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DECRYPTAGE : Trump et l’IRS, l’accord qui efface une décennie de soupçons fiscaux
Crédit: Adobe Stock

Les déclarations que personne ne devait voir

Depuis 2015, Donald Trump est devenu l’homme politique américain le plus opaque sur le plan fiscal. Aucun candidat à la présidence depuis Richard Nixon n’avait refusé de publier ses déclarations d’impôts. Lui l’a fait. Il a invoqué successivement un audit en cours, des conseils juridiques, une stratégie commerciale, puis une simple absence d’obligation légale. Chaque argument cédait la place au suivant lorsque le précédent s’effondrait. La commission des voies et moyens de la Chambre des représentants a obtenu, en 2022, après une bataille juridique remontée jusqu’à la Cour suprême, l’accès partiel à six années de déclarations. Les conclusions étaient déjà préoccupantes : impôts fédéraux quasi nuls certaines années, pertes massives déclarées, déductions inhabituelles, montages complexes via la Trump Organization et ses filiales. Le rapport publié par la commission montrait une IRS incapable, ou peu désireuse, d’auditer correctement les déclarations présidentielles malgré une politique interne pourtant explicite à ce sujet. Le scandale fut bref. Les conséquences, longues. Car ces documents alimentaient, en arrière-plan, les enquêtes fiscales qui viennent aujourd’hui d’être abandonnées. Tout se tient. Tout s’efface. Tout disparaît dans le même mouvement administratif.

Les enquêteurs du fisc américain s’intéressaient notamment à plusieurs montages immobiliers, à des valorisations contestées de propriétés, à des intérêts déduits sur des prêts familiaux et à l’utilisation de structures de consultance versant des sommes importantes à Ivanka Trump au moment où elle occupait elle-même un poste à la Maison-Blanche. Ces éléments avaient été documentés par le New York Times dans une série d’enquêtes salués par un prix Pulitzer en 2019. Ils n’étaient pas issus de rumeurs. Ils n’étaient pas issus d’opposants politiques. Ils provenaient des propres registres fiscaux du président, obtenus de façon légale par des journalistes. L’accord conclu avec le département de la Justice ne porte pas, semble-t-il, sur des poursuites pénales : il vise les réclamations civiles, les pénalités, les redressements et les contentieux administratifs qui s’accumulaient depuis des années. La distinction est juridiquement réelle. Politiquement, elle est mince. Car le résultat est identique : aucune somme ne sera réclamée, aucun jugement ne sera rendu, aucune ardoise ne sera publiquement réglée. Le contentieux fiscal le plus surveillé du pays vient de se terminer sans procès, sans verdict, sans chiffre rendu public.

L’IRS, ce service qu’on a vidé de l’intérieur

Pour comprendre l’accord, il faut comprendre ce qu’est devenue l’Internal Revenue Service depuis le retour de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025. Le président a méthodiquement réduit les effectifs de l’agence, supprimé des milliers de postes d’auditeurs spécialisés, et nommé à sa direction des fidèles dont le mandat affiché était de « rationaliser » le fonctionnement de l’institution. Cette politique a affaibli la capacité même de l’IRS à mener à bien les contentieux complexes, ceux qui exigent des années d’expertise, des équipes pluridisciplinaires, et une indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Les organisations de défense des contribuables, à commencer par le Center for American Progress et le Tax Justice Network, alertent depuis des mois sur cet effondrement progressif. Le règlement conclu avec le clan présidentiel intervient précisément dans ce contexte : une administration fiscale exsangue, des poursuites coûteuses, et une volonté politique manifeste de tourner la page. Le calcul est froid. Le calcul est efficace. Le calcul est dévastateur pour la crédibilité de l’institution.

La conséquence dépasse le cas Trump. Lorsqu’une administration fiscale renonce à poursuivre l’homme le plus puissant du pays, elle envoie un signal à tous les contribuables fortunés qui suivent ce dossier depuis des années. Le signal est limpide : la résistance paie. L’opacité paie. L’attente paie. Les avocats spécialisés en fiscalité internationale, contactés par plusieurs médias économiques, décrivent une atmosphère étrange dans leurs cabinets. Des clients fortunés relancent désormais d’anciens dossiers, demandent des renégociations, espèrent bénéficier d’un climat plus clément. Les chiffres officiels ne seront connus qu’en 2027, mais les premières estimations suggèrent une baisse historique du taux de recouvrement sur les contentieux fiscaux à haut revenu. L’IRS ne traque plus les puissants. L’IRS demande poliment. Et lorsque la demande déplaît, l’IRS retire la demande.

Il y a une phrase qui revient dans la bouche des anciens fonctionnaires du fisc américain que je lis ces derniers mois. Une phrase simple, terriblement triste. « Nous n’avons plus les moyens de gagner. » Ce n’est pas une plainte budgétaire. C’est un constat moral. Quand l’État cesse de croire qu’il peut faire respecter ses propres règles, il ne reste plus que la politesse.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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