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CHRONIQUE : 53 affrontements avant 16h — à Pokrovsk, chaque mètre se paye en sang
Crédit: Adobe Stock

Sept villages, dix-neuf assauts

Dans le secteur Pokrovsk ce matin-là, les forces russes ont tenté d’avancer près de Nykanorivka, Rodynske, Myrnohrad, Novooleksandrivka, Hryshyne, Kotlyne, Udachne et Novopidhorodne. Huit noms. Huit concentrations de maisons, de rues, de vies qui existaient avant que la guerre n’en fasse des coordonnées militaires.

Myrnohrad. Le nom signifie à peu près « ville de la paix » en ukrainien. Myrny — paisible. Hrad — ville. La ville de la paix a été attaquée ce matin. La ville de la paix est sur les cartes des planificateurs russes avec une flèche qui pointe dessus. Quelqu’un a nommé cette ville « la paix » un jour, peut-être il y a cent ans, peut-être avec espoir, peut-être avec naïveté, peut-être avec la conviction que les noms qu’on donne aux endroits peuvent influer sur ce qui s’y passe. Ce matin, à Myrnohrad, les obus ont décidé que non.

Le soldat de Novooleksandrivka

Appelons-le Taras, 28 ans. Il était soudeur à Dnipro avant le 24 février 2022. Il a les mains abîmées depuis l’adolescence — les soudeurs ont les mains abîmées, c’est dans le métier. Il porte une alliance en acier inoxydable parce que l’or c’est trop précieux en zone de guerre, ça attire les mauvaises attentions. Il a mis l’alliance en acier le jour où il a dit au revoir à sa femme, Olha, et à son fils, Ivan, 4 ans, qui n’arrêtait pas de lui demander pourquoi il partait et à qui il avait répondu « pour que tu puisses grandir ici ».

Ce matin du 26 avril, Taras est en position à Novooleksandrivka. Il entend les moteurs. Il entend les ordres dans la radio. Il entend la terre qui tremble quand les obus d’artillerie arrivent en préparation de l’assaut. Il vérifie son alliance. Pas par coquetterie — par réflexe. Le métal froid entre le pouce et l’index, deux secondes, et puis les mains reprennent leur travail.

Je ne sais pas si Taras est réel. Son prénom est inventé — je n’ai pas son dossier militaire. Mais sa situation est réelle. Il y a un homme comme Taras à Novooleksandrivka ce matin, avec les mains abîmées d’un métier d’avant-guerre et l’alliance d’un mariage qui attend quelque part. Et la Russie l’attaque. La Russie a décidé que Novooleksandrivka, que Taras, que l’alliance en acier inoxydable — tout ça devait tomber. Parce que Poutine veut ce morceau de terre. Et moi j’ai une chienne noire dans le ventre quand j’écris ça, parce que c’est ça la réalité nue de ce dimanche matin.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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