Un réseau vital devenu cible prioritaire
Depuis l’invasion russe de février 2022, les aéroports ukrainiens sont fermés. Le réseau ferroviaire est devenu la colonne vertébrale de l’Ukraine. Il transporte des millions de passagers chaque année. Il évacue les civils des zones de front. Il achemine l’aide humanitaire. Il relie les régions entre elles. C’est l’un des plus grands réseaux ferrés d’Europe par sa longueur de voies. Et c’est précisément pour cela que la Russie le vise.
Le PDG d’Ukrzaliznytsia, Oleksandr Pertsovskyi, a posé les mots sur la carte : « Si vous placez les dernières attaques sur les chemins de fer sur une carte, vous voyez clairement qu’il y a une tentative d’isoler certaines régions entières. » La stratégie n’est pas aléatoire. Elle est chirurgicale. Couper Dnipro de Zaporizhzhia. Isoler Kharkiv. Fragmenter le pays en îlots déconnectés. Transformer chaque trajet en loterie mortelle.
Il faut bien comprendre ce que cela signifie. La Russie ne cherche pas seulement à détruire des rails. Elle cherche à détruire la capacité d’un pays à fonctionner comme un pays. Quand vous coupez les lignes ferroviaires, vous ne coupez pas du métal. Vous coupez des familles. Des évacuations. Des livraisons de médicaments. Vous transformez un territoire en archipel de détresse.
Dix-huit frappes en quatre jours
Depuis le 1er mars 2026, Ukrzaliznytsia a enregistré 18 frappes sur ses infrastructures ferroviaires. 41 installations ont été endommagées. 17 unités de matériel roulant ont été touchées, dont des locomotives, des wagons de passagers, des wagons de fret et de l’équipement spécialisé de réparation. Les dépôts ferroviaires et les ponts sont également visés.
Le vice-premier ministre Oleksii Kuleba a confirmé les deux frappes du 4 mars : « Ce matin, dans la région de Mykolaiv, un drone ennemi a frappé un train vide arrivé pour maintenance. » Et pourtant, malgré cette campagne systématique, les trains continuent de rouler. Les cheminots continuent de monter dans les cabines. Les passagers continuent de monter dans les wagons.
Les cheminots : soldats sans armes d'une guerre qu'ils n'ont pas choisie
Sept cent cinquante-trois morts dans les rangs
Les chiffres sont là, et ils sont insoutenables. Depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022, 753 employés d’Ukrzaliznytsia sont morts en servant dans les Forces armées ukrainiennes. 37 cheminots ont été tués directement par des bombardements ennemis sur leur lieu de travail. Plus de 2 000 ont été blessés. Près de 700 ont perdu leur maison.
Ces gens ne portent pas d’uniforme militaire. Ils portent des gilets orange et des casquettes. Leur arme, c’est une clé à molette. Leur mission, c’est de maintenir les trains en état de marche pendant que des drones les chassent depuis le ciel. Le 4 mars, un inspecteur de train de la région de Mykolaiv a été blessé. Un de plus. Un nom de plus dans une liste que personne ne lit en dehors de l’Ukraine.
Il y a quelque chose de profondément révoltant dans le ciblage des cheminots. Ce sont des gens qui réparent. Qui connectent. Qui font tourner un pays. Les frapper, c’est frapper l’idée même que la vie peut continuer malgré la guerre. C’est dire aux Ukrainiens : même votre quotidien est une cible. Même votre trajet matinal est un acte de bravoure.
L’art de surveiller le ciel tout en conduisant un train
Ukrzaliznytsia a mis en place un système de surveillance de l’espace aérien le long des lignes ferroviaires, en coordination avec l’armée. Quand une menace est détectée, les cheminots changent les itinéraires des trains, évacuent les passagers des wagons et prennent des mesures de sécurité d’urgence. Le 3 mars au soir, sur la ligne Dnipro-Kovel, c’est exactement ce qui s’est passé. Le groupe de surveillance a détecté le drone. Les passagers ont été évacués. Le drone s’est écrasé à quelques mètres de la locomotive.
Depuis fin janvier 2026, Ukrzaliznytsia garde même les horaires de certains trains secrets pour empêcher la Russie de cibler les convois en mouvement. Quand un pays doit cacher les horaires de ses trains pour protéger ses passagers, on n’est plus dans la guerre conventionnelle. On est dans la terreur systématique.
Le 28 janvier : cinq morts dans un train de passagers
Trois drones Shahed sur un convoi en mouvement
Le 28 janvier 2026, la Russie a frappé un train de passagers civils dans la région de Kharkiv. Trois drones de type Shahed ont touché le convoi alors qu’il était en mouvement. Cinq personnes tuées. Deux blessées. Les 291 passagers à bord ont dû être évacués.
Le président Volodymyr Zelensky a qualifié l’attaque de « terrorisme ». Le mot n’est pas exagéré. Frapper un train de passagers en mouvement avec des drones, c’est la définition même du terrorisme. Il n’y a aucune cible militaire dans un wagon de passagers civils. Il n’y a que des gens qui voulaient aller quelque part. Et cinq d’entre eux n’arriveront jamais.
Et pourtant, savez-vous ce qui s’est passé après? Les négociateurs russes se sont excusés en privé. En privé. Ils ont dit que la frappe violait une pause informelle convenue à Abu Dhabi, que « toutes les branches de l’armée russe n’avaient pas été informées ». Des excuses en coulisses pendant que les familles enterrent leurs morts en pleine lumière. La cruauté de cette asymétrie est vertigineuse.
La mémoire de Kramatorsk
Le 8 avril 2022, un missile balistique Tochka-U chargé de sous-munitions à fragmentation interdites avait frappé la gare de Kramatorsk. Entre 1 000 et 4 000 civils attendaient sur le quai pour être évacués. Des femmes. Des enfants. Des personnes âgées. Le missile a explosé en altitude, libérant des dizaines de sous-munitions. 63 civils tués, dont 9 enfants. 150 blessés, dont 34 enfants.
Human Rights Watch et le groupe de recherche SITU ont qualifié l’attaque de « crime de guerre évident ». Les preuves indiquent que le missile a été lancé depuis un territoire contrôlé par la Russie dans l’est de l’Ukraine. La Russie a nié toute responsabilité. Elle a parlé de « mise en scène ukrainienne ». Et pourtant, les corps des 63 morts n’avaient rien de fictif. Les 9 enfants non plus.
Deux trains en vingt-quatre heures : l'escalade de mars
Le matériel roulant comme cible principale
Le 30 janvier 2026, la Russie avait déjà mené sept frappes de drones sur des infrastructures ferroviaires en 24 heures. La gare de Synelnykove, dans la région de Dnipropetrovsk, avait été touchée, endommageant des wagons de passagers, des locomotives, des lignes ferroviaires et des réseaux électriques. Le trafic entre Dnipro et Zaporizhzhia avait été interrompu. Les passagers avaient été transférés par autobus.
La première ministre adjointe Yulia Svyrydenko avait déclaré : « La Russie attaque délibérément nos routes logistiques — c’est une terreur délibérée contre les gens et la logistique civile. » Mais en mars, l’escalade a franchi un nouveau palier. Ce ne sont plus sept frappes en 24 heures. C’est six frappes par jour, chaque jour, sans interruption. Le matériel roulant — locomotives, wagons de passagers, wagons de fret, équipement de réparation — est devenu la cible numéro un.
La logique est d’une simplicité terrifiante. Vous ne pouvez pas détruire 23 000 kilomètres de voies ferrées. Mais vous pouvez détruire les trains qui roulent dessus. Et quand il n’y a plus de trains, les rails deviennent des monuments inutiles. Des rubans d’acier qui ne mènent nulle part. La Russie ne bombarde pas un réseau. Elle le vide.
La surveillance qui sauve des vies
Sur la ligne Dnipro-Kovel, dans la nuit du 3 mars, les équipes de surveillance d’Ukrzaliznytsia ont détecté un drone en approche. La procédure d’urgence a été déclenchée. Les passagers ont été évacués des wagons. Le drone a frappé à quelques mètres de la locomotive. Personne n’est mort. Cette fois. Grâce à des cheminots qui veillent dans la nuit, qui scrutent le ciel pendant que d’autres dorment.
Mais la question reste entière : combien de temps cette vigilance humaine peut-elle tenir face à des drones de plus en plus nombreux, de plus en plus précis, de plus en plus imprévisibles? Les UAV et les drones FPV utilisés par la Russie sont des armes bon marché et produites en masse. Chaque drone détruit est remplacé par dix autres. Chaque cheminot blessé est un trou dans le filet de protection.
Chornomorsk : quand le grain devient une arme de guerre
Un navire de maïs sous le feu
Le navire sous pavillon panaméen frappé le 4 mars à Chornomorsk transportait du maïs. Il quittait le port dans le cadre du corridor maritime ukrainien, cette route commerciale que l’Ukraine a ouverte unilatéralement après que la Russie a quitté l’Initiative céréalière de la mer Noire en juillet 2023. Ce corridor a permis l’exportation de plus de 160 millions de tonnes de marchandises, dont environ 100 millions de tonnes de céréales.
L’Ukraine est le quatrième plus grand exportateur mondial de maïs et le sixième plus grand exportateur de blé. Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies achetait 80 % de ses stocks de céréales en Ukraine avant la guerre. Frapper un cargo chargé de maïs, c’est frapper la chaîne alimentaire mondiale. Ce drone n’a pas seulement blessé des marins à Chornomorsk. Il a envoyé un signal à chaque pays qui dépend des céréales ukrainiennes pour nourrir sa population.
Le maïs dans la cale de ce navire n’était pas ukrainien. Il était mondial. Il allait devenir de la farine quelque part en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient. Le drone russe qui a frappé ce cargo n’a pas seulement violé le droit maritime international. Il a décidé que la faim, quelque part dans le monde, était un dommage collatéral acceptable.
Un schéma récurrent : janvier, février, mars
Ce n’est pas un incident isolé. Le 9 janvier 2026, des drones russes avaient frappé deux navires civils près d’Odessa et Chornomorsk. Un cargo battant pavillon de Saint-Kitts-et-Nevis, en route vers Chornomorsk pour charger des céréales, avait été touché. Un membre d’équipage syrien avait été tué. Un second navire, sous pavillon des Comores, transportant du soja, avait également été frappé.
En janvier 2026 encore, un pétrolier sous pavillon panaméen et un cargo sous pavillon de Saint-Marin avaient été attaqués par des drones. L’Autorité maritime du Panama avait alors demandé à tous les navires panaméens d’exercer une « extrême prudence » et d’éviter de transiter par les eaux ukrainiennes et russes en mer Noire et en mer d’Azov. La dissuasion par la terreur : si vous chargez du grain ukrainien, vous êtes une cible.
La terreur logistique : une doctrine de guerre
Détruire l’invisible pour paralyser le visible
La guerre moderne ne se gagne pas seulement sur le champ de bataille. Elle se gagne dans les gares de triage, dans les dépôts de maintenance, dans les ports céréaliers. La Russie l’a compris. Sa campagne contre les infrastructures ferroviaires et maritimes ukrainiennes n’est pas un dommage collatéral. C’est une doctrine. Une stratégie délibérée pour asphyxier un pays en ciblant sa capacité à bouger.
Quand vous détruisez un pont ferroviaire, vous ne détruisez pas un pont. Vous détruisez les centaines de trajets quotidiens qui l’empruntaient. Vous détruisez les évacuations qui passaient par là. Vous détruisez la livraison de médicaments à l’hôpital de l’autre côté. Quand vous frappez un équipement de réparation spécialisé, vous ne détruisez pas une machine. Vous détruisez la capacité de réparer tout ce que vous avez cassé avant.
Et pourtant, le monde continue de traiter ces attaques comme des « incidents ». Des dépêches de trois lignes entre une course cycliste et un scandale people. Dix-huit frappes sur des infrastructures ferroviaires en quatre jours, et ça fait à peine un bandeau défilant sur les chaînes d’information en continu. On a normalisé l’insoutenable. On a rangé la terreur dans la rubrique « divers ».
L’économie comme champ de bataille
Les exportations céréalières ukrainiennes ont représenté une bouée de sauvetage pour la sécurité alimentaire mondiale. Depuis le lancement du corridor maritime en 2023, plus de 160 millions de tonnes de marchandises ont transité par les ports ukrainiens. Mais les performances d’exportation ont fléchi en décembre 2025 et janvier 2026, en raison des perturbations cumulées affectant les opérations portuaires, l’approvisionnement énergétique et la logistique intérieure.
Les attaques sur les trains et les navires s’inscrivent dans cette même logique. Le réseau ferroviaire achemine les céréales des silos vers les ports. Les navires les transportent vers le monde. Frapper les deux simultanément, c’est étrangler la chaîne des deux côtés. Le grain reste dans les silos. Les silos débordent. Les agriculteurs ne peuvent plus stocker ni vendre. L’économie ukrainienne suffoque.
Le droit international en lambeaux
Navires civils, pavillons étrangers, marins innocents
Le navire panaméen frappé à Chornomorsk naviguait sous un pavillon étranger. Il transportait du grain civil. Il n’avait aucun lien avec les forces armées ukrainiennes. En le frappant, la Russie a violé le droit maritime international, les conventions de Genève sur la protection des biens civils en temps de guerre, et le droit à la liberté de navigation en eaux internationales et dans les corridors commerciaux.
Le marin syrien tué en janvier 2026 sur un cargo en route vers Chornomorsk n’était pas ukrainien. Il n’était pas partie au conflit. Il faisait son métier. Il transportait des céréales d’un port à un autre. Sa mort n’a provoqué aucune résolution du Conseil de sécurité. Aucune sanction supplémentaire. Aucun ultimatum. Un marin mort dans la mer Noire, ça ne pèse pas lourd dans la balance des intérêts géopolitiques.
Si c’était un navire américain, un cargo britannique, un pétrolier français qui avait été frappé par un drone russe dans un port, la réponse aurait été immédiate. Mais c’est un navire panaméen avec un équipage multinational. Alors on publie un communiqué. On « condamne fermement ». Et on attend le prochain drone.
Le précédent qui n’a jamais été puni
Le massacre de Kramatorsk en avril 2022 — 63 civils tués à la gare, dont 9 enfants, par un missile à sous-munitions interdit — n’a jamais donné lieu à un procès. La Cour pénale internationale enquête, mais la Russie ne reconnaît pas sa juridiction. Les mandats d’arrêt émis contre Vladimir Poutine pour la déportation d’enfants ukrainiens n’ont eu aucun effet concret. Le message est clair : vous pouvez bombarder des gares, des trains de passagers, des navires de commerce. Il ne se passera rien.
Et quand il ne se passe rien, l’escalade devient inévitable. De Kramatorsk en 2022 aux six frappes quotidiennes de mars 2026, la trajectoire est limpide. Chaque absence de conséquence est une invitation à frapper plus fort. Chaque silence est un feu vert.
Les trains qui roulent quand même
La résistance sur rails
Et pourtant. Malgré 18 frappes en quatre jours. Malgré 41 installations endommagées. Malgré les drones FPV qui chassent les locomotives comme des proies. Les trains ukrainiens continuent de rouler. Ukrzaliznytsia répare dans la nuit ce que les drones détruisent le jour. Les équipes de surveillance scrutent le ciel. Les itinéraires sont modifiés en temps réel. Les passagers sont évacués quand la menace se rapproche.
Il y a dans cette obstination quelque chose de profondément humain. Un cheminot qui monte dans une locomotive sachant qu’un drone peut la frapper à tout instant ne fait pas un acte de travail. Il fait un acte de résistance. Chaque train qui arrive à destination est une défaite pour la stratégie russe. Chaque passager qui descend vivant à la gare est une réponse.
Ils ne portent pas de médaille. On ne connaît pas leurs noms. Les 37 cheminots tués par des bombardements sur leur lieu de travail n’ont pas eu droit à des funérailles nationales. Les plus de 2 000 blessés ne sont pas considérés comme des héros de guerre. Ils sont invisibles. Et c’est peut-être pour ça qu’ils sont si importants. Parce que le courage silencieux est le seul que la terreur ne sait pas détruire.
La logistique de l’impossible
Quand le trafic entre Dnipro et Zaporizhzhia a été interrompu après les frappes de fin janvier sur la gare de Synelnykove, Ukrzaliznytsia a mis en place des transferts par autobus. Quand les horaires sont devenus des informations exploitables par l’ennemi, ils ont été classifiés. Quand les drones ont commencé à cibler les trains en mouvement, les cheminots ont appris à lire le ciel en même temps que les signaux ferroviaires.
Cette adaptation permanente est du génie opérationnel. Mais elle a un coût humain. Chaque modification d’itinéraire allonge les trajets. Chaque évacuation est un traumatisme. Chaque train retardé est un rendez-vous médical manqué, un enfant qui ne retrouve pas ses parents, un convoi humanitaire qui arrive trop tard.
Le prix mondial de l'indifférence
Ce que le silence coûte au monde
Quand la Russie frappe un cargo de maïs à Chornomorsk, ce n’est pas seulement l’Ukraine qui est touchée. C’est le marché mondial des céréales. C’est le prix du pain au Caire, à Lagos, à Djakarta. L’Ukraine fournissait 10 % des exportations mondiales de blé et 15 % du maïs mondial avant la guerre. Chaque navire dissuadé de charger à Chornomorsk ou à Odessa est une quantité de nourriture qui n’arrivera pas sur les tables les plus pauvres de la planète.
La demande du Panama à ses navires d’« exercer une extrême prudence » dans les eaux de la mer Noire est un euphémisme diplomatique pour dire : n’y allez pas. Quand les compagnies d’assurance maritime augmentent leurs primes pour les navires qui empruntent le corridor ukrainien, le coût se répercute sur le prix des céréales. C’est mathématique. C’est invisible. Et c’est dévastateur pour les pays qui n’ont pas les moyens de payer la prime de risque de cette guerre.
La faim ne fait pas la une des journaux quand elle augmente de 3 %. Elle fait la une quand il y a une famine. Mais entre les deux, il y a des millions de repas sautés. Des enfants qui grandissent moins vite. Des familles qui choisissent entre manger et se soigner. Et quelque part dans cette chaîne de souffrance silencieuse, il y a un drone russe qui a frappé un cargo de maïs dans un port ukrainien.
L’effet domino du terrorisme logistique
Quand les trains ne roulent plus, les céréales n’arrivent plus aux ports. Quand les ports sont attaqués, les navires n’accostent plus. Quand les navires ne chargent plus, les prix montent. Quand les prix montent, les pays les plus vulnérables ne peuvent plus acheter. Quand ils ne peuvent plus acheter, les populations ont faim. La Russie a compris que la faim est une arme. Et elle l’utilise.
Ce n’est pas une théorie. C’est un fait documenté. La sortie de la Russie de l’Initiative céréalière de la mer Noire en juillet 2023 avait provoqué une hausse immédiate des prix mondiaux des céréales. Les attaques systématiques sur les navires du corridor ukrainien prolongent cette pression. Le blé comme arme. Le maïs comme munition. Les ventres vides comme dommage collatéral.
Ce que la Russie dit quand elle frappe un train
Le langage des drones
Chaque frappe de drone sur un train de passagers est un message. Le message dit : il n’y a pas de zone sûre. Le message dit : votre vie quotidienne est notre cible. Le message dit : même quand vous fuyez, nous vous suivons. La gare de Kramatorsk en 2022 disait la même chose. Les cinq morts du train de Kharkiv en janvier 2026 disaient la même chose. Les six frappes quotidiennes de mars 2026 disent la même chose, mais en hurlant.
La Russie n’a jamais admis cibler délibérément les infrastructures civiles. Chaque frappe est un « accident », une « erreur », une « provocation ukrainienne ». Après Kramatorsk, Moscou avait parlé de « mise en scène ». Après le train de Kharkiv, les négociateurs avaient murmuré des excuses en coulisses. La schizophrénie officielle est totale : on ne vise pas les civils, mais les civils meurent, et quand ils meurent, c’est de leur faute.
Il y a un mot pour décrire un État qui frappe des trains de passagers, des gares d’évacuation, des navires de commerce, et qui nie systématiquement ses actes tout en les répétant. Ce mot, on n’ose plus le prononcer dans les chancelleries parce qu’il obligerait à agir. Alors on parle d' »escalade ». De « tensions ». De « préoccupations ». Le vocabulaire diplomatique est devenu le complice du crime qu’il refuse de nommer.
La normalisation de l’anormal
Six frappes par jour sur des infrastructures ferroviaires. Des navires de commerce bombardés dans les ports. Des marins étrangers blessés et tués. Et la communauté internationale continue de parler de « processus de paix » et de « négociations ». Comme si on pouvait négocier avec quelqu’un qui frappe vos trains de passagers six fois par jour. Comme si la paix était possible quand l’autre partie considère que vos wagons de banlieue sont des cibles légitimes.
Zelensky avait averti dès février 2026 : il avait parlé de « terreur logistique ». Le terme est exact. Ce n’est pas de la guerre. C’est de la terreur appliquée à la logistique. Chaque train détruit, chaque navire frappé, chaque pont endommagé est un acte de terrorisme d’État déguisé en opération militaire.
Conclusion : Les rails, la mer et le silence
Ce qui reste quand les drones s’en vont
Le 4 mars 2026, un inspecteur de train a été blessé dans la région de Mykolaiv. Des marins ont été blessés à Chornomorsk. Du maïs destiné à nourrir le monde a été menacé par un drone. 41 installations ferroviaires endommagées en quatre jours. 17 unités de matériel roulant touchées. Six frappes par jour. Et demain, ça recommencera.
Les cheminots ukrainiens monteront dans leurs locomotives. Les équipes de surveillance scruteront le ciel. Les marins des cargos céréaliers appareilleront de Chornomorsk en sachant qu’un drone peut frapper. Et quelque part, dans un bureau du ministère de la Défense russe, quelqu’un programmera les coordonnées du prochain train.
La question qui reste
Combien de cheminots devront être blessés? Combien de passagers devront mourir? Combien de marins devront saigner sur le pont de leurs cargos? Combien de tonnes de maïs devront ne jamais arriver à destination? Combien de frappes par jour faudra-t-il pour que le mot « terreur » remplace enfin le mot « escalade » dans les communiqués internationaux?
Le train de Dnipro-Kovel roule encore ce soir. Le drone s’est écrasé à quelques mètres de la locomotive. Les passagers sont sortis vivants. Demain, ils reprendront le train. Pas par inconscience. Par nécessité. Parce qu’en Ukraine, prendre le train est devenu un acte de foi. Et parce que la foi, c’est la dernière chose que les drones ne savent pas détruire.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Maxime Marquette est chroniqueur indépendant, pas journaliste. Il n’appartient à aucune rédaction, aucun ordre professionnel, aucun syndicat de presse. Ses textes sont des chroniques d’opinion fondées sur des faits vérifiés et des sources publiques. Il assume un positionnement éditorial clair : la défense des populations civiles, le respect du droit international humanitaire et la dénonciation des crimes de guerre documentés. Cette chronique condamne les attaques russes délibérées contre les infrastructures civiles ukrainiennes, les trains de passagers et les navires de commerce.
Méthodologie et sources
Cette chronique s’appuie sur des sources primaires institutionnelles : déclarations officielles d’Ukrzaliznytsia, de l’Autorité des ports maritimes d’Ukraine, du vice-premier ministre Oleksii Kuleba, de la première ministre adjointe Yulia Svyrydenko, du PDG d’Ukrzaliznytsia Oleksandr Pertsovskyi, et du président Volodymyr Zelensky. Les statistiques proviennent de rapports officiels ukrainiens, d’agences de presse internationales et d’organisations de défense des droits humains (Human Rights Watch). L’auteur n’a pas eu accès au terrain et travaille exclusivement à partir de sources ouvertes.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique d’opinion qui mêle faits documentés et analyse éditoriale. Les passages en italique (em) représentent les réflexions personnelles de l’auteur. Les faits rapportés sont attribués à leurs sources. Les interprétations stratégiques et morales n’engagent que l’auteur. Publié sous le pseudonyme LeClaude sur MSN, Google News et Apple News.
Sources
Sources primaires
Ukrinform — Russia strikes Ukrainian railway infrastructure 18 times since beginning of March — 4 mars 2026
Ukrinform — Russians attack Panama-flagged vessel with drone in port of Chornomorsk — injuries reported — 4 mars 2026
Interfax-Ukraine — Civilian vessel under Panama flag damaged in enemy drone strike in Chornomorsk — 4 mars 2026
Kyiv Independent — Russia continues to escalate drone attacks on passenger trains, railway infrastructure — 4 mars 2026
Kyiv Post — Russia Aims to ‘Cut’ Entire Regions from Ukraine Train Network: Rail Chief — Mars 2026
Kyiv Post — Russia Escalates Drone Strikes on Ukraine’s Railways with Seven Attacks in 24 Hours — 30 janvier 2026
Sources secondaires
Mezha — Russian drones attacked Ukrainian rail network, injuring worker and damaging 41 rail facilities — 4 mars 2026
WHBL — Russian drone hits empty passenger train in Ukraine’s south, deputy PM says — 4 mars 2026
Marine Insight — Russian Drone Attacks Hit Two Foreign-Flagged Vessels In Odesa Region, One Seafarer Killed — Janvier 2026
Human Rights Watch — Death at the Station: Russian Cluster Munition Attack in Kramatorsk — 21 février 2023
Al Jazeera — Zelenskyy warns of ‘logistics terror’ as Russia hits Ukraine railway — 2 février 2026
LIGA.net — How many railway workers have died since 2022 — Ukrzaliznytsia answered — 2025
Conseil de l’Union européenne — Ukrainian grain exports explained — 2026
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