Le mot partenaire dans la bouche d’un loup
Partenaires. Le mot est doux. Le mot évoque les contrats équitables, les poignées de main, les usines qui tournent ensemble. Le mot évoque ce qu’on aurait voulu que le monde soit. Le mot n’a aucun rapport avec ce qui se passe.
Pendant que Xi prononçait la phrase, la Chine continuait de subventionner ses producteurs d’acier à hauteur de milliards. Pendant que Xi prononçait la phrase, Taïwan recevait sa septième alerte d’incursion aérienne du mois. Pendant que Xi prononçait la phrase, des chercheurs ouïghours sortaient des camps de rééducation avec dix kilos en moins et des silences qu’on ne brisera plus jamais.
Partenaires. Le mot juste, c’est rivaux qui font semblant de respirer ensemble pour reprendre leur souffle. Personne dans la salle ne l’a dit. Tout le monde dans la salle le savait.
Je n’ai pas envie de jouer au cynique. J’ai envie qu’on arrête de me prendre pour un imbécile.
Trump l’a appelée « historique »
Trump est sorti de la rencontre en disant que c’était une étape majeure. Trump dit ça à toutes les rencontres. Trump a dit ça à Kim Jong-un. Trump a dit ça à Poutine. Trump a dit ça en signant l’accord nord-américain qu’il a ensuite déchiré. Le mot historique dans sa bouche est un timbre-poste qu’il colle sur n’importe quelle enveloppe.
Mais cette fois-ci, il y a une nuance. Cette fois-ci, Trump a besoin de la phrase. Ses tarifs douaniers étranglent ses propres agriculteurs. Ses sondages glissent. Sa base commence à comprendre que la guerre commerciale qu’il avait promise gagnante coûte mille dollars par foyer par année. Trump avait besoin d’une poignée de main avant l’hiver.
Xi le savait. Xi a tendu la main. Xi a souri. Xi a empoché la photo. Et maintenant Xi va continuer exactement ce qu’il faisait avant.
Ce qu'on appelle géopolitique et qui s'appelle calcul
Deux empires, une seule comptabilité
On nous parle de « rééquilibrage stratégique ». On nous parle de « dialogue constructif ». On nous parle de « désescalade contrôlée ». Ce sont des mots de diplomates qui veulent garder leur poste. Ce sont des mots qui nous endorment pendant qu’on signe par-dessus nos têtes.
La vérité tient en trois chiffres. Premier chiffre : la Chine détient 859 milliards de dollars de dette américaine. Deuxième chiffre : les États-Unis achètent encore pour 450 milliards de marchandises chinoises chaque année. Troisième chiffre : aucun des deux pays ne peut se permettre une rupture totale sans s’effondrer en six mois.
Faque ils font semblant. Ils font semblant d’être partenaires parce qu’ils sont enchaînés l’un à l’autre par le portefeuille. Et nous, on regarde, comme on regarde deux boxeurs trop fatigués pour continuer à frapper mais trop fiers pour quitter le ring.
Je me suis retrouvé à chercher, dans la dépêche, le nom du Québec. Le nom du Canada. Le nom de quelqu’un qui paye. Je n’ai trouvé personne.
Ceux qui ne sont pas dans la salle
Dans la salle de Pékin, il y avait Xi. Il y avait Trump. Il y avait leurs traducteurs, leurs gardes du corps, leurs photographes officiels. Il n’y avait personne d’autre.
Pas le pêcheur philippin dont les bateaux se font éperonner dans la mer de Chine. Pas l’éleveur de bœuf de l’Alberta qui ne sait plus s’il pourra exporter en mars. Pas l’ouvrière de Shenzhen qui assemble des composants pour des entreprises qu’elle ne reverra jamais. Pas le chercheur taïwanais qui dort avec une valise prête à côté du lit. Pas toi.
Quand deux empires se serrent la main, ils ne se serrent pas la main pour toi. Ils se la serrent pour eux. Ils se la serrent pour gagner du temps. Ils se la serrent parce qu’ils ont compris qu’une guerre frontale coûterait trop cher à leurs élites — et que tant qu’on peut continuer à étrangler les autres, on continue.
La dette morale qu'on ne nomme jamais
Qui doit quoi à qui
Xi doit à son peuple une économie qui ne s’effondre pas, et il sait que sans l’Amérique comme client, le château chinois se fissure plus vite. Trump doit à sa base un récit de victoire, et il sait que sans une accalmie chinoise, ses agriculteurs vont voter contre lui en 2026. Aucun des deux ne doit quoi que ce soit à l’humanité qui les regarde.
C’est ça, le vrai contenu de la rencontre. Pas une « réconciliation historique ». Pas un « nouveau chapitre ». Un arrangement entre deux comptables qui ont compris qu’ils étaient au bord du même précipice.
Et nous, on applaudit
On applaudit parce que la bourse monte. On applaudit parce que les manchettes sont moins anxiogènes ce matin. On applaudit parce qu’on est fatigués. On est fatigués des guerres qui ne nous concernent pas mais qui nous coûtent quand même. On est fatigués des sommets qui ne sommetent rien. On est fatigués qu’on nous prenne pour des spectateurs alors qu’on paye les billets.
Lâche pas. Mais arrête de croire. Arrête de croire que cette poignée de main change quelque chose pour toi. Arrête de croire que parce que deux hommes ont souri devant des drapeaux, ton compte d’épicerie va baisser. Arrête de croire qu’on t’a inclus dans le calcul.
Je voudrais dire que je me trompe. J’attends qu’on me prouve que je me trompe. Personne ne se presse.
Conclusion : Ce qui restera quand les caméras seront parties
L’image qui reste
Dans six mois, on aura oublié la phrase. Dans six mois, on aura oublié la photo. Dans six mois, Xi continuera à militariser les îlots du Pacifique et Trump continuera à brandir ses tarifs comme un sabre rouillé. Et entre les deux, il y aura nous.
Il y aura nous qui aurons payé l’addition. Nous qui aurons regardé monter le prix du soja, de l’aluminium, des médicaments génériques. Nous qui aurons appris à dire tensions géopolitiques comme on dit il pleut, sans plus y penser, sans plus comprendre que chaque mot cache un travailleur licencié quelque part.
Xi a dit qu’on devrait être partenaires. Trump a dit que c’était historique. Les deux ont menti dans la même phrase, le même jour, devant les mêmes caméras. Et nous, on a hoché la tête. Parce qu’on n’a plus la force de faire autre chose.
La phrase qu’on aurait voulu entendre
On aurait voulu entendre : nous reconnaissons que nos rivalités coûtent à des millions de personnes qui ne nous ont rien demandé, et nous allons changer ça. On ne l’a pas entendue. On ne l’entendra pas. Parce que cette phrase-là, personne ne la prononce dans les salles avec des drapeaux qui se touchent presque.
Cette phrase-là, elle se prononce dans les cuisines. À 23h47. Devant un écran. Par quelqu’un qui n’a aucun pouvoir mais qui refuse de fermer les yeux. Par toi. Par moi. Par ceux qui comprennent que partenaires, ça veut dire autre chose que ce qu’ils en font.
Xi a tendu la main. Trump l’a serrée. Et la dette, elle, continue de tomber sur ceux qui n’étaient pas dans la salle. Comme toujours. Comme depuis toujours. Comme demain matin.
Signé Maxime Marquette
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.