Skip to content
GEOPOLITIQUE : quand les alliés de l’Amérique referment la porte au nez de Trump
Crédit: Adobe Stock

« No point » : deux mots qui valent un séisme diplomatique

Dans son texte publié sur The Bulwark, Matt Gurney n’y va pas par quatre chemins. Il parle d’une administration qui passe « d’une décision erratique à l’autre ». Il décrit des alliés qui se demandent si les États-Unis possèdent encore « quelque chose qui ressemble à une stratégie cohérente ». Il avance une formule qui restera : « America First risks becoming America Alone ». L’Amérique d’abord risque de devenir l’Amérique seule. Et cette phrase, prononcée par un commentateur d’un média conservateur, pas par un éditorialiste de gauche, change tout. Parce qu’elle vient de la maison. De l’intérieur. D’un homme qui n’a aucun intérêt à charger Trump pour des raisons partisanes.

Gurney décrit un mécanisme implacable. Trump, écrit-il, « incite ses partenaires potentiels à éviter de conclure le moindre accord avec lui ». Pourquoi ? Parce que chaque entente devient une promesse fragile, un engagement révocable, un papier qu’un tweet peut déchirer le lendemain matin. Le journaliste ajoute que les dirigeants européens sont désormais « de plus en plus directs » dans leurs commentaires publics sur le président américain, dont la colère est « si difficile à éviter qu’elle ne peut plus vraiment être crainte ». Quand la peur cesse de fonctionner, l’autorité s’écroule. Et c’est précisément ce qui se passe. Trump croyait que la menace suffirait. Il découvre que l’on peut s’habituer à tout, y compris à un président qui change d’avis toutes les six heures.

Le calcul froid des chancelleries

La stratégie recommandée par Gurney aux alliés est d’une lucidité glaçante. Il conseille de donner à Trump « une victoire bon marché qu’il peut tweeter, une victoire qui ne vous coûte pas trop, à vous et à votre pays ». Mais surtout, surtout, de « ne pas investir d’effort réel dans quelque chose de substantiel ». Parce que « cela ne sert à rien ». Les élections de mi-mandat approchent. Dans six mois, un Congrès démocrate pourrait imposer un peu de raison à cette administration. Peut-être. Et ce « peut-être » est devenu la seule boussole des diplomates étrangers face à Washington.

Imaginez la scène. Un sommet bilatéral. Des sourires de façade. Des poignées de main appuyées. Et, dans la tête des conseillers européens ou canadiens, une seule consigne : gagner du temps. Tenir. Survivre. Ne rien signer qui engage vraiment. Promettre, repousser, esquiver. C’est la diplomatie du dégât minimal. Celle qu’on pratique avec un partenaire devenu imprévisible, dont on attend désormais qu’il se taise, ou qu’il parte. Ce n’est pas de la négociation. C’est de la gestion de crise permanente. Et cette gestion, à terme, ronge la confiance comme l’acide ronge le métal. Une fois la rouille installée, on ne la fait pas disparaître avec un sourire et une photo officielle.

Il y a quelque chose de tragique dans cette image. L’Amérique, jadis convoitée, devenue un partenaire qu’on évite poliment. Comme un oncle bruyant à un repas de famille, qu’on tolère, qu’on contourne, dont on prie pour qu’il s’endorme avant le dessert.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu