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CHRONIQUE : L’île maudite d’Epstein, ou comment l’impunité des puissants a enterré la justice
Crédit: Adobe Stock

Virginia Roberts Giuffre : « Ils m’ont volé mon enfance »

Parmi les survivantes, Virginia Roberts Giuffre est celle qui a brisé le silence. Elle avait 17 ans quand elle a été « recrutée » par Ghislaine Maxwell, la complice d’Epstein, puis trafiquée à des hommes puissants, dont le Prince Andrew. Dans son témoignage, elle décrit comment elle a été « prêtée » à des « amis » d’Epstein, comment on lui a « appris » à « satisfaire » leurs « besoins », comment elle a été drogée, violée, humiliée. Et quand elle a enfin trouvé le courage de parler, on l’a traitée de menteuse, de « chasseuse de primes », de « fantasque ». Pourtant, les fichiers confirment ses dires. Pourtant, les photos existent. Pourtant, les noms des complices sont là, noirs sur blanc.

Et Virginia n’est pas seule. Il y a Sarah Ransome, qui a raconté comment elle a été « prisonnière » sur l’île d’Epstein, violée, humiliée, avant de parvenir à s’échapper. Il y a Maria Farmer, qui a porté plainte contre Epstein dès 1996, mais dont le témoignage a été ignoré pendant des années. Il y a des dizaines d’autres, des centaines peut-être, dont les noms n’apparaissent pas dans les fichiers, dont les visages ne sont pas dans les médias, dont les voix ont été étouffées par l’argent et le pouvoir.


Je me souviens d’une photo de Virginia Roberts Giuffre, prise en 2019, lors d’une conférence de presse. Elle avait le regard dur, la voix ferme. Elle disait : « Je ne me tairai plus. » Pourtant, autour d’elle, les avocats des accusés parlaient de « complot », de « mensonge », de « preuve insuffisante ». Comme si sa douleur était un détail. Comme si son courage était une nuisance. Et aujourd’hui, alors que les fichiers sortent, que les noms sont révélés, que les milliardaires s’accusent mutuellement, elle — comme tant d’autres — attend toujours. Elle attend que quelqu’un, enfin, lui dise : « On vous croit. On va faire justice. » Mais dans le bruit des polémiques, des débats, des guerres d’ego, sa voix se perd. Comme celles de toutes les autres.

Le système : comment l’impunité protège les puissants

Les 3 millions de pages des fichiers Epstein ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Elles révèlent un réseau de complicités qui s’étend bien au-delà de l’île. Bill Gates est mentionné dans un email où Epstein affirme que le cofondateur de Microsoft aurait eu des « aventures extraconjugales » et que lui, Epstein, l’aurait « aidé à se procurer des drogues » pour « gérer les conséquences ». La Fondation Gates a nié en bloc, qualifiant ces allégations de « fausses ». Richard Branson, lui, a échangé des emails « amicaux » avec Epstein, allant jusqu’à lui écrire : « N’importe quand tu es dans le coin, viens avec ton harem ! » — une phrase qu’il a depuis « regrettée », affirmant qu’il ignorait alors l’ampleur des crimes d’Epstein.

Et puis, il y a Donald Trump. Les fichiers contiennent des milliers de références à son nom, dont des « tips » anonymes accusant l’ex-président d’avoir participé à des « parties » avec Epstein. Le DOJ a précisé que la plupart de ces allégations étaient « non fondées », mais leur simple existence montre à quel point le nom d’Epstein était un aimant à rumeurs — et à silences. Trump, comme les autres, a toujours nié tout lien avec les activités criminelles d’Epstein. Pourtant, dans les années 1990 et 2000, il le fréquentait ouvertement. Comme Bill Clinton. Comme tant d’autres.


On dirait une pièce de théâtre où chacun joue son rôle. Les milliardaires jouent les victimes d’une « cabale ». Les politiques jouent les indignés. Les médias jouent les révélateurs. Et les victimes ? Elles sont reléguées dans les notes de bas de page, les archives, les « sources secondaires ». On parle d’elles au passé, comme si leur souffrance était un détail parmi d’autres. Pourtant, ce sont elles, les seules à avoir payé le prix fort. Elles, les seules à avoir perdu quelque chose : leur innocence, leur sécurité, leur foi en la justice. Et nous, on continue de regarder le spectacle. Comme si de rien n’était.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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