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SANTE : Ebola n’est pas une pandémie, et voici pourquoi cette distinction sauve des vies
Crédit: Adobe Stock

Une famille virale ancienne, identifiée en 1976

Le virus Ebola appartient à la famille des filoviridae, ces longs filaments viraux à l’allure de spaghetti déformés sous le microscope électronique. Il a été identifié pour la première fois en 1976, près de la rivière Ebola, dans ce qui était alors le Zaïre. Depuis, six espèces du virus ont été reconnues, dont quatre touchent l’humain : Zaïre, Soudan, Bundibugyo et Taï Forest. L’espèce Zaïre, la plus létale, affiche un taux de mortalité historiquement compris entre 50 et 90 pour cent selon les flambées, selon les chiffres consolidés par l’Organisation mondiale de la santé. Ce chiffre, déjà, dit tout : Ebola tue vite, brutalement, terriblement, mais il tue dans un périmètre restreint, parce que sa biologie même l’empêche de coloniser la planète.

Sa transmission ne passe pas par l’air. Elle passe par les fluides corporels : sang, vomissures, sueur, lait maternel, selles, sperme, salive. Pour qu’un humain infecte un autre humain, il faut un contact direct avec ces fluides ou avec une surface contaminée. Pas de gouttelettes invisibles flottant dans une salle de classe. Pas de transmission par aérosols dans un métro bondé. La proximité physique réelle reste la condition d’expansion du virus. Cela explique pourquoi les épidémies d’Ebola, aussi terribles soient-elles pour les régions touchées, restent géographiquement contenues, principalement en Afrique centrale et de l’Ouest. C’est aussi pourquoi les soignants et les familles des malades figurent toujours parmi les premières victimes : ils sont au contact direct, sans pouvoir reculer.

Une charge symbolique disproportionnée par rapport à sa portée

Pour beaucoup d’Occidentaux, Ebola évoque immédiatement la combinaison blanche, le masque intégral, la chambre d’isolement, le mourant qui saigne par les yeux. Ces images, popularisées par Hollywood dès le film Outbreak en 1995, puis renforcées par la flambée ouest-africaine de 2014-2016, ont installé un imaginaire de catastrophe absolue. Cet imaginaire dépasse de loin la réalité épidémiologique. La crise de 2014-2016, la plus meurtrière à ce jour, a tué environ 11 300 personnes, principalement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Un chiffre tragique, immense pour les communautés affectées, mais minuscule à l’échelle d’une pandémie comme celle du COVID-19, qui a tué plusieurs millions d’êtres humains à travers le monde.

Cette disproportion entre la charge symbolique et l’impact réel n’est pas anecdotique. Elle façonne la perception publique. Elle fausse les priorités politiques. Elle détourne parfois des ressources qui devraient aller à des menaces plus diffuses mais plus larges, comme le paludisme, la tuberculose, ou les zoonoses émergentes qui couvent dans les zones de déforestation. Comprendre Ebola, c’est aussi comprendre pourquoi notre cerveau préfère les monstres spectaculaires aux tueurs silencieux. C’est une leçon d’humilité épistémique avant d’être une leçon de virologie.

Il y a quelque chose de profondément humain dans cette préférence pour les virus visuels. On veut voir l’ennemi. On veut le filmer. On veut le contenir avec une combinaison et un cordon de police. Ce qu’on supporte moins, c’est l’idée d’un agent invisible, banal, qui passe par la respiration et qui rampe lentement dans les nuits d’hiver. Ebola, au fond, nous rassure presque, parce qu’il a un visage.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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