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ANALYSE : 5% du PIB d’ici 2035 — le pari de La Haye à l’épreuve d’Ankara
Crédit: Adobe Stock

La logique du 3,5% + 1,5% : pourquoi cette architecture ?

La formule 3,5% + 1,5% n’est pas sortie d’un chapeau. Elle est le produit d’un processus de quatre ans — le Processus OTAN de planification de défense (NDPP) — qui a abouti, le 5 juin 2025, à un accord unanime sur les nouveaux objectifs capacitaires de l’Alliance. Le raisonnement de Rutte est simple et implacable : calculer exactement ce dont l’OTAN a besoin pour défendre chaque pouce de territoire allié, puis déduire combien cela coûte. La réponse est 3,5% du PIB pour le noyau dur de la défense. À cela s’ajoute 1,5% pour ce qu’on pourrait appeler le socle de soutien : routes et ponts capables de supporter des chars lourds, ports et aérodromes militarisables, réseaux numériques résistants aux cyberattaques, chaînes industrielles de défense, préparation civile aux crises. Ce second compartiment est délibérément flou dans sa définition, ce qui constitue à la fois sa force politique — il permet des interprétations nationales larges — et son risque majeur : certains alliés pourraient comptabiliser des dépenses déjà existantes pour gonfler artificiellement leur contribution.

En 2025, seules trois nations dépassaient le seuil de 3,5% du PIB sur la composante dure : la Pologne (4,12%), la Lettonie et la Lituanie. Les États-Unis, eux, se situaient à 3,19% en 2025, en légère baisse par rapport à 3,30% en 2024. Si même la superpuissance de l’Alliance recule en proportion, la question du leadership par l’exemple se pose. L’ensemble des alliés européens et canadiens a collectivement dépensé plus de 90 milliards de dollars supplémentaires en 2025 comparé à 2024, soit une hausse de près de 20% en un seul exercice. C’est spectaculaire sur le papier. C’est encore insuffisant face à l’objectif cible.

Les premiers chiffres de la mise en oeuvre : une réalité encore loin du compte

En 2025, la dépense militaire collective de l’OTAN représentait 2,77% du PIB agrégé de ses membres, les États-Unis assurant environ 60% du total. Les alliés européens et le Canada ont certes progressé spectaculairement — 574 milliards de dollars de dépenses militaires en 2025, en hausse de 20% sur l’exercice précédent. Mais la distance jusqu’à 3,5% de PIB pour le noyau dur de la défense reste abyssale pour la majorité des membres. En 2024, selon le SIPRI, la moyenne OTAN se situait à 2,2% du PIB. Combler l’écart jusqu’à 5% en dix ans exigerait une mobilisation financière sans précédent depuis la Guerre froide.

Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ils représentent des choix politiques concrets que chaque gouvernement allié devra faire face à ses électeurs : moins d’hôpitaux, moins d’écoles, moins de prestations sociales — ou plus de déficit. Pour l’Allemagne, atteindre 5% du PIB en 2035 signifie consacrer environ 329 milliards de dollars à la défense, contre une enveloppe éducative nationale d’environ 283 milliards. Ce sont des arbitrages civilisationnels, pas des ajustements comptables. L’OTAN doit aider ses membres à vendre ces choix à leurs populations. Ce n’est pas un rôle pour lequel elle est habituellement outillée.

La flou du 1,5% m’inquiète profondément. C’est la porte ouverte au maquillage budgétaire. Quand un gouvernement sous pression décide que la réfection d’une autoroute civile ou le financement d’une application de cybersécurité grand public compte vers les 5%, on s’éloigne dangereusement de l’objectif réel. L’OTAN devra être impitoyable dans son auditing. Sans cela, le 5% sera un artefact statistique, pas un supplément de puissance.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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