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REPORTAGE : Iryna Nakonechna compte les mailles pour ne pas compter ses morts — 44 000 Ukrainiens appareillés
Crédit: Adobe Stock

Aujourd’hui, Iryna tricote des capybaras.

De petits rongeurs de laine, ronds, placides, absurdes — devenus, sans que personne sache trop comment, l’emblème officieux des amputés d’Ukraine. Des vétérans en accrochent à leurs prothèses, entre les autocollants.

Elle tricote malgré ses bras, que le souffle de l’explosion a abîmés et qui peinent encore à soulever le moindre poids. Une maille. Puis l’autre.

Quand je compte les mailles, dit-elle, je ne pense qu’aux mailles — pas à la vie qui aurait pu être et qui, hélas, n’est pas.

La laine ne demande pas où est la jambe. Elle demande la maille suivante.

La salle de réadaptation ne ressemble pas à un temple du courage. Elle ressemble à un gymnase ordinaire où chaque geste coûte le double.

Chaque semaine, en séance, elle retire sa prothèse et l’appuie contre le mur. La prothèse monte jusqu’en haut de la cuisse, et elle apprend encore à lui faire confiance — une canne, une boiterie, un escalier à la fois.

Sa thérapeute, Stetsenko, lui tend une barre de plastique. Iryna la soulève, assise, et cale le mouvement sur sa respiration : l’air qui monte avec la barre, l’air qui redescend avec elle.

Une barre de plastique. Pas de fonte, pas de record — le poids exact d’une vie qui recommence.

Son objectif tient en une ligne : marcher sans aide.

Monter des marches, s’accroupir, ramasser un objet au sol, traverser un terrain inégal — et un jour, courir derrière son petit-fils de deux ans dans un parc.

Voilà ce que les dossiers médicaux appellent des objectifs fonctionnels.

Voilà ce que tout le monde ailleurs appelle une vie.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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