Un théâtre sans acteurs
Une Place Rouge dégarnie. Quelques satrapes égarés. Aucun blindé qui roule, aucun missile qui défile. La célébration de la victoire de 1945, transformée en aveu de faiblesse de 2026. Le Kremlin a demandé un cessez-le-feu à l’Ukraine pour pouvoir parader tranquille. Vous lisez bien. L’empire qui voulait avaler Kyiv en trois jours quémande aujourd’hui trois jours de silence pour sauver les apparences.
Le printemps qui n'est jamais venu
L’offensive fantôme
Chaque année depuis 2023, le même scénario. La neige fond, les feuilles repoussent, et l’infanterie russe déferle. Deux secteurs cèdent, parfois trois. Cette fois, rien. 672 kilomètres carrés grignotés ce printemps, contre 827 l’an dernier, selon DeepState. La machine s’essouffle. Pas parce qu’elle a moins de chair à brûler, mais parce que la chair brûlée ne suffit plus à compenser la mort venue du ciel.
Pokrovsk, Sloviansk, Kostiantynivka
La ceinture qui tient
L’offensive russe au nord-ouest de Pokrovsk s’est ensablée dans le village de Hryshyne. À l’est de Sloviansk, même paralysie. Kostiantynivka, verrou sud de la « ceinture des forteresses » ukrainiennes, fait payer chaque rue, chaque maison, chaque mètre carré au prix du sang. Le Donbass ne tombe pas. Il résiste, brique par brique, cave par cave. Kharkiv, qui flirtait avec la portée d’artillerie il y a deux ans, respire de nouveau.
Les drones, la nouvelle artillerie
Le ciel ukrainien
Voilà le vrai basculement. Les frappes longue portée ukrainiennes ne sont plus des coups d’éclat, des feux d’artifice médiatiques. Elles sont devenues une campagne industrielle de destruction systématique des raffineries et terminaux pétroliers russes. Touapsé en feu. Novorossiisk frappée. Le carburant qui faisait tourner les chars manque dans les régions de l’arrière. L’économie de guerre russe craque par le portefeuille.
Le robinet humain
30 000 par mois, encore
Moscou recrute toujours entre 30 000 et 35 000 contractuels par mois. Pauvres des régions oubliées, criminels libérés, étrangers achetés, marginaux acculés. La Russie n’envoie plus une armée, elle envoie une démographie sacrifiée. Tant que ce robinet coule, le Kremlin tient. Mais le robinet coule sur une terre stérile : ces hommes meurent sans gagner de terrain. Le calcul devient absurde, même pour Poutine.
L'Amérique absente, l'Europe debout
Le réflexe de survie
Washington a lâché. Trump parle de cartes, comme au poker. Mais l’Ukraine n’a pas plié. Elle a fabriqué ses propres cartes : des drones produits à des millions d’unités, une industrie de guerre née sous les bombes, des Européens qui, lentement, ont compris que l’Atlantique ne les protégerait plus. Berlin, Paris, Varsovie : enfin les chéquiers s’ouvrent quand les valises américaines se ferment.
Les pièges de l'optimisme
Ce qu’on ne veut pas voir
Je refuse la fanfare. Une parade ratée n’est pas une capitulation. Un printemps lent n’est pas une déroute. L’Ukraine perd encore des soldats qu’elle ne peut pas remplacer, des villages qu’elle ne reverra peut-être jamais, des enfants déportés que personne ne ramènera. Les Russes apprennent eux aussi. Leurs drones s’améliorent. Leur guerre électronique mûrit. La courbe peut s’inverser en six mois.
La guerre des récits
Qui ment le mieux
Deux camps hurlent dans le vide. Les uns jurent que Moscou est déjà battue, qu’il faudra un siècle aux Russes pour prendre Kyiv à ce rythme. Les autres répètent que l’Ukraine doit signer aujourd’hui n’importe quoi, que le temps joue pour le Kremlin. Les deux mentent par confort idéologique. La vérité est plus rugueuse : la guerre d’usure est devenue une guerre d’intelligence, et pour la première fois depuis 2022, l’intelligence penche du côté ukrainien.
Ce que personne n'ose dire
Le tournant invisible
Poutine a déclaré cette semaine que la guerre était « presque terminée ». Qu’il accepterait de rencontrer Zelensky dans un pays tiers. Lui qui exigeait que l’Ukrainien vienne ramper à Moscou. Ce changement de ton n’est pas diplomatique. Il est symptomatique. Un homme qui croit gagner ne propose pas. Il dicte. Quand le Kremlin commence à parler de table, c’est que sous la table, quelque chose s’est cassé.
Conclusion
Alors, l’Ukraine gagne-t-elle ? Non. Pas encore. Pas comme on l’entend dans les films, avec les drapeaux qui flottent et les généraux qui signent. Mais pour la première fois depuis longtemps, elle ne perd plus. Et dans une guerre d’usure, cesser de perdre, c’est commencer à gagner. Les raffineries russes brûlent. La parade de Moscou ressemble à un enterrement. Les villages du Donbass tiennent. Quelque chose s’est déplacé ce printemps, quelque chose de discret, de presque silencieux, que les chiffres mesurent à peine mais que Poutine, lui, sent dans ses os. L’ours saigne. Il ne tombe pas encore. Mais il saigne. Et cela, en soi, est une victoire que personne n’imaginait possible il y a six mois.
Signé : Maxime Marquette, chroniqueur.
Sources
Kyiv Independent — Analysis: Is Ukraine really turning the tide of this war? (Francis Farrell, 10 mai 2026)Kyiv Independent — Putin says he believes war in Ukraine almost overKyiv Independent — Why Ukraine keeps striking TuapseKyiv Independent — Counterattacking through the kill zoneKyiv Independent — Russia’s stop-start offensive near Sloviansk
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