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ÉDITORIAL : Une bonne raison de voter pour chacun d’eux, et une meilleure de s’en abstenir
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Avant d’ouvrir le rideau

L’exercice

Demain, le 5 octobre, neuf millions de Québécois vont choisir un gouvernement. Et depuis cinq semaines, on nous sert la même soupe : chacun est le sauveur, les quatre autres sont des escrocs.

Alors j’ai décidé de faire l’inverse. Je vais chercher, pour chacun des cinq partis, la meilleure raison honnête de voter pour lui. Pas une raison polie. Une vraie. Celle que son adversaire le plus féroce serait obligé de concéder s’il était mis sous serment.

Et ensuite, je vais dire le prix.

Un parti qui n’a aucune qualité n’existe pas. Un parti qui n’a aucun défaut non plus.

Où en sont les choses

Pour situer le lecteur, voici l’état du terrain à quarante-huit heures du vote, selon le dernier coup de sonde Léger. Le Parti québécois mène avec 29 %. Le Parti libéral suit à 26 %, ayant gagné trois points durant la campagne. Le Parti conservateur atteint 20 %, le meilleur résultat de son histoire. Québec solidaire ferme la marche à 11 %. Et la Coalition avenir Québec, qui gouverne depuis huit ans, s’effondre autour de 16 %.

Pendant ce temps, 74 % des Québécois disent vouloir un changement de gouvernement. C’est le vrai chiffre de cette élection.

Quand les trois quarts d’un peuple veulent la porte, la seule question qui reste est de savoir laquelle.

Québec solidaire
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Québec solidaire

La bonne raison

C’est le seul parti qui ne coupera jamais dans les services publics. Pas par calcul, par conviction. Ruba Ghazal l’a répété jusqu’au dernier jour : Québec solidaire se présente comme l’unique rempart contre l’austérité, et sur ce point précis, personne ne peut lui reprocher d’avoir changé d’idée en campagne.

C’est aussi le parti qui pousse les autres à parler de ce qu’ils éviteraient. Les congés parentaux en sont l’exemple : QS propose jusqu’à dix semaines pour le deuxième parent, et trois autres partis ont fini par bonifier leur propre offre. Un parti à 11 % qui déplace le débat des quatre autres, ce n’est pas rien.

Il y a une utilité démocratique à avoir quelqu’un qui dit non quand tout le monde dit oui.

Le prix

Cet été, Ghazal annonçait que la campagne solidaire porterait sur la question environnementale, qu’elle qualifiait de fondamentale. Résultat : l’environnement ne figure même pas parmi les cinq grands thèmes de leur campagne. Fondamental, mais pas assez pour entrer dans le top cinq. C’était pourtant le fer de lance du parti à l’époque de Gabriel Nadeau-Dubois et de Manon Massé.

Quant à la souveraineté, elle reste là où elle est depuis vingt ans : au fond du programme, dans une assemblée constituante, un processus, une démarche. Un jour. Plus tard.

Un parti qui se dit révolutionnaire et que le système trouve inoffensif n’est pas un parti révolutionnaire.

La Coalition avenir Québec
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La Coalition avenir Québec

La bonne raison

Elle est réelle et il faut la dire : dans une guerre tarifaire, l’expérience compte. Christine Fréchette arrive première chez les Québécois pour défendre les intérêts du Québec face aux tarifs de Donald Trump, à 21 %. C’est son unique avance, mais c’est la plus concrète des cinq partis.

Et il faut reconnaître autre chose, contre le discours ambiant. Sous ce gouvernement, l’État a grossi là où la population criait au secours : la dernière hausse d’effectifs est venue de la santé, de l’éducation et de l’enseignement supérieur, avec 6 276 postes de plus, pendant que les ministères diminuaient.

On peut mal gérer un État et avoir quand même mis des bras là où il en manquait.

Le prix

Il tient en trois nombres. SAAQclic : 638 millions $ devenus 1,1 milliard $, avec une commission d’enquête qui écrit noir sur blanc que la SAAQ a menti au gouvernement et aux parlementaires. Northvolt : 470 millions $ dont la ministre elle-même a dit qu’on ne les reverrait pas. La filière batterie : près de 2 milliards $, dont 676 millions $ dans des entreprises placées à l’abri de leurs créanciers.

Et pour la suite ? Un cadre financier de 9,7 milliards $ de promesses dont 8 milliards n’étaient pas encore annoncées, financées en partie par des transferts fédéraux non garantis. Allez donc regarder une pancarte caquiste : le nom du parti n’y est pas.

Quand un parti au pouvoir depuis huit ans se présente sous un pseudonyme, l’électeur a déjà sa réponse.

Le Parti conservateur du Québec
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Le Parti conservateur du Québec

La bonne raison

Je vais être honnête, même si ça m’écorche. Sa mesure fiscale phare, faire passer le montant personnel de base de 18 952 $ à 35 242 $, est structurellement plus avantageuse en proportion pour les bas revenus qu’une baisse des taux marginaux. C’est vrai, c’est mathématique, et ceux qui prétendent le contraire se trompent.

Et Éric Duhaime a forcé un débat que personne ne voulait tenir. La taille de l’appareil, le nombre de cadres, les structures : ce sont des questions légitimes, et il est le seul à avoir mis des chiffres sur la table plutôt que des vœux.

Poser la bonne question ne garantit pas qu’on ait la bonne réponse. Mais quelqu’un devait la poser.

Le prix

La réponse, justement. 47 milliards $ de compressions sans aucune incidence sur les services : la vérificatrice générale affirme l’inverse dans son rapport préélectoral. 20 000 postes abolis, pris on ne sait où, dans un réseau qui fait déjà attendre le monde dix-huit heures sur une civière.

Pire : les infrastructures sont absentes de son cadre financier. Pas réduites, absentes. Et pour boucler les colonnes, il faut aller chercher 758 millions $ dans le gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent, alors que le même chef répétait que les municipalités pourraient refuser.

Et pour le tiers des Québécois qui ne paient déjà aucun impôt provincial, la plus grosse baisse d’impôt de l’histoire est la plus grosse baisse de rien de l’histoire.

Le Parti libéral du Québec
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Le Parti libéral du Québec

La bonne raison

Au moins, il ne se cache pas. Charles Milliard assume le fédéralisme, assume son passé patronal, assume une offre économique centrée sur la création de richesse. Dans une campagne où un parti efface son propre nom de ses pancartes, cette franchise mérite d’être notée.

Et ça fonctionne : le PLQ a gagné trois points durant la campagne, la meilleure progression des cinq. Sur la culture et la jeunesse, les libéraux se démarquent aussi, avec le PQ, dans un domaine que les autres traitent comme une ligne budgétaire.

Un adversaire qui dit clairement ce qu’il est vaut mieux qu’un allié qui ne le dit pas.

Le prix

La mémoire. Les libéraux ont gouverné une quinzaine d’années entre Jean Charest et Philippe Couillard. Ils ont confié la santé à deux médecins, dont l’ancien président des médecins spécialistes, et le réseau en est ressorti plus malade qu’il n’y était entré. L’austérité, c’est eux. Les commissions d’enquête, c’est eux.

Et le chef ? L’ancien président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec, qui vient expliquer qu’il s’occupera du monde ordinaire. Il s’engage par ailleurs à poursuivre les études sur un troisième lien qu’il qualifie lui-même de tout croche depuis dix ans, en partenariat avec le privé et avec un péage possible.

On ne confie pas le poulailler au renard parce qu’il a changé de cravate.

Le Parti québécois
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Le Parti québécois

La bonne raison

C’est le parti qui a bâti plutôt que géré. Hydro-Québec, la Caisse de dépôt, la loi 101, l’assurance automobile, le zonage agricole, le financement des partis politiques : ces outils tiennent encore nos vies cinquante ans plus tard. Jacques Parizeau, docteur de la London School of Economics à 24 ans, en est l’instigateur direct pour la Caisse.

Et Paul St-Pierre Plamondon demeure, depuis des mois, la personnalité la plus souvent perçue comme celle qui ferait le meilleur premier ministre. Son choix de reporter le référendum après le départ de Donald Trump a été traité de frilosité : la guerre tarifaire lui a donné raison. Le PQ a aussi payé pour ses fautes, un quart de siècle dans l’opposition, ce qu’aucun des autres n’a fait.

Un parti qui paie pour ses erreurs, ça s’appelle une conscience. Un parti qui ne paie jamais, ça porte un autre nom.

Le prix

Et je ne vais pas lui faire de cadeau non plus. Le PQ promet de réduire les coûts de rémunération du secteur public de 2,5 % sur trois ans, soit environ 4,7 milliards $ sur un mandat. La méthode est plus honnête que la tronçonneuse conservatrice, par attrition et sans licenciements, mais il faut le dire : le parti qui se présente en défenseur des services publics arrive lui aussi avec son plan de dégraissage.

Et il y a eu cette affaire de candidat, celui qui avait parlé des artistes comme de gens sans vraie job et des itinérants qui vivent dans la rue par choix. La réaction du chef a été de le défendre en disant que c’est un bon gars. Non. C’est exactement ce qu’on reproche aux autres depuis vingt ans.

La différence entre un parti et un cartel se joue précisément à ce moment-là.

Ce qui reste
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Ce qui reste

Le seul calcul qui compte

Voilà. Cinq partis, cinq raisons réelles, cinq factures. Je n’ai menti sur aucun des cinq, et personne ne peut m’accuser d’avoir épargné le mien.

Mais il reste un chiffre que je veux laisser au lecteur avant qu’il entre dans l’isoloir. Au Québec, les 20 % les plus riches ont vu leur revenu disponible augmenter de 71 807 $ après la flambée des prix, pendant que le cinquième le plus pauvre voyait le sien baisser de 568 $. Même province, mêmes années, mêmes gouvernements.

Avant de voter, demandez-vous de quel côté de ces deux nombres vous vous trouvez.

Demain

Je ne vous dirai pas pour qui voter. Vous êtes des adultes, et c’est votre bulletin, pas le mien. Mais faites-moi une faveur : n’y allez pas avec votre humeur, ni avec la pancarte la plus proche de chez vous, ni avec le slogan que vous avez entendu le plus souvent.

Allez-y avec la seule chose qu’aucun parti ne peut vous vendre : votre mémoire.

On a le gouvernement qu’on mérite, mais seulement si on se souvient de celui qu’on a eu.

Signé : Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur
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Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à contextualiser les décisions des acteurs et à proposer une lecture critique des événements. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du reportage; je prétends à la lucidité analytique.

Il s’agit ici d’un éditorial publié à la veille d’un scrutin. L’auteur assume publiquement des convictions souverainistes et une sympathie pour le Parti québécois. C’est précisément pour cette raison que ce parti est soumis au même examen que les quatre autres, et que la section qui lui est consacrée comporte une critique aussi explicite que les autres.

Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Une information factuelle n’est publiée que si une source vérifiable la porte.

Les intentions de vote citées proviennent des sondages Léger publiés dans les derniers jours de campagne. Un sondage est une photographie d’un moment, assortie d’une marge d’erreur, et non une prédiction. Les chiffres varient d’une firme à l’autre et cette variation est réelle.

Les engagements des partis proviennent de leurs cadres financiers et de leurs annonces publiques, relayés par Radio-Canada, Le Devoir, La Presse, Le Soleil et Noovo Info.

Nature de l’analyse

Le choix de la meilleure raison de voter pour chaque parti est un exercice éditorial subjectif. Un partisan de chacune de ces formations en retiendrait vraisemblablement une autre, et ce serait légitime.

Aucun parti politique, aucun syndicat et aucune organisation n’a commandé, payé, relu ou approuvé ce texte.

ÉDITORIAL : Une bonne raison de voter pour chacun d’eux, et une meilleure de s’en abstenir

Sources :

Le Devoir, « Le PQ aux portes du pouvoir, le PCQ déterminé à le priver d’une majorité », 3 octobre 2026 (PQ à 29 %, QS à 11 %, dégringolade de la CAQ)

Radio-Canada, « À 48 h du vote, les partis lancent leurs derniers arguments pour courtiser les indécis », 3 octobre 2026 (PCQ à 20 %, arguments de clôture des cinq chefs)

Radio-Canada, Gérald Fillion, « Analyse — Élections 2026 : 10 bonnes idées proposées par les partis », 3 octobre 2026 (congés parentaux, culture et jeunesse)

Noovo Info, « La CAQ dégringole dans les intentions de vote, selon trois sondages », 28 septembre 2026

CP24, « Quebec election campaign entering final week », 28 septembre 2026 (74 % des électeurs souhaitent un changement de gouvernement)

Léger, « Intentions de vote au Québec », septembre 2026 (Fréchette première pour défendre les intérêts du Québec face aux tarifs; PSPP meilleur premier ministre)

La Presse, « Un nombre record d’employés de l’État », 18 mars 2026 (608 000 ETC, 6 276 postes de plus en santé et en éducation)

Le Soleil, « Baisse d’impôts et État minceur au cœur de la plateforme de Duhaime », 19 août 2026 (montant personnel de base à 35 242 $, 47 milliards $ de compressions)

Le Devoir, « Les partis misent sur l’efficacité pour séduire les électeurs », 31 août 2026 (réduction de 2,5 % de la rémunération du secteur public proposée par le PQ)

Le Devoir, « Le troisième lien serait conditionnel à l’appui du privé sous un gouvernement du Parti libéral », 17 avril 2026

Le Devoir, « Le rapport de la Commission Gallant sur SAAQclic en 5 chiffres », février 2026

Radio-Canada, « Québec coupe les ponts avec Northvolt », septembre 2025

Le Devoir, « Québec a investi près de 2 milliards dans des entreprises en difficulté de la filière batterie », 10 juin 2026

La Presse, « L’écart entre les riches et les pauvres s’aggrave », 27 octobre 2025 (hausse de 71 807 $ et recul de 568 $)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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