Vendredi, sur CNBC
Vendredi, David Perdue passe sur CNBC. Il est ambassadeur des États-Unis en Chine. Reuters rapporte ses mots le jour même.
Washington avait prévenu Pékin il y a des semaines, dit-il. Toute aide à l’Iran était totalement inacceptable. Directe ou indirecte. En renseignement, en pièces ou en équipement militaire.
Puis : « Le président Trump l’a dit très clairement de nouveau hier. »
Hier, c’est le 24 septembre. La rencontre.
Relative confiance
Perdue parle d’un roulement de tambour continu. D’une conversation franche et ouverte. De deux dirigeants qui bâtiraient une relation de relative confiance.
Relative confiance. Et inacceptable.
Même entrevue. Même matin.
Chaque fois que les deux hommes se parlent, ajoute Perdue, on atteint un autre niveau d’intimité sur ces questions difficiles.
L’intimité, c’est bien. Le registre, c’est mieux.
Le mot fort existe. Il a un témoin. Il a un titre, ambassadeur. Il a un jour, le 24. Il n’a pas encore de conséquence.
La dépêche de Reuters ne cite aucune réponse chinoise à cette phrase.
Côté américain, je n’ai trouvé aucun document publié qui le porte. Il tient dans une entrevue, rapportée par une agence.
Inacceptable, pour l’instant, est un mot de plateau.
Ce que Pékin a écrit
Un texte soigné
Le compte rendu chinois est long. Il est soigné. Il dit beaucoup.
Le compte rendu parle d’une relation stable. La coopération y domine. La compétition y reste dans de justes limites.
Le compte rendu parle de commerce. Une nouvelle ronde de consultations a produit de nouveaux résultats, écrit-il.
Le compte rendu parle d’intelligence artificielle. Il prête à Trump l’éloge d’une grande visite et d’une amitié étroite.
Il lui prête même un souhait : poursuivre le dialogue commercial et arriver à un accord encore meilleur. L’IA, lui fait-il dire, concerne l’avenir de l’humanité.
Le compte rendu parle de Taïwan.
Le compte rendu parle enfin, en une phrase, d’un échange de vues. Sur le Moyen-Orient. Sur ce qu’il appelle « la crise ukrainienne ». Sur la péninsule coréenne.
Une crise, dit Pékin. Une agression, a voté l’Assemblée générale des Nations unies le 2 mars 2022.
L’Iran des autres
Où est passé l’Iran ?
Le Moyen-Orient, oui. L’Iran, non. La phrase de Trump, selon son ambassadeur, sans trace.
Selon le magazine Time, qui cite les médias d’État chinois, Xi a pourtant parlé de l’Iran pendant l’entretien. Il a souhaité que Washington et Téhéran reprennent leurs négociations. Il a dit que Pékin soutiendrait un retour à leur protocole d’entente en quatorze points.
Voilà l’Iran dans la bouche de Pékin. Une négociation entre deux autres pays.
Pas un mot sur l’aide chinoise.
Pékin parle de l’Iran des autres. Jamais du sien.
Mardi, mercredi, jeudi
Mardi, « illicites »
Trois jours. Dans l’ordre.
Le 22 septembre, l’AFP interroge le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun. Scott Bessent, le secrétaire américain au Trésor, vient de promettre la vie dure aux compagnies iraniennes partout dans le monde.
Réponse de Guo : « La Chine s’oppose aux sanctions unilatérales illicites, sans base en droit international. »
Il ajoute qu’elles n’ont pas de mandat du Conseil de sécurité.
Mercredi, Guangzhou
Le 23 septembre, le vol IRM093 de Mahan Air quitte Téhéran. Il se pose à Guangzhou à 16 h 39, heure locale, selon des données de suivi citées par l’AFP.
Détail que l’agence relève : sur le site officiel de l’aéroport de Baiyun, ce vol n’apparaissait pas. L’avion atterrit. L’écran se tait.
Le 24 septembre, Xi entre à la Maison-Blanche. Trump lui dit, selon Perdue, que l’aide chinoise à l’Iran est inacceptable.
Mardi, « illicites ». Mercredi, Guangzhou. Jeudi, « inacceptable ».
Je suis du côté de ceux qui vivent sous les drones du régime iranien. Je suis contre la décision de Pékin, dite le 22 septembre par Guo Jiakun, de tenir pour illicites les sanctions qui ferment le ciel à Mahan Air.
Parce que dès le lendemain, un avion de cette compagnie s’est posé à Guangzhou.
Trois jours ont suffi à dire qui décide du ciel.
Le couloir de Mahan Air
Ce que le Trésor en dit
Mahan Air n’est pas une compagnie ordinaire. Pas pour Washington.
Le Trésor la sanctionne depuis le 12 octobre 2011.
Le 30 juillet, il la décrivait encore comme un conduit essentiel des Gardiens de la révolution. Des armes. Des agents. Du matériel militaire. Des systèmes de drones.
Le Trésor l’accuse aussi d’avoir organisé des voyages pour le personnel de la force Qods et des entraînements militaires.
Ce jour-là, il visait aussi trois cibles à Shanghai. Une société de logistique. Son directeur général. Une agence de voyages. Toutes accusées de servir Mahan Air.
Quatre, puis vingt-sept
Selon le Wall Street Journal, repris par le Times of Israel, Mahan Air faisait environ quatre vols par semaine entre la Chine et Téhéran début mars.
Fin avril : environ vingt-sept.
Près de sept fois plus. En moins de deux mois. Depuis Pékin, Shanghai, Guangzhou.
Iran International, qui cite le même journal, compte trente-neuf vols Chine-Iran la première semaine de septembre. Deux fois le niveau d’avant-guerre.
Le 23, au bureau de Mahan Air à Shanghai, personne n’avait reçu d’avis d’annulation, rapporte l’AFP. Les billets de la semaine suivante se vendaient normalement.
Une route qui s’élargit ne ressemble pas à un embargo.
Ce que les soutes contiennent
Des données douanières
Qu’y a-t-il dans les soutes ? Personne ne publie de manifeste.
Le Wall Street Journal dit avoir examiné des données douanières iraniennes. Selon le Times of Israel, qui rapporte l’enquête, environ 1 300 envois aériens sont partis de Chine au premier semestre.
Destination : le ministère iranien de la Défense. Contenu : des composants de drones et de missiles.
Des récepteurs GPS. Des moteurs électriques. Des pièces de moteurs d’avion.
Du double usage, parfois déclaré comme importation de défense, exemptée de droits.
Iran International, qui cite la même enquête, ajoute du perchlorate de sodium, utilisé dans le propergol des missiles, et de l’électronique employée dans les Shahed. Plus de 300 tonnes de composés chimiques seraient arrivées avant le déclenchement de la guerre, le 28 février.
Rien, dans ce que j’ai lu, ne dit quelle compagnie a transporté ces envois. Je ne l’écris donc pas.
Le 17 juin
Une livraison arrive à Téhéran le 17 juin, selon le même journal. Ce jour-là, Washington et Téhéran conviennent d’une trêve temporaire.
Deux jours plus tard, plus d’une douzaine d’envois suivent. Plus de 6 millions de dollars de pièces utilisables dans des drones.
Une trêve d’un côté. Des caisses de l’autre.
Une caisse ne dit pas ce qu’elle deviendra. Un moteur électrique fait tourner un ventilateur, ou l’hélice d’un drone. C’est tout le problème du double usage.
Ces chiffres viennent d’une seule enquête, que je n’ai pas pu lire à la source. Je les rapporte comme les siens. Ils ne portent pas ce texte. Guangzhou le porte.
Le jour de la trêve, les caisses arrivaient.
Pékin invoque l'ONU
Des règles et un mandat
Pékin a une réponse. Elle mérite sa forme la plus forte.
La Chine respecte les règles internationales, a-t-elle répondu aux accusations du Wall Street Journal. Elle contrôle strictement ses exportations de biens à double usage.
Les sanctions américaines, elles, sont unilatérales. Aucun mandat du Conseil de sécurité ne les couvre.
Dit autrement : le droit, c’est l’ONU. Et Washington n’est pas l’ONU.
Le veto et les noms
Et pourtant, l’argument a un angle mort. Le Conseil dont Pékin exige le mandat est celui où Pékin siège avec un droit de veto.
Le contrôle strict, lui, a des noms qui l’ont traversé.
Le Trésor a désigné le 8 mai une société de Ningbo. Accusation : de la fibre de carbone et du tissu en nid d’abeille, pour des millions de dollars, vers la force aérospatiale des Gardiens de la révolution.
Ce même 8 mai, une société de Shanghai était accusée de coordonner des achats d’armes pour un centre iranien, dont des missiles sol-air portables.
Le Trésor a désigné le 10 juin une société de Hong Kong, sa filiale de Shanghai et trois ressortissants chinois. Accusation : faciliter des achats d’armes pour les Gardiens.
Le Trésor a désigné le 30 juillet les trois cibles de Shanghai liées à Mahan Air.
Des noms. Des villes. Des dates.
Aucune réponse chinoise sur aucun d’eux, dans les documents que j’ai lus.
Un mandat qu’on peut bloquer n’est pas un argument.
Ce que Washington a épargné
Le 8 septembre
Il faut maintenant regarder mon camp avec la même loupe.
Le 8 septembre, le Trésor frappe fort. Trente-six cibles. Vingt-sept compagnies aériennes iraniennes.
Des sociétés-écrans aux Émirats et en Turquie. Des agents de fret en Turquie, en Malaisie, au Kazakhstan.
Aucune entité basée en Chine. Aucune à Hong Kong.
Le même communiqué raconte pourtant la ruse. Mahan Air aurait reçu au moins trois Boeing 777 cet été, par un circuit passant par les Émirats et Oman. L’Iran, écrit le Trésor, utilise depuis longtemps des sociétés-écrans dans des pays tiers.
Les petits obéissent
Les 27 compagnies visées perdent leur ciel, pays après pays, selon Al Jazeera. Les Émirats suspendent tous leurs vols. Oman, l’Irak, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et le Turkménistan suspendent ou restreignent. Le Turkménistan renvoie même un vol Téhéran-Douchanbé.
Les petites compagnies iraniennes continuent vers la Chine et l’Arménie, précise Al Jazeera. Deux pays qui résistent à la pression américaine.
Jeudi matin, un vol Iran Airtour Téhéran-Dubaï est annulé alors que les billets étaient émis. L’aviation civile iranienne dit négocier pour rétablir les liaisons avec les Émirats.
Après Guangzhou, le Trésor refuse de dire à l’AFP comment il fera appliquer sa menace.
Voilà la part qui dérange mon camp. Washington obtient l’obéissance d’Abou Dhabi, de Mascate, d’Achgabat. Pas celle de Guangzhou.
Abou Dhabi n’a pas exigé de mandat du Conseil de sécurité.
Pourquoi les uns et pas l’autre ?
La sanction mord les petits. Le géant regarde.
Vingt-sept par semaine
L’unité qui compte
Il existe une unité plus honnête que les communiqués. Le vol.
Quatre par semaine en mars. Vingt-sept fin avril. Trente-neuf la première semaine de septembre. Chiffres d’une seule enquête, cités par deux médias.
Puis un seul, le 23 septembre, avec un numéro et une heure. Celui-là, l’AFP l’a suivi.
Vingt-sept vols par semaine, c’est près de quatre par jour. Un le matin. Un l’après-midi. Un le soir. Et un de plus.
Chaque vol est une soute. Chaque soute est une question que personne n’ouvre.
Loin d’ici
Ceux qui vivent sous les drones ne comptent pas en vols.
Ils comptent en nuits. En minutes entre l’alerte et le bruit. En fenêtres.
Le ruban adhésif en croix sur la vitre, tout le monde sous les drones le connaît. Il ne protège presque rien. On le pose quand même.
Et pourtant, à Washington, le mot qui devait fermer ce couloir a été dit dans une salle de réunion. Pas dans un registre.
Le vol se compte. Le mot, pas encore.
Un mot dit en face
Le bon coup
On juge l’acte. Pas l’homme.
Dire à Xi, en face, que l’aide chinoise à l’Iran est inacceptable est un bon coup, si la phrase a été prononcée. Elle nomme la première menace. Elle la relie à la deuxième.
Les désignations du Trésor de mai, de juin et de juillet contre des sociétés chinoises sont des actes. Elles portent la signature de cette administration.
Le mauvais coup
Laisser le mot sans suite serait un mauvais coup. Pékin encaisserait la phrase et garderait le couloir.
Parler, dans la même entrevue, de relative confiance avec le dirigeant qui tient ce couloir ouvert n’aide personne.
Si ce mot reste sans suite…
J’aimerais croire qu’il suffira. Je ne le crois pas encore.
Et pourtant, le jugement n’est pas rendu. Il se rendra dans les registres du Trésor. Pas sur les plateaux.
Bon coup s’il désigne. Sinon, une phrase de plus.
Ce qui vient
Le test de Guangzhou
Voici ce qui vient. Et comment on le saura.
Le 8 septembre, le Trésor a prévenu. Toute entreprise étrangère qui aide les compagnies iraniennes sanctionnées s’expose à de graves conséquences. Transferts d’avions. Fret. Agents de vente.
Bessent, lui, a parlé de carburant, de services d’atterrissage, de billets. Et d’être coupé du système du dollar.
Si le Trésor désigne un fournisseur de carburant, un prestataire au sol ou un agent de vente en Chine, le mot aura un contenu.
Si le Trésor se contente d’intermédiaires turcs ou malaisiens, le mot restera une phrase d’ambassadeur.
Si le Trésor ne fait rien, Pékin aura retenu la leçon du 23 septembre. L’avion se pose. Rien ne suit.
Le Trésor sait pourtant viser Shanghai. Il l’a fait le 30 juillet. Il sait où chercher.
Un écran d’arrivées
Les billets se vendent, disait le bureau de Shanghai.
Les prochains vols auront des numéros. Des heures d’arrivée.
Le test est public. Il suffit de regarder un écran d’arrivées.
Le prochain atterrissage dira ce que valait le mot.
Une ligne ou une caméra
La ligne tracée
Deux hypothèses restent debout. Il faut les arbitrer.
Première lecture : Trump a vraiment tracé une ligne devant Xi. Perdue le dit. Les désignations de mai, juin et juillet la rendent crédible. Les suivantes viendront.
Le mot pour la caméra
Seconde lecture : le mot a été dit pour être rapporté. Le couloir reste ouvert tant que le commerce avance.
Le compte rendu chinois penche pour la seconde. Il a gardé le commerce, la coopération, l’amitié. Il a rangé l’Iran dans le Moyen-Orient des autres.
Le 8 septembre aussi penche pour la seconde. Pas une adresse chinoise.
Al Jazeera l’écrivait dès le 24. Trump veut que Pékin aide à isoler l’Iran. Pékin, premier partenaire commercial de Téhéran, résiste. Aucune avancée n’a été annoncée sur ce point.
Je préférerais la première. Elle protège mieux ceux qui vivent sous les drones. Mais je n’écris pas ce que je préfère.
Mon arbitrage, aujourd’hui : la seconde lecture l’emporte, jusqu’à preuve du contraire. Cette preuve a une forme connue. Une désignation, un nom chinois, une date.
La preuve attendue tient en une ligne au registre.
Un mot contre un couloir
Un porte-parole, un vol, un blanc
Un ambassadeur. Une phrase. Une entrevue.
En face, un porte-parole, un vol, un compte rendu sans le mot.
Le 22, Pékin a dit ce qu’il pensait des sanctions. Le 23, un avion l’a montré. Le 25, le compte rendu l’a confirmé en se taisant.
Atterrissages à Guangzhou
Que vaut un « inacceptable » dit à Xi, tant qu’aucune désignation du Trésor ne vise le couloir de Mahan Air ?
Le vol IRM093 s’est posé à 16 h 39. Le compte rendu est paru à 7 h 50. Entre les deux, une rencontre, et un mot.
Inacceptable, jusqu’au prochain vol de Mahan Air.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur, expert et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
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Familles de sources primaires retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues.
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Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d’institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l’institution exacte est nommée sous Sources.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
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Sources :
Sources Primaires :
Reuters — Perdue sur CNBC, Trump a dit à Xi que l’aide à l’Iran est inacceptable, 25 septembre 2026
Ministère chinois des Affaires étrangères — compte rendu de l’entretien Xi-Trump, 25 septembre 2026
Sources Secondaires :
Times of Israel (AFP) — un vol de Mahan Air se pose à Guangzhou, 23 septembre 2026
Al Jazeera — les Émirats et cinq pays ferment leur ciel aux compagnies iraniennes, 25 septembre 2026
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