«La patience est à bout» — le Pakistan frappe Kaboul
Le 27 février 2026, le ministre pakistanais de la Défense Khawaja Asif a prononcé les mots que le Pakistan retenait depuis des mois: «guerre ouverte». Les frappes aériennes pakistanaises ont touché Kaboul, Kandahar et la province de Paktia. Le Pakistan affirme avoir tué 274 combattants talibans afghans et en avoir blessé 400. L’Afghanistan affirme que 13 soldats ont été tués et que les frappes pakistanaises ont touché des civils et des sites religieux, tuant 18 personnes dont 11 enfants.
Le Pakistan bombarde Kaboul. Des enfants meurent. Et cette phrase ne fera même pas la deuxième page des journaux occidentaux — parce que l’Iran occupe la première et l’Ukraine la troisième.
Le cycle infernal — de l’alliance à la guerre
L’ironie est cruelle. Le Pakistan a été l’un des trois seuls pays au monde — avec l’Arabie saoudite et les Émirats — à reconnaître le régime taliban en 1996. Les services de renseignement pakistanais (ISI) ont financé, formé et soutenu les talibans pendant des décennies. Et maintenant, le Pakistan bombarde ses anciens protégés. Le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) — la branche pakistanaise — lance des attaques depuis le territoire afghan, et le gouvernement taliban de Kaboul refuse de les réprimer. Avant le Ramadan, le Pakistan avait posé un ultimatum. Les talibans n’ont pas bougé. Le 26 février, les talibans ont annoncé une offensive contre les positions pakistanaises le long de la ligne Durand. Les frappes sur Kaboul ont suivi.
Taïwan — la guerre qui n'a pas encore commencé mais qui se prépare
L’enfer asymétrique — 1 320 drones maritimes commandés
Pendant que le Moyen-Orient brûle, Taïwan apprend les leçons de l’Ukraine. Le Center for a New American Security (CNAS) recommande à Taipei de déployer «des milliers de drones aux côtés des armes conventionnelles» pour créer des scénarios de pertes maximales lors d’une traversée amphibie chinoise du détroit de Taïwan. Le concept: une défense à quatre niveaux, avec des systèmes non habités opérant au premier niveau, à 40-80 kilomètres des côtes, mélangeant drones aériens, drones de surface et drones sous-marins avec des missiles antinavires.
Taïwan se prépare à transformer le détroit en cimetière pour navires chinois. La leçon de l’Ukraine est claire: les drones à 500 dollars peuvent couler des navires à 500 millions. Et Pékin le sait.
Les obstacles majeurs — le temps que Taïwan n’a peut-être pas
Mais Taïwan fait face à des obstacles considérables. Premier problème: la capacité industrielle. Taipei manque d’infrastructure de production pour fabriquer des drones en masse à l’échelle nécessaire. Deuxième problème: le personnel. Les forces armées taïwanaises ont des défis institutionnels qui limitent l’exécution des stratégies asymétriques. Troisième problème: le temps. Les 1 320 drones maritimes Kuai Chi commandés en août seront livrés sur cinq ans. Si la Chine décide d’envahir avant, Taïwan n’aura qu’une fraction de l’arsenal nécessaire. Et contrairement à l’Ukraine, dont les drones maritimes ont surpris la flotte russe de la mer Noire, la Chine «sera probablement préparée dans une certaine mesure à repousser les essaims».
Les pays nordiques en alerte — la menace sur le réseau énergétique
La Suède, la Finlande, la Norvège et le Danemark face à la Russie
Les pays nordiques — Suède, Finlande, Norvège, Danemark — sont en état d’alerte après des menaces sur l’ensemble du réseau énergétique régional. La flotte fantôme russe cartographie les câbles sous-marins et les pipelines. Des drones sont lancés depuis des navires espions — un a été intercepté près du porte-avions Charles de Gaulle. Les incidents se multiplient: câbles sectionnés en mer Baltique, drones non identifiés au-dessus d’installations militaires, navires suspects près des parcs éoliens offshore.
La Russie ne doit pas envahir les pays nordiques pour les paralyser. Il lui suffit de couper quelques câbles sous la mer Baltique. La guerre moderne ne commence pas toujours par des missiles — parfois elle commence par un câble qui arrête de fonctionner.
L’Europe qui se réveille — trop lentement
La Belgique a abordé un navire de la flotte fantôme russe dans le cadre de l’opération Blue Intruder — une première. La Suède confirme l’interception d’un drone russe près d’un porte-avions français. Les marines européennes commencent à patrouiller de manière plus agressive les eaux de la Baltique et de la mer du Nord. Mais la réponse reste fragmentée. Chaque pays patrouille ses propres eaux. Il n’y a pas de commandement unifié pour protéger les infrastructures sous-marines critiques. Et la Russie exploite cette fragmentation avec une efficacité remarquable.
Le Hezbollah — le front libanais se rallume
Des missiles depuis le Liban — pendant que l’Iran brûle
Le Hezbollah a lancé des missiles contre Israël depuis le Liban. C’est la réponse du proxy iranien le plus puissant à la mort de Khamenei — une démonstration que même si le centre du réseau iranien est frappé, les branches continuent de fonctionner. Le Hezbollah possède des dizaines de milliers de roquettes et de missiles, dont certains de précision, capables d’atteindre n’importe quelle ville israélienne. Un front libanais actif forcerait Israël à combattre sur deux fronts simultanés — exactement le scénario que les planificateurs militaires redoutent.
Khamenei est mort, mais le réseau qu’il a construit pendant 35 ans est vivant. Le Hezbollah, les milices irakiennes, les Houthis — ce sont les tentacules d’un empire qui continuent de bouger après que la tête a été coupée.
Le réseau des proxies — la guerre qui ne finit jamais
C’est le paradoxe de la stratégie américaine et israélienne. Vous pouvez tuer le Guide suprême. Vous pouvez détruire les usines de drones. Vous pouvez bombarder les bases de missiles. Mais vous ne pouvez pas bombarder une idéologie. Le Hezbollah existe depuis 1982. Les Houthis contrôlent le Yémen depuis 2014. Les milices irakiennes pro-iraniennes sont enracinées dans le tissu social de l’Irak. Ces groupes ne disparaîtront pas parce que Khamenei est mort. Ils pourraient même devenir plus dangereux — parce que sans contrôle central, chaque branche décide pour elle-même quand et comment frapper.
Le Soudan et le Myanmar — les guerres invisibles
Des millions de déplacés que personne ne compte
Pendant que les analystes comptent les missiles iraniens et les drones ukrainiens, le Soudan entre dans sa deuxième année de guerre civile. Plus de 12 millions de déplacés. Des milliers de morts. Des rapports de nettoyage ethnique au Darfour. La famine menace des millions de personnes. Et le Myanmar s’enfonce dans un effondrement étatique depuis le coup d’État militaire de 2021. Des régions entières échappent au contrôle de la junte. Les combats font des milliers de victimes civiles. Mais ni le Soudan ni le Myanmar n’ont de pétrole stratégique ni de programme nucléaire. Alors le monde regarde ailleurs.
Douze millions de Soudanais déplacés. Combien de minutes d’antenne? Combien de réunions du Conseil de sécurité? Combien de communiqués de la Maison-Blanche? La réponse est un silence qui dit tout sur nos priorités.
La hiérarchie des souffrances — le sale calcul géopolitique
Il y a une hiérarchie dans la souffrance mondiale. Au sommet: les conflits qui touchent les intérêts stratégiques des grandes puissances — pétrole, nucléaire, routes commerciales. Au milieu: les conflits qui impliquent des alliés ou des adversaires des États-Unis. En bas: les guerres africaines, les conflits asiatiques, les crises humanitaires qui ne menacent ni le prix du baril ni l’équilibre nucléaire. Ce n’est pas du cynisme. C’est la réalité du système international. Et cette réalité est plus cruelle que n’importe quelle bombe.
Le fil rouge — un monde sans arbitre
L’ONU paralysée, l’ordre mondial défunt
Le Conseil de sécurité de l’ONU est paralysé. La Russie bloque tout ce qui concerne l’Ukraine. La Chine protège le Myanmar. Les États-Unis protègent Israël. Le droit de veto — conçu en 1945 pour empêcher une troisième guerre mondiale — est devenu l’outil qui empêche de résoudre n’importe quel conflit. Le système international fondé sur des règles que l’Occident invoque constamment n’existe plus. Il a été remplacé par un système de rapports de force où les plus puissants font ce qu’ils veulent et les plus faibles subissent ce qu’ils doivent.
L’ordre mondial ne s’est pas effondré en 2026. Il s’est effondré il y a longtemps. On ne faisait que regarder le cadavre en prétendant qu’il respirait encore.
La vraie carte du monde en mars 2026
Si vous tracez une carte de tous les conflits actifs en mars 2026, vous obtenez une ligne de feu qui traverse la planète de l’Atlantique au Pacifique. Ukraine. Iran. Liban. Yémen. Soudan. Myanmar. Pakistan-Afghanistan. Le détroit de Taïwan en sursis. La mer Baltique sous tension. Le Golfe en flammes. Ce n’est pas une crise. C’est un état permanent. Le monde n’est pas «au bord» du chaos. Le monde est le chaos.
Conclusion : La question que personne ne pose
Qui regarde les guerres que personne ne couvre?
Pendant que vous lisiez cet article, un enfant est mort au Soudan. Un drone a frappé quelque part en Ukraine. Un missile a été tiré au Yémen. Un combattant est tombé entre le Pakistan et l’Afghanistan. Et quelque part à Taipei, un ingénieur travaille sur un drone maritime qui ne sera peut-être pas prêt à temps. Le monde en mars 2026 brûle de partout. Mais notre attention est limitée. Nos écrans sont petits. Et les guerres qui n’ont pas d’armes nucléaires en jeu n’ont pas droit aux gros titres.
Le luxe de ne pas savoir
La plupart des lecteurs de ce texte ne savaient pas que le Pakistan avait bombardé Kaboul. Ne savaient pas que Taïwan commande des drones maritimes par milliers. Ne savaient pas que les pays nordiques sont en alerte face aux menaces russes sur leurs câbles sous-marins. C’est le luxe de vivre loin des bombes: le luxe de ne pas savoir. De choisir quelles guerres méritent notre attention et quelles souffrances méritent notre indifférence. Ce billet n’a pas la prétention de changer ça. Mais au moins, maintenant, vous savez.
Le monde brûle de partout. On ne peut pas tout regarder. On ne peut pas tout comprendre. Mais on peut au moins refuser l’illusion que seules les guerres qu’on voit sont les guerres qui existent.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Ce billet constitue une réflexion d’opinion documentée sur l’état des conflits mondiaux. Je ne prétends pas à l’objectivité froide — je prétends à la lucidité analytique et à l’honnêteté intellectuelle. Les faits présentés sont vérifiés et sourcés. Les analyses et prises de position sont les miennes.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les passages en italique (em) représentent mes opinions personnelles et réflexions éditoriales. Mon travail est celui d’un analyste et chroniqueur qui synthétise et contextualise des sources ouvertes depuis Sainte-Martine, Québec.
Nature de l’analyse
Les analyses constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur des sources multiples. Elles reflètent mon interprétation personnelle des événements et ne prétendent pas à l’exhaustivité. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
Military Times — Pakistan in ‘open war’ with Afghanistan, defense minister says
Euromaidan Press — Nordic states go on alert after threat to entire region’s energy grid
Sources secondaires
CNN — Pakistan’s defense minister says newest clashes with Afghanistan mean ‘open war’
Axios — Hezbollah launches missiles at Israel from Lebanon
Al Jazeera — Sweden confirms Russian drone intercepted near French aircraft carrier
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