La phrase du premier ministre
« Starlink, nous allons nous en diversifier, sans aucun doute », a dit Mark Carney au Times, selon MobileSyrup.
Il n’a pas dit quitter. Il a dit diversifier. Un premier ministre prudent choisit ses verbes. Celui-là a choisi le plus souple.
Il a aussi reconnu que les autres options satellitaires ne sont pas aussi performantes.
Mais du point de vue de la défense, et en mettant en commun les capacités avec d’autres partenaires, a-t-il dit, on atteint l’échelle et on coupe cette dépendance. Il a nommé les Européens. Les Coréens, peut-être.
Une dépendance parmi d’autres
Le Times présente l’entrevue comme un plan détaillé pour réduire la dépendance canadienne aux technologies américaines. Des satellites aux avions de chasse. Le but, écrit le journal : rendre le pays beaucoup moins vulnérable aux menaces américaines.
Avec la Chine, il parle d’économie. Pas de défense, précise le Times.
Même avec un autre président, le Canada sera un meilleur partenaire pour les États-Unis grâce à ce qu’il fait maintenant, soutient-il.
Dans la même entrevue, il évoquait aussi le risque extrême d’une action militaire américaine, mais c’est une autre histoire.
Ici, la question est plus simple. Qui tient l’interrupteur au-dessus de nos têtes ?
Une phrase, un mot : diversifier. Le mot est prudent. Il laisse l’antenne sur le toit.
Diversifier n’est pas débrancher.
La Crimée, en mémoire
Une couverture refusée
Le Times rappelle pourquoi la phrase n’est pas un caprice.
Mark Carney a évoqué des interruptions passées. Et la réticence d’Elon Musk à étendre la couverture de Starlink à la Crimée occupée par la Russie, pendant une contre-attaque ukrainienne contre un port de Crimée, rapporte MobileSyrup.
Un seul propriétaire. Une seule décision. Une contre-attaque d’un pays agressé, suspendue au bon vouloir d’un homme d’affaires.
Ce n’était pas une panne. C’était un choix.
Rien, dans ce dossier, ne montre une coupure au Canada. L’épisode montre autre chose. Un propriétaire peut dire non. Ailleurs. À un partenaire.
Le côté que nous choisissons
Nous sommes du côté de ceux qui paient une coupure. L’abonné rural. Le soldat dans le Nord. L’allié ukrainien.
Nous sommes contre un ciel dont un seul propriétaire décide, parce que ce propriétaire a déjà refusé d’étendre son réseau pendant une contre-attaque ukrainienne.
Nous sommes contre une promesse sans calendrier, parce que la solution canadienne dépend, elle aussi, de ce même propriétaire.
Le rival canadien décollera sur des fusées Musk.
Prêté, un ciel se reprend sans prévenir.
Quatorze fusées Falcon 9
Le contrat de 2023
Le 11 septembre 2023, Telesat et SpaceX ont annoncé un accord de lancement. Telesat a réservé 14 lancements sur la fusée Falcon 9.
Chaque vol doit emporter jusqu’à 18 satellites Lightspeed en orbite basse. La campagne devait commencer en 2026.
La fusée partira de Californie. La fusée partira de Floride. Des installations de SpaceX, précise le communiqué.
Le patron de Telesat, Dan Goldberg, parlait alors du programme le plus ambitieux des 54 ans de l’entreprise. SpaceX avait déjà lancé ses satellites géostationnaires, rappelait-il.
La présidente de SpaceX, Gwynne Shotwell, se disait fière de lancer la constellation canadienne.
Lightspeed a été conçu pour les entreprises et les gouvernements, précisait Telesat, avec des liaisons sécurisées et résilientes partout dans le monde.
Une dépendance qui monte à bord
C’est le paradoxe central. Pour sortir de l’orbite de Musk, le Canada doit d’abord passer par ses rampes de lancement.
iPhone in Canada le résume sans détour : SpaceX doit effectuer les 14 lancements nécessaires au déploiement de la constellation.
Quatorze vols. Dix-huit satellites chacun, au plus. Deux bases américaines.
La fusée n’éteint rien une fois le satellite en orbite. Elle doit seulement partir à l’heure.
Et pourtant, une file d’attente chez un seul transporteur, c’est aussi une forme de dépendance.
Pour partir, il faut la rampe du voisin.
225 satellites faits à Montréal
Le contrat du 4 août
Voici ce qui se construit vraiment.
Le 4 août 2026, l’Agence de l’investissement pour la défense a accordé à Telesat un contrat initial d’environ 2,3 milliards de dollars. Il comprend deux options, d’environ 214 millions et 218 millions.
Ce contrat vise l’Arctique. Ce contrat vise les autres régions de haute latitude. Ce contrat vise la défense du Canada et de l’Amérique du Nord avec le NORAD. Ce contrat vise les opérations avec les alliés. Ce contrat vise la recherche et le sauvetage.
Des communications militaires sûres, pour les Forces armées canadiennes.
Le contrat permet à Telesat d’ajouter 69 satellites à sa constellation. Elle passe de 156 satellites déjà en production à 225.
MDA, dans son usine
Les satellites seront construits par MDA Space, dans son usine de Montréal, précise le gouvernement.
Ottawa y voit jusqu’à 2 600 emplois créés ou maintenus chaque année, et 335 millions de dollars par an ajoutés au PIB, sur environ sept ans.
Des communications sécurisées et souveraines sont essentielles pour opérer dans le Nord, a dit Jamie Speiser-Blanchet, qui commande l’Aviation royale canadienne.
Ottawa avait déjà engagé 1,44 milliard de dollars en prêts et en capital dans Lightspeed, rappelle iPhone in Canada.
Le partenariat stratégique entre le gouvernement, Telesat et MDA Space date du 9 décembre 2025. Un premier contrat de 2,92 millions avait payé l’analyse des options.
Une deuxième constellation, en orbite moyenne, est prévue pour les bandes UHF et X. MDA Space en sera le maître d’œuvre, Telesat le sous-traitant.
Soixante-neuf satellites de plus. Construits à Montréal. Rendus possibles par un contrat fédéral.
Ce n’est pas une promesse. C’est une usine qui tourne.
Bâtir chez soi reste la seule sortie qui tienne.
Un actionnaire américain
Trente-cinq et demi
Il faut regarder qui possède le rival.
Le fonds américain MHR Fund Management détient 35,5 % de Telesat, selon iPhone in Canada.
Un satellite construit à Montréal. Lancé par SpaceX. Dans une entreprise dont un gros bloc d’actions est américain.
Rien d’illégal. Rien de secret. Mais rien de simple non plus.
Telesat signe ses communiqués depuis Ottawa. Son capital, lui, traverse la frontière.
Un bloc américain. Un lanceur américain. Un pari canadien.
Les autres options
MobileSyrup dresse la liste des solutions en préparation. Terrestar et Telesat, au Canada. Bell et Telus, qui se tournent vers AST SpaceMobile.
Et Amazon Leo, qui pourrait devenir une option. Mais qui est, lui aussi, américain.
Diversifier, c’est donc souvent changer de fournisseur américain. C’est mieux qu’un seul. Ce n’est pas encore l’indépendance.
Changer de fournisseur ne change pas forcément de pays.
Starlink marche
L’argument de l’abonné
L’objection la plus forte ne vient pas de Musk. Elle vient du rang de campagne.
Starlink fonctionne, et bien. Carney lui-même admet que les autres options sont moins performantes.
Pourquoi payer plus, ou attendre des années, pour un service moins bon ?
La question est légitime. Elle mérite mieux qu’un slogan.
En ville, le débat reste abstrait. À la campagne, il se mesure en mégabits.
Ce qui la retourne
Le premier ministre ne parle pas d’arracher les antennes des toits. Il parle de défense, et de mise en commun avec des alliés.
Le contrat du 4 août vise les Forces armées, pas le salon des familles.
Et la Crimée répond au reste. Un service excellent, contrôlé par un seul homme, peut s’arrêter au pire moment.
Autrement dit, la qualité ne règle pas la question du contrôle.
Et pourtant, l’objection garde une part de vrai. Tant qu’aucune solution ne capte aussi bien, l’abonné rural n’a pas d’autre choix.
Un bon service peut quand même avoir un mauvais maître.
Le précédent de l'Ontario
Cent millions annulés
Il faut écrire ce qui dérange notre camp.
En novembre 2024, l’Ontario avait signé avec Starlink un contrat de 100 millions de dollars. Il devait brancher environ 15 000 foyers ruraux et du Nord, dans le cadre du programme ontarien d’Internet par satellite, rappelle Tesla North.
En mars 2025, le gouvernement de Doug Ford l’a annulé, en riposte aux tarifs de Donald Trump.
Musk a répondu en deux mots sur un réseau social. Tant pis.
Des frais de rupture secrets
L’Ontario a conclu une entente confidentielle avec SpaceX. Les frais de rupture étaient nettement inférieurs à la valeur du contrat, a seulement dit la province.
La présidente du Conseil du Trésor, Kinga Surma, refuse encore d’en dévoiler le coût, selon Global News cité par Tesla North.
Voilà ce que la souveraineté a coûté cette fois-là. Des foyers ruraux sans le branchement promis. Une facture tenue secrète.
Quinze mille foyers. Un geste politique. Un montant caché.
Le contrat devait servir ceux que le câble n’atteint pas. Ce sont eux qui ont attendu, pendant que la province rompait.
C’est vrai, et cela ne change pas ceci : se diversifier n’est pas annuler. On ajoute avant de retirer.
Débrancher d’abord, c’est faire payer la campagne.
Les enseignants ont gagné vingt-neuf fois
Une mise de 2019
Le paradoxe le plus fort est ontarien, lui aussi.
Le régime a investi environ 300 millions de dollars dans SpaceX en 2019. C’est le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario, par sa branche de capital de croissance.
SpaceX valait alors environ 33,3 milliards de dollars américains, précise Tesla North.
Au 30 juin, la participation valait environ 8,7 milliards de dollars américains, selon Tesla North, qui cite un dépôt réglementaire américain. Un gain d’environ vingt-neuf fois la mise.
Le rendement de 9,5 %
Le régime a annoncé en août un rendement net de 9,5 % au premier semestre. SpaceX, entrée en Bourse au NASDAQ, en a été un contributeur important, écrit le régime lui-même.
C’était le premier investissement de sa branche de capital de croissance. Le régime verse les rentes de 346 000 participants actifs et retraités.
Des enseignants de l’Ontario comptent donc sur la valeur de l’entreprise que leur province a larguée. Et dont Ottawa veut réduire le poids.
Trois cents millions au départ. Près de 8,7 milliards américains au 30 juin. Un seul pari.
Personne n’a tort ici. Tout le monde est lié.
Nos retraites montent avec la fusée que nous voulons quitter.
Sur la glace, au Nunavut
Une ligne de vie
Revenons à l’antenne. Mais plus au nord.
Dans le Grand Nord, une communication fiable peut sauver une vie, dit la conductrice de traîneau que Starlink a mise en avant, selon Drive Tesla Canada.
Le contrat militaire du 4 août parle, lui aussi, de recherche et de sauvetage dans l’Arctique. Et d’une meilleure connaissance de ce qui s’y passe.
Le ministre David McGuinty y promettait une connectivité sécurisée, résiliente et fiable, là où le personnel militaire en a le plus besoin.
Sur la glace, il n’y a pas de deuxième réseau. Sur la glace, il y a le vent, et le froid qui mord les doigts.
Et l’écran qui capte. Ou non.
Un seul homme au-dessus
Je l’avoue : c’est là que la question cesse d’être technique pour moi. Une famille sur la banquise dépend d’un réseau dont le propriétaire a déjà refusé d’étendre sa couverture pour une armée partenaire.
Rien ne dit qu’il dira non à qui que ce soit au Canada. Mais rien ne l’en empêche.
Au nord, un abonné n’a pas de plan de rechange.
L’antenne sur le toit, au sud, c’est un confort. L’antenne sur le traîneau, au nord, c’est une ligne de vie.
Personne ne devrait posséder seul une ligne de vie.
2028, au plus tôt
Le calendrier réel
Le calendrier, maintenant.
Les premiers lancements de Lightspeed ne sont pas attendus avant 2026, et le service mondial vise le début de 2028, écrit iPhone in Canada.
En 2023, Telesat promettait un service mondial en 2027, et une connectivité de classe entreprise à la fin de cette année-là.
Un an a déjà glissé.
2027, disait-on. 2028, dit-on maintenant. Et après ?
Le contrat militaire, lui, doit livrer ses services plus tôt que prévu, selon Dan Goldberg. Des années plus tôt, dit-il.
Et d’ici là
D’ici là, rien ne dit quel service remplacerait Starlink pour les abonnés canadiens, note iPhone in Canada.
Tesla North pose la même question. Jusqu’où ira la diversification, et qu’est-ce qui remplacera Starlink là où le Canada en dépend ?
Deux médias spécialisés. Une même absence de réponse.
Aucun des deux ne cite de calendrier de remplacement pour le grand public.
La promesse court plus vite que la constellation.
Bâtir, puis brancher
L’ordre des gestes
Voici notre position, au bout du dossier.
La promesse de Carney est juste sur le fond. Un pays qui dépend d’un seul propriétaire pour son ciel militaire n’est pas souverain.
Elle est incomplète sur la forme. Aucune date publique. Aucun plan chiffré pour les abonnés. Une solution nationale qui partira sur des fusées Musk.
Le bon ordre existe pourtant. Il est même déjà amorcé.
Le chef de l’Agence de l’investissement pour la défense, Doug Guzman, présente le contrat du 4 août comme le pilier Bâtir d’une approche en trois temps : bâtir, s’associer, acheter.
Bâtir. S’associer. Acheter. Dans cet ordre, c’est une doctrine. Dans le désordre, c’est une dépendance.
Ce qu’on peut encore sauver
Bâtir d’abord : 225 satellites à Montréal. Partager ensuite : l’échelle avec les Européens et les Coréens, comme l’a dit Carney. Brancher enfin, sans arracher une seule antenne avant que l’autre capte.
Ce serait une vraie diversification. Pas une annonce.
Une promesse juste. Un plan encore absent.
Le reste relève d’Ottawa. Un calendrier. Des chiffres. Un plan pour le Nord.
Les 346 000 participants du régime des enseignants, eux, profitent déjà de la fusée. Le paradoxe restera entier.
L’hiver ne pardonne qu’à ceux qui bâtissent avant de débrancher.
Qui tient l'interrupteur
L’antenne, sur le toit
L’antenne blanche restera sur les toits bien après la fin de cette année.
Et pourtant, elle ne veut plus dire la même chose. Elle captait un service. Elle signale maintenant une dépendance.
Le rival canadien, lui, attend son tour sur une rampe de lancement américaine.
Le prix que nous acceptons
Quel prix acceptons-nous de payer, en vitesse et en dollars, pour qu’aucun propriétaire étranger ne puisse éteindre notre ciel ?
La réponse ne viendra pas d’une entrevue. Elle viendra d’un calendrier. Le Canada a l’usine. Il lui manque la date.
D’ici là, les fusées partiront de Californie et de Floride.
Réduire la dépendance commence par quatorze lancements SpaceX.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur, expert et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. La règle de méthode est constante : une information factuelle n’est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous Sources, jamais ici.
Familles de sources primaires retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues.
Familles de sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles.
Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d’institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l’institution exacte est nommée sous Sources.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n’est promise d’avance; lorsqu’un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.
Pour toute demande de correction, veuillez envoyer un courriel à [email protected].
Sources :
Sources Primaires :
The New York Times — entrevue de Mark Carney sur la dépendance aux États-Unis, 23 septembre 2026
Agence de l’investissement pour la défense — contrat de 2,3 milliards à Telesat, 4 août 2026
Telesat — accord de 14 lancements avec SpaceX, antériorité, 11 septembre 2023
Sources Secondaires :
MobileSyrup — Carney et la diversification loin de Starlink, 25 septembre 2026
iPhone in Canada — Lightspeed encore à des années, 24 septembre 2026
Tesla North — l’Ontario, Starlink et la mise des enseignants, 24 septembre 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.