La fausse concession qui ne coûte rien à Moscou
Les analystes militaires ukrainiens ont immédiatement identifié le mécanisme central de cette manœuvre. Et leur conclusion est dévastatrice : cette trêve ne coûte pratiquement rien à la Russie. Voici pourquoi. Les frappes massives contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes nécessitent des ressources considérables — des dizaines de missiles de croisière, des missiles balistiques, des drones Shahed en essaims. Ces attaques d’envergure ne se produisent pas quotidiennement. Elles surviennent typiquement une à deux fois par mois, quand la Russie a accumulé suffisamment de stocks de missiles pour lancer une frappe coordonnée capable de submerger les défenses antiaériennes ukrainiennes. Suspendre ces frappes pendant une semaine — voire un mois — ne change donc pratiquement rien au calendrier opérationnel russe. C’est comme si un homme qui vous frappe une fois par mois promettait de ne pas vous frapper pendant une semaine. Ce n’est pas une concession. C’est une plaisanterie. Oleksandr, un colonel ukrainien en poste à l’état-major général à Kiev, ne mâche pas ses mots : « Ils nous vendent une pause qu’ils auraient prise de toute façon. Leurs stocks de missiles sont en cours de reconstitution. Ils utilisent cette fenêtre pour réarmer, repositionner, planifier la prochaine salve. Et pendant ce temps, le monde les applaudit pour leur prétendue modération. »
Les données militaires confirment cette analyse. Avant chaque frappe massive de 2024 et 2025, la Russie observait des périodes de relative accalmie de deux à quatre semaines — le temps nécessaire pour produire et acheminer de nouveaux missiles depuis les usines russes et les fournisseurs nord-coréens et iraniens. La trêve de janvier 2026 s’inscrit parfaitement dans ce cycle opérationnel. Ce n’est pas une pause de bonne volonté. C’est une pause de rechargement. Inna, une analyste du renseignement militaire ukrainien, utilise une métaphore saisissante : « C’est comme un serpent qui desserre sa mâchoire avant de mordre plus fort. Il ne vous lâche pas par gentillesse. Il vous lâche parce qu’il a besoin de reprendre son souffle avant la prochaine morsure. » L’odeur de cordite flotte encore au-dessus des ruines des centrales électriques de Kiev. Les sirènes d’alerte aérienne se sont tues — pour l’instant. Mais dans les bunkers de l’état-major ukrainien, personne ne range les cartes. Personne ne baisse la garde. Ils savent ce qui vient.
L’armée ukrainienne a compris ce que les diplomates refusent d’admettre : cette trêve n’est pas un geste de paix. C’est une pause technique dans un programme de destruction systématique. Poutine ne range pas ses missiles. Il les recharge.
Le piège diplomatique tendu à Zelensky
Le deuxième volet du calcul de Poutine est encore plus pervers. En acceptant la trêve, le Kremlin se positionne comme un acteur raisonnable sur la scène internationale — celui qui écoute, qui négocie, qui fait des concessions. Et il piège Zelensky dans un dilemme impossible. Si l’Ukraine rejette la trêve, elle apparaît comme le belligérant qui refuse la paix. Si elle l’accepte, elle légitime le cadre de négociation imposé par Moscou — un cadre où la Russie dicte les termes, le calendrier et les conditions. L’Ukraine, comme le soulignent les analystes, « n’a probablement pas la marge de manœuvre diplomatique avec les États-Unis pour dire non ». Et Poutine le sait. Il sait que chaque trêve acceptée renforce sa position à la table des négociations. Il sait que chaque geste humanitaire apparent lui achète du crédit auprès d’une communauté internationale fatiguée de cette guerre. Il sait que chaque concession symbolique lui permet de demander des concessions réelles en retour — des concessions territoriales, souveraines, existentielles pour l’Ukraine.
Piotr, un diplomate européen en poste à Bruxelles qui suit les négociations de près, décrit le mécanisme avec une clarté brutale : « Poutine construit patiemment un narratif. À chaque trêve qu’il accorde, il dit au monde : regardez, je suis raisonnable. C’est l’Ukraine qui refuse la paix. C’est l’Occident qui prolonge la guerre. Et petit à petit, ce narratif s’installe. Dans les opinions publiques occidentales, dans les médias, dans les chancelleries. L’usure informationnelle est aussi efficace que l’usure militaire. » Tu le sens, lecteur, ce glissement ? Ce moment imperceptible où l’agresseur commence à passer pour la victime, où le bombardier devient le pacifiste, où celui qui détruit les centrales électriques d’un pays entier est salué pour avoir accepté de ne pas les détruire pendant sept jours ? C’est la magie noire de la propagande russe. Et elle fonctionne.
La guerre de l'énergie — l'électricité comme arme de destruction massive
Le plan Poutine : geler un peuple pour le soumettre
Pour comprendre la trêve énergétique, il faut d’abord comprendre la guerre énergétique. Et cette guerre-là, Poutine la mène avec une méthodologie glaçante depuis des mois. Le plan est simple, efficace et d’une cruauté absolue : détruire systématiquement les infrastructures énergétiques de l’Ukraine pour plonger le pays dans le froid, l’obscurité et le désespoir. Pas les bases militaires. Pas les dépôts d’armes. Les centrales électriques. Les réseaux de chauffage. Les postes de distribution. Tout ce qui permet à des êtres humains de survivre en hiver. Le 19 janvier 2026, les Russes ont bombardé les postes de distribution de Kiev et de ses environs, isolant la capitale du réseau national. Trois centrales électriques — au gaz naturel et au charbon — ont été frappées, coupant les sources de chauffage et d’électricité de la ville. Kiev, qui a besoin d’environ 2 000 mégawatts, survivait avec moins d’un dixième de cette puissance. Imaginez. Une ville de trois millions d’habitants, en plein hiver, avec 10 % de son électricité. C’est comme couper neuf doigts sur dix à quelqu’un et lui demander de jouer du piano.
Vitali Klitschko, le maire de Kiev, ancien champion du monde de boxe poids lourds, homme qui a encaissé des milliers de coups sur le ring, décrit la situation avec des mots qui tremblent de rage contenue : « La température frôle les -20°C et Poutine s’en sert pour briser la résistance, plonger tout le monde dans la dépression, créer de la tension dans la société. » Ce n’est pas de la rhétorique. C’est un diagnostic clinique. Poutine utilise le froid comme une arme — une arme qui ne fait pas de bruit, qui ne laisse pas de cratères visibles, mais qui tue aussi sûrement qu’un missile. Les personnes âgées qui meurent d’hypothermie dans leurs appartements. Les nourrissons dont les poumons s’engorgent dans l’air glacé. Les malades dont les appareils médicaux cessent de fonctionner quand le courant est coupé. Ces morts-là n’apparaissent pas dans les bilans militaires. Mais elles sont aussi réelles, aussi intentionnelles, aussi criminelles que n’importe quel tir d’artillerie.
Poutine a trouvé l’arme parfaite : le thermostat. Pas besoin de soldats, pas besoin de chars. Il suffit de couper le courant à moins 30 degrés et de laisser le froid faire le travail. C’est propre, c’est silencieux, et personne n’appelle ça un crime de guerre. Pourtant, c’en est un.
Les chiffres de la catastrophe humanitaire
Les chiffres de janvier 2026 dessinent le portrait d’une catastrophe humanitaire d’une ampleur que l’Europe n’avait plus connue depuis la Seconde Guerre mondiale. 610 000 foyers privés d’électricité à Kiev, selon le ministre de l’énergie Denis Shmihal. Plus de 1 900 immeubles résidentiels sans chauffage, selon le maire Klitschko. 600 000 personnes qui ont quitté la capitale depuis le 9 janvier. Plus d’un million de foyers sans eau ni chauffage après les frappes du 8 janvier, selon CNews. La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a qualifié la situation de « catastrophe humanitaire ». L’Allemagne a parlé de « crimes de guerre ». Mais les mots, aussi forts soient-ils, ne réchauffent pas les appartements. Ludmila, 68 ans, vit dans le quartier de Troïeschyna, l’une des zones les plus peuplées de Kiev. Son appartement est plongé dans le noir depuis quatre jours. Elle dort tout habillée, avec trois couvertures et un bonnet. Elle fait fondre de la neige sur un réchaud de camping pour avoir de l’eau potable. Ses mains sont bleues. Ses lèvres sont gercées. Elle n’a pas pleuré depuis longtemps — les larmes aussi gèlent à cette température. « Je ne demande pas grand-chose », murmure-t-elle dans un souffle qui forme un petit nuage de vapeur blanche. « Juste de la lumière. Juste de la chaleur. Juste de ne pas mourir de froid chez moi. »
La ville a installé de grandes tentes chauffées où sont distribués des repas chauds. Des files d’attente de personnes âgées, de mères avec enfants, de handicapés serpentent dans le froid mordant. Le métro de Kiev — ce réseau souterrain construit à l’époque soviétique pour servir d’abri antiatomique — est devenu un refuge climatique. Des familles entières y passent la nuit, enveloppées dans des couvertures de survie, éclairées par la lumière blafarde des lampes d’urgence. L’odeur de corps mal lavés, de nourriture froide et de désinfectant imprègne les quais. Le bruit des rames a cessé — l’électricité manque même pour faire rouler les métros. Il ne reste que le silence, ponctué par les toussotements des enfants et les murmures des prières. Selon une estimation conjointe de la Banque mondiale, de la Commission européenne et des Nations Unies, le secteur énergétique ukrainien a subi plus de 20 milliards de dollars de dommages directs liés à la guerre. Vingt milliards. Le prix d’un génocide énergétique que personne n’ose nommer ainsi.
Le timing chirurgical — pourquoi maintenant, pourquoi cette semaine
La veille d’Abou Dhabi : donner l’illusion de la bonne foi
Le timing de cette trêve n’est pas un hasard. Il n’est jamais un hasard avec Poutine. Le dimanche 2 février 2026, les délégations russe et ukrainienne doivent se retrouver à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, pour des négociations directes. En acceptant la trêve quelques jours avant ces pourparlers, Poutine arrive à la table de négociations auréolé d’une image de modération. « Regardez », dira la délégation russe. « Nous avons arrêté de bombarder. Nous avons écouté les demandes de Trump. Nous sommes raisonnables. C’est l’Ukraine qui est intransigeante. C’est l’Occident qui prolonge le conflit. » C’est du théâtre. Du pur théâtre. Mais du théâtre efficace. Marina, une analyste politique ukrainienne rattachée au Centre d’études stratégiques Razumkov à Kiev, décrypte la manœuvre avec une précision chirurgicale : « Poutine ne fait pas la trêve pour les civils ukrainiens. Il fait la trêve pour les caméras occidentales. Chaque heure de silence sur Kiev est un investissement dans la perception internationale. Il achète de la crédibilité diplomatique au rabais — le coût réel pour lui est nul, mais le bénéfice en termes d’image est considérable. »
Les précédentes sessions de négociation ont été qualifiées de « positives et constructives » par des responsables américains. Mais derrière ce vocabulaire lénifiant se cache une réalité brutale : les positions restent irréconciliables. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a clairement exposé les demandes maximales de Moscou : la reconnaissance de l’annexion des régions de Donetsk, Louhansk, Kherson, Zaporijjia et la Crimée. L’interdiction de toute présence de troupes de l’OTAN en Ukraine. La neutralité permanente du pays. En d’autres termes : la capitulation totale de l’Ukraine, emballée dans du papier cadeau diplomatique. Et la trêve énergétique est le ruban sur ce paquet empoisonné — un geste juste assez séduisant pour que le monde ait envie d’ouvrir la boîte sans regarder ce qu’il y a à l’intérieur.
Poutine joue aux échecs pendant que le monde joue aux dames. Chaque trêve, chaque geste, chaque pause est un mouvement calculé vers un seul objectif : la soumission de l’Ukraine. Et le pire, c’est que ça marche. Parce que le monde est fatigué, et que la fatigue est la meilleure alliée du tyran.
La vague de froid comme levier de négociation
L’autre dimension du timing est météorologique. Et elle est d’une cruauté raffinée. Les températures en Ukraine atteignent -20°C à Kiev, avec des pointes à -30°C dans d’autres régions. C’est l’hiver le plus intense que la capitale ukrainienne ait connu depuis une dizaine d’années. Poutine a bombardé les infrastructures énergétiques pendant des semaines, plongeant le pays dans le froid et l’obscurité. Puis, au moment où la souffrance atteint son paroxysme, il offre une trêve. C’est le mécanisme classique du tortionnaire : infliger la douleur, puis la suspendre temporairement, créant un sentiment de gratitude chez la victime. Les psychologues appellent cela le syndrome de Stockholm à l’échelle géopolitique. Vous brûlez la maison de quelqu’un. Puis vous lui offrez une couverture. Et vous attendez qu’il vous remercie. Zelensky a remercié. Il a dit « merci » aux États-Unis pour avoir obtenu cette trêve. Il a dit merci à celui qui a négocié avec son tortionnaire une pause dans la torture. Imagine la rage qu’il a dû avaler en prononçant ces mots. La bile qui lui est montée à la gorge en remerciant Trump d’avoir obtenu de Poutine un sursis de sept jours dans le bombardement de son peuple.
Les faiblesses que Poutine cache derrière la trêve
L’économie russe craque sous la pression
Si Poutine accepte cette trêve, ce n’est pas seulement par calcul diplomatique. C’est aussi parce que la Russie elle-même souffre — bien plus qu’elle ne l’admet. L’économie russe montre des signes de fatigue structurelle que le Kremlin ne peut plus dissimuler. Les taux d’intérêt sont à des niveaux historiquement élevés. La Banque centrale russe maintient un taux directeur de plus de 20 % pour tenter de contenir une inflation galopante. Le rouble s’effondre lentement mais sûrement. L’élite économique russe — ces oligarques qui ont longtemps soutenu Poutine par intérêt — devient de plus en plus critique, même si elle n’ose pas encore le dire publiquement. Les sanctions occidentales, malgré les contournements, font sentir leurs effets avec un retard temporel qui commence à se matérialiser pleinement. Boris, un économiste russe en exil à Londres, qui a travaillé au ministère des Finances à Moscou avant de fuir en 2023, analyse sans détour : « L’économie de guerre russe est un château de cartes. Elle tient debout uniquement parce que le Kremlin injecte des milliards dans le complexe militaro-industriel. Mais cet argent vient de quelque part — des retraites qu’on n’augmente pas, des hôpitaux qu’on ne rénove pas, des routes qu’on ne répare pas. Le peuple russe paie cette guerre de sa chair économique. Et la patience a des limites, même en Russie. »
Le secteur énergétique russe lui-même — cette vache à lait qui finance la machine de guerre — est sous pression. La production d’essence a chuté de 20 % entre janvier et mai 2025. Celle de diesel a reculé de 11 %. Les raffineries russes, ciblées par les drones ukrainiens longue portée, fonctionnent en mode dégradé. Les prix du pétrole restent bas sur les marchés mondiaux, réduisant les recettes d’exportation dont Moscou dépend désespérément. La Russie est prise dans un cercle vicieux : elle a besoin de l’énergie pour financer la guerre, mais la guerre détruit sa capacité énergétique. La trêve sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes pourrait aussi refléter une volonté tacite d’éviter une escalade dans la guerre énergétique qui se retournerait contre la Russie elle-même. Car l’Ukraine a démontré sa capacité à frapper les raffineries russes loin à l’intérieur du territoire ennemi. Si la trêve inclut une réciprocité implicite — la Russie n’attaque pas les centrales ukrainiennes, l’Ukraine n’attaque pas les raffineries russes —, alors Poutine y gagne doublement. Il protège ses installations vitales tout en passant pour un homme de paix.
Poutine est comme un joueur de poker qui bluffe avec une mauvaise main. Son économie craque, ses raffineries brûlent, son armée s’épuise. Mais il sourit, il bluff, et il espère que personne ne demandera à voir ses cartes. La trêve énergétique est son plus beau bluff — et le monde est en train de tomber dans le panneau.
L’armée russe à bout de souffle
Sur le plan militaire, les nouvelles ne sont pas meilleures pour Moscou. En 2025, l’armée russe n’a capturé que moins de un pour cent du territoire ukrainien, tout en subissant des centaines de milliers de pertes. Les analystes de l’Atlantic Council sont formels : « Au rythme actuel, il faudrait à la Russie des décennies et des millions d’hommes pour pleinement subjuguer l’Ukraine. » L’armée russe compense son incapacité à percer sur le champ de bataille par une escalade contre les civils. Poutine bombarde les centrales électriques précisément parce qu’il ne peut pas avancer sur le front. La guerre énergétique est l’aveu d’un échec militaire. Et la trêve dans cette guerre énergétique est l’aveu d’un double échec — l’échec de la conquête militaire et l’échec de la terreur énergétique à briser la résistance ukrainienne. Mykola, un officier de renseignement ukrainien, résume la situation en une phrase qui dit tout : « Poutine proposait la paix quand il perdait à Stalingrad aussi. Rien n’a changé. Quand il propose de s’arrêter, c’est qu’il est en difficulté. Quand il attaque, c’est qu’il se sent fort. Devinez ce que signifie cette trêve. »
Le piège de la trêve de Pâques — le précédent qui dit tout
Avril 2025 : quand Poutine a déjà menti
Pour ceux qui auraient encore des doutes sur les intentions véritables du Kremlin, il suffit de remonter à avril 2025. Poutine avait alors annoncé une trêve unilatérale de 30 heures pour la période de Pâques orthodoxe. Zelensky l’avait immédiatement qualifiée de « nouvelle tentative de jouer avec des vies humaines ». Et il avait raison. Pendant que Poutine proclamait sa trêve pascale, les « opérations d’assaut » et les « tirs d’artillerie » se poursuivaient sur la ligne de front. La trêve existait dans les communiqués de presse mais pas dans la réalité du terrain. Les soldats ukrainiens continuaient de mourir pendant que le Kremlin célébrait sa magnanimité devant les caméras. Poutine a ensuite accusé l’Ukraine d’avoir violé la trêve plus de 100 fois. L’accusateur se fait accusé. L’agresseur se fait victime. C’est le manuel du Kremlin, page un, chapitre un. Valentina, une mère de trois enfants de Kharkiv, se souvient de cette Pâques 2025. Elle avait préparé des œufs peints pour ses enfants, comme le veut la tradition orthodoxe. Les sirènes ont retenti pendant le repas. Un missile a frappé à deux rues de chez elle. Les œufs peints ont roulé par terre quand la maison a tremblé. « La trêve de Pâques de Poutine », dit-elle avec un rire amer. « Mon fils de six ans m’a demandé pourquoi Jésus n’avait pas arrêté les bombes puisque c’était son anniversaire. Qu’est-ce que vous répondez à ça ? »
En décembre 2025, le même scénario s’est reproduit. L’Allemagne a proposé une trêve de Noël. Le Kremlin l’a rejeté. Le porte-parole Peskov a déclaré que la Russie voulait « la paix » mais pas une pause qui permettrait aux forces ukrainiennes de se regrouper. Autrement dit : la Russie veut la paix, mais seulement sa paix — celle qui implique la capitulation de l’Ukraine. Toute pause qui permettrait à Kiev de reprendre des forces est inacceptable. Et pourtant, un mois plus tard, voilà que Poutine accepte une trêve énergétique. Pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé entre décembre et janvier ? La réponse est simple : rien n’a changé dans les intentions de Moscou. Ce qui a changé, c’est le contexte diplomatique — les négociations d’Abou Dhabi approchent, et Poutine a besoin d’une monnaie d’échange symbolique.
La trêve de Pâques violée. La trêve de Noël rejetée. Et maintenant la trêve énergétique acceptée. Trouvez la logique. La voici : Poutine accepte les trêves quand elles ne lui coûtent rien et lui rapportent beaucoup. Il les rejette quand elles pourraient aider l’Ukraine. Ce n’est pas de la diplomatie. C’est de la manipulation à l’état pur.
Le schéma de la trêve martiale de mars 2025
En mars 2025, Poutine avait déjà accepté de cesser les attaques sur les infrastructures énergétiques pour une période de 30 jours, après un appel téléphonique avec Trump. Mais il avait refusé d’accepter un cessez-le-feu plus large — celui que l’Ukraine était prête à mettre en œuvre. La distinction est fondamentale. Poutine accepte de suspendre les frappes énergétiques — qui ne lui coûtent presque rien à suspendre. Mais il refuse catégoriquement de suspendre les opérations militaires terrestres — là où son armée essaie laborieusement de grignoter du terrain kilomètre par kilomètre. La trêve est sélective. Elle couvre ce qui arrange Moscou. Elle ignore ce qui sauverait des vies sur le front. Andriy, un commandant de section dans la région de Donetsk, l’explique avec le pragmatisme sec des hommes qui vivent sous les bombes : « Pendant la trêve énergétique, les missiles ne tombent plus sur les centrales. Mais les obus continuent de tomber sur mes positions. Mes hommes continuent de mourir. La trêve, c’est pour les civils de Kiev. Pas pour nous. Pour nous, c’est business as usual. » Le son des détonations continue de résonner le long de la ligne de contact. Les cris des blessés continuent de déchirer les nuits. Les brancardiers continuent de courir sous le feu pour ramener les corps. La trêve est un spectacle pour le monde. La guerre, elle, ne connaît pas d’entracte.
L'Ukraine contre-attaque — la guerre énergétique à double tranchant
Les drones qui frappent le cœur du complexe énergétique russe
Il y a un aspect de cette guerre énergétique que le Kremlin préférerait que le monde oublie. L’Ukraine ne subit pas passivement les frappes sur ses infrastructures. Elle riposte. Et ses ripostes font mal. Les drones ukrainiens longue portée frappent régulièrement les raffineries russes, parfois à des centaines de kilomètres de la frontière. La production d’essence russe a chuté de 20 % entre janvier et mai 2025. Le diesel a reculé de 11 %. Des raffineries majeures fonctionnent en mode dégradé ou sont carrément hors service. L’industrie pétrolière russe, déjà fragilisée par les sanctions, peine à maintenir ses niveaux de production. Oleksiy, un ingénieur qui conçoit des drones dans un atelier secret quelque part dans l’ouest ukrainien, sourit quand on lui parle de la trêve énergétique : « Vous savez pourquoi Poutine accepte de ne pas frapper nos centrales ? Parce qu’il a peur qu’on frappe les siennes. Nos drones atteignent Saratov, Krasnodar, Samara. Chaque raffinerie qu’on touche, c’est des milliards de roubles en fumée. Il veut une trêve énergétique bilatérale — il ne le dit pas, mais c’est ça le vrai deal. Il arrête de frapper nos centrales, on arrête de frapper ses raffineries. »
Si cette analyse est correcte — et de nombreux experts la partagent —, alors la trêve énergétique révèle une vulnérabilité stratégique que Moscou essaie désespérément de dissimuler. La Russie, ce géant énergétique qui utilise le pétrole et le gaz comme armes géopolitiques depuis des décennies, est en train de perdre sa cuirasse. Ses raffineries brûlent. Ses exportations diminuent. Ses recettes fondent. L’avantage énergétique traditionnel russe s’est transformé en source d’angoisse géopolitique qui affecte directement les calculs stratégiques du régime. La trêve n’est pas seulement un coup diplomatique. C’est aussi un bouclier — un moyen de protéger ce qui reste de l’infrastructure pétrolière russe en échange d’une pause dans la destruction de l’infrastructure électrique ukrainienne. Le problème, c’est que cet échange n’est pas équitable. L’Ukraine a besoin de son électricité pour survivre — pour chauffer, pour éclairer, pour faire fonctionner ses hôpitaux et ses usines. La Russie a besoin de son pétrole pour financer sa guerre. Suspendre les frappes sur les centrales ukrainiennes tout en maintenant la pression militaire terrestre permet à Poutine de protéger ses revenus sans rien concéder sur le terrain.
La trêve énergétique est un miroir déformant. D’un côté, Poutine protège ses raffineries. De l’autre, il fait semblant de protéger les civils ukrainiens. Le génie machiavélique de cette manœuvre, c’est qu’il parvient à passer pour un humaniste alors qu’il ne fait que défendre ses intérêts pétroliers. Chapeau bas, Vladimir. Mais on a compris le truc.
La résilience ukrainienne face à la stratégie de destruction
Malgré l’ampleur des destructions, l’Ukraine fait preuve d’une résilience énergétique qui force le respect. Chaque fois qu’une centrale est bombardée, des équipes de techniciens se précipitent pour la réparer — souvent sous le feu, toujours dans l’urgence. Pavlo, un technicien de 42 ans qui travaille pour l’opérateur national d’électricité, n’a pas dormi plus de quatre heures d’affilée depuis des semaines : « Ils bombardent. On répare. Ils rebombardent. On re-répare. C’est un cycle infernal. Mais tant qu’on répare, ils n’ont pas gagné. Le jour où on arrêtera de réparer, ce sera fini. Alors on ne s’arrête jamais. » L’UE a déployé 947 générateurs en janvier 2026. Elle a débloqué 153 millions d’euros d’aide humanitaire supplémentaire. Mais face à 20 milliards de dollars de destructions, ces efforts restent tragiquement insuffisants. C’est l’arrosoir contre l’incendie.
Le plan Poutine décodé — geler la guerre dans une position favorable
La carte de la conquête territoriale par l’usure
Quand on assemble toutes les pièces du puzzle — la trêve énergétique, les négociations d’Abou Dhabi, les demandes maximales de Moscou —, un plan cohérent se dessine avec une clarté terrifiante. Poutine veut geler la guerre dans une position qui lui soit favorable. Le plan prévoit le retrait ukrainien de Donetsk et Louhansk — ces régions que la Russie ne contrôle pas entièrement mais qu’elle revendique en totalité. En échange, Moscou accepterait de stabiliser les lignes de front à Kherson et Zaporijjia. C’est un marché de dupes. L’Ukraine céderait des territoires qu’elle défend au prix du sang, et en retour, elle obtiendrait une promesse russe — une promesse qui vaut aussi peu que le papier sur lequel est écrite la trêve énergétique. Le Mémorandum de Budapest de 1994 garantissait l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Trente ans plus tard, cette garantie est un souvenir amer. Pourquoi un nouvel accord serait-il plus respecté que le précédent ?
Riabkov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, ne prend même pas la peine de masquer les ambitions de Moscou. Il insiste pour que les cinq régions revendiquées par la Russie soient reconnues comme russes. Il exclut toute présence de troupes de l’OTAN en Ukraine. Il décrit la fin de la guerre comme dépendante du moment où les soutiens de l’Ukraine « reconnaîtront l’inévitable » du succès russe. Ces mots sont d’une arrogance sidérante venant d’un pays dont l’armée n’a conquis que moins de un pour cent de territoire en un an. Mais ils révèlent la stratégie : la Russie ne cherche pas à gagner militairement. Elle cherche à gagner diplomatiquement ce qu’elle ne peut pas prendre par les armes. Et la trêve énergétique est un outil dans cette guerre diplomatique.
Poutine joue la montre. Il sait que le temps travaille pour lui. Chaque hiver qui passe sans chauffage, chaque mois sans aide américaine suffisante, chaque trêve qui normalise l’occupation — tout cela rapproche le moment où l’Ukraine sera forcée d’accepter l’inacceptable. La trêve énergétique n’est pas un pas vers la paix. C’est un pas vers la capitulation à petit feu.
L’objectif final : briser la ligne de défense pour ouvrir la route de Kiev
En réclamant lors des négociations les territoires du Donbass qu’il n’occupe pas, Poutine ne cherche pas seulement à agrandir son empire. Il poursuit un objectif militaire précis. Un contrôle total de Donetsk et Louhansk briserait la ligne de défense ukrainienne dans l’est du pays et ouvrirait potentiellement la route de Kiev à l’armée russe. C’est la géographie qui dicte cette logique. Les fortifications ukrainiennes dans le Donbass sont le verrou qui empêche une percée russe vers l’intérieur du pays. Si ce verrou saute — par la négociation plutôt que par la force —, alors la prochaine guerre sera infiniment plus facile pour Moscou. Car il y aura une prochaine guerre. Quiconque croit que Poutine se contentera du Donbass n’a rien compris à l’homme ni à ses ambitions impériales. La Tchétchénie, la Géorgie, la Crimée, le Donbass — chaque conquête a été suivie d’une autre. Chaque trêve a été suivie d’une nouvelle agression. Le schéma est aussi prévisible que terrifiant.
Trump, le médiateur qui prend parti
Le président américain dans le jeu de Poutine
Donald Trump se présente comme le médiateur de ce conflit. Celui qui va apporter la paix. Celui qui a obtenu la trêve par la seule force de sa personnalité. « J’ai demandé personnellement à Vladimir Poutine de cesser les frappes sur Kiev pendant une semaine », a-t-il annoncé avec la fierté d’un homme qui vient de réaliser un exploit historique. En réalité, Trump est devenu, consciemment ou non, un instrument du calcul poutinien. En négociant des trêves partielles au lieu d’exiger un cessez-le-feu total, il normalise la guerre. En acceptant le cadre fixé par Moscou — des pauses ciblées sans arrêt des combats —, il légitime la stratégie russe. En se félicitant publiquement d’avoir obtenu sept jours de répit pour Kiev, il transforme un miette diplomatique en festin médiatique. Sarah, une analyste américaine de la Brookings Institution, ne mâche pas ses mots : « Trump est en train de faire exactement ce que Poutine veut. Il crée un précédent où les petites trêves remplacent la vraie paix, où les gestes symboliques se substituent aux solutions durables. Et chaque trêve acceptée abaisse la barre de ce que le monde considère comme acceptable. Aujourd’hui, sept jours sans frappes sur Kiev est un succès diplomatique. Demain, une semaine sans bombardement massif sera considérée comme la normalité. C’est la frog-in-boiling-water de la diplomatie internationale. »
La Maison Blanche n’a livré aucun détail sur les contours exacts de la trêve. Cette opacité est en elle-même un signal d’alarme. Un accord dont personne ne connaît les termes précis n’est pas un accord. C’est une promesse verbale entre deux hommes qui ont chacun leurs propres intérêts — et aucun de ces intérêts ne coïncide avec ceux de l’Ukraine. Trump veut un deal qu’il pourra brandir comme une victoire. Poutine veut une pause qui lui permet de se repositionner. Et l’Ukraine, entre les deux, est réduite au rôle de figurant dans un spectacle dont elle est pourtant le sujet principal.
Trump joue au diplomate comme un enfant joue au docteur — avec beaucoup d’enthousiasme et très peu de compétence. Sa trêve d’une semaine est un pansement sur une hémorragie. Et pendant qu’il se congratule, Poutine réarme, repositionne et prépare la prochaine offensive. La crédulité américaine est la meilleure arme du Kremlin.
Le piège de la normalisation progressive
Le danger le plus insidieux de ces trêves à répétition, c’est la normalisation. Chaque pause dans les bombardements réinitialise le seuil de ce qui est considéré comme acceptable. Quand la trêve prend fin et que les frappes reprennent, le scandale est moindre. L’indignation s’émousse. Les gros titres sont plus petits. Les condamnations sont plus tièdes. C’est le mécanisme de l’habitude appliqué à la guerre — et il est d’une efficacité terrifiante. Les Ukrainiens le savent. Ils vivent ce processus de normalisation dans leur chair. Kateryna, une journaliste de Kiev qui couvre la guerre depuis le premier jour, décrit le phénomène : « Les premières frappes sur les centrales, le monde était horrifié. Maintenant, c’est à peine une brève dans les journaux occidentaux. On nous bombarde, ils font une trêve, ils nous rebombardent, et chaque fois l’indignation est un peu plus faible. C’est comme un cri qu’on n’entend plus à force de l’avoir entendu. Et c’est exactement ce que Poutine veut. »
Les négociations d'Abou Dhabi — le moment de vérité
Dimanche 2 février : la partie d’échecs finale
Tout converge vers Abou Dhabi. Le dimanche 2 février 2026, les délégations russe et ukrainienne se retrouveront face à face, sous l’égide des États-Unis. La trêve énergétique est le dernier mouvement de Poutine avant cette confrontation diplomatique. Elle lui permet d’arriver en position de force morale — paradoxe suprême pour l’agresseur d’un conflit qui a fait des centaines de milliers de morts. Les enjeux sont colossaux. Le plan américain prévoit des concessions territoriales de la part de Kiev en échange de garanties de sécurité de Washington. Mais ces garanties sont aussi solides que la trêve de Pâques — c’est-à-dire pas du tout. L’Ukraine refuse tout abandon de territoire. La Russie exige la reconnaissance de cinq régions annexées. L’écart entre les positions est un gouffre. Et la trêve énergétique, loin de combler ce gouffre, le masque simplement derrière un rideau de fumée humanitaire.
Zelensky répète inlassablement que la Russie doit être contrainte à de vraies négociations sous la pression de sanctions sévères et d’un soutien militaire accru. Son scepticisme sur la volonté de Moscou de négocier sincèrement est partagé par la quasi-totalité de la population ukrainienne. Et comment pourrait-il en être autrement ? Quand votre interlocuteur vous a bombardé pendant quatre ans, quand il a violé chaque trêve précédente, quand il exige la cession d’un cinquième de votre territoire, la confiance n’est pas une option. C’est un luxe que les morts ne peuvent pas se permettre.
Abou Dhabi sera le théâtre d’une pièce dont Poutine a écrit le scénario. Il arrive en costume de pacifiste, la trêve en guise de cravate. Mais sous le costume, c’est toujours le même homme qui a envoyé des missiles sur des maternités, des hôpitaux et des immeubles d’habitation. Un costume ne change pas la nature du loup.
Les trois cartes de Poutine sur la table
À Abou Dhabi, Poutine jouera trois cartes simultanément. Première carte : la trêve énergétique comme preuve de sa bonne volonté. Il dira : j’ai cessé de frapper les centrales, j’ai épargné les civils, montrez-moi la même bonne foi. Deuxième carte : la fatigue de l’Occident. Il sait que les États-Unis veulent se désengager, que l’Europe ne compense pas, que l’opinion publique occidentale est lasse de cette guerre. Il utilisera cette fatigue comme levier pour pousser à un accord rapide — un accord qui serait forcément favorable à Moscou. Troisième carte : la menace implicite. Si les négociations échouent, les frappes reprendront. Plus intenses. Plus dévastatrices. Le message est clair : acceptez mes conditions, ou le prochain hiver sera encore pire. C’est du chantage à l’échelle d’un continent. Et la trêve énergétique est la preuve que ce chantage fonctionne.
L'hiver comme arme — le froid n'a pas de camp
Moins trente degrés : la température de la capitulation ?
Il fait -30°C en Ukraine. Cette donnée météorologique est devenue une donnée géopolitique. Chaque degré en dessous de zéro est un argument en faveur de la capitulation. Chaque nuit glaciale sans chauffage est un coup porté au moral d’une nation. Poutine l’a compris mieux que quiconque. Il a transformé le thermomètre en arme de guerre. Les frappes sur les infrastructures énergétiques ne sont pas des dommages collatéraux. Elles sont le cœur de la stratégie. Affamer un pays en énergie quand les températures sont mortelles, c’est utiliser la nature comme alliée militaire. Yevhen, un médecin urgentiste de l’hôpital central de Kiev, décrit des scènes qu’il n’aurait jamais imaginé voir en Europe au XXIe siècle : « On reçoit des cas d’hypothermie tous les jours. Des personnes âgées retrouvées inconscientes dans leurs appartements. Des bébés dont la température corporelle est descendue en dessous des 35 degrés. On a des engelures sévères, des pneumonies causées par le froid. Ce ne sont pas des blessés de guerre au sens classique. Mais ce sont des victimes de guerre. Chacun d’entre eux. »
Le bruit des pas dans la neige des habitants de Kiev qui font la queue devant les tentes chauffées. L’odeur de la soupe qui fume dans les gamelles distribuées par les volontaires. Le toucher rugueux des couvertures de survie en aluminium. Le goût métallique de l’eau fondue sur un réchaud de camping. La vue des immeubles sombres dans la nuit, sans une lumière, comme des tombeaux verticaux. Voilà ce que produit la stratégie énergétique de Poutine. Voilà ce que la trêve d’une semaine est censée effacer. Sept jours de répit dans un enfer de quatre ans. Sept jours pendant lesquels les techniciens tenteront de réparer ce qui peut l’être, sachant que les missiles reviendront. Sept jours de sursis avant que la danse macabre ne reprenne.
Le froid ne choisit pas de camp. Il tue les Ukrainiens et les Russes avec la même indifférence. Mais seul Poutine a décidé de l’utiliser comme arme. Seul Poutine a fait le choix délibéré de transformer l’hiver en machine de guerre. Et c’est ce choix, plus que tout autre, qui le condamne devant l’histoire.
L’état d’urgence énergétique : Zelensky face au mur
Zelensky a décrété un état d’urgence pour le secteur énergétique. Ce geste, loin d’être symbolique, traduit la gravité absolue de la situation. Un état d’urgence signifie des pouvoirs élargis pour réquisitionner, pour rationner, pour mobiliser les ressources restantes. Cela signifie aussi l’aveu que le système énergétique ukrainien est au bord de l’effondrement total. Et c’est dans ce contexte — un pays au bord du gouffre énergétique, un hiver mortel, un allié américain défaillant — que l’Ukraine doit négocier à Abou Dhabi. Negocier depuis une position de faiblesse extrême avec un adversaire qui utilise cette faiblesse comme levier. La trêve n’est pas un répit. C’est un rappel de qui détient le pouvoir. Poutine peut allumer ou éteindre les lumières de Kiev quand il le veut. Et il veut que tout le monde le sache.
Ce que l'armée ukrainienne sait et que le monde refuse d'entendre
Le verdict des hommes qui se battent
Les soldats ukrainiens sur la ligne de front n’ont pas besoin d’analystes pour comprendre la trêve énergétique. Ils la vivent dans leur chair. Ils savent que pendant cette pause dans les frappes sur les centrales, les combats au sol continuent. Ils savent que la Russie utilise ce répit pour réorganiser ses forces, réapprovisionner ses stocks de missiles, repositionner ses batteries de lancement. Ils savent que quand la trêve prendra fin, la prochaine salve sera encore plus dévastatrice. Roman, un sergent de la 3e brigade d’assaut, une des unités les plus décorées de l’armée ukrainienne, est catégorique : « Chaque trêve de Poutine est une préparation d’attaque. On l’a vu à Pâques. On l’a vu en mars. On le verra en février. Quand il arrête de tirer, c’est qu’il recharge. Et quand il aura rechargé, il frappera deux fois plus fort. C’est tout. Le reste, c’est de la diplomatie. Et la diplomatie, ici, ça ne vaut rien. » Le crépitement des tirs d’armes automatiques au loin. Le sifflement d’un drone qui passe. Le grondement sourd de l’artillerie à l’horizon. Voilà les sons qui accompagnent cette trêve sélective. Les centrales sont épargnées. Les soldats, eux, ne le sont pas.
L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) confirme que Moscou a explicitement rejeté les garanties de sécurité « de type OTAN » proposées par les États-Unis et l’UE pour l’Ukraine. La Russie maintient ses demandes maximales : contrôle de cinq régions, neutralité permanente, absence de toute présence militaire occidentale. Ces demandes sont inchangées depuis le début des négociations. La trêve énergétique n’a rien adouci. Elle n’a fait que mettre du rouge à lèvres sur la réalité brutale des ambitions russes. Et c’est précisément pour cela que l’armée ukrainienne refuse de s’y laisser prendre. Les soldats savent ce que les diplomates préfèrent ignorer : avec Poutine, il n’y a pas de paix. Il n’y a que des pauses entre deux guerres.
Les hommes qui se battent dans les tranchées ont une clarté de vision que les diplomates dans leurs palais ne possèdent pas. Ils voient la trêve pour ce qu’elle est : un temps de rechargement pour l’ennemi, un temps d’espoir volé pour les civils, et un temps perdu pour la paix véritable. L’armée ukrainienne ne se trompe pas. Elle ne s’est jamais trompée sur Poutine.
Le message final de Kiev au monde
Il y a un message que l’Ukraine envoie au monde à travers son scepticisme face à cette trêve. Un message qui devrait nous hanter longtemps après que les dernières lignes de cet article auront été lues. Ce message est simple : ne confondez pas le silence des armes avec la paix. Ne prenez pas une pause pour une solution. Ne célébrez pas un répit d’une semaine quand la guerre dure depuis quatre ans. Et surtout, ne faites pas confiance à un homme qui a brisé chaque promesse, violé chaque accord, trahi chaque trêve depuis qu’il est au pouvoir. La trêve énergétique de janvier 2026 prendra fin. Les missiles reprendront leur vol. Les centrales seront à nouveau frappées. Les lumières s’éteindront à nouveau à Kiev. Et les enfants de Ludmila, de Valentina, de tous ces visages anonymes qui grelottent dans le froid ukrainien, devront à nouveau apprendre à vivre dans le noir. Parce que la trêve de Poutine n’était pas un cadeau. C’était un piège. Et nous étions prévenus.
La dernière bombe n’est pas celle qui tombe. C’est celle qu’on attend. Et en Ukraine, on attend toujours. La trêve énergétique de Poutine n’est pas la fin du cauchemar — c’est le silence entre deux éclairs d’orage. Et dans ce silence, si vous tendez l’oreille, vous entendrez le bruit des missiles qu’on recharge dans les silos russes. Ce bruit-là, aucune trêve ne pourra le faire taire.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Cet article est une chronique d’opinion. Il reflète le point de vue personnel de son auteur, Maxime Marquette, et non une position éditoriale institutionnelle. Les faits rapportés s’appuient sur des sources vérifiables citées en fin d’article. L’analyse, les interprétations et le ton engagé relèvent de la liberté d’expression du chroniqueur. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion.
Sources primaires
n3000267″>24tv.ua — L’armée a compris pourquoi Poutine a effectivement conclu une trêve énergétique
Al Jazeera — Russia’s Putin agrees to 30-day halt in attacks on Ukraine energy targets
La Presse — Volodymyr Zelensky accepte le principe d’une trêve énergétique avec la Russie
Atlantic Council — Unable to win on the battlefield, Putin escalates war on Ukrainian civilians
Sources secondaires
La Presse — Une nouvelle attaque russe prive de chauffage près de la moitié de Kyiv
Franceinfo — La Russie utilise le froid comme arme contre la population ukrainienne
L’Anticapitaliste — Le plan de Poutine : épuiser la population pour faire capituler l’Ukraine
CNews — Plus d’un million de foyers sans eau ni chauffage après des frappes russes
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