Skip to content
CHRONIQUE : la leçon que l’Amérique devrait apprendre, mais qu’elle refusera
Crédit: Adobe Stock

Le mensonge fondateur des droits de douane

Donald Trump a répété pendant des mois que les tarifs douaniers seraient payés par la Chine, par le Mexique, par le Canada, par l’Europe. Par tout le monde sauf les Américains. Le mensonge était évident pour quiconque avait lu un manuel d’économie de base. Un droit de douane est une taxe perçue à l’importation, payée par l’importateur, donc par l’entreprise américaine qui achète à l’étranger. Cette entreprise répercute le coût sur le consommateur. Toujours. Sans exception. C’est ainsi que fonctionne le commerce international depuis des siècles. Mais le récit trumpien a balayé cette évidence avec une efficacité redoutable. Des dizaines de millions d’électeurs ont voulu croire qu’il existait une formule magique, une potion économique, un raccourci vers la prospérité qui ne coûterait rien à personne sauf aux étrangers détestés.

Les résultats sont là, désormais, dans les rayons des supermarchés. Le prix du café a explosé. Celui de l’électronique grand public aussi. Les véhicules neufs sont devenus inaccessibles pour la classe moyenne. Les pièces détachées importées ont vu leur coût grimper de plusieurs dizaines de pour cent. Les petits commerçants ferment les uns après les autres, incapables d’absorber des hausses de cette ampleur. Le tarif douanier n’a pas protégé l’ouvrier américain. Il l’a appauvri. Et pendant ce temps, les grandes multinationales, elles, trouvent des moyens de contourner, de délocaliser, de négocier des exemptions. La taxe frappe les pauvres. Comme toujours. Comme toutes les taxes mal pensées dans l’histoire économique mondiale. La différence cette fois, c’est qu’elle a été votée par ses propres victimes.

L’industrie manufacturière n’est pas revenue

L’argument central des partisans des tarifs reposait sur une promesse de réindustrialisation. Ramener les usines. Restaurer les emplois manufacturiers perdus depuis quarante ans. Le mythe de la ceinture de rouille ressuscitée. Mais les usines ne reviennent pas en quelques mois. Elles ne reviennent pas en quelques années. Une chaîne d’approvisionnement industrielle se construit sur des décennies, avec des écosystèmes de fournisseurs, des compétences techniques accumulées, des infrastructures logistiques massives. La Chine a mis trente ans à devenir l’atelier du monde. Croire qu’on inverse ce processus en signant un décret relève de la pensée magique. Et les chiffres l’ont prouvé. Les emplois manufacturiers continuent de stagner, voire de reculer dans certains États clés comme la Pennsylvanie, le Michigan ou l’Ohio.

Ce qui est revenu, en revanche, c’est l’incertitude. Les entreprises américaines ne savent plus à quoi s’attendre. Les tarifs changent du jour au lendemain, au gré des humeurs présidentielles, des coups de téléphone, des tweets matinaux. Aucun investisseur sérieux ne construit une usine dans un tel climat. Aucun conseil d’administration n’engage des milliards quand les règles du jeu peuvent basculer en quarante-huit heures. L’imprévisibilité tue l’investissement. Et l’investissement est ce qui crée les emplois durables. Le résultat est une économie figée, méfiante, qui préfère attendre des jours meilleurs plutôt que de parier sur un avenir illisible. Les électeurs qui rêvaient d’usines voient à la place des fermetures, des licenciements, des plans sociaux. La réalité a triomphé du slogan, comme toujours, mais avec une lenteur cruelle.

Je repense souvent à ces ouvriers du Midwest interviewés en 2024, qui parlaient de Donald Trump comme d’un sauveur. Aujourd’hui, certains ont perdu leur emploi à cause de ses tarifs. Mais ils continuent de le défendre. Comme si admettre l’erreur revenait à se renier soi-même.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu