Skip to content
CHRONIQUE : Trump contre son propre Sénat — la guerre civile républicaine qui paralyse Washington
Crédit: Adobe Stock

La séparation des pouvoirs n’est pas une option

Au cœur de la tension entre Trump et son Sénat se trouve une question constitutionnelle fondamentale. L’Article II de la Constitution américaine définit les pouvoirs du président. Ces pouvoirs sont considérables : commandant en chef des armées, négociateur des traités, gardien de l’exécution des lois. Mais ils sont expressément tempérés par l’Article I qui confère au Congrès des compétences distinctes et souveraines : lever les impôts, déclarer la guerre, approuver les traités, confirmer les nominations. Ces deux articles coexistent dans une tension constitutionnelle délibérément conçue pour empêcher la concentration du pouvoir.

Trump traite systématiquement cette tension comme un obstacle à surmonter plutôt que comme un principe à respecter. Son attaque répétée contre la règle du filibuster — qui exige 60 voix pour clôturer un débat sénatorial, forçant un consensus bipartisan — en est l’exemple le plus patent. Il presse ses sénateurs d’abolir cette règle pour passer ses projets à la majorité simple. La grande majorité du Sénat républicain refuse : ils savent qu’un filibuster aboli aujourd’hui au profit de Trump sera aboli demain au profit d’un président démocrate. Thom Tillis a formulé cela avec précision : « Nous ne sommes pas le département de fabrication de la branche Article II — nous sommes son conseil d’administration. »

Les nominations bloquées comme baromètre institutionnel

La question des nominations présidentielles est devenue le champ de bataille principal entre Trump et son Sénat. La Constitution exige que le Sénat confirme les nominations aux postes les plus importants de l’exécutif — membres du cabinet, ambassadeurs, juges fédéraux, directeurs d’agences. Ce droit de confirmation n’est pas un détail procédural : c’est un mécanisme central de contrôle du pouvoir exécutif. Quand Trump contourne ce mécanisme via des nominations intérimaires, il prive le Sénat de son rôle constitutionnel et crée des responsables exécutifs qui lui sont directement redevables sans passer par le filtre sénatorial.

La nomination de Pulte comme directeur par intérim du renseignement national est précisément de cet ordre : en ne soumettant pas une nomination régulière à confirmation, Trump installe un loyaliste à un poste sensible sans le soumettre au questionnement sénatorial. Cette pratique des nominations intérimaires, utilisée ponctuellement dans les administrations précédentes, est devenue systématique sous Trump — et elle génère une frustration croissante dans les rangs républicains qui voient leur rôle constitutionnel progressivement vidé de sa substance.

La question du filibuster me préoccupe particulièrement. C’est l’une des rares protections institutionnelles de la minorité sénatoriale. Sa suppression transformerait le Sénat en chambre d’approbation à majorité simple — exactement comme la Chambre des représentants, mais en moins démocratique puisque le Sénat surreprésente structurellement les petits États. Si Trump obtient la fin du filibuster, il obtient un levier de transformation radicale des institutions américaines que même Obama et les démocrates n’avaient pas osé activer pleinement. C’est une ligne rouge que les sénateurs républicains font bien de défendre, indépendamment de leurs convictions politiques personnelles.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu