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OPINION : L’OTAN a rugi au-dessus de Krāslava — et ce rugissement nous accuse autant qu’il nous sauve
Crédit: Adobe Stock

La fierté légitime, et le piège du soulagement

Mon opinion, je l’assume entièrement : je suis fier de ce tir. Profondément. Viscéralement. Parce qu’il faisait trois ans que je regardais des dépêches s’accumuler — incursions roumaines, débris polonais, drones bulgares, Shahed estoniens — et que je voyais à chaque fois le même scénario se dérouler. Une protestation diplomatique. Une réunion à Bruxelles. Un communiqué « nous condamnons fermement ». Et puis rien. Le drone suivant, déjà, traçait sa route au-dessus de la Baltique. L’OTAN, la plus grande puissance militaire de l’histoire de l’humanité, agissait comme un voisin qui rédige des lettres recommandées pendant que sa maison brûle. Le tir du 8 juin, suivant celui du 19 mai au-dessus de l’Estonie, change la grammaire. Sujet, verbe, complément. Un drone est entré. Un avion s’est levé. Le drone est tombé. Trois phrases qui réconcilient enfin la dissuasion avec elle-même. Trois phrases qui font sortir l’Alliance du musée où elle s’était installée par confort, et la ramènent dans le réel où elle a toujours appartenu.

Mais — et c’est ici que mon opinion refuse de se transformer en standing ovation paresseuse — il faut nommer le piège. Le piège, c’est le soulagement. Le soulagement qui dit : voilà, c’est fait, on a montré qu’on était capables, on peut retourner à nos affaires. Non. Mille fois non. Deux drones abattus en trois semaines, ce n’est pas une doctrine. C’est un commencement. Et un commencement qui arrive avec trois ans de retard ne rachète pas les trois années perdues. Pendant que les Mirage français défendent enfin une frontière qu’ils avaient mandat de défendre depuis 2004, des Patriot continuent de manquer à Kharkiv, des F-16 continuent d’arriver au compte-gouttes, et des civils ukrainiens continuent de mourir sous des Shahed identiques à celui abattu sur Latgale — sauf qu’au-dessus de Sumy, il n’y a pas de Mirage pour les intercepter. La cohérence stratégique de l’Occident, en juin 2026, ressemble à un appartement où on protège enfin la chambre principale, mais où on laisse encore brûler le salon où sont assis les invités qui nous ont sauvés.

La carte à deux vitesses, et la honte qui devrait nous habiter

Le même 8 juin, à quelques centaines de kilomètres au sud, le ministère moldave de la Défense annonçait qu’un drone avait traversé son territoire pendant la nuit et explosé près du village de Lopatna. Des fragments dans un champ agricole. Des indices d’une explosion antérieure à la chute des débris. La Moldavie n’a pas de Mirage 2000 sur appel. La Moldavie n’est pas membre de l’OTAN. La Moldavie ramasse ses éclats dans le maïs. Entre Krāslava, où un drone est tombé sous les coups français, et Lopatna, où un drone est tombé sans qu’aucun avion ne soit monté à sa rencontre, il y a la carte exacte de l’Europe d’aujourd’hui : un continent à deux vitesses, où l’appartenance à une alliance détermine non plus la prospérité, mais la survie même des récoltes. Et cette carte devrait nous habiter d’une honte qu’on refuse encore de nommer. Parce que Kyiv, depuis février 2022, réclame précisément cette signature qu’on lui refuse pour ne pas « provoquer » celui qui nous provoque déjà chaque nuit. La logique se mord la queue jusqu’au sang. Et pourtant, on continue de l’appeler prudence.

Mon opinion sur ce point est inflexible. Tant que nous protégeons l’intérieur du club avec des Mirage et que nous laissons l’extérieur du club ramasser ses morts avec des pelles, nous ne sommes pas une alliance défensive — nous sommes un syndicat de copropriété. Et un syndicat de copropriété, ça ne fait pas reculer les empires. Ça fait reculer les ambitions de ses propres membres jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à défendre. L’Occident n’a pas perdu sa puissance matérielle : il dépense dix fois plus en défense que la Russie, ses économies cumulées sont vingt-cinq fois supérieures, sa technologie militaire reste dominante. L’Occident a perdu, ces trois dernières années, sa puissance morale — c’est-à-dire sa capacité à savoir pourquoi il agit, et à agir parce qu’il sait. Le tir du 8 juin commence peut-être à réparer cela. Peut-être. À condition que nous comprenions que ce tir nous oblige plus qu’il nous absout.

Il y a deux Europes désormais. Celle qui appuie sur le bouton. Et celle qui ramasse les éclats dans ses champs. Et la deuxième nous regarde.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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