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Ils ignorent eux-mêmes leur lieu de détention : la France face à l’abîme iranien
Crédit: Adobe Stock

n samedi de rage, de peur, d’espoir

Paris, ce samedi 6 juillet. Les pavés de la capitale vibrent sous les cris, les pancartes, la colère nue. Des visages, des larmes, des slogans : libérez Cécile Kohler et Jacques Paris. Deux noms, deux vies suspendues à l’arbitraire d’un régime, deux silhouettes qui s’effacent dans les limbes d’un État qui nie jusqu’à leur présence, leur lieu, leur humanité. Le rassemblement, place de la République, n’est pas un simple élan de solidarité : c’est un cri, une supplique, une sommation adressée à la France, à l’Iran, au monde entier. Urgence. Le mot claque, il brûle. Il ne s’agit plus de diplomatie, ni de prudence : il s’agit de survie, d’une course contre l’oubli, contre la mort. Les soutiens brandissent des portraits, des lettres, des souvenirs. Ils racontent l’attente, la peur, l’absence de nouvelles. Ils racontent aussi la rage, la détermination, la certitude que l’indifférence serait une seconde condamnation. Ce samedi, Paris n’est plus la Ville Lumière : elle est la ville de la veille, du guet, du refus de céder à la nuit.

Des accusations qui tuent

Espionnage pour le Mossad. Complot pour renverser le régime. Corruption sur terre. Trois chefs d’inculpation, trois sentences de mort suspendues au-dessus de deux Français, détenus depuis plus de trois ans dans les geôles iraniennes. Cécile Kohler, professeure de lettres, 40 ans, originaire de l’Est. Jacques Paris, son compagnon, 72 ans, retraité. Arrêtés le 7 mai 2022, au terme d’un voyage touristique, ils sont devenus, malgré eux, les pions d’une partie géopolitique qui les dépasse, les broie, les efface. La justice iranienne ne leur laisse aucun répit : pas d’avocat indépendant, pas de procès équitable, pas même la certitude d’un lieu de détention. Les familles, les diplomates, les soutiens : tous dénoncent des accusations « infondées », « provocations », « diplomatie des otages ». Mais les mots, ici, semblent glisser sur les murs épais d’Evin, de Qarchak, ou d’un autre enfer dont nul ne connaît le nom.

Le silence, la terreur, la disparition

Depuis la frappe israélienne du 23 juin sur la prison d’Evin, à Téhéran, le silence est devenu plus lourd, plus épais. 79 morts, selon les autorités iraniennes. Des détenus déplacés, sans précision. Cécile et Jacques ? Vivants, affirment les Iraniens. Mais où ? Dans quelles conditions ? La dernière visite consulaire, 35 minutes sous haute surveillance, ne rassure personne. On sait seulement que Cécile a été transférée à la hâte, les yeux bandés, sans affaires personnelles, d’une prison à l’autre, puis vers un lieu inconnu. Jacques, lui, dort à même le sol, privé de lunettes, privé de repères. Les deux ignorent où ils sont. Leurs proches, eux, vivent dans une angoisse sans fond, entre l’espoir ténu d’un signe et la peur d’un verdict qui ne vient jamais, torture psychologique, supplice de l’attente.

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