Skip to content
Trump devient le nouveau rival de Poutine dans l’exercice d’un pouvoir sans contrainte
Crédit: Adobe Stock

Deux discours, une même grammaire du pouvoir

Il y a des effets de miroir que l’histoire nous tend et qu’on préférerait ignorer. Entre le discours glaçant de Vladimir Poutine en février 2022 et l’allocution triomphante de Donald Trump en janvier 2026, il n’y a pas d’équivalence morale — mais une symétrie opérationnelle troublante. Les analystes de European Security ont décortiqué cette comparaison avec une précision chirurgicale. D’un côté, le « Monde russe ». De l’autre, la « doctrine Donroe ». Deux faces d’une même médaille où le droit international n’est plus une limite mais un vocabulaire, où l’économie devient une arme de conquête, où la souveraineté des autres devient une variable d’ajustement. Poutine, le 21 février 2022, avait déroulé une généalogie. Il avait reconstruit un passé pour produire un avenir. L’Ukraine n’était pas un voisin — c’était une anomalie historique. L’État ukrainien n’était pas une réalité souveraine — c’était une construction, et donc une contestation. Si l’autre n’est pas pleinement légitime, l’intervention devient une « restauration ».

Trump procède différemment mais obtient le même effet. Il invoque la doctrine Monroe, puis affirme qu’elle est « dépassée », comme si l’époque exigeait une version augmentée. Et il la renomme au passage — Donroe — comme si renommer équivalait à réactiver. Nous ne parlons plus d’influence — nous parlons de primauté. Nous ne parlons plus de voisinage — nous parlons d’hémisphère. Dans les deux discours, la souveraineté de l’autre est relativisée. Pour Poutine, l’Ukraine est présentée comme dépendante, manipulée, capturée par des forces extérieures. Une souveraineté capturée n’est plus une souveraineté, donc l’intervention devient « libération ». Pour Trump, le Venezuela est décrit comme une base adverse, une plateforme pour le narco-terrorisme, un exportateur de gangs, une menace continentale. Une souveraineté qui « menace » n’est plus une souveraineté, donc l’intervention devient prophylaxie. Ce point explique aussi la facilité avec laquelle les deux discours glissent vers l’administration. Poutine parle de réorganisation, de sécurité, de frontières. Trump parle de « diriger le pays ». Ils ne se contentent pas d’un objectif militaire. Ils s’installent.

Ce qui me frappe le plus dans cette comparaison, c’est l’absence totale de gêne. Poutine, au moins, enrobe ses conquêtes d’un verbiage historique tortueux. Il prétend « restaurer » quelque chose. Trump ne prend même pas cette peine. Il veut le Groenland parce que « c’est psychologiquement nécessaire pour son succès ». Il veut le pétrole vénézuélien parce que « nous sommes maintenant dans le business du pétrole ». La crudité de l’aveu est presque rafraîchissante dans son obscénité. Au moins, personne ne peut dire qu’il ne savait pas.

L’ironie cruelle de l’histoire

Il y a quelque chose de vertigineux à observer la Russie réagir à la capture de Maduro. Les diplomates russes peuvent désormais invoquer l’attaque américaine sur le Venezuela et l’insistance de Trump à dominer « l’hémisphère occidental » pour renforcer leur propre argumentation. Moscou ne fait qu’affirmer le même droit dans sa propre sphère d’influence, argumentent-ils, pour s’assurer qu’un territoire stratégique ne tombe pas sous le contrôle d’une puissance rivale et soit dirigé par un gouvernement « ami ». Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov n’a pas manqué de souligner que la Crimée était aussi stratégiquement importante pour la Russie que le Groenland l’était pour les États-Unis. Poutine lui-même, avec un sourire en coin, a suggéré un « prix raisonnable » pour le Groenland — entre 200 et 250 millions de dollars — basé sur ce que Washington avait payé à l’Empire russe pour l’Alaska en 1867. La blague est cruelle. Et pertinente.

Mais la véritable ironie, c’est que Trump était censé être « l’homme de Poutine ». Pendant des années, les démocrates américains et les analystes européens ont dénoncé sa complaisance envers le Kremlin. Et maintenant ? Trump a capturé un allié de Poutine au Venezuela. Il a saisi un pétrolier battant pavillon russe dans l’Atlantique Nord. Il menace Cuba, un allié historique de Moscou. Il fait pression sur l’Iran, partenaire stratégique de la Russie. Du point de vue du Kremlin, Trump s’est révélé être « un sac mélangé », comme le note le Council on Foreign Relations. Ils pensaient originellement que Poutine et Trump s’entendraient sur une résolution du conflit russo-ukrainien, que le président américain imposerait ensuite à Kyiv. Cela ne s’est pas passé ainsi. Trump a aussi permis aux Européens de s’insérer dans les négociations d’une manière qui les a inutilement prolongées, du point de vue du Kremlin. La relation entre les deux hommes est plus complexe — et plus dangereuse — qu’un simple alignement.

Sources

Sources primaires

Chicago Council on Global Affairs – Trump 2.0 Enters 2026 in Full Force – Janvier 2026
The Arctic Institute – Trump & Greenland: Is There Logic in the Chaos? – Janvier 2026
TIME Magazine – Trump and the Dangers of Spheres of Influence – Janvier 2026
CNN – Analysis: What Donald Trump has learned about imposing global power – 9 janvier 2026
CNN – Trump’s Venezuela raid plunges Greenland and the Western military alliance into uncertainty – 5 janvier 2026
CNN – Analysis: Trump wants to take Greenland because it’s there – 7 janvier 2026

Sources secondaires

Washington Spectator – The Russian Roots of Trump’s Venezuela and Greenland Operations – Janvier 2026
NBC News – Next stop, Nuuk? U.S. allies fear Trump may target Greenland after Venezuela – 5 janvier 2026
Responsible Statecraft – Is Greenland next? Denmark says, not so fast – Janvier 2026
Modern Diplomacy – From the Monroe Doctrine to the Donroe Doctrine – 23 janvier 2026
Axios – Trump’s « Donroe Doctrine » sets U.S. on collision course with Russia and China – 8 janvier 2026
Carnegie Endowment for International Peace – Europe Faces the Gone-Rogue Doctrine – 23 janvier 2026
The Conversation – The ‘Donroe doctrine’: Maduro is the guinea pig for Donald Trump’s new world order – Janvier 2026
European Security – « Donroe » vs. « Russian World » – Janvier 2026
Eurasia Group – The Donroe Doctrine: Eurasia Group’s #3 Top Risk of 2026 – Janvier 2026
ABC News – Trump’s ‘Donroe Doctrine’ seeks influence over Western Hemisphere citing old US policy – Janvier 2026
NPR – As Trump dismantles the existing world order, his version is still taking shape – 20 janvier 2026
NPR – Trump moved GOP foreign policy from neo-con to America First to the ‘Donroe Doctrine’ – 12 janvier 2026
Council on Foreign Relations – Russia’s Wary Embrace of Trump’s Transatlantic Disruption – 23 janvier 2026
New Statesman – Vladimir Putin’s confidence game – Janvier 2026
Foreign Policy – Top 10 Risks for 2026 Include Trump, Gen Z Rebellion, and an Empowered Putin – 2 janvier 2026
Foreign Policy – Trump’s Biggest Challenges in 2026, From Russia-Ukraine to Midterms – 16 janvier 2026
Euronews – Davos 2026: Who said what at world’s top political and business summit – 23 janvier 2026
NBC News – Trump’s ‘Board of Peace,’ which could upend world order, faces pushback from allies – 21 janvier 2026
NPR – At Davos, U.S. allies question a fraying world order – 23 janvier 2026
Christian Science Monitor – How profits and resources drive foreign policy in Trump era – 22 janvier 2026

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu