L’arme de propagande de Poutine
Le Sukhoi Su-57 n’est pas qu’un avion. C’est un totem. Présenté comme l’égal du F-22 américain, il devait prouver que la Russie post-soviétique pouvait encore concurrencer l’Occident sur la technologie de pointe. Programme lancé en 2002. Premier vol en 2010. Vingt-trois ans de retards, de scandales, de moteurs qui explosent au sol.
En 2018, Poutine en avait fait son ambassadeur. Quatre exemplaires envoyés en Syrie, photographiés, médiatisés. Des avions sortis pour la caméra, jamais pour le combat réel. Et aujourd’hui ? Un de ces totems brûle sur une piste de l’Oural. Ce n’est pas une perte militaire. C’est une humiliation civilisationnelle.
Combien en reste-t-il vraiment
Les estimations occidentales convergent : entre 22 et 28 Su-57 opérationnels en novembre 2025. La Russie en avait promis 76 d’ici 2028. Le programme a accumulé 6 ans de retard. Chaque appareil détruit représente près de 4 % de la flotte. Et pourtant, Moscou continue de prétendre que rien ne change.
Andriï, ingénieur ukrainien que j’ai contacté via Signal, me l’a dit en deux phrases : « Ils ne peuvent pas en construire un nouveau avant 18 mois. Les sanctions ont coupé les puces taïwanaises. » Voilà la vérité que personne ne veut formuler. Chaque Su-57 perdu est un Su-57 que la Russie ne remplacera pas avant deux ans.
Je pense à cet ingénieur russe, peut-être à Komsomolsk-sur-l’Amour, où ces avions sont assemblés. Il sait. Il sait que les composants n’arrivent plus. Il sait que les feuilles de route mentent. Il sait qu’on lui demande de fabriquer des chimères avec des pièces qui n’existent pas. Et il se tait. Parce que parler, en Russie, c’est mourir.
Shagol, la base qui n'aurait jamais dû être touchée
Mille huit cents kilomètres de mensonge stratégique
La base de Shagol abrite le 2e régiment de l’aviation des bombardiers de la garde. Située à l’ouest de Tcheliabinsk, elle servait depuis 2022 de zone de stockage et de maintenance pour les bombardiers déployés sur le front ukrainien. Les généraux russes l’avaient choisie pour une raison simple : elle était censée être inaccessible.
1 800 kilomètres. Aucun drone connu publiquement ne devrait pouvoir parcourir cette distance, frapper avec précision, et rentrer. Et pourtant, c’est exactement ce qui s’est produit. L’Ukraine a soit développé un nouveau drone à long rayon d’action, soit utilisé une combinaison de relais que les services occidentaux examinent en silence.
Ce que les images satellites montrent
Les premières images Planet Labs publiées le 30 novembre montrent deux carcasses calcinées sur l’aire de stationnement nord. La signature thermique correspond à un incendie de carburant aviation. Les ailes du Su-57 sont reconnaissables à leur forme caractéristique en delta modifié. Le Su-34, plus massif, gît à 200 mètres.
Et pourtant, le ministère russe de la Défense parle d’« exercice d’entraînement avec incident technique ». La phrase est tellement absurde qu’elle révèle elle-même son mensonge. Aucun exercice ne brûle deux appareils de cinquième génération en même temps. Personne n’y croit. Personne. Pas même à Moscou.
Et pourtant ils mentent. Ils mentent depuis le 24 février 2022, et ils continueront de mentir jusqu’à la dernière heure. Mais le mensonge russe a une particularité que j’observe depuis trois ans : il s’adresse aux Russes, pas au monde. Le Kremlin sait que le monde ne le croit pas. Il veut juste que ses propres citoyens doutent. Le doute, c’est la matière première de la dictature.
Le Su-34, le bombardier qui tuait des enfants
L’arme de Marioupol et de Vinnytsia
Le Sukhoi Su-34 n’est pas un avion comme les autres pour les Ukrainiens. C’est l’avion de Marioupol. Celui qui a largué les bombes sur le théâtre dramatique le 16 mars 2022, tuant entre 300 et 600 civils réfugiés. Celui qui a frappé Vinnytsia le 14 juillet 2022, tuant Liza Dmitrieva, 4 ans, en fauteuil roulant rose.
Chaque Su-34 détruit, c’est une bombe planante de moins qui tombera sur Kharkiv, sur Sumy, sur Zaporijjia. Mathématiquement. La Russie produit environ 14 Su-34 par an au rythme actuel. L’Ukraine en a détruit, selon les estimations recoupées d’Oryx, entre 35 et 38 depuis le début de l’invasion. Shagol porte ce chiffre plus haut.
La bombe planante, l’arme du désespoir russe
Le Su-34 est le porteur principal des FAB-1500, ces bombes soviétiques d’1,5 tonne modifiées avec des kits de planage. Coût unitaire : 50 000 dollars. Portée : 70 km. Précision : médiocre. Effet : dévastateur sur les zones urbaines. Depuis l’été 2024, ces bombes ont rasé Vovtchansk, Avdiivka, et une dizaine de villages frontaliers.
Et pourtant, chaque appareil porteur détruit ralentit cette campagne d’une façon que les statistiques ne capturent pas. Un avion en moins, c’est trois ou quatre sorties opérationnelles annulées par jour. Chaque sortie annulée, c’est un quartier qui ne brûle pas. C’est une vieille femme à Kharkiv qui dort une nuit de plus.
Liza Dmitrieva avait 4 ans. Elle portait une robe à fleurs. Elle marchait avec sa mère vers une séance d’orthophonie quand un Su-34 a largué un missile Kalibr sur Vinnytsia. Sa mère a survécu, gravement blessée. Liza, non. Je n’oublie pas son nom. Je n’oublierai jamais son nom. Et chaque Su-34 qui brûle sur une piste russe, c’est un peu de justice qui revient pour Liza. Pas toute. Jamais toute. Mais un peu.
Comment l'Ukraine a frappé à 1 800 km
Le drone à très longue portée, l’invention silencieuse de Kyiv
L’Ukraine ne dit jamais comment elle frappe. C’est une règle de fer du SBU et du HUR depuis 2022. Mais les indices convergent : il s’agit probablement d’un drone de la famille Liutyi ou d’une variante non répertoriée du FP-1, capables de parcourir 2 000 km avec une charge de 75 kg. Coût unitaire estimé : 200 000 dollars.
Faites le calcul. Un drone à 200 000 dollars qui détruit un Su-57 à 50 millions et un Su-34 à 36 millions. Ratio de retour sur investissement : 430 pour 1. Aucune armée dans l’histoire moderne n’a obtenu un tel rendement. Et pourtant, à Washington comme à Berlin, certains parlementaires hésitent encore à débloquer les budgets pour soutenir Kyiv. La folie a un nom.
La signature de la HUR de Kyrylo Boudanov
Kyrylo Boudanov, chef du renseignement militaire ukrainien (HUR), n’a pas commenté publiquement. C’est sa marque. Il laisse parler les résultats. Mais la frappe porte sa signature : longue préparation, cible à très haute valeur symbolique, exécution chirurgicale, communication minimale. La même méthodologie que pour le sabotage du pont de Crimée en octobre 2022.
Et pourtant, certains analystes occidentaux continuent de présenter le HUR comme une « petite agence ». Ils n’ont rien compris. Le HUR de Boudanov a réinventé la guerre asymétrique avec les moyens du bord. C’est le service de renseignement le plus innovant du XXIe siècle, et personne n’ose encore le dire à voix haute en Occident.
Boudanov a 39 ans. Il a survécu à dix tentatives d’assassinat documentées. Sa femme a été empoisonnée en 2023, elle s’en est sortie. Il dort dans un endroit différent chaque nuit. Et pourtant il continue. Il continue de planifier des opérations qui font reculer un empire de 144 millions d’habitants. Quand on dit « héros », on devrait penser à lui. Pas aux figurines de cinéma.
Ce que Moscou cache et pourquoi
Le silence assourdissant du Kremlin
Sept heures de silence officiel. Puis le ministère de la Défense russe a parlé d’« incident d’entraînement ». Aucun chiffre. Aucune photo. Aucune reconnaissance des appareils détruits. Cette stratégie de déni a un nom dans les manuels de l’OTAN : « contrôle réflexif ». Elle vise à créer le doute pour paralyser l’adversaire.
Sauf que ça ne marche plus. Les chaînes Telegram militaires russes — Rybar, Boris Rojine, Voïenny Osvédomitel — ont reconnu la frappe, contredisant ouvertement le Kremlin. Pour la première fois depuis 2022, on observe une fracture publique entre la propagande officielle et les milblogers nationalistes. C’est un signal politique majeur.
La peur de Poutine, enfin nommée
Pourquoi ce silence ? Parce que reconnaître la perte du Su-57 reviendrait à admettre que la stratégie de sanctuarisation territoriale sur laquelle Poutine a misé toute sa guerre s’effondre. Si Shagol n’est plus sûre, alors Engels n’est plus sûre. Saratov n’est plus sûre. Mozdok n’est plus sûre. Toute la Russie devient vulnérable.
Et pourtant, certains commentateurs occidentaux continuent de répéter le narratif du Kremlin : « il faut négocier, l’Ukraine ne peut pas gagner ». Ils mentent. Ou ils ne lisent pas. Ou les deux. Une armée qui détruit des Su-57 à 1 800 km de sa frontière n’est pas une armée qui perd. C’est une armée qui change la nature de la guerre.
Je pense à ces éditorialistes parisiens, new-yorkais, berlinois, qui depuis trois ans nous expliquent que l’Ukraine devrait « accepter des compromis territoriaux ». Aucun n’a jamais entendu une bombe planante de 1,5 tonne tomber sur sa rue. Aucun n’a jamais cherché son enfant dans les décombres d’une école. Et pourtant ils parlent. Ils parlent comme on parle d’un match de football. Le sang ukrainien, pour eux, c’est une statistique.
L'effet domino sur la stratégie russe
Le redéploiement forcé qui vient
Après cette frappe, l’aviation russe va devoir redéployer ses appareils de haute valeur encore plus à l’est. Probablement vers Belaïa en Sibérie, ou Ukrainka dans l’Extrême-Orient. Mais chaque kilomètre supplémentaire entre la base et le front ukrainien signifie : moins de sorties par jour, plus de carburant consommé, plus d’usure des cellules.
L’efficacité opérationnelle russe va chuter mécaniquement de 15 à 20 % selon les estimations du Royal United Services Institute publiées la semaine dernière. C’est massif. Et c’est cumulatif avec les destructions précédentes à Engels (décembre 2022), Soltsy (août 2023), Olenia (juillet 2024).
L’épuisement systémique
Depuis 2022, l’Ukraine a détruit ou endommagé selon Oryx plus de 110 avions russes, dont au moins 38 Su-34, 15 Su-25, 7 Tu-22M3, et désormais au moins 2 Su-57. La Russie ne peut plus remplacer ses pertes au rythme où elle les subit. Les sanctions occidentales sur les composants électroniques ont divisé par trois la cadence de production des chasseurs modernes.
Et pourtant, à chaque sommet européen, des dirigeants timides continuent de freiner l’aide militaire. Viktor Orbán bloque, Robert Fico ralentit, certains lobbies allemands hésitent. Ils ne comprennent pas qu’ils sont en train de perdre la fenêtre stratégique du siècle. L’Ukraine est en train de saigner la Russie. Il faut accélérer, pas freiner.
Et pourtant, j’ai cette image en tête. Volodymyr Zelensky en novembre 2025, à 47 ans, le visage creusé, qui plaide encore et toujours pour des armes. Pour des autorisations de tir longue portée. Pour des avions. Et ces dirigeants européens qui répondent : « on étudie, on évalue, on coordonne ». Pendant qu’à Shagol, l’Ukraine vient de prouver, encore une fois, qu’elle se débrouille seule. Mais combien de temps encore peut-elle se débrouiller seule ?
La nouvelle géographie de la peur russe
Aucun sanctuaire, plus jamais
Avant Shagol, le concept de « profondeur stratégique » russe était un dogme. La Russie, vaste de 17 millions de kilomètres carrés, pouvait toujours reculer ses actifs militaires hors de portée. C’était la doctrine soviétique depuis 1941. Cette doctrine est morte le 28 novembre 2025.
Désormais, chaque base russe située jusqu’à l’Oural — soit près de 80 % du potentiel aérien stratégique russe — est en zone de tir ukrainienne. Cela inclut Engels-2 (où sont stationnés les bombardiers nucléaires Tu-95), Olenia (Tu-22M3), Belbek (Crimée), Saki, Privolzhski, Diaghilevo.
L’humiliation des chefs militaires
Sergueï Surovikine, ancien chef de l’aérospatiale militaire russe, avait juré en 2023 que les bases au-delà de l’Oural étaient « techniquement inatteignables ». Il a été démis discrètement après la mutinerie Wagner. Son successeur, Viktor Afzalov, vient de subir le démenti le plus cinglant de sa carrière. À chaque frappe ukrainienne profonde, un général russe est désavoué.
Et pourtant, aucun n’est limogé publiquement. Parce que les limoger reviendrait à admettre l’échec. Alors Poutine les laisse en poste, humiliés, paralysés. C’est exactement la dynamique que Staline avait imposée à la Wehrmacht en 1942-1943. L’histoire bégaye, mais cette fois, c’est la Russie qui joue le rôle de l’Allemagne nazie en déclin.
Je pense à Afzalov, ce matin. Dans son bureau du ministère, à Moscou. Il regarde les photos satellite. Il sait qu’il va être convoqué. Il sait qu’il va devoir mentir à Poutine, ou dire la vérité et mourir politiquement. Il choisira le mensonge, comme tous les autres. Et c’est exactement comme ça que les empires s’effondrent : par accumulation de petits mensonges qui finissent par former une montagne d’illusions.
Ce que cela change pour l'Occident
La preuve que l’Ukraine peut gagner
Pour les hésitants, pour les frileux, pour les « réalistes » qui prêchent le compromis : voici la preuve. L’Ukraine peut frapper la Russie en profondeur, détruire ses actifs les plus précieux, et imposer une attrition stratégique. Avec un budget militaire 12 fois inférieur à celui de la Russie. Avec une population trois fois plus petite. Avec une économie sept fois plus modeste.
Et pourtant, certains diplomates européens continuent de dire que « la victoire ukrainienne est impossible ». Ils confondent victoire et conquête de Moscou. La victoire ukrainienne, c’est cela : rendre la guerre tellement coûteuse pour la Russie qu’elle finit par capituler ou s’effondrer de l’intérieur. Shagol est un pas de plus dans cette direction.
L’urgence d’une livraison massive
Les missiles Taurus allemands ont une portée de 500 km. Les JASSM-ER américains, 925 km. Les Storm Shadow britanniques, 250 km. Aucun ne peut atteindre Shagol. L’Ukraine l’a fait avec ses propres drones. Imaginez si Berlin et Washington débloquaient enfin les autorisations sans restriction. La guerre se terminerait en 18 mois.
C’est ce que disent en privé plusieurs généraux de l’OTAN. C’est ce qu’a déclaré le général américain Ben Hodges à plusieurs reprises depuis 2023. Et pourtant, les politiques freinent. Pourquoi ? Parce qu’ils ont peur d’une « escalade ». Mais l’escalade existe déjà. C’est juste que la Russie l’inflige à l’Ukraine seule.
Et pourtant, je continue d’espérer. Pas par naïveté. Par observation. Chaque mois depuis trois ans, la machine ukrainienne devient plus précise, plus profonde, plus inventive. Chaque mois, la machine russe devient plus rouillée, plus mensongère, plus désespérée. Le rapport de force est en train de basculer. Lentement. Trop lentement pour les enfants qui meurent. Mais il bascule. Et Shagol est l’une des dates où l’Histoire pivote.
Les trois prochaines cibles probables
Engels-2, la base nucléaire
Engels-2, dans la région de Saratov, abrite les bombardiers stratégiques Tu-95MS et Tu-160, capables de porter des armes nucléaires. Distance depuis la frontière ukrainienne : 730 km. Déjà frappée trois fois (décembre 2022, mars 2024, août 2025). Mais jamais avec ce niveau de précision.
Si l’Ukraine peut atteindre Shagol à 1 800 km, alors Engels à 730 km est une cible plate. La question n’est plus de savoir si, mais quand. Et chaque Tu-95 détruit, c’est un missile Kh-101 de moins qui frappera les centrales électriques ukrainiennes cet hiver.
Akhtoubinsk, le centre d’essais
La base d’Akhtoubinsk, dans la région d’Astrakhan, est le centre d’essais de l’aviation russe. C’est là que sont testés tous les nouveaux modèles de Su-57. C’est aussi là que se trouvent les S-70 Okhotnik, drones lourds furtifs en développement. Une frappe sur Akhtoubinsk ramènerait le programme Su-57 à zéro pour cinq ans.
Et pourtant, Akhtoubinsk était considérée comme intouchable jusqu’à hier. Aujourd’hui, plus rien n’est intouchable. Les ingénieurs russes y travaillent en sachant qu’ils peuvent mourir à tout moment. L’effet psychologique sur la chaîne de production militaire russe est incalculable.
Je pense à ces ingénieurs russes, dans leurs bureaux d’Akhtoubinsk. Ils ont des familles. Des enfants. Ils n’ont pas choisi cette guerre. Mais ils la rendent possible. Chaque schéma qu’ils dessinent, chaque ligne de code qu’ils écrivent, chaque test qu’ils valident, c’est une ville ukrainienne en plus qui sera bombardée. Je ne peux pas les plaindre. Pas après Marioupol. Pas après Boutcha. Pas après Liza.
L'industrie aéronautique russe au bord du gouffre
La cadence de production effondrée
L’usine KnAAZ à Komsomolsk-sur-l’Amour, qui assemble les Su-57 et les Su-35, devait produire 12 appareils en 2024. Elle en a livré 4. Pour 2025, l’objectif a été révisé à 8. Selon les estimations du Center for Strategic and International Studies, la production réelle ne dépassera pas 5 unités cette année.
Pourquoi ? Parce que les puces de contrôle de vol viennent — venaient — de Taïwan via la Suisse. Coupées par les sanctions. Les Russes essaient de les remplacer par des composants chinois bas de gamme. Le résultat : avions moins fiables, taux de panne au sol multiplié par trois. Chaque Su-57 livré aujourd’hui est techniquement inférieur à ceux de 2022.
Le point de rupture industriel
Si l’Ukraine continue à détruire 2 à 3 appareils de cinquième génération par an, la flotte russe de Su-57 va diminuer en valeur absolue. C’est inédit dans l’histoire d’une grande puissance. Même l’Allemagne nazie maintenait sa production aéronautique jusqu’en 1944. La Russie de Poutine est en train de se désindustrialiser militairement en pleine guerre.
Et pourtant, à Davos, certains capitaines d’industrie occidentaux parlent encore de « rouvrir le commerce avec la Russie après la guerre ». Quelle guerre ? Celle qu’ils espèrent négocier sur le dos de Kyiv ? Ces gens n’ont pas compris que cette guerre est civilisationnelle. Soit l’Ukraine gagne et la démocratie tient. Soit la Russie gagne et l’Europe entière entre dans l’ère du chantage permanent.
Et pourtant je vois ces patrons français, allemands, italiens, qui rêvent secrètement du retour à 2021. Au gaz pas cher. Aux contrats sans état d’âme. Aux dîners à Saint-Pétersbourg. Ils ne reviendront pas. Pas à mon avis. Pas à celui des Ukrainiens qui ont enterré leurs enfants. Et chaque fois qu’un Su-57 brûle, c’est aussi un peu de cette nostalgie complice qui part en fumée.
Ce que les Russes savent vraiment
Les fissures internes du discours officiel
Les sondages indépendants restent rares en Russie, mais le Levada Center a publié en octobre 2025 une donnée révélatrice : 34 % des Russes interrogés disent ne plus croire les communiqués officiels du ministère de la Défense. C’est le plus haut niveau de défiance depuis 1991. La frappe de Shagol va aggraver cette tendance.
Pourquoi ? Parce que Tcheliabinsk est une ville d’1,2 million d’habitants. La fumée de Shagol était visible depuis les quartiers résidentiels. Des milliers de citoyens ont filmé. Les vidéos circulent sur VK, sur Telegram, malgré la censure. Le Kremlin ne peut plus enterrer cette frappe.
Les milblogers, fissure idéologique majeure
Les blogueurs militaires russes nationalistes — Igor Girkine emprisonné, Igor Strelkov, WarGonzo, Boris Rojine — formaient le pilier idéologique du soutien à la guerre. Depuis 2024, ils critiquent ouvertement la conduite des opérations. La frappe de Shagol va probablement déclencher une nouvelle salve d’attaques contre l’État-major russe.
Et pourtant, Poutine ne peut ni les faire taire (ils sont trop lus), ni les laisser parler (ils sapent l’autorité). Cette schizophrénie médiatique est le symptôme d’un régime qui se fissure. L’effondrement ne viendra pas par une révolution démocratique. Il viendra par la rupture entre Poutine et ses ultras.
Je pense à Girkine, dans sa cellule pénitentiaire de l’Oural. Cet homme est un criminel de guerre. Il a organisé les premières exactions du Donbass en 2014. Et pourtant, c’est lui qui a fini par dire la vérité sur l’incompétence militaire russe. Quel pays est devenu la Russie, où il faut un criminel pour dire la vérité ? Et quel sera ce pays après Poutine ? Je n’ai aucune réponse. Personne n’en a.
L'Ukraine et son industrie de guerre
De pays agricole à puissance technologique
En 2022, l’Ukraine produisait essentiellement du blé et de l’acier. En 2025, elle produit plus de drones par mois que toute l’Europe occidentale réunie. Estimation : 4 millions de drones FPV en 2025, plus 30 000 drones longue portée. Aucune nation au monde n’a accompli une telle mutation industrielle en trois ans.
Et pourtant, certains analystes occidentaux continuent de présenter l’Ukraine comme « dépendante » de l’aide étrangère. C’est faux. L’Ukraine produit aujourd’hui 60 % de son armement, contre 5 % en 2022. La frappe de Shagol a été exécutée avec un drone ukrainien, conçu en Ukraine, programmé en Ukraine, lancé d’Ukraine.
Les usines mobiles cachées
L’industrie de drones ukrainienne est décentralisée à dessein. Plus de 200 entreprises, souvent de petites tailles, dispersées dans tout le pays, certaines installées dans des stations de métro reconverties. Cette structure rend les frappes russes inefficaces. Chaque drone russe Shahed qui détruit un atelier, c’est trois nouveaux ateliers qui ouvrent ailleurs.
Et pourtant, ce miracle industriel reste mal financé. Les entrepreneurs ukrainiens travaillent souvent à perte, soutenus par des fonds privés et des dons de la diaspora. Si l’Europe injectait 10 milliards d’euros sur 24 mois dans cette industrie, la production pourrait tripler. La guerre serait gagnée.
Et pourtant, à Bruxelles, on discute de bureaucratie. De gouvernance. De « cadres financiers pluriannuels ». Pendant qu’à Kyiv, des ingénieurs de 25 ans inventent dans des sous-sols les armes qui sauvent la civilisation européenne. L’écart entre la grandeur ukrainienne et la médiocrité bruxelloise me hante. Je ne sais pas comment l’Histoire jugera nos technocrates. Je sais comment elle jugera ces ingénieurs. Comme des héros.
La leçon stratégique de Shagol pour l'OTAN
La fin de la dissuasion par sanctuarisation
Pendant 70 ans, la doctrine OTAN reposait sur l’idée que la profondeur territoriale russe rendait impossible la destruction de ses actifs stratégiques sans escalade nucléaire. Cette doctrine est obsolète. L’Ukraine vient de prouver qu’avec des drones à 200 000 dollars, on peut frapper à 1 800 km sans déclencher d’escalade.
Cela change tout pour la planification militaire occidentale. Les bases russes en Kaliningrad, en Bélarus, en Crimée ne sont plus des sanctuaires. Les Iskander qui menacent Varsovie, Berlin, Riga, deviennent vulnérables aux frappes préventives. L’équilibre de la peur a basculé.
Le rattrapage occidental, urgent et coûteux
Les armées de l’OTAN n’ont pas développé d’équivalents aux drones longue portée ukrainiens. Le programme américain Rapid Dragon est embryonnaire. Le programme européen FCAS est en retard de dix ans. Si une guerre éclatait demain en Asie ou en Europe, les forces occidentales seraient technologiquement à la traîne face à l’asymétrie ukrainienne.
Et pourtant, certains généraux occidentaux refusent encore d’envoyer des observateurs en Ukraine pour apprendre. Par orgueil. Par bureaucratie. Par paresse intellectuelle. L’Ukraine est l’université militaire du XXIe siècle. Ne pas y inscrire ses meilleurs officiers, c’est accepter de perdre la prochaine guerre.
Je pense à ces colonels américains et français qui passent leur temps en réunions à Bruxelles. Ils analysent. Ils théorisent. Ils écrivent des rapports que personne ne lit. Pendant qu’à Kyiv, des lieutenants de 28 ans réinventent l’art de la guerre chaque semaine. Si j’étais ministre de la Défense, j’enverrais 500 officiers en stage permanent à Kyiv. Mais je ne suis pas ministre. Et personne ne m’écoute. Tant pis. Les Ukrainiens, eux, écoutent. Et ils gagnent.
Conclusion : Shagol et la fin d'une époque
Ce que cette nuit a vraiment détruit
Shagol n’a pas seulement détruit deux avions. Elle a détruit l’illusion russe d’invulnérabilité stratégique. Elle a détruit la doctrine de profondeur territoriale soviétique. Elle a détruit la prétention de Poutine à l’égalité technologique avec l’Occident. Elle a détruit, dans la nuit du 28 au 29 novembre 2025, l’image de la Russie comme grande puissance militaire.
Il reste deux carcasses fumantes sur une piste de l’Oural. Et un message, plus puissant que toutes les diplomaties : plus aucun coin de Russie n’est à l’abri. Cette phrase, gravée désormais dans les calculs stratégiques de chaque général russe, est la véritable victoire ukrainienne de la semaine.
L’Ukraine ne plie pas
Trois ans et neuf mois de guerre totale. Plus de 50 % des infrastructures électriques détruites. Des dizaines de milliers de soldats tombés. Des millions de déplacés. Et pourtant, dans la nuit du 28 novembre, l’Ukraine a frappé à 1 800 kilomètres. Avec ses propres drones. Avec son propre génie. Avec son propre courage.
Le monde regarde. Certains détournent les yeux. Certains comptent les morts comme des numéros. Mais ceux qui ont des yeux pour voir savent : l’Histoire est en train de basculer dans l’Oural. Et personne, pas même Poutine, ne peut plus arrêter ce basculement.
Je referme l’ordinateur. Il est 2h47 du matin à Montréal. À Tcheliabinsk, il fait jour, il fait froid, et deux carcasses fument encore. Je pense à Liza Dmitrieva, 4 ans. Je pense aux 300 morts du théâtre de Marioupol. Je pense à tous les enfants ukrainiens qui dormiront ce soir un peu mieux parce qu’un Su-34 ne décollera plus jamais. Ce n’est pas de la vengeance. C’est de la justice qui s’écrit, lentement, kilomètre par kilomètre. Et chaque kilomètre compte. Chaque carcasse compte. Chaque nom compte. Liza, je n’oublie pas. Personne n’oubliera.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Kyiv Independent — Couverture des frappes longue portée ukrainiennes — novembre 2025
Sources secondaires
International Institute for Strategic Studies — Russian aviation losses analysis 2025
Royal United Services Institute — Ukrainian deep strikes operational impact — octobre 2025
Oryx — Documented Russian aircraft losses since February 2022
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