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CHRONIQUE : Le calcul glacial de Poutine — quand la trêve énergétique masque la plus cynique des manœuvres de guerre
Crédit: Adobe Stock

La fausse concession qui ne coûte rien à Moscou

Les analystes militaires ukrainiens ont immédiatement identifié le mécanisme central de cette manœuvre. Et leur conclusion est dévastatrice : cette trêve ne coûte pratiquement rien à la Russie. Voici pourquoi. Les frappes massives contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes nécessitent des ressources considérables — des dizaines de missiles de croisière, des missiles balistiques, des drones Shahed en essaims. Ces attaques d’envergure ne se produisent pas quotidiennement. Elles surviennent typiquement une à deux fois par mois, quand la Russie a accumulé suffisamment de stocks de missiles pour lancer une frappe coordonnée capable de submerger les défenses antiaériennes ukrainiennes. Suspendre ces frappes pendant une semaine — voire un mois — ne change donc pratiquement rien au calendrier opérationnel russe. C’est comme si un homme qui vous frappe une fois par mois promettait de ne pas vous frapper pendant une semaine. Ce n’est pas une concession. C’est une plaisanterie. Oleksandr, un colonel ukrainien en poste à l’état-major général à Kiev, ne mâche pas ses mots : « Ils nous vendent une pause qu’ils auraient prise de toute façon. Leurs stocks de missiles sont en cours de reconstitution. Ils utilisent cette fenêtre pour réarmer, repositionner, planifier la prochaine salve. Et pendant ce temps, le monde les applaudit pour leur prétendue modération. »

Les données militaires confirment cette analyse. Avant chaque frappe massive de 2024 et 2025, la Russie observait des périodes de relative accalmie de deux à quatre semaines — le temps nécessaire pour produire et acheminer de nouveaux missiles depuis les usines russes et les fournisseurs nord-coréens et iraniens. La trêve de janvier 2026 s’inscrit parfaitement dans ce cycle opérationnel. Ce n’est pas une pause de bonne volonté. C’est une pause de rechargement. Inna, une analyste du renseignement militaire ukrainien, utilise une métaphore saisissante : « C’est comme un serpent qui desserre sa mâchoire avant de mordre plus fort. Il ne vous lâche pas par gentillesse. Il vous lâche parce qu’il a besoin de reprendre son souffle avant la prochaine morsure. » L’odeur de cordite flotte encore au-dessus des ruines des centrales électriques de Kiev. Les sirènes d’alerte aérienne se sont tues — pour l’instant. Mais dans les bunkers de l’état-major ukrainien, personne ne range les cartes. Personne ne baisse la garde. Ils savent ce qui vient.

L’armée ukrainienne a compris ce que les diplomates refusent d’admettre : cette trêve n’est pas un geste de paix. C’est une pause technique dans un programme de destruction systématique. Poutine ne range pas ses missiles. Il les recharge.

Le piège diplomatique tendu à Zelensky

Le deuxième volet du calcul de Poutine est encore plus pervers. En acceptant la trêve, le Kremlin se positionne comme un acteur raisonnable sur la scène internationale — celui qui écoute, qui négocie, qui fait des concessions. Et il piège Zelensky dans un dilemme impossible. Si l’Ukraine rejette la trêve, elle apparaît comme le belligérant qui refuse la paix. Si elle l’accepte, elle légitime le cadre de négociation imposé par Moscou — un cadre où la Russie dicte les termes, le calendrier et les conditions. L’Ukraine, comme le soulignent les analystes, « n’a probablement pas la marge de manœuvre diplomatique avec les États-Unis pour dire non ». Et Poutine le sait. Il sait que chaque trêve acceptée renforce sa position à la table des négociations. Il sait que chaque geste humanitaire apparent lui achète du crédit auprès d’une communauté internationale fatiguée de cette guerre. Il sait que chaque concession symbolique lui permet de demander des concessions réelles en retour — des concessions territoriales, souveraines, existentielles pour l’Ukraine.

Piotr, un diplomate européen en poste à Bruxelles qui suit les négociations de près, décrit le mécanisme avec une clarté brutale : « Poutine construit patiemment un narratif. À chaque trêve qu’il accorde, il dit au monde : regardez, je suis raisonnable. C’est l’Ukraine qui refuse la paix. C’est l’Occident qui prolonge la guerre. Et petit à petit, ce narratif s’installe. Dans les opinions publiques occidentales, dans les médias, dans les chancelleries. L’usure informationnelle est aussi efficace que l’usure militaire. » Tu le sens, lecteur, ce glissement ? Ce moment imperceptible où l’agresseur commence à passer pour la victime, où le bombardier devient le pacifiste, où celui qui détruit les centrales électriques d’un pays entier est salué pour avoir accepté de ne pas les détruire pendant sept jours ? C’est la magie noire de la propagande russe. Et elle fonctionne.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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