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ANALYSE : Comment la campagne de drones de l’Ukraine a porté la guerre jusqu’à Moscou
Crédit: Adobe Stock

De la démonstration symbolique au système d’attaque cadencé

On a longtemps cru que les drones ukrainiens resteraient des gestes de défi — spectaculaires, isolés, sans lendemain. On se trompait.

La peur s’est installée dans les rues de Moscou. Pas d’un coup. Par couches.

Les premiers drones aperçus au-dessus du Kremlin, en mai 2023, ressemblaient à des provocations — appareils artisanaux, fragiles, presque dérisoires face à la forteresse russe.

Vladimir Poutine n’a pas daigné commenter publiquement. Le ministère de la Défense russe a parlé de « tentative déjouée ». Mais quelque chose avait changé dans l’air de la capitale. Un bruit nouveau. Une fissure dans le récit d’invulnérabilité.

L’artisanat est devenu industrie.

Les forces armées ukrainiennes, sous la coordination du commandement des opérations spéciales, ont bâti un système d’attaque à longue portée fondé sur des drones modifiés — souvent dérivés de modèles commerciaux, reconfigurés pour porter des charges explosives au-delà du millier de kilomètres.

Les cibles ont quitté le registre symbolique pour entrer dans l’économie de guerre : raffineries de pétrole à Riazan, dépôts de carburant à Toula, installations militaro-industrielles dans la région de Moscou.

Le rythme des frappes, sporadique en 2023, s’est accéléré tout au long de 2024 jusqu’à devenir cadencé — plusieurs attaques par semaine, parfois par nuit.

On vise les raffineries. On vise les nœuds logistiques. On vise les systèmes de défense aérienne eux-mêmes.

La géographie du conflit se déplace : la guerre n’est plus confinée au Donbass, à Kherson, à Zaporijjia. Elle se pose sur le bitume moscovite.

Pour la première fois depuis le début de l’invasion en février 2022, les habitants de Moscou découvrent ce que ceux de Kharkiv, d’Odessa et de Mykolaïv endurent depuis plus de deux ans. Le bruit sourd d’une explosion à trois heures du matin.

Le silence qui suit, plus lourd que le bruit.

Les Moscovites se réveillent. Les sirènes percent la nuit. Les drones sont déjà là.

Chaque vague franchit les défenses aériennes russes renforcées

Voici le fait qui devrait empêcher de dormir au Kremlin : les défenses aériennes de Moscou — les S-300, les S-400, les Pantsir déployés en anneaux concentriques autour de la capitale — interceptent une partie des drones.

Pas tous. Et la proportion qui passe suffit à frapper, à brûler, à exposer l’impuissance. Sergueï Choïgou, alors ministre de la Défense, avait promis un bouclier impénétrable. Ce bouclier est troué. L’engagement effacé, en plein ciel.

Les drones arrivent par vagues. Pas au hasard — selon une logique de saturation.

Dix, vingt, parfois trente appareils lancés simultanément pour submerger les radars, épuiser les stocks de missiles intercepteurs, forcer les batteries antiaériennes à choisir entre protéger un dépôt de munitions et protéger un quartier résidentiel.

Le calcul est froid. L’effet est dévastateur. Voilà l’outrage que Moscou ne peut plus masquer.

Les infrastructures pétrolières brûlent — et chaque raffinerie touchée ampute les revenus qui financent la guerre. Les centres logistiques tombent — et chaque entrepôt détruit ralentit l’approvisionnement du front.

Le sentiment de sécurité se fissure — et cette blessure-là ne se répare pas avec du béton.

Les cicatrices sur le sol de Moscou racontent ce que la propagande du Kremlin ne peut plus effacer : la guerre est revenue chez ceux qui l’ont lancée.

Andreï Kartapolov, président du comité de défense de la Douma, a reconnu publiquement que les attaques de drones posaient un « défi sérieux ». En langage parlementaire russe, c’est un aveu de défaite tactique.

Quand un pays de 44 millions d’habitants, envahi, bombardé, amputé de territoires, parvient à porter la guerre jusque dans la capitale de son agresseur avec des drones à quelques dizaines de milliers de dollars pièce — que reste-t-il de la prétendue verticalité du pouvoir militaire au vingt-et-unième siècle ?

Chaque vague franchit les défenses. Et chaque vague pose la même question, plus fort que la précédente : combien de temps Moscou pourra-t-elle prétendre que cette guerre ne la concerne pas ?

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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