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CHRONIQUE : 8 724 roubles le panier — le Kremlin annonce la croissance, les retraités renoncent au bœuf
Crédit: Adobe Stock

Vue d’en haut, presque tout va.

La croissance est revenue au deuxième trimestre — un virgule trois pour cent sur un an, au-dessus des prévisions du gouvernement et de la banque centrale, portée par la consommation. L’annonce est tombée le 12 août, et les écrans d’État l’ont répétée en boucle.

Ce qu’on répète moins : le trimestre précédent était le premier trimestre de contraction en trois ans.

Alexander Kolyandr, analyste installé à Londres, spécialiste de l’économie russe, décrit une économie « à deux étages ». Depuis le début de l’invasion, l’étage de la défense passe avant tout le reste. En haut, l’usine d’armement gavée de commandes d’État. En bas, les taux qui étranglent le crédit, la main-d’œuvre qui manque — trente mille hommes recrutés chaque mois pour le front, autant de bras retirés des ateliers.

Sa conclusion tient en deux phrases : « Il n’y a pas de solution efficace. » Et : « Ils continueront à repousser les décisions aussi longtemps qu’ils le pourront. »

Le déficit, lui, ne repousse rien. En cinq mois, le budget 2026 avait déjà creusé une fois et demie le trou prévu pour l’année entière.

Alors, le 10 juin, la Douma a voté — en un seul jour, trois lectures d’affilée — une loi qui autorise le gouvernement à dépenser au-delà des plafonds du Code budgétaire, à emprunter sans limite fixée, et à ne plus rendre publics les détails de certaines dépenses.

En séance, un député accuse le ministère des Finances d’avoir poussé le pays dans la crise budgétaire. La vice-ministre Irina Okladnikova répond que la loi sert précisément à la « prévenir ». Les événements qui frappent le budget, explique-t-elle, n’arrivent plus « chaque mois ou chaque trimestre, mais chaque jour ». Il faut de la « marge de manœuvre ».

Ce n’est pas une crise, dit la vice-ministre.

C’est justement pour la prévenir, répond la loi qu’elle défend au micro.

C’est chaque jour, dit sa propre phrase.

On ne vote pas ça dans un pays où tout va.

Le Kremlin a sa langue pour ça. En juin, au forum économique de Saint-Pétersbourg, face aux questions sur une économie qu’on disait en train d’être étranglée, Vladimir Poutine a sorti Mark Twain : les rumeurs sur ma mort sont grandement exagérées. En juillet, son porte-parole Dmitri Peskov a poli la formule pour les agences : les difficultés de l’économie « ne sont pas de nature critique », la stabilité macroéconomique est « pleinement maintenue ».

Notez le glissement. On ne nie plus les difficultés — on les déclare non critiques. Entre les deux formules, un an de communication, et le panier qui continue de grimper.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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