Le message de Berlin
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans le fait qu’un chancelier allemand doive traverser l’Atlantique pour demander au président américain de faire pression sur Moscou. Friedrich Merz — élu depuis peu, héritier d’une Allemagne qui a passé vingt ans à construire sa dépendance au gaz russe — se retrouve dans le Bureau ovale à supplier un homme qui, il y a un an, promettait de « régler la guerre en 24 heures ».
La rencontre du 3 mars portait aussi sur le commerce, les tarifs douaniers, l’opération Epic Fury. Mais le cœur du message était ailleurs. Merz a insisté : « Pas de cession supplémentaire de territoire ukrainien à la Russie. » Une phrase qui, dans le langage diplomatique, signifie exactement ce qu’elle dit. L’Allemagne trace une ligne rouge. Quatre ans après l’invasion, c’est la première fois qu’un dirigeant allemand le fait aussi clairement à Washington.
Quand Berlin doit aller demander à Washington de faire ce que l’Europe devrait faire elle-même, ce n’est pas de la diplomatie. C’est un aveu d’impuissance. L’Europe a les moyens d’être une puissance. Elle choisit d’être une supplique.
L’Europe sans voix à la table
Et pourtant. Le problème n’est pas que Merz ait tort. Le problème est que personne d’autre en Europe ne dit la même chose avec la même force. Macron? Invisible depuis des semaines sur le dossier. Starmer? Concentré sur la proposition de hubs militaires britanniques en Ukraine. Meloni? Silencieuse. La voix européenne n’existe pas parce qu’il n’y a pas une voix — il y en a vingt-sept, et la moitié se contredisent.
Pendant que Merz parle à Trump, Viktor Orbán bloque tout à Bruxelles. Pendant que l’Estonie et la Pologne supplient pour plus d’armes, la Slovaquie coupe l’électricité à l’Ukraine. L’Europe n’est pas divisée — elle est éclatée. Et cet éclatement est la meilleure arme de Poutine. Pas les missiles. Pas les chars. La division.
Orbán et Fico : les saboteurs de l'intérieur
Le chantage hongrois au pipeline
Le pipeline Droujba. Un nom qui signifie « amitié » en russe. On ne peut pas inventer une ironie plus cruelle. Le 27 janvier 2026, une frappe de drone russe endommage l’infrastructure près de Brody, dans l’ouest de l’Ukraine. Le pétrole russe cesse de couler vers la Slovaquie et la Hongrie. Et c’est là que commence le vrai sabotage — pas celui des drones, mais celui de Budapest.
Viktor Orbán ne blâme pas la Russie pour la frappe. Il blâme l’Ukraine. Il affirme que Zelensky a « délibérément fermé le pipeline pour des raisons politiques ». Et il pose sa condition : « La Hongrie ne soutiendra aucune décision de l’UE bénéfique à l’Ukraine tant que le pipeline Droujba ne sera pas opérationnel. » Traduction : pas de crédit de 90 milliards d’euros. Pas de nouveau paquet de sanctions contre la Russie. Rien.
Relisez ça lentement. Un drone russe détruit un pipeline. Et c’est l’Ukraine qu’on accuse. C’est l’Ukraine qu’on punit. C’est l’Ukraine à qui on coupe les fonds. Orbán ne sert pas les intérêts de la Hongrie. Il sert ceux du Kremlin. Et il le fait avec le droit de veto que l’Union européenne lui a donné.
L’ultimatum slovaque
Robert Fico a pris des notes. Le premier ministre slovaque a lancé un ultimatum direct à Zelensky — par les réseaux sociaux, pour que tout le monde voie. Si le transit pétrolier via Droujba n’est pas rétabli avant le lundi 23 février, la Slovaquie coupera toute assistance électrique d’urgence à l’Ukraine. Le lundi arrive. Le pétrole ne coule pas. Fico exécute sa menace.
Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a trouvé les mots justes : « Les ultimatums devraient être envoyés au Kremlin, certainement pas à Kyiv. » Mais les mots justes ne rallument pas les centrales électriques. La Hongrie et la Slovaquie représentent 68 % des importations d’électricité de l’Ukraine ce mois-ci. Soixante-huit pour cent. Et Fico vient de couper le robinet. En plein hiver. Pendant que la Russie bombarde les infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Kyiv a résumé : Bratislava « se tire dans le pied ». Parce que la Slovaquie aussi importe de l’électricité depuis le réseau européen interconnecté. Parce que déstabiliser le réseau ukrainien, c’est déstabiliser le réseau régional. Parce que Fico sacrifie la sécurité énergétique de son propre pays pour faire plaisir à Moscou.
90 milliards : l'Europe contourne ses propres traîtres
Le prêt qui défie le veto
Et pourtant. L’Union européenne avance. Lentement, maladroitement, mais elle avance. Le 24 février 2026 — date anniversaire de l’invasion à grande échelle — le Conseil de l’UE approuve deux des trois actes législatifs nécessaires pour un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. Le troisième a déjà passé le Parlement européen. La première tranche financière est attendue pour avril 2026.
Le détail qui change tout : 60 milliards sur 90 — les deux tiers — sont destinés à l’assistance militaire. L’Ukraine prévoit d’utiliser ces fonds pour acheter des chasseurs suédois Gripen, des systèmes de défense aérienne IRIS-T, et du matériel critique « en dehors de l’UE ». Et la condition de remboursement? L’Ukraine ne rembourse que lorsque la Russie versera des réparations. Autrement dit : jamais, si Moscou a son mot à dire.
Il aura fallu quatre ans de guerre, des dizaines de milliers de morts, et l’obstruction systématique d’un seul homme — Orbán — pour que l’Europe trouve un mécanisme qui contourne son propre système d’unanimité. La Commission emprunte directement sur les marchés financiers internationaux. Le veto hongrois est neutralisé. C’est un précédent. Et c’est une leçon : quand l’Europe veut, l’Europe peut. La question a toujours été de savoir si elle voulait.
Le contournement comme doctrine
La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ne participent pas au financement. Qu’importe. L’Europe a trouvé la parade : la Commission européenne lève les fonds directement sur les marchés financiers internationaux, sans passer par les amendements budgétaires qui nécessitent l’unanimité. Orbán peut bloquer le budget. Il ne peut pas bloquer les marchés.
Le premier ministre néerlandais a été le plus direct : « Le veto hongrois sur le prêt ukrainien prouve que l’UE a besoin de moins d’unanimité. » Ce n’est pas une observation. C’est un programme politique. L’Europe est en train de comprendre — trop lentement, mais elle comprend — que son architecture institutionnelle est une arme entre les mains de ceux qui veulent la détruire de l’intérieur.
La flotte fantôme : quand la Belgique fait ce que l'Europe devrait faire
L’Ethera et ses 45 violations
Le 1er mars 2026. La mer du Nord. La marine belge, en opération conjointe avec la France, arraisonne le pétrolier Ethera. Un navire sous pavillon guinéen — faux pavillon, évidemment. Sous sanctions européennes et américaines. Première saisie belge d’un navire lié à la flotte fantôme russe.
Les inspecteurs trouvent 45 violations. Quarante-cinq. Certificats invalides. Documentation falsifiée. Équipement de sécurité non conforme. L’équipage : 21 personnes — un capitaine russe, sept officiers, treize membres d’équipage d’origine indienne. La Belgique fixe une caution de 10 millions d’euros. L’Ethera ne bougera pas tant que la caution ne sera pas payée, les inspections terminées, et le vrai pavillon et les vrais certificats obtenus.
Un seul navire. 45 violations. Et ce navire naviguait librement dans les eaux européennes. Combien d’autres sont là, en ce moment même, avec les mêmes faux papiers, les mêmes cuves rouillées, les mêmes équipages exploités? La réponse : 1 337. Le catalogue ukrainien en recense 1 337 navires dans la flotte fantôme. La Belgique en a attrapé un. Un sur mille trois cent trente-sept.
La flotte fantôme : une entreprise criminelle à l’échelle industrielle
Les chiffres sont vertigineux. La flotte fantôme russe transporte environ 3,7 millions de barils par jour. C’est 65 % du commerce pétrolier maritime russe. Revenus estimés : entre 87 et 100 milliards de dollars par an. Cent milliards. Chaque année. Pour financer la machine de guerre qui bombarde Kharkiv, Odessa, Kyiv.
Les tactiques : renommage des navires, changement de pavillon, navigation sous faux drapeau, coupure des signaux de localisation, émission de fausses positions GPS. 72 % des navires ont plus de 15 ans. 60 % n’ont aucune assurance. Au moins cinq pétroliers de la flotte fantôme ont déversé du pétrole dans les eaux européennes l’année dernière. Le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur estime le coût de nettoyage d’une seule marée noire majeure à 1,4 milliard d’euros. Et si le propriétaire ne peut être identifié — ce qui est le cas avec les sociétés-écrans — ce sont les contribuables européens qui paient.
Et pourtant. La flotte continue d’opérer. Les navires continuent de circuler. Les dollars continuent d’affluer vers Moscou. La Belgique a fait un geste. La marine américaine a saisi le Marinera en Atlantique Nord le 7 janvier. Mais ces actions restent des exceptions dans un océan d’impunité.
Rosatom : le cœur nucléaire intouchable de la machine de guerre russe
350 entreprises, zéro sanction réelle
Il existe, au cœur de l’appareil militaro-industriel russe, un conglomérat que l’Occident refuse de toucher. Rosatom. Plus de 350 entreprises. Complexe d’armes nucléaires. Centres de recherche scientifique. Et une emprise mondiale sur l’industrie nucléaire civile qui rend les dirigeants européens nerveux à l’idée de prononcer le mot « sanctions ».
En janvier 2025, l’administration Biden a sanctionné le PDG de Rosatom, Alexeï Likhatchev, et quelques membres du conseil d’administration. Vingt entreprises sur 460. Vingt sur quatre cent soixante. 4,3 % du conglomérat. Le reste continue de fonctionner. De produire. De fournir la machine de guerre.
On sanctionne le PDG mais pas l’entreprise. On punit le visage mais pas les mains qui fabriquent les armes. C’est comme arrêter le chauffeur d’un camion de livraison de munitions et laisser l’usine tourner. Le 4 mars 2026 marque le quatrième anniversaire de la prise de la centrale de Zaporijia par les forces russes. Quatre ans. Et Rosatom reste debout. Intacte. Intouchable.
Des missiles aux batteries de chars : l’arsenal de Rosatom
Ce que les services de renseignement ukrainiens ont documenté dépasse le nucléaire. Rosatom produit — directement, via ses filiales — des composants pour au moins six domaines militaires et plus de dix systèmes d’armes. La liste est un catalogue de mort : missiles antichars guidés Sturm, Khrizantema-S, Ataka. Systèmes de lancement multiple Grad et Smerch. Missiles portables Igla-S.
Mais le plus frappant est ailleurs. Rosatom fournit l’oxyde d’aluminium pour le carburant de fusée. Les composés chimiques pour l’aviation et la rocketerie. Les batteries lithium-ion pour les chars et les systèmes de défense aérienne. Les technologies d’impression 3D pour la production militaire. Et — le symbole le plus glaçant — Rosatom a développé les matériaux pour l’ogive du missile balistique Orechnik, un matériau si résistant que la corporation se vante qu’il peut « supporter des températures équivalentes à la surface du Soleil ».
L’Orechnik. Le missile que Poutine a tiré sur Dnipro en novembre 2024 comme démonstration de force. Le missile dont les ogives sont fabriquées par le même conglomérat que l’Europe hésite à sanctionner parce qu’il fournit du combustible nucléaire à une douzaine de centrales européennes.
L'alibi nucléaire : pourquoi l'Europe protège Rosatom
La dépendance qui paralyse
C’est ici que la lâcheté prend un nom technique : dépendance énergétique. Plusieurs pays européens — la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, la Finlande, la Bulgarie — dépendent du combustible nucléaire russe pour faire fonctionner leurs centrales. Rosatom ne vend pas seulement de l’uranium enrichi. Elle vend de la technologie propriétaire — des réacteurs VVER qui ne fonctionnent qu’avec du combustible Rosatom. Un verrou technologique aussi efficace qu’un contrat mafieux.
Et pourtant. Westinghouse développe des assemblages de combustible alternatifs. La France a l’expertise. La Corée du Sud aussi. La transition est possible. Elle prendrait du temps — trois à cinq ans, selon les experts. Mais elle est possible. Ce qui manque, ce n’est pas la technologie. C’est la volonté.
L’Europe achète du combustible nucléaire à l’entreprise qui fabrique les ogives des missiles qui tombent sur les villes ukrainiennes. Lisez cette phrase deux fois. Puis demandez-vous comment on écrira ça dans les livres d’histoire. La dépendance au gaz russe était une erreur stratégique. La dépendance nucléaire à Rosatom est une complicité active.
Le calcul cynique
Rosatom le sait. Son PDG Likhatchev a déclaré en février 2026 que la corporation est « pleinement préparée » à d’éventuelles sanctions européennes. Il ne dit pas ça avec inquiétude. Il le dit avec le sourire de celui qui sait que ça n’arrivera pas. Parce que Rosatom a construit sa propre assurance : rendre l’Europe si dépendante que la sanctionner reviendrait à s’auto-sanctionner.
C’est exactement ce que Gazprom avait fait avec le gaz. L’Europe a mis deux ans après l’invasion pour se sevrer du gaz russe. Combien de temps mettra-t-elle pour le nucléaire? Et combien de missiles Orechnik seront fabriqués pendant ce temps?
Le front invisible : l'énergie comme arme de guerre
68 % d’une nation dans le noir
Revenons à la Slovaquie. Revenons à ce chiffre : 68 %. La Hongrie et la Slovaquie fournissent 68 % de l’électricité importée par l’Ukraine ce mois-ci. Quand Fico coupe le robinet, ce n’est pas un geste diplomatique. C’est une arme. Utilisée contre un pays en guerre. Un pays dont les centrales thermiques ont été systématiquement bombardées par la Russie.
Le timing est chirurgical. L’hiver n’est pas fini. Les températures descendent encore sous zéro dans l’est de l’Ukraine. Les hôpitaux ont besoin d’électricité. Les systèmes de chauffage ont besoin d’électricité. Les systèmes de défense aérienne ont besoin d’électricité. Et un premier ministre d’un pays membre de l’OTAN et de l’UE coupe cette électricité pour faire plaisir à Moscou.
Fico ne bombarde pas l’Ukraine. Il n’a pas besoin de le faire. Il lui suffit d’appuyer sur un interrupteur. Le résultat est le même : des gens dans le froid, des hôpitaux dans le noir, un pays affaibli. La Russie détruit les centrales. La Slovaquie refuse de compenser. L’un tire. L’autre regarde. Les deux sont complices.
Le réseau interconnecté : quand punir l’Ukraine se retourne
Kyiv n’a pas tort de dire que Bratislava « se tire dans le pied ». Le réseau électrique européen est interconnecté. Affaiblir le réseau ukrainien, c’est fragiliser le réseau régional. La Slovaquie elle-même dépend de ces interconnexions pour sa propre stabilité énergétique. Fico joue un jeu dangereux — pas seulement pour l’Ukraine, mais pour ses propres citoyens.
Et il y a un paradoxe plus profond. La Slovaquie exige le rétablissement du transit pétrolier russe via Droujba. Mais ce pipeline a été endommagé par un drone russe. Fico exige donc que l’Ukraine répare les dégâts causés par la Russie — et la punit de ne pas le faire assez vite. C’est comme exiger qu’une victime de cambriolage répare la porte que le cambrioleur a défoncée — sous peine de lui couper l’eau.
Le paradoxe des sanctions : frapper partout sauf là où ça fait mal
Ce qu’on sanctionne et ce qu’on protège
Faisons l’inventaire. Depuis février 2022, l’Union européenne a adopté plus d’une douzaine de paquets de sanctions contre la Russie. Gel d’actifs. Interdictions de voyage. Restrictions commerciales. Plafonnement du prix du pétrole. Sur le papier, c’est impressionnant.
Dans la réalité? La flotte fantôme transporte 3,7 millions de barils par jour. Rosatom produit des composants de missiles avec 96 % de ses entreprises hors sanctions. La Hongrie bloque les nouvelles mesures. La Slovaquie punit l’Ukraine au lieu de la Russie. Les oligarques russes trouvent de nouvelles routes pour leurs yachts et leurs fortunes. Le PIB russe tient le choc, dopé aux dépenses militaires et au pétrole contrebandier.
On sanctionne les oligarques qui font du ski à Courchevel, mais pas le conglomérat qui fabrique les ogives des missiles. On plafonne le prix du pétrole, mais 1 337 navires fantômes le transportent au prix du marché. On gèle les actifs de généraux retraités, mais on achète le combustible nucléaire de l’entreprise qui alimente l’arsenal. Les sanctions occidentales sont un filet de pêche avec des trous assez grands pour laisser passer des pétroliers.
Le coût de l’inaction
Chaque mois sans sanctions sur Rosatom, ce sont des ogives d’Orechnik supplémentaires. Chaque pétrolier fantôme qui passe entre les mailles, ce sont des milliards pour la machine de guerre. Chaque veto d’Orbán, ce sont des semaines de retard dans l’aide militaire. Le coût de ces failles se mesure en vies ukrainiennes. Pas en statistiques. En vies.
Et pourtant. L’Europe continue de débattre. De « préparer ». D’« envisager ». De « réfléchir à la possibilité de peut-être éventuellement un jour sanctionner ». Pendant que Rosatom produit. Que la flotte fantôme navigue. Que les missiles tombent.
L'Europe peut-elle encore se regarder en face?
Le précédent des 90 milliards
Il y a pourtant une lueur. Le contournement du veto hongrois pour le prêt de 90 milliards n’est pas un simple mécanisme financier. C’est un précédent politique. L’Europe vient de prouver qu’elle peut agir malgré les saboteurs internes. Que l’unanimité n’est pas une fatalité. Que les traités offrent des marges de manœuvre — si on a le courage de les utiliser.
La Commission européenne emprunte sur les marchés internationaux. La Hongrie est contournée. L’argent arrive en avril. Des Gripen. Des IRIS-T. Du matériel de défense aérienne. Ce n’est pas parfait — c’est quatre ans trop tard et plusieurs dizaines de milliards trop peu. Mais c’est quelque chose. Et ce quelque chose est la preuve que l’architecture européenne peut fonctionner quand la volonté politique existe.
L’Europe a contourné Orbán pour les 90 milliards. Elle peut contourner la dépendance à Rosatom. Elle peut traquer la flotte fantôme avec des moyens sérieux. Elle peut sanctionner le cœur militaire russe au lieu de sa périphérie. Tout ce qui lui manque, c’est la décision. Et chaque jour où cette décision n’est pas prise, le prix augmente — en vies, en territoire, en crédibilité.
La question de la crédibilité
Merz a dit à Trump d’augmenter la pression. Mais quelle pression l’Europe exerce-t-elle elle-même? On demande aux Américains de faire ce qu’on refuse de faire. On demande à Washington de sanctionner plus fort pendant qu’on achète du combustible nucléaire russe. On exige un siège à la table des négociations tout en étant incapable de parler d’une seule voix.
La crédibilité ne se décrète pas. Elle se construit. Avec des actes. Sanctionner Rosatom. Traquer systématiquement la flotte fantôme. Réformer le droit de veto pour que des agents du Kremlin au sein de l’UE ne puissent plus bloquer l’aide à un pays qui se fait envahir. Voilà à quoi ressemble la crédibilité. Le reste n’est que du bruit diplomatique.
Les négociations fantômes : pourquoi Moscou joue la montre
Le calcul de Poutine
Pourquoi la Russie accepterait-elle de négocier sérieusement? Regardons la situation depuis le Kremlin. L’Europe est divisée. Orbán et Fico bloquent les sanctions. Rosatom est intouchable. La flotte fantôme rapporte 100 milliards par an. Trump promet la paix mais ne livre rien. Les négociations sont « reportées » — ce qui signifie que le statu quo militaire se prolonge. Et le statu quo, pour un pays en guerre d’usure, c’est une stratégie.
Moscou a même posé ses conditions : la Russie « envisage d’interrompre les pourparlers » si l’Ukraine ne cède pas de territoire. C’est la négociation version Kremlin : « Donnez-nous ce qu’on a volé, sinon on refuse de discuter. » Et cette position absurde n’a de force que parce que les sanctions sont trop faibles pour faire mal.
La Russie ne négocie pas parce qu’elle n’a aucune raison de le faire. Ses revenus pétroliers sont intacts. Son complexe militaro-industriel tourne à plein régime. Ses alliés au sein de l’UE bloquent les sanctions. Pourquoi céderait-elle? Le seul langage que Moscou comprend, ce sont les faits économiques. Et les faits économiques, en ce moment, lui donnent raison de continuer.
Le piège du temps
Chaque round de négociations reporté est une victoire pour Moscou. Genève, Abu Dhabi, et maintenant nulle part — le parcours diplomatique dessine une courbe descendante. Trump avait parlé d’un sommet trilatéral Trump-Zelensky-Poutine « si les négociations de mars font des progrès ». Il n’y a pas de négociations en mars. Il n’y aura pas de sommet. Et pendant ce temps diplomatique perdu, le temps militaire continue.
La Russie recrute. La Russie produit. La Russie fortifie. Chaque semaine sans table est une semaine de production d’Orechnik. La diplomatie n’est pas le contraire de la guerre pour Moscou. Elle en est le complément.
Conclusion : Le miroir et la fracture
Ce que cette semaine révèle
Une semaine. Six événements. Et un seul diagnostic : l’Europe est en guerre — pas sur le champ de bataille, mais dans ses institutions, dans ses principes, dans sa capacité à agir. Les négociations sont reportées. Merz supplie Trump. Orbán bloque. Fico punit. Rosatom produit. La flotte fantôme navigue. Et 90 milliards sont votés — contournant les saboteurs, mais arrivant avec quatre ans de retard.
L’Europe n’est pas impuissante. Elle l’a prouvé avec le contournement du veto hongrois. Elle l’a prouvé avec la saisie de l’Ethera. Elle l’a prouvé avec la parole de Merz. Mais ces actes restent des exceptions dans un océan d’hésitation. Et les exceptions ne gagnent pas les guerres. Les doctrines, si.
L’urgence d’une doctrine
Sanctionner Rosatom — la totalité, pas 20 entreprises sur 460. Démanteler la flotte fantôme — 1 337 navires, pas un de temps en temps. Réformer le vote à l’unanimité — pour que Orbán ne puisse plus prendre en otage un continent. Accélérer la transition hors du combustible nucléaire russe — trois à cinq ans, c’est long, mais c’est possible. Donner à l’Europe une voix unique aux tables de négociation — au lieu de vingt-sept murmures contradictoires.
L’Europe sait ce qu’il faut faire. Elle le sait depuis le 24 février 2022. Elle le savait peut-être même avant. Ce qui lui manque, ce n’est ni l’argent, ni la technologie, ni les mécanismes juridiques. C’est le courage de regarder la réalité en face et d’agir en conséquence. Chaque jour de plus sans action est un jour de plus où l’on choisit — activement, consciemment — de laisser mourir des gens qu’on aurait pu protéger.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Maxime Marquette est chroniqueur indépendant, pas journaliste. Il n’appartient à aucun ordre professionnel de journalisme et ne prétend pas à la neutralité. Ce texte est une analyse éditoriale qui assume un positionnement clair : la défense du droit international, la protection des civils, et la dénonciation des mécanismes qui permettent à une guerre d’agression de se poursuivre. Ce positionnement est factuel et documenté, mais il n’est pas neutre — et il ne prétend pas l’être.
Méthodologie et sources
Cette analyse repose sur des sources primaires vérifiables : déclarations officielles, données institutionnelles, rapports d’organisations reconnues et couverture médiatique internationale. Les chiffres cités proviennent de sources documentées et recoupées. Les opinions exprimées dans les passages en italique sont clairement identifiées comme telles et distinguées des faits rapportés.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique d’analyse géopolitique. Il ne constitue pas un reportage de terrain ni une enquête journalistique. Il offre une lecture éditoriale de l’actualité diplomatique et sécuritaire européenne, avec un regard critique sur les mécanismes institutionnels et les choix politiques qui façonnent la réponse occidentale à la guerre en Ukraine.
Sources
Sources primaires
Interfax-Ukraine — Les pourparlers trilatéraux Ukraine-Russie-USA reportés, date et lieu du prochain round inconnus
Kyiv Independent — Merz demande à Trump d’augmenter la pression sur la Russie
Kyiv Independent — La Belgique fixe une caution de 10 millions d’euros pour le pétrolier russe détenu Ethera
Militarnyi — L’UE prépare un prêt de 90 milliards d’euros malgré le veto hongrois
Kyiv Independent — Il est temps de sanctionner Rosatom et de cibler le cœur militaire de la Russie
Kyiv Independent — Bratislava se tire dans le pied selon Kyiv — la Slovaquie coupe l’électricité d’urgence
Sources secondaires
US News — Merz dit avoir demandé à Trump d’augmenter la pression sur Poutine
Euronews — Le veto hongrois prouve que l’UE a besoin de moins d’unanimité
VRT NWS — La Belgique impose une caution de 10 millions sur le pétrolier russe
Euronews — La Belgique saisit un pétrolier de la flotte fantôme russe en mer du Nord
Al Jazeera — La Slovaquie arrête les fournitures d’électricité d’urgence à l’Ukraine
The Moscow Times — Le géant nucléaire russe est désormais inséparable de sa guerre contre l’Ukraine
Bellona — Ce que la troisième année de guerre de Rosatom nous apprend
CSIS — Options pour briser la flotte fantôme de la Russie
Bloomberg — Les pourparlers Merz-Trump éclipsés par les tensions au Moyen-Orient
EA WorldView — Merz à Trump — pas de cession supplémentaire de territoire ukrainien
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