Il est 18h17 du matin et je viens de comprendre quelque chose de terrible
Nous sommes la génération qui aura tout perdu par lâcheté
Je viens de fermer un livre d’histoire sur la chute de Constantinople, le 29 mai 1453, et j’ai les mains qui tremblent. Pas à cause du froid. Pas à cause de la fatigue. À cause de ce que je viens de comprendre. Constantinople n’est pas tombée parce que les Ottomans étaient plus forts. Constantinople est tombée parce que pendant 200 ans, les puissances chrétiennes d’Europe ont regardé le danger monter en discutant de leurs querelles internes, en attendant que quelqu’un d’autre s’en occupe, en croyant que les murailles tiendraient toutes seules. Quand Mehmed II a fait rouler ses canons devant les murs, il restait 7 000 défenseurs dans une ville qui en aurait nécessité 50 000. Personne n’était venu. Personne n’avait écouté. Personne n’avait voulu voir.
Maxime, écris ça. Écris-le en lettres de feu. Nous sommes Constantinople. Nous sommes les Byzantins de 2026 qui regardent les Ottomans préparer leurs canons et qui disons : « Bah, ils n’oseront pas. Bah, le commerce nous protégera. Bah, l’ordre international tiendra. » Nous sommes des aveugles volontaires. Et l’histoire — l’histoire qui n’a aucune pitié pour les civilisations qui s’endorment — nous attend au tournant avec un ricanement glacé.
Obama a regardé. Biden a hésité. Et nous, nous avons applaudi.
Souvenons-nous. Vraiment. Souvenons-nous au lieu de réécrire le passé pour nous arranger. Août 2013. Bachar al-Assad gaze ses propres civils à la Ghouta — 1 429 morts, dont 426 enfants, asphyxiés au sarin, mousse aux lèvres, regards figés dans des cours d’école. Barack Obama avait dit que c’était une « ligne rouge ». Que franchir cette ligne aurait des « conséquences énormes ». Le monde entier retenait son souffle. Les porte-avions étaient en position. Les Tomahawks armés. Et puis Obama a appelé Cameron, qui a appelé Hollande, qui a appelé Merkel — et tous ont reculé. La ligne rouge est devenue une ligne rose. Puis grise. Puis invisible. Vladimir Poutine, ce jour-là, a su. Il a su que l’Occident bluffait. Il a su qu’il pouvait tout faire.
Six mois plus tard, février-mars 2014 : annexion de la Crimée. Réponse occidentale ? Des sanctions ciblées contre 21 individus. Vingt-et-un. Vladimir Poutine venait de déchirer l’ordre européen issu de 1945, le premier changement de frontières par la force depuis Hitler — et l’Occident a sanctionné vingt-et-une personnes. Obama, à l’époque, ironisait en disant que la Russie n’était « qu’une puissance régionale ». Une puissance régionale. Cette puissance régionale tient aujourd’hui en otage 40 millions d’Ukrainiens et fait trembler toute l’Europe.
Je ne hais pas Obama. J’ai même voté pour lui en 2008, par procuration émotionnelle, comme tant d’autres. Il était brillant, articulé, charmant. Mais l’histoire ne juge pas les présidents sur leur charme. L’histoire les juge sur leurs décisions aux moments critiques. Et aux moments critiques — Syrie 2013, Crimée 2014, Donbass 2014, Soleimani et la Quds Force, l’accord nucléaire iranien sans inspections crédibles — Obama a systématiquement choisi la voie du moindre risque. Il ne voulait pas être le président qui déclencherait une guerre. Il a fini par être le président qui a rendu la guerre inévitable. C’est une différence subtile et c’est toute la différence du monde.
Biden a transformé l'hésitation en doctrine
Kaboul, août 2021 : la bascule absolue
Et puis Biden. Joe Biden, 46ᵉ président des États-Unis, élu sur la promesse du retour de la « compétence adulte » à la Maison-Blanche. Trois mots. « Compétence adulte. » Souvenez-vous-en. Parce qu’à Kaboul, les 15 et 16 août 2021, le monde entier a vu en direct ce que la « compétence adulte » voulait dire : des Afghans s’accrochant aux trains d’atterrissage des C-17 et tombant du ciel, l’ambassade évacuée dans la précipitation, 13 Marines américains tués à l’aéroport d’Abbey Gate par un kamikaze de l’État islamique du Khorasan, et 7 milliards de dollars d’équipement militaire abandonnés aux Talibans. Sept milliards. Hummers, hélicoptères Black Hawk, fusils M4, lunettes de vision nocturne, drones. Tout offert sur un plateau à un régime qui pendait des femmes pour avoir étudié.
Vladimir Poutine, ce jour-là, à Moscou, a regardé les images de Kaboul en boucle. Xi Jinping aussi. Khamenei aussi. Kim Jong-un aussi. Et tous ont compris la même chose : les États-Unis ne tiennent plus leur parole. Les États-Unis abandonnent leurs alliés. Les États-Unis sont fatigués, divisés, hésitants. Six mois plus tard, le 24 février 2022 à 5h00 du matin, les premiers missiles russes frappaient Kiev. Six mois. Le délai exact dont Poutine avait besoin pour conclure que le moment était venu.
L’Ukraine : le manuel parfait de la demi-mesure
Et ensuite ? Ensuite, Biden a écrit le manuel parfait de comment perdre une guerre qu’on aurait pu gagner. Stratégie : donner aux Ukrainiens juste assez d’armes pour ne pas perdre, jamais assez pour gagner. Premier exemple : les Stinger et Javelin — fournis abondamment, ont sauvé Kiev en mars 2022. Deuxième exemple : les HIMARS — fournis avec 11 mois de retard, ont permis la contre-offensive de Kharkiv en septembre 2022, mais limités à des roquettes de portée 80 km alors que les Ukrainiens demandaient les ATACMS de 300 km. Troisième exemple : les chars Abrams — annoncés en janvier 2023, livrés en septembre 2023. Quatrième : les F-16 — promis en mai 2023, premiers vols opérationnels en août 2024. Quinze mois. Quinze mois pendant lesquels l’aviation russe a bombardé en toute impunité.
Et le pire, le pire absolu : l’interdiction, jusqu’en mai 2024, de frapper le territoire russe avec des armes américaines. Deux ans pendant lesquels les Ukrainiens devaient regarder, depuis Kharkiv, les batteries russes de Belgorod tirer sur leurs civils sans pouvoir riposter. Deux ans pendant lesquels l’aviation russe décollait tranquillement de bases situées à 50 km de la frontière, larguait ses bombes planantes, et rentrait se garer en sirotant du thé. Cette doctrine de l’autodissuasion volontaire — cette terreur permanente d’escalader, ce besoin pathologique de ne jamais « provoquer » Poutine — a coûté la vie à au moins 100 000 soldats ukrainiens, selon les estimations de Volodymyr Zelensky lui-même en février 2025.
Quand l’histoire écrira la guerre d’Ukraine, elle ne pardonnera ni Obama ni Biden. Obama, parce qu’il a laissé la Crimée tomber sans réagir, créant la conviction chez Poutine qu’il pouvait tout. Biden, parce qu’il a transformé l’aide à l’Ukraine en un goutte-à-goutte minutieusement calibré pour ne jamais offenser Moscou. Ils ont tous les deux été des hommes décents, intelligents, bien intentionnés. Et tous les deux ont été catastrophiques pour la sécurité du monde libre. La décence ne suffit pas à diriger un empire. La décence sans courage est une forme particulièrement raffinée de complicité.
Le rêve américain est mort en 1975 — et personne n'a osé l'enterrer
Nous chantons un cadavre depuis 50 ans
Le rêve américain n’a pas été assassiné. Il s’est éteint, lentement, sans bruit, comme une flamme à laquelle on a oublié d’ajouter du bois. Il s’est éteint quelque part entre 1969 et 1980. Date symbolique de la fin : 17 décembre 1972, dernier décollage du programme Apollo, mission Apollo 17. Eugene Cernan a posé son pied sur la Lune et est rentré. Personne n’y est retourné depuis. Cinquante-trois ans. Cinquante-trois ans pendant lesquels la civilisation qui avait posé un homme sur la Lune en huit ans n’a pas réussi à y retourner avec quarante ans de progrès technologique supplémentaire. Comment on appelle ça ? On appelle ça une régression civilisationnelle.
Les preuves sont partout, partout, partout. Les coûts de construction d’infrastructure aux États-Unis ont été multipliés par 7 depuis 1970 en dollars constants — pendant que ceux de la Chine ont été divisés par trois. Le canal de Panama avait été creusé en 10 ans, à mains nues, dans la jungle, en 1914. Aujourd’hui, on n’arrive pas à construire une ligne de métro à San Francisco en 20 ans avec un budget illimité. L’aéroport JFK a été construit en 5 ans, en 1948. Sa rénovation actuelle dure depuis 2017 et n’est toujours pas terminée. La centrale nucléaire de Vogtle en Géorgie : annoncée pour 14 milliards en 2009, livrée en 2024 pour 36 milliards, soit 257 % de dépassement et 11 ans de retard.
Pendant ce temps, la Chine construit une ligne à grande vitesse de 1 318 km en 4 ans (Pékin-Shanghai, 2008-2011, 32 milliards de dollars). La Chine produit plus de béton en 3 ans que les États-Unis dans tout le XXᵉ siècle. La Chine construit 1,5 nouvelle centrale au charbon par semaine et 27 réacteurs nucléaires sont en construction simultanément. La Chine va bientôt avoir, en 2027, plus de scientifiques actifs en intelligence artificielle que les États-Unis et l’Europe réunis. Ce n’est pas une compétition. C’est une déroute. Et le pire, c’est qu’on refuse de la voir.
Nous étions des pionniers — nous sommes devenus des notaires
Nos ancêtres ont traversé l’Atlantique sur des coquilles de noix de 30 mètres en se nourrissant de biscuits avariés, en sachant qu’un sur dix mourrait pendant la traversée. Ils l’ont fait pour la liberté de pratiquer leur religion. Ils ont défriché des forêts vierges à la hache, fondé des villes dans la neige du Massachusetts, traversé les Rocheuses à pied avec leurs enfants sur le dos. Mes ancêtres québécois ont remonté le Saint-Laurent en 1640 dans des canots d’écorce, ont survécu à des hivers à -40 degrés, ont défendu Ville-Marie contre des attaques iroquoises avec des mousquets à mèche en pleine forêt. Ils n’avaient rien. Ni anesthésie, ni antibiotiques, ni chauffage central, ni aucune assurance que leurs enfants survivraient à l’âge de cinq ans.
Et leurs descendants ? Nous ? Nous nous plaignons sur Twitter parce que la livraison Amazon Prime a deux heures de retard. Nous faisons des dépressions parce qu’un patron a osé nous critiquer dans un email. Nous ne savons plus changer un pneu, allumer un feu, distinguer un champignon comestible d’un mortel, nettoyer une plaie, mettre un nourrisson au monde, faire pousser une tomate. Nous avons désappris tout ce qui faisait qu’une civilisation tient debout face à l’adversité. Et le jour où l’adversité reviendra — parce qu’elle revient toujours, l’adversité, c’est le mode par défaut de l’histoire humaine — nous serons aussi démunis que des nourrissons posés sur la banquise.
Mon arrière-grand-père est né en 1898 à Trois-Rivières. Il a vécu deux guerres mondiales, la grippe espagnole, la Grande Dépression, la prohibition, le krach de 1929. Il a perdu deux enfants en bas âge. Il a fait 14 heures par jour à l’usine pendant 40 ans. Et il chantait en travaillant. Il chantait. Mon père m’en parlait avec une lueur dans les yeux. Cette génération-là savait ce que c’était que survivre, et savait que survivre, c’était déjà une victoire. Nous, nous croyons que la vie nous doit le bonheur permanent et la sécurité absolue. Nous sommes la première génération de l’histoire humaine à croire que la souffrance est une anomalie. Et c’est précisément cette croyance qui nous rend incapables de défendre la civilisation que nos ancêtres nous ont laissée.
Rome brûle — et nous filmons l'incendie sur TikTok
Le problème, ce n’est jamais l’incendiaire
Néron n’a pas brûlé Rome. C’est une légende. Mais Rome a brûlé en juillet 64 de notre ère pendant six jours et sept nuits, et dix des quatorze quartiers de la ville ont été détruits. Tacite raconte que pendant que Rome brûlait, certains citoyens empêchaient les pompiers d’éteindre le feu — soit parce qu’ils profitaient du chaos pour piller, soit parce qu’ils avaient été achetés par on ne sait quel comploteur, soit parce qu’ils s’en foutaient simplement. Les Romains de 64 ne savaient pas qu’ils vivaient le début d’une longue lente descente. Ils croyaient leur empire éternel. Ils avaient tort.
Et nous ? Nous ne sommes pas Néron. Nous ne sommes pas non plus les pompiers. Nous sommes la foule qui regarde brûler. Nous savons que Poutine prépare la prochaine offensive de printemps. Nous savons que Xi Jinping a fixé à son armée l’objectif d’être prête à envahir Taïwan d’ici 2027. Nous savons que l’Iran est à quelques semaines du seuil nucléaire selon les rapports de l’AIEA de janvier 2025. Nous savons que la Corée du Nord livre des millions d’obus à la Russie et que la Russie livre des technologies de missile à la Corée du Nord. Nous savons. Nous savons tout. Et nous ne faisons rien.
L’écosystème complet de la complaisance
Nos politiciens ne font rien parce que faire quelque chose coûterait des points dans les sondages. Nos médias ne font rien parce que parler de géopolitique fait baisser l’audience comparé aux scandales people. Nos universités ne font rien parce qu’elles sont occupées à débattre du nombre de pronoms à reconnaître. Nos entreprises ne font rien parce que le marché chinois représente 20% de leurs profits. Nos citoyens ne font rien parce que regarder en face le danger demande un courage que nous avons désappris. Nous avons construit un écosystème complet de la complaisance, où chaque acteur a un intérêt particulier à ne pas voir, et l’addition de tous ces intérêts particuliers donne une civilisation qui marche les yeux bandés vers le précipice.
Et le plus grotesque, c’est que ce comportement a un nom dans la psychologie sociale. Il s’appelle « l’effet du témoin » (bystander effect), théorisé par Bibb Latané et John Darley en 1968 après le meurtre de Kitty Genovese à New York en 1964. Trente-huit témoins l’ont vu se faire poignarder pendant 35 minutes sans intervenir, chacun se disant que quelqu’un d’autre allait s’en occuper. Personne ne s’en occupe. Voilà ce que nous sommes en train de faire à l’échelle d’une civilisation entière. Nous sommes 1,3 milliard d’Occidentaux qui regardons l’agonie du monde libre en attendant que quelqu’un d’autre s’occupe d’arrêter ça. Personne ne s’en occupera. Personne d’autre que nous n’existe.
J’ai fait l’expérience l’autre soir. J’ai posé la question à 17 personnes que je connais — des amis, de la famille, des collègues, tous éduqués, tous lecteurs de journaux, tous censés être informés. Je leur ai demandé : « Qu’est-ce qui se passe en Ukraine en ce moment précis ? » Sur 17 personnes, 14 n’avaient aucune idée que la ligne de front avait bougé de 50 km en faveur de la Russie depuis 6 mois. 12 ne savaient pas que la moitié de l’aide militaire américaine était bloquée au Congrès depuis novembre 2024. 9 pensaient que « la guerre était à peu près finie ». Personne ne savait qui était Poklonskaïa, Patrouchev, Kadyrov, ou même Soloviev. Voilà nos élites éclairées. Voilà ceux qui sont censés sauver la civilisation. Ils ne savent même pas qu’elle est en train de tomber.
Dans 100 ans, qui se souviendra de l'Amérique ?
Les vainqueurs écrivent l’histoire — et nous ne sommes plus en train de gagner
Pose-toi la question, Maxime. Vraiment. Pose-la jusqu’à ce qu’elle te brûle. Dans 100 ans, en 2126, qui se souviendra des États-Unis d’Amérique ? Qui ? Quels enfants apprendront dans quels manuels scolaires que les Américains ont vaincu le nazisme, libéré l’Europe, mis un homme sur la Lune, inventé Internet, fait tomber l’Union soviétique sans tirer un coup de feu ? Si la Chine domine le monde en 2126 — et c’est la trajectoire actuelle, n’en déplaise aux optimistes professionnels —, alors les manuels scolaires de Shanghai, Pékin, Lagos, Karachi, Jakarta, Le Caire, Buenos Aires raconteront une autre histoire. Celle où l’Amérique aura été un bref intermède impérialiste entre la Chine impériale millénaire et la Chine communiste éternelle.
Et cette autre histoire est déjà en cours d’écriture. Elle s’écrit en ce moment précis dans les Confucius Institutes que la Chine finance à hauteur de 10 milliards de dollars par an dans 162 pays. Elle s’écrit dans les bourses Belt and Road qui ramènent 500 000 étudiants africains, latino-américains et asiatiques par an à Pékin pour qu’ils y apprennent l’histoire vue de Pékin. Elle s’écrit dans les médias d’État chinois — CGTN, Xinhua, Global Times — qui diffusent dans 84 langues sur six continents. Elle s’écrit dans TikTok, propriété de ByteDance, propriété du Parti communiste chinois, qui module les algorithmes pour faire diminuer la visibilité des contenus pro-Tibet, pro-Taïwan, pro-Hong Kong, pro-Ouïghours. L’histoire de demain se rédige aujourd’hui. Et nous ne tenons pas la plume.
La Chine a déjà effacé nos 150 000 morts
Voici le détail qui me déchire le cœur, Maxime. Le détail qui devrait déchirer le cœur de chaque Américain, de chaque Canadien, de chaque Occidental. Entre 1941 et 1945, dans le théâtre Pacifique-Asie, près de 150 000 soldats américains sont morts — à Iwo Jima, Okinawa, Guadalcanal, dans la jungle birmane, sur les rivières chinoises où les pilotes des Flying Tigers tombaient en flammes en mitraillant les colonnes japonaises pour sauver les villes chinoises. Ces 150 000 jeunes hommes ont laissé leurs os dans le Pacifique pour libérer la Chine de l’occupation japonaise qui durait depuis 1937 et qui avait déjà tué 20 millions de Chinois, dont 300 000 massacrés à Nankin en six semaines.
Que disent les manuels scolaires chinois aujourd’hui sur ces 150 000 morts ? Rien. Pas une ligne. Pas un mémorial à Pékin. Pas une rue qui porte le nom de Claire Chennault, ce général américain qui a créé les Flying Tigers et qui a sauvé Chongqing en 1942. Pas un monument à Joseph Stilwell, qui a commandé les forces alliées en Birmanie et qui détestait Tchang Kaï-chek mais qui se battait pour libérer la Chine quand même. Officiellement, dans les manuels chinois de 2025, c’est Mao qui a vaincu le Japon. Mao, qui passait la guerre caché dans les grottes de Yan’an pendant que d’autres mouraient. Mao, dont les communistes représentaient au plus 5% de la résistance armée anti-japonaise. Mao, le grand vainqueur fictif d’une guerre qu’il a regardée de loin.
Voilà comment la Chine traite ceux qui sont morts pour elle. Et tu crois — vraiment, sérieusement, naïvement, tu crois — que cette même Chine, si elle gagne la compétition civilisationnelle du XXIᵉ siècle, va nous réserver une place glorieuse dans ses livres d’histoire ? Tu crois qu’elle va écrire : « Les Américains, malgré leurs défauts, ont été une grande civilisation qui a tenté de préserver la liberté humaine » ? Non. Elle écrira : « L’hégémonie américaine, brève et brutale, a fini par s’effondrer sous le poids de ses contradictions internes, laissant place à l’ordre harmonieux multipolaire dirigé par la Chine. » Voilà ce qu’elle écrira. Et personne ne contestera, parce que personne ne se souviendra de la version originale.
J’ai vu un jour, à Washington, le mémorial de la Seconde Guerre mondiale au National Mall. Un long mur de granit avec 4 048 étoiles d’or. Chaque étoile représente 100 soldats américains morts. 4 048 étoiles. 404 800 vies. Je suis resté planté devant ce mur 40 minutes, à pleurer comme un imbécile, à toucher la pierre, à essayer de comprendre. Ces gamins de 19 ans morts à Anzio, à Bastogne, à Tarawa, à Saipan — pour qui sont-ils morts ? Pour la liberté, m’a-t-on appris à l’école. Pour empêcher la barbarie. Pour défendre une certaine idée de l’humanité. Et nous, leurs descendants, leurs héritiers, leurs débiteurs moraux pour l’éternité — nous sommes en train de brader leur sacrifice pour quelques années de confort supplémentaire. Si l’âme existe, leurs âmes nous regardent. Et elles ont honte de nous.
Frapper ou mourir — il n'y a plus d'option intermédiaire
L’âge des demi-mesures est terminé
Voilà ce qu’il faut comprendre, Maxime. Voilà ce qu’il faut hurler dans tous les médias, dans tous les Parlements, dans tous les bistrots du monde libre. L’âge des demi-mesures est terminé. Il s’est terminé exactement le 24 février 2022 à 5h00 du matin, quand les premiers missiles Iskander ont frappé Kiev. Depuis ce jour, nous sommes officiellement en guerre — pas une guerre déclarée, pas une guerre conventionnelle, mais une guerre civilisationnelle totale qui se joue sur tous les fronts simultanément : militaire en Ukraine, économique sur les semi-conducteurs, technologique sur l’IA, informationnel sur TikTok, démographique aux frontières, cyber sur les infrastructures critiques, spatial sur les satellites. Tous les fronts, tous les jours, partout. Et nous, nous combattons à 30% de notre capacité, en demandant pardon pour exister.
Frapper signifie ce que le mot dit. Frapper. Avec tous les outils. Saisir les 300 milliards d’avoirs russes gelés dans les banques occidentales et les transférer à l’Ukraine — pas demain, pas après le prochain sommet, mais lundi matin à 9h00, par décret. Lever toutes les restrictions sur les frappes ukrainiennes en territoire russe — Tomahawks, ATACMS, Storm Shadow, Taurus, sans limite, sans permission, sans hésitation. Bloquer totalement les exportations chinoises de semi-conducteurs avancés, de technologies duales, d’équipements industriels critiques. Multiplier par cinq les budgets de défense des pays de l’OTAN — pas 2% du PIB, 5% — et ramasser ces 5% sur le confort des Bitter Boomers qui ont passé 40 ans à voter contre l’entretien de la civilisation qui les a faits riches.
Reconstruire — vite, brutalement, sans excuses
Et reconstruire. Reconstruire ce que nous avons laissé pourrir. Réindustrialiser massivement — 10 millions d’emplois manufacturiers à ramener aux États-Unis dans les 10 prochaines années, par tarifs douaniers de 60% sur la Chine si nécessaire, par subventions massives, par formation accélérée. Reconstruire la marine américaine pour qu’elle redevienne 500 navires au lieu de 293. Construire 20 nouveaux porte-avions en parallèle — la Chine en construit trois en même temps en ce moment, nous on en rénove un. Relancer le programme spatial avec une vraie ambition : base permanente sur la Lune en 2030, premier humain sur Mars en 2035, ascenseur orbital fonctionnel en 2050. Investir 200 milliards par an dans la science fondamentale. Doubler les budgets de la DARPA, de la NSF, du NIH. Faire venir 100 000 cerveaux étrangers par an avec citoyenneté en 6 mois et financements illimités.
Et oui — oui, je vais le dire — assumer ce que nous sommes. Arrêter de s’excuser. Arrêter d’enseigner à nos enfants que l’Occident est une honte. L’Occident a inventé les droits humains. L’Occident a aboli l’esclavage. L’Occident a créé la démocratie moderne. L’Occident a allongé l’espérance de vie humaine de 30 ans. L’Occident a éradiqué la variole, mis à genoux la polio, divisé par dix la mortalité infantile mondiale. L’Occident a inventé Internet, le téléphone, l’avion, l’ampoule électrique, le moteur à combustion, le vaccin à ARN messager, l’IRM, le sequencing génétique. Aucune autre civilisation dans l’histoire humaine n’a fait autant pour le bien collectif de l’espèce. Et nous sommes la première génération à enseigner à nos enfants que cet héritage est un crime. Stoppons cette folie suicidaire. Maintenant.
Ce qui me terrifie le plus, ce n’est pas la Chine. La Chine est ce qu’elle est — un État autoritaire millénaire qui a toujours fonctionné comme ça et qui fonctionnera toujours comme ça. La Chine fait son boulot de Chine. Ce qui me terrifie, c’est nous. C’est notre incapacité collective à nommer le danger. Notre obsession à trouver des « nuances » partout, à comprendre « le point de vue de l’autre côté », à ne surtout pas paraître arrogants, à faire profil bas, à laisser passer, à ne pas vouloir trop. Cette posture-là — cette posture du diplomate fatigué qui fume son cigare en regardant le monde brûler — n’est pas de la sagesse. C’est de la lâcheté drapée dans le smoking de la sophistication. Et l’histoire ne pardonne pas la lâcheté drapée.
Il est 19h47 du soir et il faut conclure
Nous avons peut-être encore dix ans
Il est 19h47. J’ai commencé ce texte il y a 90 minutes. Pendant ces 90 minutes, quatre Ukrainiens sont morts sous des bombes russes, deux Israéliens sont morts à Gaza, un journaliste a été emprisonné en Iran, trois dissidents ont été interrogés à Pékin, douze migrants se sont noyés en Méditerranée. Le monde tourne. Et il tourne contre nous, lentement, méthodiquement, jour après jour. La trajectoire est claire pour quiconque accepte de regarder. Nous perdons. Et nous perdons par notre faute, pas par la force de nos adversaires.
Mais il nous reste — peut-être — encore une fenêtre. Selon les analystes du Pentagone, du CSIS, du RAND, de l’IISS, nous avons entre 7 et 12 ans avant que la fenêtre se referme définitivement. Sept à douze ans pour réindustrialiser, réarmer, reconstruire, redevenir crédibles. Sept à douze ans pour remplacer Obama et Biden — ces deux symboles de l’hésitation érigée en principe — par des dirigeants qui comprennent que l’histoire n’attend pas, que les civilisations ne survivent pas par la passivité, que le pouvoir respecte uniquement le pouvoir. Sept à douze ans. Ce n’est pas beaucoup. Mais c’est assez. Si on commence maintenant.
Le choix nous appartient — pour la dernière fois peut-être
Alors voilà, Maxime. Voilà ce que je voulais dire à 18h17 du soir et que j’arrive enfin à formuler à 19h47. Nous avons un choix. Un seul. Frapper ou mourir. Pas demain — maintenant. Pas avec des demi-mesures — avec toute la force d’une civilisation qui a posé un homme sur la Lune en huit ans et qui peut, si elle le décide vraiment, refaire ce qu’elle a fait avant. Frapper signifie reprendre la main. Frapper signifie nommer l’ennemi sans euphémismes. Frapper signifie accepter que la guerre n’est pas une anomalie historique mais le mode par défaut de l’histoire humaine, et qu’une civilisation qui refuse de combattre se condamne à être dévorée par celles qui acceptent.
Mourir, c’est continuer. Continuer Obama, continuer Biden, continuer la complaisance, continuer le déni, continuer à scroller TikTok pendant que Rome brûle. Mourir, c’est accepter que dans 100 ans, nos arrière-petits-enfants apprendront le mandarin obligatoirement à l’école, regarderont des films chinois où les Américains seront caricaturés en envahisseurs maladroits, fêteront les anniversaires de Mao Zedong au lieu de la Fête nationale du 4 juillet. Mourir, c’est accepter que nous serons une page. Une seule page dans un livre d’histoire chinois. Et encore — une page écrite avec mépris, par les vainqueurs, qui auront effacé nos morts comme ils ont effacé les 150 000 GI’s tombés pour libérer la Chine.
Le choix nous appartient. Pour la dernière fois peut-être. Choisis bien, Amérique. Choisis bien, Occident. Choisis bien, civilisation judéo-chrétienne-gréco-romaine-démocratique-libérale qui a tant donné au monde et qui mérite de continuer à exister. Tu as tout pour gagner — l’argent, la technologie, les cerveaux, les alliés, la culture, la puissance, le rêve. Tu n’as qu’une seule chose à retrouver : le courage de te battre pour toi-même. Et si tu retrouves ce courage, alors dans 100 ans, ce ne sera pas la Chine qui écrira l’histoire. Ce seront tes petits-enfants. Et ils écriront, avec fierté, qu’au moment crucial du XXIᵉ siècle, leurs grands-parents se sont réveillés à temps. Frappe ou meurs, Amérique. Il n’y a plus d’option intermédiaire. Il n’y en a jamais vraiment eu.
Signé Maxime Marquette
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