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BILLET : 71 affrontements sur la ligne de front depuis le matin, secteur de Houliaïpole le plus actif
Crédit: Adobe Stock

Vingt assauts repoussés — mais à quel prix de chair ?

On a compté chaque vague. On a compté chaque tir. On a compté chaque silence entre les explosions.

Et ce silence du dimanche soir, dans nos chaumières où l’on sirote un dernier café, ce silence-là, personne ne l’a compté.

Soixante-et-onze affrontements depuis l’aube. Soixante-et-onze fois où des hommes ont serré leur fusil en sachant que leur ville s’appelle Houliaïpole et que le monde a oublié jusqu’à son nom.

Chaque assaut, c’est une famille qui guette un téléphone muet. Chaque assaut, c’est un gamin qui découvre que « repoussé » ne veut pas dire « fini ».

Chaque assaut, c’est le clou enfoncé dans la même planche déjà fendue — le bois qui éclate, le sang qui suinte, la main qui tremble sur la poignée. Soixante-et-onze fois.

Et personne n’a frappé à notre porte.

On lit « 71 » et on hoche la tête. On lit « Houliaïpole » et on cherche sur Google Maps. On lit « repoussés » et on se rassure : la guerre est loin, tout va bien, le soldat a gagné aujourd’hui.

Mais gagné quoi, au juste ? Le droit de survivre jusqu’à demain matin ? Le droit de dénombrer encore les vivants au lieu des morts ? Le droit de regarder le ciel en sachant que le prochain missile porte déjà un nom ?

On a appris à compter les assauts comme on comptait jadis les heures avant le souper, vingt vagues encaissées en une seule journée à Houliaïpole pendant qu’ici on cherche son linge sur la corde, et c’est dans cet écart obscène entre leur enfer et notre dimanche tranquille que se cache la plus grande honte de notre siècle — celle d’avoir transformé le courage des autres en bruit de fond.

Vingt assauts repoussés. Mais à quel prix ? Le bois de la planche se fend un peu plus à chaque minute. Un jour, il ne restera que des copeaux.

Il ne reste déjà que des copeaux.

Le soldat sans nom tient à 16h — qui se souviendra de lui ?

À 16h, la rage remplace le souffle. Soixante-et-onze affrontements depuis l’aube — et un soldat sans nom tient encore dans la boue d’Houliaïpole. Le rapport du général ne dit que des coordonnées. Jamais son visage.

Tient. Un verbe qui pèse plus que tous les obus.

À 16h, les obus continuent de labourer les noms. Rozhkovychi. Sopych. Rohizne. Douze villages de la région de Soumy. Douze blessures que personne ne panse. Douze fois la même mécanique de fer et de silence.

À 16h, le soldat sans nom regarde l’horizon. Il ignore qu’on l’a réduit à une statistique. Il sait seulement que le silence n’existe pas. Il tient.

Et nous, on tient quoi ?

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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