Le fantôme du Zumwalt
Avant de parler du futur, parlons du passé. Et le passé de la construction navale américaine récente ressemble à un cimetière de promesses non tenues et de milliards engloutis. Prenons le cas du destroyer de classe Zumwalt. Au début du programme, la Marine prévoyait de construire 32 navires pour un coût unitaire de 1,34 milliard de dollars. Raisonnable, pensait-on. Puis les problèmes ont commencé. Les coûts ont explosé. Le programme a été réduit à 24 navires, puis à 7, puis finalement à 3. Trois navires. Pour un coût total de 22,5 milliards de dollars. Soit 7,5 milliards par destroyer, près de six fois l’estimation initiale.
Et ces trois navires fonctionnent-ils au moins ? À peine. Peu après sa mise en service en 2016, l’USS Zumwalt — le navire de tête — est tombé en panne dans le canal de Panama. Un an plus tard, l’USS Michael Monsoor, deuxième de la classe, a échoué ses essais en mer. Le système de canon avancé — une des merveilles technologiques promises — est devenu inutilisable quand le coût d’un seul obus de précision a atteint près d’un million de dollars. Un million de dollars. Par obus. Mike Fredenburg, analyste de défense, a résumé la situation avec une franchise brutale : les problèmes du Zumwalt sont « emblématiques d’un système d’acquisition de défense qui perd rapidement sa capacité à répondre aux besoins de sécurité nationale ».
Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette répétition des mêmes erreurs. Le Zumwalt devait révolutionner la guerre navale. Il est devenu une blague amère dans les cercles militaires. Et maintenant, on nous présente le cuirassé Trump comme la solution miracle ? Les mêmes promesses, les mêmes technologies « révolutionnaires », les mêmes chiffres astronomiques. J’ai l’impression de regarder un mauvais film qu’on repasse en boucle, sauf que cette fois-ci, les billets d’entrée coûtent des dizaines de milliards de dollars.
Le porte-avions Ford : douze ans de calvaire
Le USS Gerald R. Ford devait être le porte-avions du futur. Lancé en 2005 — première découpe d’acier — il n’a été mis en service opérationnel qu’en 2017. Douze années de construction, de retards, de dépassements budgétaires. Le coût final : 13,3 milliards de dollars, soit 30 % de plus que prévu. Et les problèmes ne s’arrêtaient pas là. Le système de catapulte électromagnétique — l’EMALS — devait permettre 4 166 lancements d’avions entre chaque panne majeure. Dans la réalité ? 181 lancements. Les ascenseurs à munitions, cruciaux pour alimenter les avions en armement, ont connu des défaillances répétées pendant des années. En 2021, soit quatre ans après sa mise en service, le Département de la Défense indiquait que le navire n’était toujours pas prêt au combat.
Ce n’est qu’en 2025 que les problèmes de fiabilité ont été largement résolus. Le Ford effectue désormais des opérations de routine en eaux européennes. Mais les leçons de ce fiasco sont claires : la Marine américaine a une tendance chronique à sous-estimer les coûts, à surestimer ses capacités technologiques, et à promettre des délais qu’elle ne peut pas tenir. Et le programme du cuirassé Trump ? Le président a parlé de livrer des navires en « deux ans et demi ». La réalité, selon un officiel de la Marine, est que la construction ne commencera pas avant le début des années 2030. Cinq ans minimum avant de poser la première quille. Et probablement une décennie ou plus avant de voir le premier navire en service.
Les experts sonnent l'alarme : « Ce navire ne naviguera jamais »
Le verdict du CSIS
Mark Cancian ne mâche pas ses mots. Ce conseiller principal au Center for Strategic and International Studies — l’un des think tanks les plus respectés de Washington — a publié une analyse dévastatrice du projet. Son verdict est sans appel : « Ce navire ne naviguera jamais. » Selon lui, le programme prendra des années à concevoir, coûtera 9 milliards de dollars par unité minimum, et contrevient directement au nouveau concept d’opérations de la Marine, qui privilégie la puissance de feu distribuée sur de nombreux navires plutôt que concentrée sur quelques mastodontes vulnérables. « Cette proposition irait dans la direction opposée », écrit Cancian, « en construisant un petit nombre de grands actifs coûteux et potentiellement vulnérables. »
La critique est fondamentale et touche au cœur de la doctrine navale moderne. Face aux missiles antinavires hypersoniques chinois — capables d’atteindre des vitesses de Mach 5 ou plus — un gros navire représente une cible de choix. Les stratèges l’appellent le problème de la « concentration de valeur ». Mettre 21 milliards de dollars dans une seule coque, c’est offrir à l’adversaire un jackpot stratégique. Un seul missile bien placé, et c’est l’équivalent du budget annuel de la Nouvelle-Zélande qui coule au fond de l’océan. La Marine américaine elle-même a reconnu ce risque en développant sa stratégie de « fleet distribution » — dispersion de la flotte — pour réduire la vulnérabilité. Le cuirassé Trump va exactement à l’encontre de cette doctrine.
L’ombre du Yamato
Bernard Loo, chercheur principal à l’École d’études internationales S. Rajaratnam de Singapour, a fait une comparaison historique glaçante. Il a rapproché le cuirassé Trump des super-cuirassés japonais de la Seconde Guerre mondiale : le Yamato et le Musashi. Ces navires étaient les plus grands cuirassés jamais construits — 72 000 tonnes de déplacement, des canons de 460 mm, une puissance de feu phénoménale. Et ils ont été coulés par des avions embarqués avant même de jouer un rôle significatif dans le conflit. Le Yamato a été envoyé par le fond en avril 1945, frappé par 11 torpilles et 6 bombes lancées par des appareils américains. Son sacrifice n’a rien changé à l’issue de la guerre.
« C’est un projet de prestige plus qu’autre chose », affirme Loo. Et le parallèle est troublant. Dans les années 1930, le Japon a construit ces monstres d’acier en croyant qu’ils domineraient les océans. Ils étaient déjà obsolètes avant même d’être achevés. L’avènement de l’aviation navale avait changé les règles du jeu. Aujourd’hui, ce sont les missiles hypersoniques, les drones, et les armes à énergie dirigée qui redéfinissent la guerre maritime. Construire un cuirassé géant en 2026 pourrait être l’équivalent stratégique de construire une forteresse de cavalerie à l’ère des chars d’assaut.
Le Yamato. Ce nom résonne comme un avertissement à travers l’histoire. Les Japonais l’appelaient leur « hôtel flottant » — il était si luxueux, si impressionnant, que ses officiers refusaient de le risquer au combat. Quand il a finalement été envoyé en mission suicide vers Okinawa, il n’avait même pas assez de carburant pour revenir. Dix torpilles, six bombes, 3 055 marins morts. Et maintenant, en 2026, on nous propose de répéter cette erreur ? À 21 milliards de dollars pièce ? Je ne suis pas stratège militaire, mais il y a quelque chose de profondément dérangeant dans cette incapacité à apprendre des leçons de l’histoire.
La Chine observe et se moque : « Une cible plus facile »
Pékin savoure l’annonce
À Pékin, l’annonce du cuirassé Trump a été accueillie avec un mélange de scepticisme et d’amusement. Les médias d’État chinois ont qualifié le projet de « cible plus facile » pour les forces navales de l’Armée populaire de libération. Ce n’est pas de la fanfaronnade gratuite. La Chine a développé une gamme impressionnante de missiles antinavires spécifiquement conçus pour neutraliser les grands navires de surface américains. Le DF-21D — surnommé le « tueur de porte-avions » — et son successeur le DF-26 peuvent frapper des cibles navales à plus de 4 000 kilomètres de distance. Le YJ-21, missile hypersonique lancé depuis des navires, atteint des vitesses contre lesquelles les systèmes de défense actuels peinent à réagir.
Et il y a pire. La doctrine navale chinoise s’appuie sur le concept de « saturation » — submerger les défenses ennemies avec un nombre massif de missiles tirés simultanément. Un cuirassé Trump, aussi bien défendu soit-il, ne peut intercepter qu’un nombre limité de missiles. Face à une salve de 50 ou 100 projectiles arrivant de plusieurs directions à des vitesses hypersoniques, même le système de défense Aegis le plus avancé atteindrait ses limites. Les analystes du Pentagone le savent. Les amiraux le savent. Mais apparemment, cette réalité n’a pas atteint le Bureau Ovale.
L’écart industriel qui se creuse
Au-delà des capacités offensives chinoises, c’est l’écart industriel qui devrait alarmer Washington. La Chine construit des navires de guerre à un rythme que les États-Unis ne peuvent tout simplement pas égaler. En 2025, la PLAN a officiellement mis en service son troisième porte-avions, le Fujian, équipé de catapultes électromagnétiques. Le même mois, le navire d’assaut amphibie Sichuan — plus de 40 000 tonnes de déplacement — a commencé ses essais en mer. Les projections indiquent que la Chine pourrait disposer de neuf porte-avions opérationnels d’ici 2035 — la plus grande expansion de flotte aéronavale dans l’Indo-Pacifique depuis la Seconde Guerre mondiale.
Face à cette machine de guerre industrielle, les États-Unis peinent à maintenir leur flotte actuelle. Selon les projections du CBO, le plan de construction navale de la Marine pour 2025 nécessiterait en moyenne 40,1 milliards de dollars par an jusqu’en 2054 — soit 46 % de plus que le financement moyen reçu au cours des cinq dernières années. L’argent manque, les chantiers navals manquent de main-d’œuvre qualifiée, et les chaînes d’approvisionnement sont tendues. Dans ce contexte, engloutir 21 milliards dans un seul navire dont l’utilité stratégique est contestée ressemble à un choix irrationnel.
Le risque nucléaire : quand les missiles de croisière brouillent les lignes
L’ambiguïté mortelle
Un des aspects les plus controversés du cuirassé de classe Trump est son armement prévu : des missiles de croisière à capacité nucléaire. Cette caractéristique pose un problème stratégique fondamental que les experts en contrôle des armements appellent l’« ambiguïté nucléaire ». En effet, les missiles de croisière sont impossibles à distinguer — une fois lancés — selon qu’ils transportent une charge conventionnelle ou nucléaire. Un adversaire qui détecte un lancement depuis un cuirassé Trump ne saura pas, dans les minutes critiques qui suivent, s’il fait face à une frappe conventionnelle ou au début d’un échange nucléaire.
Ce flou pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Dans une situation de tension maximale — un affrontement en mer de Chine méridionale, par exemple — un lancement de missile depuis un cuirassé américain pourrait être interprété par Pékin comme une première frappe nucléaire. La réponse pourrait être une escalade immédiate vers le nucléaire stratégique, transformant un incident régional en apocalypse mondiale. Les stratèges de la Guerre froide avaient un terme pour ce scénario : le « brouillard de guerre nucléaire ». Avec les missiles de croisière bi-capacité du cuirassé Trump, ce brouillard devient plus épais que jamais.
Il y a des moments où la rhétorique guerrière se heurte à la réalité des conséquences. Nous parlons ici de la possibilité — même lointaine — d’un malentendu qui pourrait déclencher un échange nucléaire. Pas dans un film de science-fiction. Pas dans un roman d’anticipation. Dans notre monde, en 2026, avec un navire qui porte le nom du président américain en exercice. La question que personne ne semble poser : vaut-il vraiment la peine de prendre ce risque pour un projet de prestige dont l’utilité militaire est contestée par les experts ?
Les leçons de l’histoire des crises nucléaires
L’histoire des crises nucléaires est jalonnée d’incidents où le monde a frôlé la catastrophe à cause de malentendus ou de défaillances techniques. En 1983, le colonel soviétique Stanislav Petrov a sauvé l’humanité en refusant de croire que les alertes de son système indiquant des missiles américains entrants étaient réelles — c’était une fausse alerte causée par des reflets solaires sur des nuages. En 1995, le président Boris Eltsine a eu les codes nucléaires russes activés après qu’une fusée scientifique norvégienne a été prise pour un missile balistique américain. À chaque fois, ce sont des décisions humaines — souvent prises en quelques minutes — qui ont évité l’irréparable.
Avec des navires armés de missiles bi-capacité patrouillant à proximité des eaux chinoises, le risque d’erreur de calcul augmente exponentiellement. La Chine ne dispose pas du même niveau de systèmes d’alerte précoce que la Russie. Ses capacités de détection et d’évaluation des menaces sont moins développées. Dans un scénario de crise, Pékin pourrait avoir encore moins de temps — et moins d’informations — pour distinguer une frappe conventionnelle d’une attaque nucléaire. Le cuirassé Trump, conçu pour impressionner, pourrait devenir le déclencheur involontaire d’une escalade que personne ne souhaite.
Le pari politique : un héritage en acier ou un éléphant blanc ?
Un nom qui condamne le projet
Il y a une ironie cruelle dans le fait que le cuirassé porte le nom de Trump. Car cette décision politique pourrait sceller le destin du programme. Comme le soulignent plusieurs analystes, un projet « nommé d’après un président en exercice et dévoilé comme un projet d’héritage signature » devient « particulièrement vulnérable à l’annulation ou à la restructuration » dès que les clés de la Maison-Blanche changent de mains. Une future administration démocrate — et il y en aura une, tôt ou tard — pourrait faire de l’annulation du cuirassé Trump un acte symbolique autant que budgétaire.
Les précédents existent. De nombreux programmes militaires ont été annulés ou drastiquement réduits lors de changements d’administration. Le bombardier B-1 a été annulé par Jimmy Carter avant d’être relancé par Ronald Reagan. Le programme de défense antimissile « Star Wars » a été abandonné après la fin de la Guerre froide. Plus récemment, l’avion présidentiel Air Force One de nouvelle génération a vu son contrat renégocié à la baisse après des critiques sur les coûts. Le cuirassé Trump, avec son prix astronomique et sa symbolique partisane, est une cible de choix pour quiconque voudra marquer une rupture avec l’ère Trump.
La course contre la montre politique
Le calendrier joue contre le projet. Selon les responsables de la Marine, le travail de conception est en cours, mais la construction ne commencera pas avant le début des années 2030. Même si Trump remportait un deuxième mandat hypothétique après 2028 — ce que la Constitution interdit — il ne verrait jamais le premier cuirassé à flot. Le prochain président, quel qu’il soit, héritera d’un programme qui aura englouti des milliards en études et en développement, mais qui n’aura produit aucun navire opérationnel. Ce sera le moment idéal pour couper les pertes.
Mark Cancian du CSIS est catégorique : « Une future administration annulera le programme avant que le premier navire ne touche l’eau. » Les paris intelligents, selon lui, tablent sur une annulation dès que Trump quittera le pouvoir, « laissant la classe Trump comme un éléphant blanc sans utilité ». Tout l’argent dépensé jusque-là — potentiellement des milliards — sera perdu. Les contribuables américains auront financé des études, des maquettes, peut-être quelques pièces de coque, et rien d’autre. Un monument à l’hubris politique plus qu’à la puissance navale.
Il y a quelque chose de presque tragique dans cette dynamique. Des milliards dépensés pour un projet que tout le monde — ou presque — sait condamné. Des ingénieurs qui travailleront pendant des années sur des plans qui ne deviendront jamais réalité. Des ouvriers de chantiers navals qui attendront des contrats qui ne viendront peut-être jamais. Et au bout du compte, un nom gravé nulle part, sauf peut-être dans les archives du Congressional Budget Office comme exemple de ce qu’il ne faut pas faire. L’hubris a toujours un prix. Cette fois, il pourrait atteindre 21 milliards de dollars.
Les alternatives oubliées : où pourrait aller l'argent ?
La flotte distribuée que la Marine demande vraiment
Pendant que le projet Trump capte l’attention médiatique, la Marine américaine a une liste de besoins urgents qui ne sont pas financés. Les destroyers de classe Arleigh Burke — l’épine dorsale de la flotte de surface — coûtent environ 2 milliards de dollars chacun. Avec le prix d’un seul cuirassé Trump, on pourrait construire 10 de ces destroyers, ou plus. Dix navires polyvalents, éprouvés au combat, capables d’opérations anti-sous-marines, anti-aériennes et de frappe contre la terre. Dix cibles à neutraliser pour un adversaire au lieu d’une seule. Dix plateformes réparties sur des milliers de kilomètres carrés d’océan.
C’est exactement ce que préconise le concept de « puissance de feu distribuée » adopté par la Marine elle-même. L’idée est simple : au lieu de concentrer les capacités dans quelques grands navires vulnérables, les répartir sur de nombreuses plateformes plus petites et moins coûteuses. Des frégates de classe Constellation, des navires de combat littoral améliorés, des drones navals autonomes, des missiles lancés depuis des conteneurs sur des navires marchands convertis. L’ennemi ne peut pas tous les trouver, et même s’il en détruit quelques-uns, la flotte conserve sa capacité de combat. C’est la logique du 21e siècle. Le cuirassé Trump est la logique du 19e.
Les sous-marins : la vraie puissance invisible
Si les 21 milliards du premier cuirassé Trump étaient investis dans le programme de sous-marins nucléaires d’attaque de classe Virginia, les États-Unis pourraient commander quatre à cinq de ces chasseurs des profondeurs. Le sous-marin reste le système d’armes naval le plus redouté au monde. Invisible, capable de frapper sans avertissement, presque impossible à localiser dans les vastes étendues océaniques. La Chine a investi massivement dans ses capacités anti-surface. Ses moyens anti-sous-marins, en revanche, accusent un retard significatif. C’est là que réside l’avantage asymétrique américain — un avantage que le cuirassé Trump ne fait rien pour exploiter.
Les sous-marins de classe Virginia peuvent lancer des missiles Tomahawk, déployer des forces spéciales, poser des mines, collecter du renseignement, et engager des navires et sous-marins ennemis. Ils opèrent pendant des mois sans être détectés, projetant une menace constante que l’adversaire ne peut ni localiser ni neutraliser. En temps de guerre, ce sont eux qui couperaient les lignes de communication chinoises, qui frapperaient les ports et les bases navales, qui changeraient l’équilibre du conflit. Pas un cuirassé de surface visible à des centaines de kilomètres par satellite.
La vraie question : à qui sert ce navire ?
Un projet pour l’ego, pas pour la stratégie
Au fond, la question que personne n’ose poser ouvertement : le cuirassé de classe Trump répond-il à un besoin militaire réel, ou à un besoin politique et psychologique ? Les experts militaires sont quasi unanimes : ce navire n’ajoute aucune capacité que la flotte actuelle ne possède déjà, et il le fait à un coût prohibitif tout en créant de nouvelles vulnérabilités. La seule justification qui reste est symbolique. Un cuirassé géant, avec de gros canons, projette une image de puissance brute, de domination incontestable. C’est une déclaration politique autant que militaire.
Le USS Defiant — ce nom même est révélateur. Défiant. Face à qui ? Face à la Chine, certainement. Mais aussi face aux critiques domestiques, face au déclin perçu de la puissance américaine, face au sentiment que les États-Unis ne sont plus ce qu’ils étaient. Le cuirassé Trump est une réponse émotionnelle à des peurs profondes — la peur de la perte de statut, la peur d’être dépassé, la peur de l’obsolescence. Malheureusement, construire un navire de 21 milliards de dollars pour apaiser des angoisses nationales n’est pas une stratégie de défense. C’est une thérapie très, très coûteuse.
Je termine cet article avec un malaise profond. Non pas parce que je doute de la nécessité de maintenir une marine puissante — les océans sont le système sanguin de l’économie mondiale, et les protéger est vital. Mon malaise vient de l’impression que nous assistons à un spectacle. Un spectacle coûteux, dangereux, et peut-être futile. Quelque part dans un bureau du Pentagone, des officiers compétents savent que ce projet est problématique. Quelque part au Congrès, des élus font les calculs et voient que les chiffres ne fonctionnent pas. Et pourtant, le train avance. Les contrats sont signés. Les milliards commencent à couler. Qui aura le courage de dire stop ? Et quand ce sera fait, combien aurons-nous gaspillé pour découvrir ce que nous savions déjà ?
L’histoire jugera
Dans dix ans, vingt ans, le cuirassé de classe Trump sera soit un monument à la vision stratégique d’un président controversé, soit un exemple classique de gaspillage bureaucratique et d’ego politique non maîtrisé. Les 21 milliards de dollars — ou plus — auront été dépensés ou économisés. Des navires auront été construits ou abandonnés sur les cales. La Chine sera devenue la puissance navale dominante en Asie ou aura été contenue. L’équilibre mondial aura basculé ou tenu. Et nous saurons, avec le recul de l’histoire, si cette décision de janvier 2026 était une erreur monumentale ou un pari audacieux.
Ce que nous savons déjà, c’est que les experts les plus respectés en stratégie navale considèrent ce projet comme une aberration. Que l’histoire des programmes navals américains récents est une succession d’échecs coûteux. Que la Chine elle-même voit dans ce cuirassé une opportunité plutôt qu’une menace. Que le calendrier politique rend son achèvement hautement improbable. Et que 21 milliards de dollars, c’est une somme qui pourrait transformer des vies — ou couler au fond de l’océan, emportant avec elle les rêves de grandeur d’une nation qui refuse d’accepter que les règles du jeu ont changé.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, militaires et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les décisions de défense, à comprendre les implications des programmes d’armement, à contextualiser les choix des dirigeants politiques et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent l’équilibre des puissances mondiales.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : estimations du Congressional Budget Office (CBO), communiqués officiels de la Marine américaine (US Navy), rapports du Congressional Research Service, déclarations du secrétaire de la Marine John Phelan, analyses du Government Accountability Office (GAO).
Sources secondaires : analyses du Center for Strategic and International Studies (CSIS), publications de Breaking Defense, Defense One, CNN, CNBC, Bloomberg News, Stars and Stripes, Military Times, Foreign Policy Research Institute (FPRI), 19FortyFive, The War Zone.
Les données statistiques et les comparaisons de coûts proviennent d’institutions officielles américaines, notamment le CBO, le GAO, et le Bureau du renseignement naval (ONI). Les opinions d’experts citées sont attribuées nommément et proviennent d’analystes reconnus dans leurs domaines respectifs.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques de défense et de politique étrangère contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent l’équilibre naval mondial. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires militaires et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les grandes puissances.
Toute évolution ultérieure de la situation — décisions budgétaires du Congrès, changements dans la conception du navire, ou modifications du contexte géopolitique — pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Congressional Budget Office (CBO) — Estimation des coûts du programme BBG(X) — Janvier 2026
US Navy Press Release — Annonce du programme Trump-Class Battleship — 22 décembre 2025
Congressional Research Service — Rapport sur le programme de cuirassés de nouvelle génération — 30 décembre 2025
Government Accountability Office (GAO) — Rapports sur les programmes Ford et Zumwalt — 2020-2025
Sources secondaires
Breaking Defense — « First Trump-class battleship could cost over $20 billion: CBO » — Janvier 2026
Center for Strategic and International Studies (CSIS) — Mark Cancian, « The Golden Fleet’s Battleship Will Never Sail » — Janvier 2026
CNN — « Analysis: Trump’s new battleship plan could transform the US Navy – or sink it » — 23 décembre 2025
CNBC — « The ‘Trump-class’ battleship faces a large obstacle in its way: Reality » — 26 décembre 2025
Defense One — « Trump’s ‘battleship’ could be most expensive US warship in history » — Janvier 2026
The War Zone — « Trump Class Battleship Construction Won’t Begin Until 2030s » — Janvier 2026
Military Times — « China calls Trump battleship ‘easier target’ amid mixed US reception » — 16 janvier 2026
Foreign Policy Research Institute — « The Trump-Class Battleship: Spectacle Wins Out Over Combat Power » — Janvier 2026
Stars and Stripes — « Congress gets first internal analysis of proposed Trump-class battleship » — 20 janvier 2026
19FortyFive — Article source original — Janvier 2026
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