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ENQUETE : les enfants ukrainiens transformés en futurs soldats russes par la machine du Kremlin
Crédit: Adobe Stock

Les bonnets à pompons, les mains levées, et la propagande qui filme

Le 18 février 2022. Six jours avant l’invasion à grande échelle. Un groupe d’enfants attend, debout sur le trottoir gelé de Donetsk, ville sous occupation russe depuis 2014. Ils piétinent. Ils touchent les pompons de leurs bonnets d’hiver. Ils s’agrippent à la main du voisin. Ce sont des enfants sans parents, sans proches autour d’eux, nés pour la plupart après 2014, c’est-à-dire dans l’occupation elle-même. Sur les images, Oleh est soulevé par les bras et déposé dans un autobus ancien. Comme beaucoup d’enfants élevés en institution, il paraît minuscule pour son âge. Les enfants saluent par la fenêtre. La scène est filmée par la télévision Oplot TV, organe de propagande de la pseudo-« République populaire de Donetsk ». Le récit officiel parle d’évacuation humanitaire. Les 18 et 19 février 2022, selon le « ministère de l’éducation » local, 626 orphelins et enfants privés de soins parentaux ont été déplacés depuis le territoire occupé. La page officielle qui mentionnait ce chiffre a depuis disparu. La phrase finale, en revanche, est restée gravée : « Nous croyons que la paix reviendra bientôt dans notre République, et que tout le monde rentrera chez soi. » Trois jours plus tard, le 21 février, Vladimir Poutine signait les décrets reconnaissant l’indépendance des entités séparatistes. Trois jours après cela, les chars franchissaient la frontière.

L’experte en justice internationale Kateryna Rashevska, du Centre régional pour les droits de l’homme, est catégorique sur le statut juridique de ce départ. Même au regard du droit russe lui-même, ces enfants étaient des enfants ukrainiens. Ils ont été déplacés sans le consentement de leur pays de citoyenneté. C’est-à-dire de l’Ukraine. Le déplacement forcé d’enfants d’un groupe national vers un autre groupe est, en droit international, l’un des cinq actes constitutifs du crime de génocide tel que défini par la Convention de 1948. Ce n’est pas une opinion militante. C’est une qualification juridique précise, écrite noir sur blanc dans un traité signé par Moscou. La Cour pénale internationale a d’ailleurs émis en mars 2023 un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine et contre la commissaire russe aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova, précisément pour la déportation illégale d’enfants ukrainiens. Le crime est nommé. Le crime est documenté. Le crime continue.

Teremok, l’institution dont les murs racontent déjà l’endoctrinement

L’institution s’appelait Teremok. Un nom doux, presque tendre, tiré d’un conte populaire russe sur une petite maison où s’entassent des animaux fraternels. À Donetsk, ce nom recouvrait un orphelinat ordinaire devenu, avec les années d’occupation, un instrument de la machine idéologique. Les photographies survivantes sur VKontakte, le réseau social russe, montrent des enfants tenant des fleurs en papier aux couleurs du drapeau de la pseudo-« DPR ». Pendant plusieurs années, des images d’enfants de Teremok ont été publiées sur le site d’une fondation caritative soutenant les militaires séparatistes. Une vidéo affirme que « les garçons et les filles ont fait de leur mieux pour apporter de la joie aux soldats de Novorossia, qui les protègent de leur corps des horreurs de la guerre déclenchée par la junte de Kyiv ». Des enfants privés de soins parentaux étaient ainsi convertis en outils de propagande. Six ans plus tôt, la directrice de Teremok avait pourtant énoncé un principe directeur de son travail avec les jeunes témoins de la guerre : « Nous ne parlons pas de la guerre. Nous ne leur donnons pas d’armes, ni pistolets ni mitraillettes. » La phrase, archivée par les médias, sonne aujourd’hui comme une promesse pulvérisée.

Plus tard, sous occupation, les enfants de Teremok ont célébré le « Jour de la Victoire », la « Journée du défenseur de la Patrie » et le « Jour de la libération du Donbass ». Ils portaient des uniformes militaires miniatures. Ils récitaient des poèmes saturés d’un vocabulaire impropre à leur âge. Mykyta, qui paraît tout juste cinq ans sur les images, articule avec application : « Je suis encore tout petit, mais dans mon cœur je suis général. Je serai un général haut placé un jour, et mon devoir je l’accomplirai toujours. » Il tortille nerveusement le bord de son pull. Un an plus tard, Mykyta se trouvait dans un foyer pour enfants de l’oblast de Pskov. Trois ans plus tard, il vivait dans une famille d’accueil russe. Kyrylo, un peu plus âgé, criait presque les vers : « Je n’ai pas besoin d’un vrai fusil, je suis déjà un soldat sans lui. » Sa dernière localisation connue est un foyer dans l’oblast de Kirov. Depuis, plus aucune trace. Plus aucune nouvelle. Comme si la machine l’avait avalé.

Il y a des phrases qu’on n’oublie pas. Celle d’un enfant de cinq ans récitant qu’il sera général me poursuit depuis que je l’ai lue. On dirait une berceuse qu’on aurait remplie de poudre.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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