis l’intérieur du Conseil européen. Chaque document transmis contenait des positions de négociation, des lignes rouges, des stratégies internes. Chaque information livrée à Lavrov a permis à Moscou d’anticiper, contourner et neutraliser les décisions européennes avant même qu’elles ne soient publiées.
Viktor Orbán ne sera jamais traîné devant un tribunal. Szijjártó ne sera jamais sanctionné. Parce que l’Union européenne est une organisation où un État membre peut activement espionner pour l’ennemi et conserver son droit de vote, son droit de veto, et ses fonds de cohésion. C’est écrit nulle part, mais c’est la règle.
Le prix de la trahison : zéro
La Hongrie continue de recevoir des milliards d’euros de fonds européens. Elle continue de siéger au Conseil. Elle continue de bloquer des décisions cruciales sur l’aide à l’Ukraine. Le coût de la trahison documentée, prouvée, enregistrée ? Aucun. Pas de suspension du droit de vote prévue à l’article 7. Pas de gel des transferts. Pas même une convocation formelle. La France a dit « traître ». Et puis la réunion suivante a commencé.
Irina, 37 ans, médecin à Zaporizhzhia, opère des soldats avec du matériel qui aurait pu arriver trois mois plus tôt si la Hongrie n’avait pas bloqué un paquet d’aide en décembre. Elle ne connaît pas le nom de Szijjártó. Elle ne sait pas que les informations qu’il a transmises ont peut-être permis à la Russie de cibler le dépôt logistique qui alimentait son hôpital de campagne. Mais elle sait que les kits chirurgicaux manquent. Elle le sait chaque matin à 5h40, quand elle compte ce qui reste.
L'eau après l'électricité : la nouvelle cible
Moscou vise ce qui coule dans les tuyaux
La Russie n’a pas réussi à geler l’Ukraine en ciblant le réseau électrique. Malgré des milliers de frappes sur les centrales et les transformateurs, l’Ukraine a tenu deux hivers. Alors Moscou a changé de cible. L’eau. Les infrastructures hydrauliques — stations de pompage, réseaux de distribution, usines de traitement — sont désormais dans le viseur. On ne meurt pas de froid en une nuit. Mais sans eau potable, une ville meurt en quelques jours.
L’information vient d’une visite de Svyrydenko à des responsables locaux à Oujhorod, le 9 avril. Kyiv prépare déjà la défense des infrastructures hydrauliques, conscient que le prochain hiver ne sera pas celui de l’électricité mais celui de l’eau. Et pourtant, dans les budgets de reconstruction discutés à Bruxelles, la protection des réseaux d’eau n’apparaît qu’en douzième position.
Cibler l’eau, c’est la signature d’un régime qui a compris qu’il ne pouvait pas conquérir un pays mais qui peut le rendre inhabitable. Ce n’est pas une stratégie militaire. C’est une stratégie d’extermination au ralenti.
Le corps comme champ de bataille
Natalia, 52 ans, infirmière à Kherson, fait bouillir l’eau du Dniepr depuis huit mois. L’usine de traitement de sa zone a été touchée en novembre. La réparation est prévue « au deuxième trimestre ». Le deuxième trimestre a commencé, et les tuyaux sont toujours percés. Elle filtre avec du charbon actif récupéré dans des filtres à aquarium. Ses patients boivent cette eau. Ses enfants boivent cette eau. La guerre entre dans le corps par les muqueuses, par la gorge, par les intestins. On ne photographie pas ça. On ne le filme pas. C’est invisible, et c’est exactement pourquoi Moscou l’a choisi.
Un missile sur une centrale électrique fait une explosion spectaculaire. Des flammes, de la fumée, des images pour les réseaux sociaux. Un missile sur une station de pompage fait un trou dans un mur gris. Pas de flammes. Pas d’images virales. Juste trois cent mille personnes qui ouvrent leur robinet le lendemain matin et qui n’ont rien.
Les Antonov : l'ironie ukrainienne dans les hangars russes
143 avions malades conçus à Kyiv
Les documents internes d’Aviaremont, obtenus par l’enquête Dallas, révèlent que 143 des 368 avions de transport militaire Antonov de la Russie nécessitent des réparations urgentes. Ces avions — conçus et développés à Kyiv, dans les bureaux d’études Antonov — sont l’épine dorsale logistique de l’armée russe. Sans eux, les troupes ne sont pas ravitaillées, les pièces de rechange n’arrivent pas, les rotations de personnel s’arrêtent.
L’usine principale de réparation a dépensé toutes ses avances gouvernementales. Elle ne trouve plus les pièces détachées — fabriquées en Ukraine, un pays qu’elle bombarde. Elle emprunte de l’argent pour payer les salaires depuis janvier 2026. L’ironie est si parfaite qu’elle ressemble à une fable : la Russie détruit le pays qui a conçu les avions sans lesquels elle ne peut pas faire la guerre.
Il y a quelque chose d’obscène dans cette symétrie. Les ingénieurs ukrainiens qui ont dessiné ces avions dans les années soviétiques ne savaient pas qu’ils construisaient les outils de leur propre destruction. Et maintenant, ces outils tombent en panne, et Moscou ne peut pas les réparer sans les pièces fabriquées dans le pays qu’elle essaie d’effacer.
La logistique comme talon d’Achille silencieux
On parle des missiles hypersoniques, des drones Shahed, des chars T-90. Personne ne parle des avions-cargos. Et pourtant, une armée sans logistique est un corps sans sang. Chaque An-26 cloué au sol signifie un régiment quelque part dans le Donbas qui attend ses munitions un jour de plus. Un jour de plus sans obus, c’est un jour où les positions tiennent avec les dents au lieu du métal.
38,8 % de la flotte de transport militaire russe est en état de réparation urgente. Ce chiffre devrait être en première page de tous les journaux de défense du monde. Il ne l’est pas. Parce que les avions-cargos ne sont pas spectaculaires. Ils ne font pas de flammes. Ils font juste tourner une guerre, silencieusement, dans des hangars que personne ne photographie.
L'Iran, la Russie et la précision qui ne vient pas des satellites
De 3 % à 27 % : un bond que la technologie seule n’explique pas
Le taux de précision des missiles iraniens est passé de 3 % à 27 % en quelques semaines. InformNapalm a posé la question que personne ne posait : comment ? Les transferts de données satellitaires sont réels, documentés. Mais les données seules ne font pas passer un taux de touche de 3 à 27. Il faut quelqu’un au sol. Quelqu’un qui ferme la boucle entre la reconnaissance et le tir. Quelqu’un qui dit « maintenant » au bon moment.
Selon InformNapalm, ce quelqu’un porte l’uniforme des forces spéciales russes. La doctrine russe de coordination entre reconnaissance et frappes — rodée en Syrie, perfectionnée en Ukraine — aurait été transférée à l’Iran. Pas seulement les données. La méthode. Les fragments d’un missile iranien ont touché les raffineries de Haïfa le 19 mars 2026. La précision de cette frappe porte une signature russe.
Nous traitons encore la guerre en Ukraine et les frappes iraniennes au Moyen-Orient comme deux conflits séparés. Ils ne le sont plus. La même doctrine russe tue à Pokrovsk et à Haïfa. Le même savoir-faire guide les drones au-dessus de Kherson et les missiles au-dessus d’Israël. Deux guerres, un seul professeur.
L’axe Moscou-Téhéran : des mots aux actes
Quand on parle d’axe Russie-Iran, on pense à des déclarations, des visites diplomatiques, des accords-cadres. Ce que les données d’InformNapalm montrent est autrement plus concret : un transfert opérationnel de capacités de combat. Pas des discours. Des coordonnées GPS. Des protocoles de tir. Des hommes au sol avec des radios. La coopération militaire russo-iranienne n’est plus un sujet de think tank. C’est un fait de terrain qui tue des gens.
Les forces spéciales russes du GRU n’apparaissent dans aucun communiqué officiel. Aucun gouvernement ne les mentionne publiquement. Et pourtant, le bond de précision est là, mesurable, daté, géolocalisé. Le silence diplomatique sur ce transfert de compétences est lui-même une information : il dit que personne ne veut ouvrir ce front-là. Pas maintenant. Pas avant d’avoir réglé la question ukrainienne. Comme si les deux pouvaient être séparées.
La Moldavie sort, la Hongrie reste : deux réponses à la même question
Sandu signe et la page se tourne
Le 2 avril, le parlement moldave a voté la sortie de la Communauté des États Indépendants. Le 9 avril, la présidente Maia Sandu a signé les décrets d’application. La Moldavie — 2,6 millions d’habitants, coincée entre la Roumanie et l’Ukraine, avec une enclave séparatiste russe sur son flanc est — a formellement coupé le dernier lien institutionnel avec Moscou.
Ce geste a un coût. La Transnistrie, contrôlée par 1 500 soldats russes stationnés illégalement depuis 1992, reste un levier de déstabilisation permanent. Mais Sandu a signé quand même. Dans un pays où le gaz russe chauffait encore les maisons il y a trois ans, où la propagande du Kremlin inonde les ondes en langue russe, où chaque élection est un combat contre l’ingérence — signer ces décrets est un acte de courage que la plupart des dirigeants européens ne comprendraient pas.
La Moldavie sort. La Hongrie reste — et espionne pour Moscou de l’intérieur. Si vous voulez comprendre l’état de l’Europe en avril 2026, ces deux faits suffisent. Un petit pays pauvre choisit la liberté. Un membre fondateur de l’espace Schengen choisit la trahison. Et les deux sont traités avec la même indifférence polie.
Le courage n’a pas de taille minimum
La Moldavie n’a pas d’armée digne de ce nom. Pas de profondeur stratégique. Pas de richesse en hydrocarbures. Elle n’a rien de ce qui, selon les manuels de relations internationales, donne le droit d’exister face à une grande puissance. Et pourtant, elle claque la porte. Elle le fait parce que Sandu et le parlement moldave ont compris quelque chose que Budapest refuse d’admettre : rester dans l’orbite de Moscou ne protège de rien. Cela vous transforme en outil.
Viktor Orbán pense que sa proximité avec le Kremlin protège la Hongrie. Les enregistrements de Szijjártó prouvent le contraire : la Hongrie n’est pas protégée par Moscou. Elle est utilisée par Moscou. Il y a une différence. Le protégé a de la valeur. L’outil est remplaçable.
Le sous-marin espion et les câbles que personne ne voit
Un Akula, deux mini-sous-marins et la guerre invisible
Le Royaume-Uni a révélé qu’un sous-marin russe de classe Akula et deux transporteurs de mini-sous-marins du GUGI — la direction russe en charge des opérations sous-marines secrètes — ont opéré au nord de la Grande-Bretagne, ciblant les câbles sous-marins qui transportent 97 % du trafic internet transatlantique. La Royal Navy est intervenue. Le gouvernement britannique a utilisé les mots « ne sera pas toléré ».
Ces câbles sont invisibles. Ils reposent au fond de l’océan, dans le noir, dans le froid, et ils portent sur leurs fibres optiques l’essentiel des communications financières, militaires et civiles entre l’Europe et l’Amérique. Un seul câble sectionné peut isoler des régions entières. Trois câbles sectionnés simultanément provoqueraient une crise financière. Et la Russie envoie des sous-marins espions pour les cartographier.
La prochaine guerre ne commencera peut-être pas par un missile. Elle commencera par un silence. Votre téléphone ne se connectera plus. Votre banque ne répondra plus. Votre monde s’éteindra d’un coup, et vous ne saurez pas pourquoi. Jusqu’à ce qu’on vous dise qu’un câble a été coupé quelque part au fond de l’Atlantique Nord.
La guerre hybride n’est pas une métaphore
On utilise l’expression « guerre hybride » comme si c’était un concept théorique, un sujet de séminaire. Les sous-marins du GUGI au large de l’Écosse ne sont pas un concept. Ce sont des machines de plusieurs milliers de tonnes conçues pour opérer sans être détectées, équipées de bras robotisés capables de sectionner des câbles à des centaines de mètres de profondeur. La Russie ne théorise pas la guerre hybride. Elle la pratique. En temps réel. Contre des pays de l’OTAN. Pendant qu’on discute de cessez-le-feu pour Pâques.
Et pourtant, quand Londres dénonce l’opération, la réaction européenne est un communiqué de trois paragraphes et un ajournement. Pas de patrouille conjointe permanente des câbles. Pas de budget d’urgence pour la redondance des réseaux. Pas de doctrine commune. Juste des mots — « ne sera pas toléré » — qui sonnent creux quand on réalise que tolérer est exactement ce que l’OTAN fait depuis des années.
Le jour 1507 et le poids de chaque chiffre
Ce que signifie un nombre à quatre chiffres
1 507 jours. Plus de quatre ans. Plus long que la participation américaine directe à la Première Guerre mondiale. Plus long que la guerre des Malouines multipliée par vingt. Chaque jour est un soldat qui ne revient pas, un enfant qui grandit dans un sous-sol, une maison reconstruite puis détruite à nouveau. Le chiffre 1 507 est abstrait. Dmytro, 9 ans, né le 24 février 2022 — le jour de l’invasion — ne l’est pas. Il n’a connu que la guerre. Son premier souvenir est une sirène. Il dessine des tanks comme d’autres enfants dessinent des maisons.
Sa mère, Yulia, 34 ans, a accouché de lui à Kyiv pendant que les premières frappes touchaient l’aéroport de Hostomel. L’hôpital vibrait. Les sages-femmes portaient des gilets pare-éclats par-dessus leurs blouses. Dmytro a poussé son premier cri dans un couloir transformé en abri. Il aura quatre ans dans cinq mois, et il ne sait pas que les sirènes ne sont pas normales.
Quand un enfant de quatre ans pense que les explosions font partie de la vie, ce n’est pas un dommage collatéral. C’est un crime contre l’avenir. C’est la destruction méthodique de ce qu’un être humain est censé être avant même qu’il ait eu la chance de le devenir.
La fatigue qui ne porte pas ce nom
L’Occident ne dit plus « fatigue de la guerre ». Le terme est devenu impoli. On dit « réalisme stratégique », « réévaluation des priorités », « pragmatisme diplomatique ». Trois euphémismes pour la même chose : nous en avons assez. Pas assez de morts — il n’y en a jamais assez pour nous, puisque ce ne sont pas les nôtres. Assez d’efforts. Assez de dépenses. Assez de cette guerre qui dure et qui nous demande de rester attentifs.
Mais Yulia n’a pas le luxe de la fatigue. Serhii n’a pas le luxe du pragmatisme. Natalia n’a pas le luxe de réévaluer ses priorités — sa priorité est de trouver de l’eau potable demain matin. Notre fatigue est un choix. Leur endurance est une condamnation. Nous pouvons changer de sujet. Ils ne peuvent pas changer de pays.
La plaie que ce cessez-le-feu ne refermera pas
Le silence du dimanche de Pâques
Dimanche, les cloches sonneront dans les églises orthodoxes. À Moscou, elles sonneront dans des cathédrales dorées, devant des fidèles en paix. À Pokrovsk, elles ne sonneront pas — l’église a été détruite le 14 septembre 2025. À Kherson, elles sonneront peut-être, si la sirène d’alerte aérienne ne les couvre pas. Le cessez-le-feu de Pâques est une mise en scène. Il transforme la guerre en intermède, comme si on pouvait appuyer sur pause et reprendre lundi.
On ne peut pas. Les 2 000 violations de 2025 le prouvent. Le refus russe du 7 avril le prouve. Le plagiat du 10 avril le prouve. La dérogation pétrolière américaine le prouve. Les câbles sous-marins espionnés le prouvent. L’eau empoisonnée le prouve. Les Antonov en panne le prouvent. Tout prouve la même chose : cette guerre n’a pas de bouton pause. Elle a un agresseur qui a un nom, une adresse et un plan.
Vladimir Poutine propose un cessez-le-feu pour Pâques. Le même qu’il a refusé trois jours plus tôt. Le même qu’il a violé 2 000 fois l’an dernier. Et demain matin, quelqu’un quelque part écrira que « les deux parties doivent faire des concessions ». Comme si plagier un geste de paix pour le vider de son sens était un geste de paix.
Ce qui reste quand on ferme l’onglet
Olena ramassera les morceaux de pysanka dans son sous-sol. Serhii vérifiera ses câbles dans le béton de Chasiv Yar. Natalia fera bouillir l’eau du Dniepr à 5h40. Irina comptera ses kits chirurgicaux. Yulia expliquera à Dmytro que le bruit dehors n’est pas dangereux, en espérant qu’il la croie une fois de plus. Et quelque part à Washington, quelqu’un décidera si la dérogation pétrolière est prolongée de trente jours supplémentaires. Trente jours de pétrole russe. Trente jours d’obus. Trente jours de guerre que nous finançons avec notre indifférence et que nous décorons avec des cessez-le-feu en carton.
Le jour 1 507 se terminera. Le jour 1 508 commencera. Et les cloches qui n’ont pas sonné à Pokrovsk ne sonneront pas davantage.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Euromaidan Press — Russia’s An-series military transports: 143 of 368 need urgent repair
Euromaidan Press — Iran’s nine-fold jump in strike accuracy and Russian SOF doctrine
Euromaidan Press — Russia couldn’t take out Ukraine’s electricity. Now it wants the water.
Euromaidan Press — UK exposes Russian spy submarine operation targeting undersea cables
Euromaidan Press — Moldova formally exits Russia’s post-Soviet CIS
Euromaidan Press — Vladislav Inozemtsev: A collapse is not imminent
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