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CHRONIQUE : Miami, laboratoire secret de la paix ukrainienne — quand Witkoff et Dmitriev décident du sort de millions d’âmes sans elles
Crédit: Adobe Stock

Du golden boy de Wall Street à l’émissaire de Poutine

Pour comprendre ce qui se joue à Miami, il faut comprendre qui est Kirill Dmitriev. Né en 1975 à Kiev, alors capitale de la République socialiste soviétique d’Ukraine, il participe dans sa jeunesse à un programme d’échange scolaire aux États-Unis, une expérience qui forge son aisance avec le monde occidental. Il étudie à Stanford, décroche un MBA à Harvard, fait ses armes chez Goldman Sachs et McKinsey avant de rentrer en Russie en 2000. En 2011, Vladimir Poutine le choisit personnellement pour diriger le Fonds russe d’investissement direct (RDIF), un fonds souverain créé pour attirer les investissements étrangers en Russie. Sous sa direction, le fonds attire plus de quarante milliards de dollars d’investissements. Mais en 2022, le département du Trésor américain révèle la face cachée de cette success story : le RDIF est « largement considéré » comme une « caisse noire » (slush fund) de Poutine. Dmitriev et son fonds sont placés sous sanctions américaines. L’homme qui négociait avec les plus grandes banques du monde devient un paria international, du moins officiellement.

Car Dmitriev n’a jamais vraiment disparu des radars. Ses liens familiaux avec le cercle le plus intime de Poutine sont documentés : son épouse, Natalia Popova, est directrice adjointe d’Innopraktika, une organisation dirigée par Katerina Tikhonova, la propre fille du président russe. En février 2025, Poutine le nomme envoyé spécial présidentiel pour les investissements étrangers et la coopération économique, un titre qui cache mal son véritable rôle : être l’homme qui parle aux Américains quand les canaux officiels sont gelés. Dmitriev n’est pas un diplomate professionnel, comme le soulignent tous les analystes. C’est un banquier d’affaires reconverti en négociateur de guerre, un homme qui comprend le langage de Wall Street et celui du Kremlin, qui peut passer du vocabulaire des hedge funds à celui de la géopolitique sans changer de costume. C’est précisément ce qui le rend si efficace — et si dangereux. Car un homme qui peut être désavoué « à tout moment » par Moscou, comme le note l’ancien diplomate russe Boris Bondarev, est aussi un homme dont les promesses ne valent que le papier sur lequel elles ne sont pas écrites.

Dmitriev est le parfait produit d’un système qui a compris que la meilleure façon de négocier avec l’Occident, c’est d’envoyer quelqu’un qui lui ressemble. Un diplômé de Stanford et Harvard, ça rassure. Ça parle le même langage, ça porte les mêmes costumes, ça fréquente les mêmes clubs. Mais derrière le vernis doré, c’est toujours la voix de Poutine qui murmure.

Le canal Kushner-Dmitriev, une histoire qui ne date pas d’hier

Le lien entre Jared Kushner et Kirill Dmitriev est l’un des fils les plus troublants de la diplomatie parallèle américano-russe. Tout commence après l’élection de Donald Trump en novembre 2016. Poutine lui-même charge Dmitriev de créer des ponts avec l’équipe de transition du nouveau président. Dmitriev active ses réseaux : il contacte George Nader, un intermédiaire libano-américain proche du prince héritier Mohammed ben Zayed des Émirats arabes unis, puis Rick Gerson, gestionnaire de fonds spéculatifs à New York et ami proche de Kushner. En janvier 2017, Dmitriev participe à la fameuse réunion des Seychelles avec Erik Prince, fondateur de Blackwater et donateur majeur de Trump, pour discuter d’une feuille de route de coopération américano-russe. Le 18 janvier 2017, Gerson rencontre Kushner à la Maison-Blanche pour lui transmettre le plan Poutine-Dmitriev. Trump est briefé. Il parle à Poutine dix jours plus tard. Le procureur spécial Robert Mueller documentera ces contacts dans son rapport d’enquête sur l’ingérence russe dans les élections de 2016.

Depuis, Kushner et Dmitriev n’ont cessé de communiquer, parfois directement, parfois par intermédiaires, sur des sujets allant de la création d’un conseil d’affaires conjoint à la paix au Moyen-Orient, en passant par les négociations OPEP. Pendant la pandémie de COVID-19, Dmitriev a coordonné avec Kushner la livraison de respirateurs aux États-Unis, fournis par le RDIF, ce qui a suscité l’inquiétude de responsables du Trésor quant à une possible violation des sanctions américaines par les États-Unis eux-mêmes. On touche ici à l’absurde kafkaïen de la situation actuelle : l’homme que l’Amérique a sanctionné en 2022 pour sa proximité avec Poutine est le même homme que l’Amérique accueille en 2026 avec une dérogation spéciale pour négocier la paix. Quant aux liens financiers, le tableau est tout aussi vertigineux : Stephen Schwarzman, président milliardaire de Blackstone, siégeait au comité consultatif international du RDIF de 2011 à 2014, période pendant laquelle Blackstone accordait plus de quatre cents millions de dollars de financement à la société Kushner Companies. Les cercles s’entrecroisent, les intérêts se confondent, et la frontière entre diplomatie et affaires s’efface jusqu’à devenir invisible.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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