Ils l’appellent la «kill zone». La zone de mort. Une bande de terrain où tout mouvement est suicidaire. En 2023, elle faisait quelques kilomètres. En 2024, elle atteignait 5 à 10 kilomètres. Aujourd’hui, elle s’étend sur 20 à 35 kilomètres de profondeur. D’ici fin 2026, selon Poritskyi, elle atteindra 50 kilomètres.
80% de chances de mourir si vous bougez
Le chiffre est brutal. Dans la zone de mort ukrainienne, quand un drone détecte une cible à découvert, il a plus de 80% de chances de la toucher. Ces drones FPV coûtent moins cher qu’un obus d’artillerie. Et ils sont partout.
Comment en est-on arrivé là?
Les drones à fibre optique ont tout changé. Immunisés contre le brouillage électronique, ils offrent une vision cristalline jusqu’à l’impact. La «ligne de front» n’existe plus. Elle s’est transformée en une zone grise où l’abréviation LBS (ligne de bataille stabilisée) entre dans l’histoire avec le mot «ligne».
Selon l’International Center for Defense and Security (ICDS), les fortifications conventionnelles — tranchées larges, abris de la taille d’un peloton ou d’une compagnie, points forts concentrés — sont devenues «hautement vulnérables et de plus en plus inutilisables».
La tâche la plus dangereuse: simplement se déplacer
Aujourd’hui, la mission la plus mortelle n’est plus l’assaut. C’est la logistique. Entrer et sortir des positions de première ligne. C’est là que l’Ukraine subit le plus de pertes. Les pick-ups et les Humvees sont repérés à des kilomètres par les optiques thermiques russes. Les unités manquent de véhicules de ravitaillement parce qu’ils sont systématiquement détruits.
C’est pourquoi les robots terrestres sont devenus indispensables.
Et là, quelque chose en moi jubile. Vraiment. Après des mois à voir les Ukrainiens encaisser les assauts de chair à canon russes, les voir retourner l’équation technologique — ça fait du bien. La Russie a des hommes. L’Ukraine a des cerveaux. Et des robots. Devinez qui gagne à ce jeu-là.
Kupyansk: le mensonge russe s'effondre en direct
Le 16 janvier 2026, le général Sergei Kuzovlev, commandant du groupement Zapad (Ouest), rapporte au ministre de la Défense Andreï Belousov que l’offensive ukrainienne à Kupyansk n’a apporté aucun succès. Selon lui, toutes les zones de la ville sont sous contrôle russe.
C’est un mensonge. Et les milbloggers russes le savent.
Les voix de la vérité — côté russe
Un milblogger pro-Kremlin répond directement à cette réunion: «Les déclarations sur le contrôle russe de Kupyansk ne sont pas seulement inexactes — elles ne reflètent même pas de loin la situation réelle sur le terrain. Les forces russes n’ont jamais contrôlé Kupyansk un seul jour.»
Les milbloggers se plaignent d’«échecs répétés» et critiquent la pratique d’envoyer de «beaux rapports» à la hiérarchie. Ils dénoncent des pertes «par centaines» causées par les revendications infondées d’avancées qui empêchent les contre-mesures russes adéquates face à l’offensive ukrainienne.
Le canal Telegram Rybar, pourtant pro-russe, décrit la situation comme «difficile» et mentionne que les forces russes maintiennent principalement une «défense focale» dans les faubourgs nord et nord-est de la ville.
Ce que disent les faits vérifiés par l’ISW
Le 13 janvier 2026, un milblogger affilié au Kremlin reconnaît que les forces ukrainiennes ont libéré Kurylivka (au sud-est de Kupyansk) et Kucherivka (à l’est), maintiennent le contrôle de la majeure partie de Petropavlivka, et ont avancé dans Podoly ouest et est.
Le colonel Viktor Trehubov, porte-parole des Forces interarmées ukrainiennes, estime qu’il ne reste que 25 à 90 soldats russes dans Kupyansk — encerclés, sans ravitaillement, coupés de leur logistique.
Ils ravitaillent leurs hommes par drones maintenant. Quand ils le peuvent.
L’initiative tactique a changé de camp
Un commandant de régiment ukrainien opérant dans le secteur de Kupyansk rapporte le 13 janvier 2026 que les forces ukrainiennes ont saisi l’initiative tactique et maintiennent une tête de pont sur la rive est (gauche) de la rivière Oskil.
Les forces russes frappent les passages avec 20 à 40 bombes guidées KAB par jour, ainsi que des drones à fibre optique, des drones Molniya, des lance-roquettes multiples (MLRS) et de l’artillerie tubulaire. Mais les Ukrainiens tiennent.
15 000 robots en 2025. 20 000 en 2026. Et ce n'est que le début
Les chiffres donnent le vertige. En 2025, l’Ukraine a livré près de 15 000 véhicules terrestres sans pilote (UGV) à ses forces armées. L’objectif pour 2026: plus de 20 000 unités. Selon la plateforme d’innovation de défense Brave1, plus de 270 entreprises ukrainiennes développent des robots terrestres.
«Le développement et la mise à l’échelle des systèmes robotiques terrestres font partie d’une approche systématique, centrée sur l’humain, axée sur la protection du personnel», a commenté le ministre de la Défense Denys Shmyhal.
La logistique de l’impossible
Taras Rokoshevskyi, cofondateur de Roboneers, une entreprise de drones basée à Lviv, raconte: «Nous avons envoyé un robot à 10 kilomètres pour ravitailler une position avec 200 kg de fournitures. Le lendemain matin, j’ai demandé au commandant combien d’hommes il aurait fallu pour cette mission de ravitaillement. Il a répondu: 18.»
Dix-huit soldats. Que ce commandant ne peut pas épargner. Parce qu’ils ont déjà des missions. Opérateurs de drones, tireurs d’élite, fantassins. L’Ukraine n’a pas les mêmes effectifs que la Russie. Chaque vie de soldat est inestimable.
«Mais il ne peut pas épargner 18 soldats — ils ont déjà des missions», ajoute Rokoshevskyi. «Nous n’avons pas les mêmes effectifs que la Russie — chaque vie de soldat est précieuse.»
La vision de 2028
Poritskyi décrit le champ de bataille dans deux ou trois ans: «La première ligne sera composée uniquement de robots. Les humains resteront en arrière — pour entretenir, réparer, remplacer.»
Ce n’est plus de la science-fiction. C’est la doctrine militaire ukrainienne.
Selon la BBC, en novembre 2025, jusqu’à 90% de tous les approvisionnements vers les positions de première ligne ukrainiennes autour de Pokrovsk étaient livrés par des UGV.
Je me souviens de février 2022. Des images de civils ukrainiens fabriquant des cocktails Molotov dans des caves. Des retraités avec des fusils de chasse. Et je me demandais: combien de temps peuvent-ils tenir? Trois ans plus tard, ils construisent des armées de robots qui tiennent des positions pendant 45 jours. Sans perdre un seul homme. Quelque part, un stratège russe doit se demander comment il en est arrivé là.
Le paradoxe russe: trop d'hommes, pas assez d'intelligence
«Pour les Russes, c’est moins cher d’envoyer des hommes», explique Poritskyi. «Nous n’avons pas les hommes — alors nous construisons des robots.»
C’est le cœur du paradoxe. La Russie peut mobiliser des centaines de milliers d’hommes. Elle l’a fait. Mais chaque assaut humain contre la zone de mort ukrainienne se transforme en hécatombe. 83 pertes par kilomètre carré conquis, selon les données de l’ISW pour 2025.
Les assauts mécanisés qui échouent — encore et encore
Le 22 décembre 2025, les forces russes lancent un assaut mécanisé de la taille d’un bataillon réduit dans la direction de Dobropillya. Un autre assaut de peloton réduit frappe la direction de Kostyantynivka. Le 23 décembre 2025, un rapport de l’ISW (Institute for the Study of War) constate:
«Les images de combat montrant des assauts mécanisés russes échoués continuent de démontrer que les forces russes n’ont pas réussi à restaurer la manœuvre mécanisée sur le champ de bataille.»
Les gains russes resteront contraints à un «rythme de marche à pied». Toute percée opérationnelle soudaine reste improbable.
Un chiffre qui dit tout sur le coût de la guerre
Depuis le 1er janvier 2025, les forces russes ont conquis environ 4 669 kilomètres carrés de territoire ukrainien. Le coût? 391 270 pertes selon l’état-major ukrainien. Faites le calcul: c’est un prix que même Poutine ne peut pas payer indéfiniment.
La Russie a gagné 0,77% du territoire ukrainien en un an. Au rythme actuel, il faudrait encore deux à trois ans aux forces russes pour prendre le reste du Donetsk sous contrôle ukrainien, selon l’ISW.
La guerre de l'information: pourquoi Moscou ment sur Kupyansk
Kupyansk est devenu un point de névralgie pour le commandement militaire russe. La raison? La peur que les réalités du terrain ne sapent les récits de puissance militaire que Poutine et ses généraux tentent de propager.
Le mensonge comme stratégie — les chiffres de Gerasimov
Le général Valeri Gerasimov, chef d’état-major russe, a affirmé le 18 décembre 2025 lors d’un briefing pour des attachés militaires étrangers que les forces russes avaient pris Kupyansk et contrôlaient 50% de Kostyantynivka.
L’ISW n’a observé des preuves que pour 1,6% de Kostyantynivka sous contrôle russe, avec une présence russe dans seulement 5% de la ville (soit par missions d’infiltration, soit par assauts).
Même les milbloggers russes les plus favorables au Kremlin ne revendiquent que 11% de la ville.
Pourquoi mentir à ce point?
La guerre cognitive du Kremlin
Le rapport de l’ISW du 15 janvier 2026 explique: «Ces efforts du Kremlin visent à répandre le faux récit qu’une victoire russe en Ukraine est inévitable et à convaincre l’Ukraine et l’Occident que l’Ukraine devrait accepter les exigences russes maintenant, par peur de futures offensives ou percées russes.»
Le commandement militaire russe présente publiquement de fausses informations sur le champ de bataille dans le cadre d’un effort de guerre cognitive plus large visant à influencer la prise de décision américaine concernant le soutien à l’Ukraine.
Il y a quelque chose de profondément pathétique dans cette stratégie. Moscou ment à ses propres soldats, à ses propres généraux, à sa propre population. Et maintenant, les milbloggers russes — ces voix du front qui ont longtemps soutenu la guerre — se retournent contre leurs propres commandants. Pas par idéologie. Par survie. Parce que les «beaux rapports» tuent leurs camarades. Parce que la réalité, à Kupyansk, ne se laisse plus ignorer.
Et maintenant? La question qui hante
L’Ukraine a prouvé quelque chose à Kupyansk. Quelque chose qui dépasse cette bataille. Quelque chose qui redéfinit ce qu’est la guerre au 21e siècle.
Le futur est déjà là
En décembre 2024, l’Ukraine a mené sa première attaque entièrement robotique documentée contre des positions russes. Un an plus tard, des robots tiennent des positions pendant 45 jours. En 2026, ils représenteront 90% de la logistique de première ligne dans certains secteurs.
La trajectoire est claire.
«La prochaine frontière, ce sont les opérations de groupe: des robots logistiques se déplaçant sous la couverture de robots armés; plusieurs robots de combat avançant ensemble», explique Poritskyi. «Il y a un mitrailleur, un grenadier, un sapeur — les robots devraient fonctionner de la même façon.»
Combien de temps encore?
Combien de temps la Russie peut-elle continuer à envoyer des hommes dans une zone où 80% d’entre eux n’en reviendront pas? Combien de «beaux rapports» le Kremlin peut-il encore avaler avant que la réalité ne le rattrape? Combien de mères russes devront encore attendre un fils qui ne reviendra jamais?
Les données de l’ISW sont implacables: le système de recrutement russe basé sur des incitations financières élevées atteint ses limites et affecte négativement l’économie russe. Poutine prépare probablement une mobilisation de la réserve stratégique pour compenser l’épuisement du recrutement volontaire prévu pour 2026.
Ce que Kupyansk nous apprend sur la guerre de demain
Les experts militaires occidentaux observent l’Ukraine comme un laboratoire géant. Ce qui se passe là-bas définira la doctrine militaire des prochaines décennies.
La fin des grandes armées?
Samuel Bendett, du Center for a New American Security, note que l’autonomie complète des robots est encore loin — mais que l’Ukraine avance plus vite que quiconque. Les UGV sont plus difficiles à brouiller électroniquement que les drones aériens, et bien plus difficiles à repérer que les camions ou les voitures.
«Retirer l’humain de la cabine rend le véhicule utilisable à nouveau», résume Poritskyi. Des M113 aux Humvees, en passant par les pick-ups civils — les véhicules qui étaient devenus des cercueils roulants retrouvent une utilité quand personne n’est à bord.
Le prix de l’innovation
L’Ukraine a payé ce savoir au prix du sang. Trois ans de guerre totale. Des milliers de morts. Des villes rasées. 95% de Kupyansk a été détruit ou endommagé, selon Andriy Besiedin, chef de l’administration militaire de la ville.
Mais de ce creuset est née une révolution militaire que le monde entier étudie désormais.
Et cette révolution a un nom: la zone de mort robotique.
À Kupyansk, les forces ukrainiennes ont coupé la logistique des troupes russes encerclées. Elles les forcent maintenant à se ravitailler par drones. Quelque part dans ces ruines, des soldats russes attendent des munitions qui n’arriveront peut-être jamais. Pendant ce temps, un robot ukrainien armé d’une mitrailleuse patrouille une route. Il ne dort pas. Il ne mange pas. Il ne pleure pas ses camarades. Il attend. Et quand le prochain blindé russe apparaîtra dans le brouillard, il tirera. Encore. Et encore. Jusqu’à ce que cette guerre finisse. Jusqu’à ce que l’Ukraine soit libre.
Sources
Institute for the Study of War (ISW), Russian Offensive Campaign Assessments, décembre 2025 – janvier 2026
The New Voice of Ukraine (NV.ua), « Ukraine’s unmanned ground vehicles are reshaping the war », janvier 2026
Atlantic Council, « Ukraine’s robot army will be crucial in 2026 but drones can’t replace infantry », janvier 2026
Lowy Institute, « From drone wall to robot shield: Ukraine’s military evolution », janvier 2026
United24 Media, « Ukraine’s New Kill-Zone Strategy Turns Frontline Territory Into a Trap for Russians », décembre 2025
Critical Threats / ISW, rapports quotidiens sur l’offensive russe, janvier 2026
The Washington Post, « Ukraine’s Kupyansk success pushes back Russia’s war gains », 19 janvier 2026
International Center for Defense and Security (ICDS), analyse des fortifications ukrainiennes, 2025
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