Urumqi, bloc 7, chambre sans fenêtre
Gulbahar Haitiwaji, 54 ans, a passé trois ans dans un camp de « rééducation » au Xinjiang. Elle dormait sur un lit en béton recouvert d’une couverture si fine qu’elle sentait le froid du sol à travers. Chaque matin à 5h30, un haut-parleur diffusait l’hymne national. Chaque soir, elle devait réciter des phrases de gratitude envers le Parti communiste chinois. Elle a raconté tout cela dans un livre publié en janvier 2021 chez Goutte d’Or. Personne ne l’a démentie. Pékin a dit qu’elle mentait, puis a détruit les bâtiments.
Le chiffre est connu : entre un et deux millions de Ouïghours ont été détenus dans ces structures que Pékin appelle des « centres de formation professionnelle ». L’expression est un chef-d’œuvre d’euphémisme administratif. Gulbahar n’a rien appris là-bas, sauf à ne plus prononcer le mot « Dieu » à voix haute. Quand Xi Jinping dit « libérer le monde », il faut se demander de quel monde il parle. Pas de celui de Gulbahar.
Libérer. Le mot le plus détourné de l’histoire humaine. Chaque tyran du vingtième siècle l’a utilisé. Chaque camp avait un slogan de liberté au-dessus de la porte. Xi Jinping ne fait pas exception. Il fait tradition.
Les preuves satellites que la rhétorique ne peut pas effacer
L’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) a documenté, images satellites à l’appui, 380 structures de détention construites ou agrandies entre 2017 et 2020 dans la région autonome ouïghoure. Des murs de six mètres. Des miradors. Du fil barbelé. On ne met pas de fil barbelé autour d’une école de formation professionnelle. On en met autour d’une prison. La différence entre les deux tient dans le vocabulaire qu’on choisit — et Xi Jinping choisit toujours le vocabulaire.
Le Tribunal ouïghour de Londres, présidé par Sir Geoffrey Nice, ancien procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, a conclu en décembre 2021 que la Chine avait commis un génocide. Pas un « risque de génocide ». Pas des « allégations crédibles ». Un génocide. Le mot pèse ce qu’il pèse. Et l’homme qui préside au génocide parle de libération. La syntaxe ne tient pas. La réalité non plus.
Taïwan ou la liberté qu'on menace de libérer
Vingt-trois millions de personnes dans le viseur d’un libérateur
Taïwan compte 23,9 millions d’habitants. Ils votent. Ils manifestent. Ils changent de gouvernement sans chars dans les rues. Leur dernière élection présidentielle, en janvier 2024, a vu une participation de 71,86 %. C’est plus que la France. Plus que les États-Unis. Lai Ching-te a été élu dans un scrutin que chaque observateur international a qualifié de libre et transparent. Pékin a répondu en envoyant des avions de chasse dans la zone d’identification de défense aérienne taïwanaise. Trente-trois appareils en un seul jour.
Et pourtant, dans la grammaire de Pékin, Taïwan n’est pas un pays. C’est une « province rebelle ». Vingt-trois millions de personnes réduites à une erreur administrative. Quand Xi Jinping parle de « ceux qui pensent que le monde leur appartient », il oublie de mentionner qu’il considère, lui, que Taïwan lui appartient. La phrase se mord la queue. Mais personne n’est censé le remarquer.
La liberté selon Pékin : vous êtes libre, à condition de ne pas exister en tant que pays, de ne pas voter pour le mauvais candidat, et de ne pas en parler.
Le détroit, les câbles sous-marins, et le silence des chancelleries
Quatorze câbles sous-marins relient Taïwan au reste du monde numérique. En février 2023, deux câbles reliant les îles Matsu ont été sectionnés — officiellement par des navires de pêche chinois. Dix mille habitants ont perdu leur connexion pendant des semaines. Personne n’a bombardé. Personne n’a envahi. On a juste coupé un fil. La guerre moderne ne commence pas toujours par un missile. Parfois, elle commence par un ciseau.
Le détroit de Taïwan voit passer plus de 40 % du commerce maritime mondial de conteneurs. Si Pékin bloque ce passage — pas une invasion, juste un blocus — l’économie mondiale s’effondre en semaines. TSMC, basé à Hsinchu, fabrique plus de 90 % des puces les plus avancées de la planète. Votre téléphone, votre voiture, votre pacemaker. Quand Xi Jinping parle de « libérer le monde », il faut comprendre : de quoi dépendez-vous, et qui contrôle cette dépendance ?
Hong Kong, le laboratoire de la liberté confisquée
Le 30 juin 2020, à 23 heures, une loi a effacé une ville
La loi sur la sécurité nationale de Hong Kong est entrée en vigueur le 30 juin 2020 à 23 heures, une heure avant le vingt-troisième anniversaire de la rétrocession. Le texte faisait 66 articles. Il avait été rédigé à Pékin. Aucun législateur hongkongais ne l’avait lu avant sa promulgation. Jimmy Lai, 76 ans, fondateur du journal Apple Daily, est en prison depuis décembre 2020. Son procès, commencé en décembre 2023, se poursuit. Il risque la perpétuité pour avoir publié un journal.
Apple Daily a fermé le 24 juin 2021. Dernier tirage : un million d’exemplaires. Les Hongkongais faisaient la queue à 3 heures du matin pour acheter le dernier numéro. Des files d’attente pour un journal qui va mourir. Il y a quelque chose dans cette image qui contient tout ce que Xi Jinping ne dit pas quand il parle de libération. On ne fait pas la queue à l’aube pour un journal qu’on n’aime pas. On fait la queue pour un adieu.
Hong Kong était la preuve vivante qu’on pouvait être chinois et libre. C’est précisément pour ça qu’il fallait la détruire.
Les chiffres d’un silence organisé
Depuis l’entrée en vigueur de la loi, plus de 260 personnes ont été arrêtées pour des infractions liées à la sécurité nationale, selon les données compilées par le Hong Kong Free Press en 2024. Parmi elles, des avocats, des syndicalistes, des professeurs, des étudiants. 47 militants pro-démocratie ont été jugés dans le plus grand procès politique de l’histoire de la ville. Quatorze ont plaidé coupable. Les autres attendent.
Et pourtant, la phrase de Xi Jinping circulera dans les mêmes réseaux sociaux où les Hongkongais ne peuvent plus s’exprimer. WeChat censure. Weibo censure. Douyin censure. Le Grand Pare-feu bloque Google, Facebook, Twitter, WhatsApp, YouTube, Wikipedia. La Chine est le pays le plus connecté du monde — et le plus muselé. Libérer le monde, mais pas son propre internet. La contradiction ne gêne personne à Zhongnanhai.
La dette comme laisse : les nouvelles routes de la dépendance
Hambantota, le port qu’on a perdu en signant
Le Sri Lanka a cédé le port de Hambantota à la Chine pour 99 ans en décembre 2017. Le pays ne pouvait plus rembourser un prêt de 1,4 milliard de dollars contracté auprès de banques chinoises. Le port, construit par des entreprises chinoises avec des matériaux chinois et de la main-d’œuvre chinoise, est désormais opéré par China Merchants Port Holdings. La « libération » ressemble ici à un acte notarié. On signe. On perd. On remercie.
Djibouti, Zambie, Laos, Pakistan, Monténégro — la liste des pays pris dans le filet de la dette chinoise s’allonge. L’institut de recherche AidData, basé au College of William & Mary en Virginie, a documenté en 2021 plus de 13 000 projets dans 165 pays pour un montant total de 843 milliards de dollars. Les conditions de prêt sont souvent opaques. Les clauses de confidentialité empêchent les parlements locaux de connaître les termes exacts. On libère un pays en lui cachant le contrat qu’il vient de signer.
Quand l’Occident colonisait, il plantait un drapeau. Quand Pékin colonise, il tend un stylo. Le résultat est le même. Seule l’esthétique a changé.
La Zambie, cuivre et silence
La Zambie devait à la Chine plus de 6 milliards de dollars en 2022, selon les estimations du Jubilee Debt Campaign. Le pays a fait défaut sur sa dette souveraine en novembre 2020 — premier pays africain à le faire depuis le début de la pandémie. Les mines de cuivre de la Copperbelt, exploitées par des entreprises chinoises, tournent toujours. Le cuivre part. Les bénéfices partent. La dette reste. Mulenga, 34 ans, mineur à Kitwe, gagne l’équivalent de 4 dollars par jour pour extraire un métal qui vaudra mille fois ce prix une fois transformé à Shenzhen.
Xi Jinping appelle cela de la « coopération Sud-Sud ». Le mot « coopération » implique deux parties égales. Quand une partie prête et que l’autre creuse, ce n’est pas de la coopération. C’est de l’extraction avec un sourire diplomatique.
La mer de Chine méridionale : libérer des eaux qui ne vous appartiennent pas
La ligne en neuf traits que personne n’a validée
En juillet 2016, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye a statué que les revendications chinoises sur la mer de Chine méridionale n’avaient « aucune base juridique ». La décision était sans appel. Pékin a répondu en cinq mots : « Nous ne reconnaissons pas cette décision. » Puis a continué à construire des îles artificielles. Sept récifs transformés en bases militaires. Pistes d’atterrissage. Systèmes de missiles. Radars. Sur du corail détruit pour couler du béton.
Le récif de Mischief, à 250 kilomètres des côtes philippines et à plus de 1 000 kilomètres des côtes chinoises, abrite désormais des hangars capables d’accueillir des chasseurs bombardiers. Les pêcheurs philippins qui travaillaient ces eaux depuis des générations se font repousser par des canons à eau de la garde côtière chinoise. En février 2024, un marin philippin a été blessé lors d’un de ces affrontements près du récif de Second Thomas. Libérer le monde, un canon à eau à la fois.
Quand un tribunal international vous donne tort et que vous construisez une piste d’atterrissage en guise de réponse, le mot « libération » prend un sens que même Orwell n’avait pas imaginé.
Les pêcheurs qui pêchaient avant que la Chine ne libère leurs poissons
Roberto, 58 ans, pêcheur de Masinloc, dans la province de Zambales aux Philippines, ne va plus au récif de Scarborough. Il y allait chaque semaine pendant trente ans. Depuis 2012, date à laquelle la Chine a pris le contrôle de facto du récif, ses filets restent à terre. Son revenu a chuté de 60 %. Il répare des bateaux maintenant. Les siens ne sortent plus.
Scarborough est à 230 kilomètres des Philippines et à 900 kilomètres de la Chine. La géographie ne ment pas. Mais la géographie n’a jamais arrêté un empire. Surtout pas un empire qui prétend ne pas en être un.
Le Tibet, soixante-quinze ans de libération permanente
Lhassa, 1959 — le jour où la liberté est arrivée en chars
Le 10 mars 1959, des dizaines de milliers de Tibétains se sont rassemblés autour du palais du Potala pour protéger le Dalaï-Lama, alors âgé de 23 ans. L’Armée populaire de libération a répondu par les armes. Le Dalaï-Lama a fui à pied, déguisé en soldat, traversant l’Himalaya pendant deux semaines. Il vit en exil à Dharamsala, en Inde, depuis 65 ans. Il a 89 ans. Il ne reverra pas le Tibet.
Pékin appelle l’invasion de 1950 la « libération pacifique du Tibet ». Le mot « pacifique » dans cette phrase est une insulte à la langue chinoise elle-même. Selon le gouvernement tibétain en exil, 1,2 million de Tibétains sont morts entre 1950 et 1979 des suites directes de l’occupation — famine, exécutions, travail forcé. Le chiffre est contesté par Pékin. Mais Pékin conteste aussi que le Tibet ait jamais été un pays. Quand on conteste la réalité, on peut contester n’importe quoi.
Soixante-quinze ans de libération, et le peuple libéré n’a toujours pas le droit de parler sa langue dans ses propres monastères. Il y a un mot pour ça. Ce n’est pas « libération ».
L’effacement culturel comme politique d’État
En 2021, les autorités chinoises ont ordonné le remplacement de l’enseignement en tibétain par le mandarin dans les écoles primaires de la Région autonome du Tibet, selon un rapport de Human Rights Watch publié en septembre 2021. Les enfants tibétains apprennent désormais à lire dans une langue qui n’est pas celle de leurs parents. Tashi Wangchuk, 39 ans, un commerçant qui avait simplement plaidé pour l’enseignement du tibétain dans une vidéo du New York Times, a été condamné à cinq ans de prison en mai 2018 pour « incitation au séparatisme ». Il voulait que les enfants parlent tibétain. Cinq ans.
Quand Xi Jinping libère, les langues meurent. Les monastères se vident. Les moines s’immolent — plus de 150 auto-immolations documentées depuis 2009, selon l’International Campaign for Tibet. Chaque corps en flammes est une phrase que Pékin n’arrive pas à censurer.
La surveillance de masse comme modèle exporté
Un milliard de caméras et un sourire de libérateur
La Chine compte plus de 700 millions de caméras de surveillance, selon le rapport Comparitech 2023. C’est une caméra pour deux habitants. Le système de crédit social, testé dans des dizaines de villes, note les citoyens sur leur comportement — achats, déplacements, fréquentations, publications en ligne. Un score trop bas, et vous ne pouvez plus prendre le train. En 2023, selon le rapport annuel du Conseil d’État chinois, plus de 26 millions de billets d’avion et 6 millions de billets de train ont été refusés à des personnes « non fiables ».
Ce système n’est pas resté en Chine. Huawei et ZTE ont installé des infrastructures de « villes sûres » dans plus de 80 pays, selon une enquête du Carnegie Endowment for International Peace publiée en 2019. Du Venezuela à l’Ouganda, du Pakistan au Zimbabwe. La technologie de surveillance chinoise s’exporte avec les routes de la soie. La liberté selon Pékin voyage bien — à condition de la surveiller à chaque kilomètre.
Libérer le monde en y installant des caméras. Il y a une ironie que même le Parti communiste devrait pouvoir percevoir. Mais l’ironie est un luxe de pays libres.
Le cas ouïghour : la reconnaissance faciale comme arme ethnique
En 2019, le New York Times a publié les « China Cables » — des documents internes du Parti communiste détaillant le fonctionnement des camps au Xinjiang. Un des documents ordonnait l’utilisation de la reconnaissance faciale pour repérer les Ouïghours dans les gares et aéroports de tout le pays. Pas les criminels. Les Ouïghours. Tous. La technologie trie par ethnie. Le logiciel distingue un visage han d’un visage ouïghour. C’est du profilage racial automatisé à l’échelle industrielle.
Et ce même système est proposé aux gouvernements du monde entier, clé en main, avec formation technique et maintenance incluse. Quand Xi Jinping dit « libérer le monde de ceux qui pensent qu’il leur appartient », il omet de mentionner qu’il vend les outils pour que chaque gouvernement possède ses propres citoyens. Complètement.
La rhétorique anti-occidentale : vraie douleur, faux médecin
Le Sud global a des raisons d’être en colère — mais pas celles-ci
La colonisation occidentale a pillé l’Afrique pendant quatre siècles. C’est un fait. Le Congo a perdu dix millions d’habitants sous Léopold II. C’est un fait. Les programmes d’ajustement structurel du FMI ont dévasté des économies entières dans les années 1980 et 1990. C’est un fait. La rancœur du Sud global envers l’Occident est documentée, légitime, profonde. Xi Jinping le sait. Et il s’en sert.
La phrase « libérer le monde de ceux qui pensent qu’il leur appartient » est construite pour résonner à Addis-Abeba, à Jakarta, à Brasília. Elle active une douleur réelle. Mais le médecin qui se présente au chevet du patient est lui-même porteur de la maladie. Pékin ne propose pas une alternative à l’impérialisme. Pékin propose un impérialisme avec des caractéristiques chinoises. Même extraction. Même dette. Même dépendance. Autre drapeau.
Le tour de force de Xi Jinping est de parler au nom des opprimés depuis le bureau d’un oppresseur. Et le tour de force du monde est de l’applaudir en le sachant.
Le piège du binaire : détester l’Amérique ne rend pas la Chine innocente
Il y a un piège logique que la propagande chinoise exploite avec une précision d’horloger. Critiquer les États-Unis est légitime. Documenter les guerres américaines est nécessaire. L’Irak, l’Afghanistan, le Viêtnam, les coups d’État en Amérique latine — tout cela est réel. Mais déduire de la culpabilité américaine l’innocence chinoise est une faute de raisonnement. Les deux peuvent être vrais en même temps. L’un ne lave pas l’autre.
Quand Pékin dit « regardez ce que l’Amérique a fait », la réponse correcte n’est pas « vous avez raison ». La réponse correcte est : « Et vous, qu’avez-vous fait aux Ouïghours, aux Tibétains, aux Hongkongais, et aux pêcheurs philippins — cette semaine ? » Le passé américain ne donne pas de permis au présent chinois.
Les journalistes emprisonnés du pays qui libère
Pékin, capitale mondiale de la détention de presse
En décembre 2023, la Chine détenait au moins 44 rédacteurs et professionnels des médias, selon le recensement annuel du Comité pour la protection des journalistes (CPJ). C’est le plus grand nombre au monde. Devant l’Iran. Devant la Birmanie. Devant la Russie. Le pays qui veut libérer le monde est le pays qui enferme le plus de gens dont le métier est de dire la vérité.
Huang Xueqin, 35 ans, chroniqueuse indépendante et militante du mouvement MeToo en Chine, a été condamnée à cinq ans de prison en juin 2024 pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ». Son crime : avoir écrit. Avoir témoigné. Avoir cru que les mots servaient à décrire le réel. Dans le pays de Xi Jinping, les mots servent à obéir. Quand ils servent à autre chose, on enferme ceux qui les prononcent.
Quarante-quatre rédacteurs en prison. Et l’homme qui les y maintient parle de libérer le monde. La phrase ne devrait pas pouvoir exister. Elle existe. C’est peut-être ça, la vraie défaite.
L’information comme territoire occupé
Reporters sans frontières classe la Chine au 172e rang sur 180 dans son index de la liberté de la presse 2024. Seuls l’Érythrée, la Corée du Nord et quelques autres font pire. Le Grand Pare-feu bloque plus de 10 000 domaines étrangers. Les VPN sont illégaux sans autorisation. Les moteurs de recherche sont filtrés. Les réseaux sociaux sont surveillés par des armées de censeurs — selon une estimation du Harvard Berkman Klein Center, plus de 2 millions de personnes travaillent à temps plein ou partiel pour la censure en ligne en Chine.
Deux millions de personnes employées pour que 1,4 milliard d’autres ne lisent pas ce que le Parti ne veut pas qu’elles lisent. Libérer le monde commence peut-être par libérer son propre peuple de la peur de taper un mot dans un moteur de recherche.
Le message aux applaudisseurs
Nous avons déjà entendu cette phrase — elle finissait toujours pareil
L’Union soviétique libérait. Elle a libéré la Hongrie en 1956 avec des chars T-54 dans les rues de Budapest. Elle a libéré la Tchécoslovaquie en 1968 avec 200 000 soldats du Pacte de Varsovie. Elle a libéré l’Afghanistan en 1979 avec une guerre de dix ans qui a tué un million de civils. Le vocabulaire de la libération est le vocabulaire préféré des empires. Il est propre, il est noble, il sonne bien dans les discours. Et il laisse des cadavres à chaque fois.
La Chine de Xi Jinping n’est pas l’URSS. La méthode est différente — plus patiente, plus économique, moins militaire. Mais la structure du mensonge est identique. Prétendre que l’expansion est de la protection. Prétendre que le contrôle est du partenariat. Prétendre que la domination est de la libération. Les mots changent. La grammaire du pouvoir, jamais.
Chaque empire de l’histoire s’est présenté comme un libérateur. Pas un seul n’a dit : « Nous venons vous dominer. » Ils disent tous la même chose. Et nous applaudissons tous la même chose. Et nous regrettons tous la même chose — trop tard.
Le silence de ceux qui savent
Il y a, dans les capitales occidentales, des gens qui liront la déclaration de Xi Jinping et qui ne diront rien. Des dirigeants qui commercent avec Pékin le matin et condamnent Moscou le soir. Des entreprises qui quittent la Russie en fanfare et gardent leurs usines à Shenzhen en silence. L’incohérence n’est pas un accident. C’est un calcul. Le commerce chinois vaut plus cher que la cohérence morale. Et tout le monde le sait. Et personne ne le dit à voix haute.
Nous avons tous scrollé devant les images des camps ouïghours. Nous avons tous vu les files d’attente pour le dernier numéro d’Apple Daily. Nous avons tous lu les témoignages de Gulbahar Haitiwaji. Et nous avons tous continué à acheter des produits assemblés dans un pays qui enferme ceux qui parlent. Le miroir que Xi Jinping nous tend n’est pas entièrement faux. Nous sommes complices. Pas de la même manière que lui. Mais complices quand même.
Ce que la phrase ne dit pas — et ne dira jamais
Les mots absents sont les mots vrais
Xi Jinping n’a pas dit : « Nous ne cherchons pas à contrôler le monde, mais nous contrôlons déjà notre peuple. » Il n’a pas dit : « Nous avons enfermé un million de Ouïghours, muselé Hong Kong, menacé Taïwan, et endetté l’Afrique. » Il n’a pas dit : « Nous détenons plus de chroniqueurs que n’importe quel pays sur Terre. » Il n’a pas dit : « Nos caméras surveillent 700 millions de visages et nous en vendons le logiciel à des dictatures. »
Il a dit : « Libérer. » Et le monde a écouté. Parce que le monde a envie d’entendre ce mot. Parce que le monde est fatigué de l’Amérique. Parce que le monde cherche une alternative. Mais une cage dorée reste une cage. Et un geôlier qui parle de liberté reste un geôlier.
La plus grande victoire de Xi Jinping n’est pas économique. Elle n’est pas militaire. Elle est linguistique. Il a réussi à prononcer le mot « liberté » sans que personne dans la salle n’éclate de rire. C’est la victoire la plus terrifiante de toutes.
Gulbahar, Jimmy, Tashi, Huang, Roberto — et nous
Gulbahar qui dormait sur du béton. Jimmy Lai qui attend son verdict à 76 ans. Tashi Wangchuk qui voulait que les enfants parlent tibétain. Huang Xueqin qui écrivait. Roberto qui ne pêche plus. Ce ne sont pas des statistiques. Ce ne sont pas des « cas ». Ce sont les visages de la libération selon Xi Jinping. Ce sont les preuves que la phrase prononcée au pupitre est un mensonge — pas un mensonge d’opinion, un mensonge de fait.
Quelque part à Dharamsala, un homme de 89 ans regarde par la fenêtre d’un pays qui n’est pas le sien. Il attend de rentrer chez lui depuis 65 ans. Le libérateur de Pékin ne lui a jamais proposé de revenir. La montagne est toujours là. Le palais est toujours là. Seul le peuple qui l’habitait a été libéré — de sa propre existence.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Rapports et institutions
Australian Strategic Policy Institute — Xinjiang Data Project
Tribunal ouïghour — Jugement du 9 décembre 2021
AidData — Financements chinois à l’étranger
Carnegie Endowment for International Peace — Surveillance IA mondiale, 2019
Comité pour la protection des journalistes — Recensement 2023
Reporters sans frontières — Classement mondial 2024
Human Rights Watch — Rapport Xinjiang, septembre 2021
Témoignages et médias
New York Times — The Xinjiang Papers, novembre 2019
Gulbahar Haitiwaji — Rescapée du goulag chinois, Éditions Goutte d’Or, 2021
Hong Kong Free Press — Suivi des arrestations liées à la sécurité nationale
Comparitech — Statistiques mondiales de vidéosurveillance, 2023
Cour permanente d’arbitrage — Sentence mer de Chine méridionale, juillet 2016
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