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GEOPOLITIQUE : 1548 jours de guerre en Ukraine, le décompte glaçant des pertes russes
Crédit: Adobe Stock

Une matériothèque de destruction

Le communiqué de l’État-major ukrainien, repris par Defense Express, ne se contente pas d’aligner les pertes humaines. Il décline, catégorie par catégorie, l’ampleur de la machine russe broyée sur le sol ukrainien. 11 943 chars détruits depuis le début de l’invasion. 24 591 véhicules blindés. 42 454 systèmes d’artillerie, soit cinquante-quatre de plus que la veille. 1 797 lance-roquettes multiples. 1 389 systèmes de défense antiaérienne. 436 avions et 353 hélicoptères abattus. 302 787 drones de niveau opérationnel-tactique neutralisés, dont 1 715 dans les seules dernières vingt-quatre heures. 4 632 missiles de croisière interceptés. 33 navires et embarcations, plus deux sous-marins, envoyés par le fond. 4 207 équipements spéciaux. Et 98 070 véhicules de transport et camions-citernes, dont 202 supplémentaires au cours de la nuit précédente.

Ces nombres racontent quelque chose de précis. Ils disent l’épuisement matériel d’une armée que l’on présentait, en 2021, comme la deuxième du monde. Ils disent aussi la transformation radicale du champ de bataille. Les 302 787 drones détruits ne ressemblent à aucune statistique militaire connue avant 2022. Cette catégorie n’existait pratiquement pas dans les manuels d’état-major. Elle est devenue, en l’espace de trois ans, le cœur battant de la guerre moderne. Les 1 436 véhicules terrestres sans pilote recensés racontent la même bascule : la robotisation du front est en train de s’écrire ici, en temps réel, avec ses tâtonnements, ses morts et ses percées techniques. Ce que l’on observe sur les lignes ukrainiennes n’est plus une guerre du XXe siècle prolongée. C’est le laboratoire grandeur nature du conflit qui vient.

Une chiffrerie sous tension

Il faut prendre ces données avec la rigueur qu’elles méritent. Les chiffres publiés par Kyiv ne sont pas indépendamment vérifiés, et tous les observateurs le savent. L’ISW, le Kiel Institute, la BBC russe en collaboration avec Mediazona, le renseignement britannique et le renseignement américain proposent leurs propres estimations, généralement plus prudentes sur le décompte humain mais convergentes sur la tendance : les pertes russes sont massives, soutenues, et historiquement sans équivalent depuis la Seconde Guerre mondiale pour Moscou. Les écarts entre sources reflètent moins une manipulation qu’une réalité élémentaire : compter les morts d’une armée adverse en pleine guerre relève toujours d’une approximation, fût-elle documentée.

Ce qui frappe, en revanche, c’est la cohérence du rythme. Depuis l’automne 2023, les pertes russes quotidiennes oscillent dans une fourchette stable, entre 800 et 1 500 hommes par jour selon les périodes d’offensive. Cette régularité n’est pas un hasard statistique. Elle correspond à la doctrine d’usure adoptée par Moscou : envoyer des vagues d’assaut composées de troupes peu formées, souvent prélevées dans les régions les plus pauvres de la Fédération, pour faire ressortir les positions ukrainiennes, identifier les nids de feu, épuiser les munitions de l’adversaire. Une logique froide, ancienne, qui rappelle des heures sombres et qui suppose, pour fonctionner, une indifférence d’État aux pertes humaines que peu de régimes assument ouvertement. Le Kremlin, lui, l’assume sans le dire, par le seul fait de continuer.

Je relis la ligne « 910 hommes en vingt-quatre heures » et je pense à ce que cela voudrait dire si c’était nous. Neuf cents familles prévenues en un jour. Neuf cents enterrements à organiser. Neuf cents trous dans neuf cents villages. Aucune société démocratique ne tiendrait quarante-huit heures à ce régime. Eux tiennent depuis quatre ans. Cela en dit long, non sur leur force, mais sur ce qu’un pouvoir peut imposer quand il a éteint toutes les contre-voix.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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