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DECRYPTAGE : ce qui a fabriqué Trump et pourquoi l’Amérique en produira d’autres
Crédit: Adobe Stock

Reagan, le point de bascule

Tout commence, ou presque, en 1981. Ronald Reagan arrive à la Maison-Blanche avec une promesse simple : libérer le marché, écraser les syndicats, baisser les impôts des plus riches. La fameuse théorie du ruissellement allait, paraît-il, faire pleuvoir la prospérité sur tout le pays. Quarante ans plus tard, les chiffres sont impitoyables. Selon une étude de la Rand Corporation publiée en 2020, près de 50 000 milliards de dollars ont été transférés des 90 % les plus pauvres vers les 1 % les plus riches entre 1975 et 2018. Cinquante mille milliards. C’est un siphonnage organisé, méthodique, légal, validé par des deux partis. Les démocrates de Clinton n’ont rien arrêté. Ceux d’Obama non plus. La machine a continué à tourner, indifférente aux changements de couleur politique, parce qu’elle servait les mêmes intérêts à Wall Street, dans la Silicon Valley et dans les conseils d’administration des grandes multinationales. L’ouvrier de l’Ohio, le mineur de Virginie-Occidentale, le caissier du Michigan ont regardé leur monde s’effondrer pendant que les indices boursiers explosaient. Et personne, dans aucun camp officiel, ne leur a offert autre chose qu’un haussement d’épaules compatissant et un programme de reconversion qui ne menait nulle part.

Cette trahison économique n’est pas une abstraction. Elle a un visage, une géographie, une odeur. Elle ressemble aux villes mortes du Rust Belt, aux centres-villes vidés de leurs commerces, aux écoles publiques qui s’effondrent faute de financement, aux hôpitaux ruraux qui ferment les uns après les autres. Quand un homme politique arrive et dit, en termes simples et brutaux : « on vous a volés », il ne ment pas. Il décrit. Et peu importe que ses solutions soient absurdes, contradictoires ou dangereuses. Peu importe qu’il appartienne lui-même à la classe qui a profité du pillage. Il est le premier, ou presque, à reconnaître publiquement la réalité de cette colère. Les électeurs ne votent pas pour ses solutions. Ils votent pour avoir été entendus. C’est une distinction cruciale, et c’est elle qui explique pourquoi aucun argument rationnel n’a jamais réussi à fissurer son socle.

La désindustrialisation comme blessure ouverte

Les accords commerciaux signés depuis les années 1990, à commencer par l’ALENA en 1994 puis l’entrée de la Chine à l’OMC en 2001, ont accéléré une saignée industrielle déjà bien engagée. Selon l’Economic Policy Institute, les États-Unis ont perdu près de 5 millions d’emplois manufacturiers entre 2000 et 2014. Cinq millions de familles déplacées, déclassées, brisées. Dans certaines régions, le taux de mortalité par overdose, alcool ou suicide a explosé au point que l’espérance de vie a reculé, phénomène inédit dans un pays développé en temps de paix. Les économistes Anne Case et Angus Deaton ont baptisé ce phénomène les « morts de désespoir ». Ce ne sont pas des métaphores. Ce sont des cadavres. Et chacun de ces cadavres représente un électeur potentiel qui, dans sa famille, dans son quartier, dans son église, transmet une rage parfaitement légitime contre un système qui l’a abandonné. Trump n’a pas créé cette rage. Il l’a captée. Il l’a canalisée. Il l’a transformée en force politique organisée.

Le drame, c’est que les démocrates ont longtemps refusé de voir cette réalité, ou pire, l’ont méprisée. Quand Hillary Clinton a parlé des « déplorables » en 2016, elle n’a pas seulement commis une maladresse tactique. Elle a confirmé ce que des millions d’Américains ressentaient depuis des décennies : les élites éduquées, urbaines, libérales, les regardaient avec dédain. Le vote Trump est aussi, profondément, un vote de revanche sociale contre une condescendance perçue comme insupportable. Et tant que ce mépris structurel ne sera pas démonté, ni reconnu, le terrain restera fertile.

Je le dis sans plaisir, parce que je vois bien comment cette analyse peut être instrumentalisée. Mais nier la blessure ne la guérit pas. Elle la rend simplement plus profonde, plus silencieuse, plus dangereuse.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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