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CHRONIQUE : Le silence américain qui dévore Zelensky — un président de guerre suspendu au fil du téléphone de Washington
Crédit: Adobe Stock

Un seul envoyé pour deux guerres

La raison du silence américain porte un nom : l’Iran. Steve Witkoff n’est pas seulement l’envoyé spécial pour la paix dans le conflit russo-ukrainien. Il est également l’envoyé spécial de Trump pour le Moyen-Orient et l’Iran. Un seul homme. Deux des crises les plus explosives de la planète. L’absurdité de cette architecture diplomatique est si flagrante qu’elle devrait faire l’objet de cours magistraux dans les écoles de relations internationales. Quand les tensions entre Washington et Téhéran s’enflamment — ce qui arrive avec une régularité métronomique —, Witkoff est aspiré vers le dossier iranien, laissant le dossier ukrainien en suspension. L’Ukraine, avec ses centaines de milliers de morts, ses villes rasées, ses millions de réfugiés, n’est pas assez importante pour mériter un envoyé dédié. Elle partage le temps et l’attention de son médiateur avec un autre conflit, un autre continent, un autre ensemble de priorités. Pour Zelensky, c’est comme découvrir que votre chirurgien, en pleine opération à cœur ouvert, doit s’absenter parce qu’il a une autre opération dans la salle d’à côté.

Zelensky a formulé cette réalité avec la retenue diplomatique qui le caractérise, mais le sous-texte est un cri d’alarme. « Je ne sais pas quand la prochaine réunion aura lieu », dit-il. La date du 1er février — demain — était censée être confirmée. Elle ne l’est pas. L’incertitude est toxique pour un pays en guerre. Chaque jour sans négociation est un jour de plus sous les bombes. Chaque report est un signal envoyé à Moscou : l’Occident n’est pas aussi engagé qu’il le prétend. Chaque heure de silence américain est une heure d’oxygène pour le Kremlin, qui peut interpréter les hésitations de Washington comme la preuve que la stratégie d’usure fonctionne. Poutine joue la montre. Trump change de montre. Et Zelensky n’a plus de montre — il n’a que le décompte des corps qui s’allonge pendant que les puissants s’occupent d’autre chose. L’Ukraine n’est pas abandonnée — pas encore. Mais elle est mise en attente, comme un appel qu’on promet de rappeler mais qu’on ne rappelle jamais vraiment.

Un seul envoyé pour l’Ukraine et l’Iran. C’est comme envoyer un seul pompier pour deux incendies simultanés. Sauf qu’ici, ce ne sont pas des maisons qui brûlent. Ce sont des nations. Des millions de vies humaines. Et Washington trouve que c’est suffisant. Le message est limpide : l’Ukraine ne vaut pas un envoyé à elle seule.

Le calendrier qui se disloque

Le calendrier diplomatique que Zelensky avait patiemment construit au fil des semaines est en train de se disloquer sous ses yeux. Après les pourparlers trilatéraux d’Abu Dhabi, il avait annoncé avec un optimisme mesuré que les équipes se retrouveraient « préliminairement le dimanche » — c’est-à-dire le 1er février. C’était un accord verbal, une poignée de main diplomatique, le genre de promesse qui, dans un monde fonctionnel, se transforme en réalité. Mais nous ne vivons pas dans un monde fonctionnel. Nous vivons dans un monde où le même homme est chargé de deux crises simultanées, où les priorités changent au gré des tweets présidentiels, et où un regain de tension avec l’Iran peut faire dérailler des semaines de préparation diplomatique sur l’Ukraine. Zelensky le sait. Et c’est cette connaissance qui rend son attente si corrosive. Il ne s’agit pas de l’inquiétude normale d’un dirigeant qui attend la confirmation d’un rendez-vous. C’est l’angoisse existentielle d’un homme qui comprend que le sort de son pays est suspendu à un agenda qu’il ne contrôle pas, dans un bureau qu’il ne visite pas, entre les mains de gens qui ont d’autres priorités.

Le Kyiv Post a rapporté que les pourparlers d’Abu Dhabi pourraient être retardés, citant les tensions irano-américaines comme facteur perturbateur. L’agence TASS elle-même a noté que « la réunion sur l’Ukraine à Abu Dhabi le 1er février n’a pas encore été annulée » — une formulation qui, par sa négation même, suggère que l’annulation est une possibilité réelle. « N’a pas encore été annulée » n’est pas la même chose que « est confirmée ». C’est le langage de l’incertitude institutionnelle, le vocabulaire d’un processus diplomatique qui tient avec du scotch et des prières. Pour Nadia, mère de trois enfants à Odessa, qui se couche chaque soir en se demandant si un missile va traverser son plafond, la différence entre « confirmée » et « n’a pas encore été annulée » est la différence entre l’espoir et le désespoir. Mais personne à Washington ne pense à Nadia quand il repousse une réunion pour s’occuper de l’Iran.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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